‹ D'un siècle à l'autreChapitre 1 sur 8 · PLACE DU PANTHÉON · texte numérisé non relu

PLACE DU PANTHÉON

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Lettre a M. le Comte Eugène de Llr-Saluces

Monsieur,

C'est à vous qu'aurait dû être offerte la dédicace de ce livre, si, par un sentiment que je n ai pas besoin de vous dire, je ne devais en faire hommage à deux personnes dont le souvenir ou la vie sont associés prof ondément à la génération des événements qui ont commandé ma transformation intellectuelle. Mais je crois devoir inscrire votre nom en tête de ces souvenirs, car c'est vous qui m'ave^ donné le goût de les réunir : il y a huit ans, vous vouliez bien me dire qu'ils contenaient une leçon, qu'il serait utile de publier. Ce n'est pas une leçon que je veux donner : je rassemble des souvenirs qui en comportent peut-être une, mais il appartiendra au lecteur de la tirer.

J'ai longtemps hésité à écrire ces pages, car c'est un genre où l'on est contraint de dire trop souvent : Je, moi, chose qui n'a pas cessé d'être haïssable. Je m'y suis décidé pour une raison que je n'avais pas prévue : je me suis aperçu que nous avons à expliquer à nos enfants le passage « d'un siècle à l'autre ».

Lorsque, mes enfants étant devenus grands, j'ai pu leur dire nos souvenirs de famille, je leur ai causé le plus vif étonnement en leur parlant de mes voyages au pays d'anarchie. Ils ont d'abord été stupéfaits, puis ils ont éclaté de rire, ce qui est très sain, et j'ai ri avec

eux. Mais ils ne comprenaient pas une telle histoire. Pour la leur Jaire entendre, à eux et à ceux de leur génération, il n'y avait d'autre moyen que de conter l'aventure, comme vous me le disie\ il y a huit ans.

Voici le récit. Je crois que j'y ai conté non point seulement mon aventure, mais celle de milliers et de milliers de jeunes hommes de ma génération, qui a été celle de l'anarchie et qui est devenue celle de l'ordre. Mon vœu est que jios enfants y découvrent comment nous leur avons épargné de subir en esprit les erreurs dont nous avons souffert.

Pour vous, Monsieur, je souhaiterais que vous vissiez dans ces souvenirs comment les hommes de ma génération ont pu s'unir à ceux qui, comme voust étaient regardés par eux comme des adversaires. C'était là, peut-être, l'opération la plus difficile. Elle est faite, et bien faite, et lorsque nous y pensons, nous prononçons tous un même nom : Charles Mourras. Mais comment cela s'est-il fait f

Je pense que c'est parce que, dans l'ordre que nous travaillons a construire, vousporte^ votre bannière, je porte la mienne, et le prince que nous servons déploie au-dessus de nous les couleurs françaises. C'est dans ces conditions que peut naître entre les Français l'amitié loyale, c'est dans ces conditions que sont nés et se sont affermis les affectueux sentiments dont je vous prie de trouver ici, Monsieur, la nouvelle expression.

Georges VALOIS.

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