CHAPITRE Il
Alfred Rilliet (général de cavalerie au service de France), dont la génération actuelle se souvient parfaitement. Jeanne-Marie Necker, femme de M. H.-B. Rilliet, était fille unique de Zouis Necker, seigneur de Germany au pays de Vaud, fils aîné lui-même du premier bourgeois de Genève de son nom, par conséquent frère aîné du fameux ministre des finances Jacques Necker. Ce Louis Necker de Germany avait été professeur de mathématiques distingué à l’Académie de Genève ; élève de D’Alembert, correspondant de l’Académie royale des sciences de Paris, il est l’auteur de plusieurs traités sur l'électricité et de quelques articles de l'Encyclopédie, entre autres des articles Forces et Frottements. Mais, dès 1762, il avait, sous les auspices de son frère, suivi une carrière plus lucrative dans le haut commerce, d’abord à Marseille, puis à Paris, où il s'était lié avec Franklin. 1 Son fils unique, Jacques Necker, allié de Saussure, capitaine au service de France, et syndic de Genève après la Restauration, est l’aïeul des familles Necker-Prevost de Satigny, Turrettini-Necker et de la Rive- Necker, autant de familles largement représentées parmi nous. M'° Rilliet-Necker, que nous avons ici plus particulièrement en vue (ainsi que ses deux filles aînées), était donc nièce du ministre Necker, cousine germaine de la baronne de Staël-Holstein et belle-sœur de M" Necker-de Saussure, l’auteur bien connu de « l'Education progressive ». Mais sauf pour les qualités du cœur, elle avait peu de rapport avec ces illustrations et moins encore peut-être avec certains membres de la famille à laquelle elle s'était alliée. Sans qu’elle manquât d’esprit ni même de gentillesse, ses qualités étaient comme paralysées par une timidité, une réserve, une méfiance de soi qui allaient jusqu’à la sauvagerie ; même chez elle, il suffisait
1 Familiengeschichte des Herrn von Necker, kônigl. franzôsischen Staatsministers, ete., ete. Regenspurg, 1789. — Senebier, Mist, litt. de Genève.
d’une voix étrangère où du roulement lointain d’une voiture annonçant peut-être quelque visite, pour qu’elle courût s’enfermer, souvent pour le reste de la journée. Malheureusement, la mort prématurée de sa mère, les deux mariages subséquents de son père, d’ailleurs établi à Paris, l'absence de son frère, la célébrité même de quelques membres de sa famille, la causticité de quelques autres, — toutes ces circonstances n’avaient fait qu’empirer ce malaise nerveux, aussi pénible pour l’entourage de la malade que pour elle-même, et qui aurait pu passer à ses enfants, si ces mêmes circonstances ne lui avaient pas fait rencontrer une amie vraiment digne de ce titre. Sans autre secours que son exquise compassion pour les souffrances d’autrui, M Galiffe-Naville réussit à faire épanouir les qualités solides et aimables qu’elle avait devinées sous cette enveloppe trompeuse. Elle en fut récompensée par la vive reconnaissance de la famille et plus encore par l’attachement passionné de M" R.-N., dont elle fut dès lors la meilleure, pour ne pas dire la seule véritable amie, celle au moins dont on pouvait le moins se passer. Autant que les circonstances difficiles de l’époque le permettaient, ces nouvelles relations se traduisaient par une correspondance des plus suivies et par des séjours mutuels des deux familles dans leurs diverses campagnes, à Cologny, Châtelaine, Germany et Préverenges.
Des trois filles de M Rülliet-Necker, qui appelaient M" G.-N. leur & seconde maman », l’aînée épousa au pays de Vaud le comte de Portes. De ses deux fils, l'aîné, Albert- Louis R., allié Pictet, conseiller d'Etat et lieutenant de police après la Restauration, fut père de MM. Æülliet-de Candolle et rilliet-Saladin, également distingués, le premier dans les let-
tres, le second comme médecin, — le cadet, Jacques-Louis R.,
allié de Constant, auteur de mérite, colonel fédéral, etc., com-
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