CHAPITRE III. à FACE
mandait une division de l’armée fédérale dans la guerre du
Sonderbund.
De Louis Necker de Germany à Madame Galiffe-Naville, à Genève ; de Paris, 17 novembre 1788.
« Agréez, Madame, mes plus sincères remerciments des choses pleines de bonté que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire de Germany. Ma fille m'a marqué combien elle a été heureuse de vivre avec vous. C’est toujours auprès de vous et dans votre amitié qu’elle trouve ce qui contribue le plus à son amusement et à son bonheur.
Je suis bien aise qu’elle ait été contente de ce que vous lui avez remis de ma part. Elle n’a dû y remarquer que les expressions les moins équivoques de ma tendresse ; et si mes réflexions portoient sur des bases qui ne lui ont pas paru parfaitement exactes, elles étoient du moins assaisonnées de tout ce qui pouvoit l’attendrir sans l’affiger. . . .
J'aime beaucoup vous entendre dire du bien de ma ie Sophie (sa petite-fille), dont le cœur est adorable et la raison très-avancée. Il est sûr qu’elle à tout ce qu’on peut demander dans une amie, et elle partage bien les sentiments de sa mère à votre égard.
Quelque intéressant que soit le séjour de Paris, quelque passion que j'aie pour mon frère, j'éprouve constamment un vif regret d’être séparé autant d’objets que je chéris, et c’est toujours avec un extrême plaisir que je me réunis à eux. C’en sera un bien grand aussi que de pouvoir passer quelques soirées entre ma fille et vous, et de chercher à mériter la continuation de votre amitié en saisissant les occasions de vous convaincre des sentiments respectueux et inaltérables avec lesquels j'ai l'honneur d’être, Madame, votre très-humble et très-obéissant
serviteur NECKER DE GERMANY. }
De Madame de Joux, née Poncet, femme de Pierre de Joux, pasteur à Dardagny, à la même, à Genève, de Dardagny, 28 janvier 1789, à propos de la grave émeute qui venait d’avoir lieu en ville.
« Madame et très-chère amie,
Je prends la plume pour vous prier de bien vouloir nous tranquilliser ou nous donner quelques détails sur les troubles qu'il y eut dans la ville hier mardi. Nous sommes dans une peine inconcevable. Deux personnes venant de la ville ce jour là nous ont extrêmement alarmés. Nous avons pensé que personne ne pourroit mieux nous renseigner que vous ; veuillez en conséquence excuser notre indiscrétion. Je souhaite que cela ne vous ait point indisposée par l’émotion que vous devez avoir ressentie. Veuillez nous dire aussi le nombre des personnes qui ont été blessées ou tuées ; si la chose s’est passée telle qu’on nous l’a dite, il doit y en avoir quelques-unes. On nous a nommé Monsieur Desarts et Fatio le capitaine, 1 et l’on ne doutoit pas qu’il n’y en eût encore plusieurs autres. Ah, que j'ai de grâces à rendre à Dieu! Mon mari vouloit aller précisément hier en ville ; mais le temps s’est si subitement radouci que les neiges ont fondu de toute part et tellement enflé l’Allondon que les planches qu’il faut absolument passer pour aller en ville, ont été emportées. Jugez de mes peines si apprenant cela comme je l’ai appris, j'eusse senti mon mari au milieu de tout cela. . . . . .