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CHAPITRE III

ceux-ci aimeroient bien être avec lui. Il étoit heureux! Mon Dieu, que ce mot est joli! Prenez là-dessus trois baisers que je viens d'y mettre. ......... J’aurois voulu qu’on illuminât la maison, mais on ne le fit pas. Les petits garcons allumèrent beaucoup de flambeaux.

Je suis bien aise que la Reine n’ait plus son Polignac, ni son prince de Condé; vous ne Le saviez peut-être pas. Je me la figure dans tout cela comme nous étions le jour de la paix du 10 février. Et le Roi qui a été un jour sans ministre! — Hier on baisoit les chevaux du courrier, on les remercioit. Nous vîmes passer le courrier quand il revint de la Maïson de Ville à pied, entouré du peuple. On le pressoit par le bras ; on alloit au devant de lui pour l’embrasser ; on baïsoit les pans de son habit, on s’arrachoïit sa cocarde.

J’aime bien ces pauvres gens qui vouloient garder un frère de M. Necker ; nous ne l’aurons pas de longtemps. Ah ! que je voudroiïs être à Paris! — Jeanne a mené Albert au marché, où l’on a su que c’étoit un neveu de M. Necker ; alors tout le monde lui est sauté dessus ; on l’embrassoit tant qu’on pouvoit.?

Comme je compte avoir des lettres de Lizette, je ne fermerai pas encore la mienne. J’aimerois bien pouvoir écrire à Nanette aujourd’hui ; mais je n’ai pas assez d'esprit pour

1 A la suite de l’émeute meurtrière de janvier 1789, dont il a été question plus haut (p. 178), le Gouvernement genevois avait entrepris un travail de pacification. Un projet d’édit abolissant le règlement de 1782 et rappelant les bannis de cette année, avait été adopté en Conseil Général le 10 février, et la réconciliation momentanée des partis avait aussitôt donné lieu à des fêtes publiques. Des jeunes gens avaient enveloppé de guirlandes de fleurs le Petit Conseil, en chantant des hymnes appropriées à la circonstance. C’est à cette fête que Mademoiselle Rilliet fait allusion.

2 Ce petit Albert Rilliet, alors âgé de quatre ans, objet des caresses publiques, devint ensuite le conseiller d’'IUtat et lieutenant de police Rälliet-Pictet, père de Messieurs Zülliet-de Candolle et DT Rilliet-Saladin. — Nanette et Lizette étaient Mesdemoiselles Anne et Louise G,

écrire deux lettres dans la même famille par le même cour- PÉTArS>

De Madame de St-Simon de Bordeaux à la même, qui l’avait reçue pendant la première émigration ; automne 1789 ou 1799 (?).

& Je vous ai quittée souffrante, Madame, et vous n’avez pas voulu de mes adieux ; à qui donc de. ... mes inquiétudes sur votre santé, le désir que j’ai d’en avoir des nouvelles et mes remercîiments pour l'accueil plein de bonté que j'ai reçu de vous? Croyez que les Françoises, légères par l’esprit, ont toute la sensibilité nécessaire pour apprécier votre généreuse hospitalité. J’ai soutenu mon voyage fort bien et c’étoit un tour de force, car les chemins sont horribles et je promets que j'apprendrai à voyager en ballon pour retourner à Grenève. Je vais aussi m’exercer au Vouisque (whist) pour faire des chelem avec M. G., auquel je vous prie de me ménager toujours une faveur. Faites-moi celle de penser à moi, Madame, et de croire à tous les sentiments de la plus douce reconnoissance de votre très-humble et obéissante servante

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