‹ D'un siecle à l'autreChapitre 119 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et nieroit en avoir été chargé ; s’il a voulu s’en amuser, le mal est fait ; il seroit dangereux de réveiller son attention sur cet objet. Je regrette infiniment la perte d’un témoignage de votre amitié, mais ce que je ferois pour le retrouver deviendroit inutile. Pour pouvoir deviner qui vous avez voulu m'indiquer, il faudroit que je fusse plus au courant de vos relations. Qui que ce soit, malgré tout le mérite dont elle peut être pourvue, je plains toujours la femme qui s'attache et qui se livre à une aimable illusion; jai trop appris à mes dépens qu’un moment de bonheur coûte des siècles de regrets. J’avois chargé une de mes amies de voir à Paris la dame dont nous nous étions occupées. J’attendois même sa réponse pour vous en faire une positive ; cette femme tenant à plusieurs personnes qui ont des liaisons à la cour, s’est éloignée dans ces temps orageux, et j'ai su par un tiers qu'elle étoit à une terre distante de Paris de plusieurs lieues. Ceux que je chargerois à présent de me donner des renseignements sur la personne en question sont trop occupés de leurs propres affaires pour songer à la mienne. Je ne renonce pourtant pas à me procurer des nouvelles certaines, mais il faut encore attendre.

La preuve que la triste comédie qui étoit à Chambéry n’étoit pas aussi bonne qu’on paroissoit le croire, c’est qu’elle est tout à fait tombée et que le directeur a été forcé de faire banqueroute. On en offre le privilége à M. de St-(reran ; j'ignore quels sont ses projets à cet égard ; tous ceux qui tendront à m'éloigner de Genève ne seront jamais approuvés par mon cœur. On nous a très-alarmés en nous disant qu’on demandoit hautement notre renvoi de Genève, même avant Pâques ; je ne puis croire que l’on exige et permette une pareille injustice. Le pauvre St-Greran se trouveroit dans un embarras qui infailliblement rejailliroit sur ses pensionnaires. M. Galiffe, qui a de la prépondérance, qui veut tout ce qui est bien, ne donnera

sûrement pas sa voix à cette prochaine exclusion. Plus d’un

motif excite mes craintes sur un objet aussi intéressant ; la perte des moments agréables dont vous m'offrez la perspective ne seroit pas ce qui contribueroïit le moins à mes regrets.

Les affaires de Francene me paroïssent pas dans une situation bien tranquillisante ; mais tout, dit-on, s’arrangera à la commune satisfaction: € Dieu et le temps, » voilà notre refrain. J’ignore le terme de notre exil en Bourgogne. Je sais, je sens que je ne me retrouverai jamais, aussi tôt que je le désire, à portée de vous assurer de vive voix, de tous les sentiments avec lesquels je suis, très-aimable Dame,

Votre très-affectionnée

Page 1