G. CRAMER
Bâle, le 24 mai 1727.
Adressez la réponse chez M. Jean-Rodolphe Iseltin, Docteur en Droit.
Du professeur J.-L. Calandrini au professeur Gabriel Cramer à Leyde ou à Paris, de Genève, ce 19 janvier 1728 (d’après une copie ou un brouillard de l’auteur).
« Mon cher amy,
Je recois votre lettre justement dans le temps qu’une leçon me manque ; je profite de votre avis et du temps. 1° Je vous dirai, sur ce que je vous ai écrit sur votre gloire de Paris, que l’on m'en avoit parlé très-sérieusement à la société du et cela sur les lettres de M. Vernet. Je suis le seul à
portée d’être jäloux de la réputation que vous vous faites ici tout absent que vous êtes, et je vous assure que l’amitié est trop forte pour laisser la moindre place à l'envie. Profitez-en
1 Les mathématiciens Bernouilli, de Bâle, Jean surtout, sont assez connus. C’est avec lui que le savant marquis de l'Hospital s’enferma pendant quatre mois à Paris, pour étudier le calcul différentiel, inventé par Leibnitz. — P. Rémond de Montmort, disciple et ami de Mallebranche, s’était en effet principalement occupé des jeux de hazard, sur lesquels il avait publié un « Essai d’analogie. » — Abraham de Moivre, Champenois, réfugié en Angleterre après la révocation de l’Edit de Nantes, s’occupa surtout du calcul des probabilités » sur lequel il publia plusieurs traités en anglais. Calandrini avait étudié sous lui à Londres,
seul, mon cher amy; vous allez trop loin pour que je puisse partager avec vous; on vous marque déjà une place à côté des noms les plus fameux. Voilà les idées où l’on est de vous; je les ai comme les autres, et jy en joins d’autres qui me sont infiniment plus précieuses : aux talents de l'esprit, à la justesse, à la pénétration, j’y joins les plus aimables qualités du cœur. C’est pour moi un plaisir bien délicat de sentir l’attachement que vous avez pour moi; mon goût, mon utilité, ma vanité même y trouvent leur compte. Je ne sauroiïs railler sur un article qui m'intéresse aussi vivement.
Par rapport aux livres que vous avez achetés et qui manquent à la Bibliothèque, j’ai résolu d’en parler à la première assemblée des Scholarques, et de demander que l’on achète quelques ouvrages originaux qui lui manquent, Je mets dans ce rang la grande Syntaxe de Ptolémée, les ouvrages de Tycho-Brahé dont on n’a qu’une partie, les ouvrages d’'Hevelius, de Scheinerus, de Snellius, ce qui manque de Riccioli dont on n’a que la Xron.; le recueil du Louvre des anciens Méchan., les ouvrages recouvrés de l’arabe et imprimés en Angleterre, ete. Ni vous vouliez écrire à M. le Recteur ou à M. Abauzit que vous ferez volontiers emplette des livres qui seront jugés nécessaires et que vous savez par votre expérience et mes plaintes qui manquent à la Bibliothèque, vous serez remercié et on vous tiendra compte de. vos frais, etc. M. Sarasin vient de le faire et on ne s'attend pas ici que ce soit un présent de sa part; car du reste, pour celui qu’il nous faut faire, il n’est pas besoin qu’il soit fort considérable : une centaine de francs en toût, ou environ chacun 50 livres.
Pour le problème des joueurs, je suis de votre avis et n’y comprends rien. N'oubliez pas d’en parler à M. de Moivre (que vous peignez tout au plus juste). Je ne puis sur cet article m'empêcher de croire que la raison du profit à la mise
ne compense pas exactement la raison des apparences ; on me