CHAPITRE III
de la révolution, il était revenu s'établir, en qualité de maire de l’endroit, dans sa campagne du Grand-Saconnex, d’où il inondait son ancienne patrie d’écrits et de placards séditieux imprimés à Saconnex, à Versoix ou à St-Claude. Grrâce à cette haïneuse propagande, d'autant plus hardie qu’elle s’appuyait sur un principe qui triomphait en France, Grenus et ses acolytes avaient réussi à exalter au plus haut degré les prétentions égalitaires, non-seulement des Natifs et Domiciliés de la ville, mais encore des Swjets du territoire rural. Ces derniers, qui d’abord se seraient contentés de l'abolition ou d’une transformation des corvées ou redevances féodales, puis d’être mis sur le même pied que les citadins des classes non-bourgeoises, apportaient maintenant un appoint formidable et très-compromettant à la majorité populaire, qui ne cessait de réclamer, tantôt par voie de pétitions, tantôt par des manifestations armées, où l’on affectait de porter des cocardes françaises, l’égalité complète des droits et des conditions, civiles et politiques. Il ne se passait guère de semaine, surtout depuis le commencement de 1791, sans que le Conseil reçût l’avis de quelque entreprise, de quelque complot, de la ville ou de la campagne, réel ou imaginaire, tendant à renverser le Gouvernement ou à livrer Genève à la France. On a prétendu naïvement que ce gouvernement aurait pu clore l’ère des révolutions en accordant librement tout ce qui était demandé, comme si déjà alors il n’y avait pas eu des convoitises bien autres que celles qu’on mettait en avant ! Ce qui est certain, c’est que, bien que privé depuis la fin de 1790 de plusieurs de ses membres les plus énergiques, mais appuyé cette fois de la bourgeoisie jalouse de ses ‘propres priviléges, le Conseil d'Etat réussit pendant deux ans encore, et avec fort peu de concessions réelles, à faire face à tous les événements. Nous croyons donc qu’en tenant compte de ses antécédents et des circonstances exceptionnelles de l’époque, la politique du Conseil, tour à
tour ferme sans obstination et habile sans faiblesse, fut précisément celle qui convenait le mieux dans une position et des temps aussi difficiles.
À nos Très-chers et bons amis les Syndics et Conseils de la Ville de Genève, Louis, par la Grâce de Dieu et la Loi Constitutionnelle de l'Etat, Roi des Français.
€ Très chers et bons amis,
Je me fais un devoir de vous informer que je viens d’accepter la Constitution qui m'a été présentée au nom de la Nation et d’après laquelle la France sera dorénavant gouvernée. Je ne doute pas que vous ne preniez part à un événement aussi important pour mon Royaume et pour moi, et c’est avec un véritable plaisir que je saisis cette occasion pour vous renouveller les assurances de mon estime et de mon amitié.
Sur ce, nous prions Dieu qu’il vous ait, Très-chers et bons amis, en Sa Sainte Grarde.
(signé) LOUIS.
(et plus bas) MONTMORIN. »
Ecrit à Paris, le 20 septembre 1791.
L’acceptation par Louis XVI de la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale avait eu lieu le 14 septembre. — Dans ses relations officielles avec la France, le Grouvernement genevois avait conservé soigneusement les anciennes formes respectueuses qu'il estimait être dues plus que jamais à l’infortuné monarque. Le ministre de Genève à Paris, J.-A. Tronchin, dut faire comprendre à ses commettants, à la fin de 1791 et même encore en 1792, qu’il était temps de modifier l’ancien style diplomatique, et même les inviter à refaire des lettres déjà reçues, où les sentiments exprimés au Roi € auraient pu exciter les susceptibilités de l’Assemblée législative, si jalouse de ses