CHAPITRE III
ne manque que six mille livres pour ce semestre, dans celle des Diodati de même; on n’a pas encore le rapport de celle des Bontems. La masse Passavant fera face pour ce déficit. J’avois trois billets solidaires: un que j'ai cédé à mon beaufrère, dont les signatures sont bonnes; un que vous avez aussi signé, de Liv. 4000, où il y en a bien de mauvaises; mais tous ont promis de payer ce semestre, excepté Bontems-Félix et P.-Henry Mallet. Mais comme je vous l'ai déjà dit, il paroît qu’on fera face; en tout cas ce supplément ne seroit pas fort pesant. Mon troisième billet est pour des rentes viagères et des tontines d'Irlande. Les tontines sont à un prix qui couvre tout, et même, ce semestre payé, il y auroit du bon, à compter le viager françois pour rien absolument. C’est fort heureux, car les signatures en sont abominables, et les seules un peu solides sont celles de Falquet et la mienne. Mais toutes ces masses payent pour se conserver les tontines, et l’on ne peut avoir aucune inquiétude sur cette affaire, qui est plutôt bonne que mauvaise.
J’ai quelque espérance aussi de me trouver nanti à Paris, pour ce que les Bontems me doivent encore de la vente que je leur avois faite de rentes viagères dont les contrats n’ont pas encore été transportés, ni l’acte passé. C’est une affaire d'environ dix mille livres courantes, mais il n’y a rien encore de décidé. Notre ami de Candolle, qui me dirige, croit que je suis fondé; Fazy, directeur de la masse, le croit aussi. Quant à la masse on n’y voit goutte encore. De Paris on écrit que Mallet n’a fait que d'excellentes affaires; plus on approfondit, plus les Parisiens s’affermissent dans cette idée. Ici l’on ne revient point des premiers reproches; au contraire, on ne sait qu’en conclure, ..... c’est une mer à boire. Il est bien à craindre que notre intérêt de commandite ne soit furieusement écorné. Si les affaires de France reprenoient faveur, cette maison se relèveroit comme tant d’autres. Voilà les Tourton et Ravel
accrochés à Paris. On assure que Clavière et Bidermann vont faire faillite l’un et l’autre. Clavière avoit compté travailler sur les six millions qu’il avoit fait obtenir à M. Du Mouriez,
sans rendre compte. Le Du Mouriez a été plus malin que lui:
il Va laissé avancer, l’a enfilé et a rompu avec lui quand il a eu la preuve acquise de son tripotage. Les lettres de lui font juger que c’est un combat à mort entre le parti Du Mouriez
et celui des ex-ministres, qui sont furieux. Qu’est-ce que cela produira ? Gare ce camp de vingt mille hommes! Si les Jacobins s’établissent, ce sera, je crois, le prélude de scènes
affreuses. On écrit qu’il arrive chaque jour à Paris un nombre
prodigieux de gardes nationales de diverses provinces, parti-
culièrement du Midi, envoyées d’avance par les clubs, d’ac-
cord avec les chefs du parti, qui vouloient avoir une armée de, brigands à leurs ordres, pour jouer de leur reste et emmener le roi dans le Midi, ete. Cela amènera probablement quelque
grand événement, Maïs lequel des deux partis qui l'emporte,
son triomphe avancera le dénouement.
Point de nouvelles des armées, mais des bourdes tous les jours. On assure que M. de Muy ne retournera pas en France. Il est sûr qu’il parle en bon aristocrate. La municipalité de Versoix d’en bas retient partie des bagages du régiment de Wattewille, malgré les ordres réitérés de M. de Muy. — J'ai pris les informations que vous désirez sur la compagnie suisse. C’est Perret qui a quitté , il y a déjà deux mois. Trembley demande la compagnie, il a fait les démarches à la cour. M. de Chäteauvieux a écrit aussi pour lui, mais ils n’ont point de réponse. J’ai vu ces lettres de Trembley, très-décidé et très-empressé. Comme il est assez changeant, peut-être ne gardera-t-il pas longtemps cette compagnie; mais à présent il la veut. J’ai regret que vous ne vous soyez pas déterminé à envoyer Charles à son frère au premier moment qu’il vous le proposa, car dans l’intervalle un des fils Zangallerie a obtenu