CHAPITRE III
une sous-lieutenance comme Grenevois; ce sont gens tenaces, et cela peut reculer Charles de plusieurs années. Quelque tournure que prennent les affaires militaires des Suisses en France, ce premier pas ne peut qu'être avantageux à votre fils puisque vous le destinez au service.
M. le syndic Rigaud est de retour. Le LX est assemblé ce matin pour ouir son rapport, qui est des plus satisfaisants. Cette mission, ses succès, ce qu'il à terminé, ce qu’il a préparé sera encore plus utile dans l’avenir que pour le présent. Pour moi, je vous avoue que jy mets surtout du prix pour le cas d’une contre-révolution; car Messieurs les Jacobins ne s’embarrasseront guère de nos traités, ni que nous soyons plus ou moins liés au Corps Helvétique; et s’ils croyoient y gagner quelque chose, et surtout s’ils étoient sûrs de réussir, ils ne seroient pas retenus par des lettres et des déclarations. Mais en cas de contre-révolution, je crois que, soit le roi de France rendu à lui-même, soit les princes françois, soit les autres puissances belligérantes donneroient le plus grand poids à nos relations resserrées avec les Suisses; — qu'ils craindroiïent de les indisposer et que cette protection seroit très-utile pour nous préserver de la haine que les Ju Roveray, les Clavière et les Necker même ont dû attirer au nom genevois. Et si, comme je le prévois, l’ordre rétabli dans les grands Etats, l’on vient à s'occuper des petits, si on croyoit utile d’affermir notre Gouvernement sur des bases propres à donner confiance à nos voisins, nous pourrions être exposés à des propositions, à des insinuations, à des demandes bien embarrassantes, et nous aurions peut-être grand besoin de considérations puissantes pour obtenir d’être ménagés tant pour le fond que pour la ue NE RCE PAR APR
Je vous ai griffonné cette longue lettre pendant le LX, où Rigaud nous fait un long et beau rapport.
Dites bien des choses à votre femme et à vos enfants. Dites
à ma sœur qu’elle doit réparation à Catherine (c’est l’impératrice) qu’elle a calomniée, et dont nous n’avons point à nous plaindre. Ne croyez pas tous les contes qu’on écrit de Paris dans le but de faire croire à la désunion des ennemis de la horde régnante. |
Madame Diodati- Tronchin m'a beaucoup parlé de vous et de votre femme, et vous fait mille compliments. Le colonel de Vangenheim et Plato partent lundi. Ils ont payé jusques au dernier sou les dettes du prince, sans avoir pu obtenir un mot de la cour.
Adieu, cher frère, croyez-moi pour la vie, de tout mon cœur, tout à vous. »
La première partie de cette lettre se rapporte à l’un des plus grands désastres financiers qui aient atteint la place de Genève. Ne trouvant plus d’emploi suffisant autour d’eux pour leurs fortunes patrimoniales, augmentées des économies de plusieurs siècles, les Genevois de la classe aisée s'étaient lancés dans les opérations viagères et tontinières qui avaient alors une si grande vogue; ainsi, on estimait à plus de dix millions de livres de rentes l’argent qu'ils tiraient des fonds français seulement. Non contents des bénéfices considérables réalisés de cette façon, ils s'étaient créé de nouveaux capitaux en se constituant en Sociétés solidaires, soit en répondant les uns pour les autres. La prospérité publique et privée de Genève avait atteint ainsi un degré inconnu jusqu'alors, lorsque la Révolution française vint y apporter une perturbation telle que le Gouvernement lui-même en conçut les plus sérieuses alarmes, — alarmes que nous trouvons exprimées en ces termes au Conseil d'Etat par le premier syndic Bonnet, dans la séance du 15 mai 1792 :
& L'état fâcheux où se trouvent réduits notre commerce et nos fortunes par la hausse du change avec la France, et le dis-