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CHAPITRE IV

Maman seroit très-curieuse de savoir si certain personnage, que nous savons avoir subi un sort bien mérité, ne s’est point rappelé une conversation qu’il eut le printemps passé avec RTS PRE)

Du résident de la République française ( Soulavie) aux citoyens Syndics et Administrateurs de la République de Genève ; de Genève, 5 floréal, l’an II de la République (24 avril 1794).

« Citoyens,

Ces jours passés, je passois, par hasard, sur le rivage du lac, lorsque j’apperçus un embarquement de jeunes francois en réquisition, les uns avec notre cocarde, les autres avec la vôtre, qui alloïient s'enfuir en Suisse.

Quelques Montagnards genevois s’opposoient à cette émigration, assurant que les fuyards étoient sans passeports; d’autres genevois la favorisoient; quelques muscadins, du haut des fenêtres, applaudissoient, et il fut dit qu’un recruteur allemand la dirigeoit.

Avançant un peu plus haut, je vois un deuxième embarquement, dirigé par des muscadins, sans opposition, du haut des fenêtres ; un enfant de douze ans me demanda si je voulois aussi m'embarquer !

Le lendemain, me promenant à la même heure avec ma femme, sur ce même rivage, un batelier voyant nos deux cocardes françoises, vient nous offrir ses services pour émigrer en Suisse, nous promet le secret et nous annonce qu’il en a bien passé d’autres, arrivés sains et saufs à Coppet.

1 Allusion au fameux conventionnel Hérault de Séchelles, à qui Madame Galiffe avait prédit sa fin tragique. Dans une lettre antérieure de quelques jours seulement à la présente, Mademoiselle de Gallatin parle à son amie de « l'arrestation de ton ancienne connoissance Z1., que tu traitas si bien l’année

äernière.» On sait qu’il monta sur l’échafaud le 5 avril 1794, avec son ami Danton, Camille Desmoulins, etc, etc.

Votre cité, toute environnée de nos départements, nous porteroit des préjudices très-graves, si les bateliers, au mépris de vos lois et de vos intentions, continuoient à se permettre un désordre aussi injurieux pour la France; il en seroit de même si les soldats de vos postes laïssoient plus longtemps entrer dans votre République des François sans passeports.

Je recommande, Citoyens, à vos bontés quelques bons Montagnards qui, intéressés à la cause françoise, ont empêché ces embarquements.

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