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CHAPITRE IV

nes’ouvre, les maîtres sont pour la plupart enfermés, d’autres y ont les scellés, et d’autres n’y vont pas et se tiennent chez eux par prudence. J’ai été très-sensible à la course de ton fils Jemmy pour avoir de nos nouvelles. . . . . Ne parle point des égards de Fatio pour nous, cela pourroit lui faire du tort. »

Ces ménagements réciproques entre les Naville-Rilliet et cette branche démocratique de la famille patricienne des Fatio, propriétaires à Céligny, ne durèrent pas. Dans les premiers jours de l’année suivante, Madame N. étant venue d’Yverdon à Céligny pour affaires relatives à sa taxe révolutionnaire, y rencontra le 80 janvier (1795) le même Fatio, juge de paix, occupé, en vertu de ses fonctions, à signifier à la citoyenne Clermonde, de Nyon (peut-être la même dont il a été question plus haut, p. 188 et 214), un arrêt d'expulsion du territoire de Céligny, où elle se trouvait en pension chez la citoyenne Appia. Sans s’embarrasser du danger qu’elle courait elle-même comme émigrée et femme d’un ci-devant, condamné à mort, Madame N. traita de telle sorte le magistrat révolutionnaire, que celui-ci s’en fut immédiatement en ville se plaindre aux syndics &des menaces violentes et du ton despectueux de la citoyenne Naville-Rilliet, etc. » II fut décidé «qu’au premier temps favorable (la course ne pouvant se faire que par le lac), deux magistrats de police se transporteraient à Oéligny pour arrêter la délinquante et la transférer dans les prisons de la ville où l’on procéderait contre elle. » Le 6 février, ces agents rapportèrent «qu'ils ont trouvé la citoyenne N.-R. absente, partie depuis deux jours pour la Suisse.» En conséquence, les syndics et Conseils arrêtèrent « de faire proclamer à son de trompe Elisabeth-Anne Rilliet, femme d’Isaac-Louis Naville, citoyenne de Genève, à compa-

roître personnellement par devant les syndics, pour répondre

de sa bouche sur les charges qui sont contre elle, et ce à trois briefs jours, savoir au mardi 10 du courant, à peine de 210 décimes d'amende, au vendredi 13 dit à peine de 420 décimes et au mardi 17 à peine de 840 décimes et de conviction» (Reg. du C., 30 janv. au 6 fév., et Placard du 6 dit 1795). Ce cas, qui paraît ne pas avoir eu de suite, celui de Madame Cramer et celui de la citoyenne Sophie Duby, condamnée à la Discipline à perpétuité (mais relâchée ensuite) pour avoir fait passer des secours à des émigrés, peuvent être tenus comme exceptions dans les fastes de la justice révolutionnaire genevoise. Quels qu’aient été les écarts de celle-ci, il faut reconnaître que les femmes furent généralement épargnées, bien qu’elles ne s’y attendissent pas et que leur attitude fût constamment caractérisée par beaucoup de cou-

rage et de dévouement à leur cause.

De l’ancien syndic I.-L. Naville à la même, à Préverenges ;

d’Yverdon, le 31 juillet 1794.

@ . . . . . J'ai été fort bien reçu ici par mes amis; j'ai vu de Candolle, il est bien noir et bien abattu. Les nouvelles de Genève me font voir que je dois m’attendre à être absolument dépouillé, et je ne serai pas le seul. Lorsqu'ils auront mangé ce qu'ils ont pris, ce qu’ils vont prendre encore, ils reviendront sur ceux qu’ils ont épargnés, et successivement tous y passeront; on ne laissera rien à personne. Il faut bien soudoyer la canaïlle; quand ils n’auront plus rien à lui donner, la canaille les assommera et se jettera entre les bras de la France, si tant est que les François veuillent attendre ce

moment-là. Adieu, chère sœur, mille choses à tous les tiens. »

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