CHAPITRE IV
posant de vous en envoyer le méme nombres pour ce former à l’education Republicaine.
C’est donc à vous Braves Sindices à prendre les Dispositions que vous Croirez les plus Convenables pour le bien de la patrye, que Je ne cesserois de Considerer et Daimer Comme un fils doit aimer une mère Cherie.
L’avenir manifestera les Sentiments que J’ai pour elle quoique par Elle abandonnez dans mes malheurs, rien ne me sera plus Cher que de me rendre utille a tous mes frères, C’est en formant ce veux que Je me dit très Respectueusement votre tout Devouez Concitoyen DUPONT, cadet. » 1
Ces lettres, une missive antérieure du nouveau roi de Sardaigne Charles-Emmanuel IT et d’autres du même genre prouvent que le Gouvernement genevois, si longtemps abandonné à lui-même, avait enfin réussi à renouer quelques-unes des anciennes relations diplomatiques, en même temps qu’il tenait à fraterniser avec les puissances nouvelles issues de la révolution. Avec plus de prévoyance que de dignité, il avait encore eu soin de s’assurer éventuellement les faveurs des comités révolutionnaires du pays de Vaud, d’où le citoyen délégué Flournois-Delile était revenu, le 30 janvier, avec une ample moisson de «baisers fraternels » et de promesses des chefs des comités locaux, Roguin et Joly, de Nyon, Jain, de Morges, Gleyre, Secretan, Creu, Vallier, ete., de Lausanne, siége de l'assemblée générale des députés vaudois. Hélas! lorsque peu de temps après, les Genevois se virent forcés de
1 Cette lettre, à laquelle nous conservons sa naïveté orthographique, est scellée du sceau officiel du signataire, sur lequel, aux emblèmes de la République romaine, est jointe la devise genevoise Post tenebras lux. Les lettres des jeunes républiques italiennes se distinguent généralement par le luxe et les dimensions de ces vignettes allégoriques qui figuraient alors en tête de toutes lés pièces officielles.
livrer passage aux troupes françaises qui allaient combattre leurs alliés séculaires de la Suisse allemande, ils comprirent trop tard que la destruction du « ridicule empire de Berne,» selon l'expression du général Brune, dans sa proclamation de Payerne, allait sonner aussi le glas funèbre de leur propre République.
On connaît les malentendus déplorables, habilement exploités par l’envahisseur, qui, malgré la défense la plus héroïque, firent sombrer la fière et puissante Berne. On sait que là, contrairement à ce qui s'était passé en pays français, c'était les classes inférieures et surtout celles de la campagne qui s’opposaient le plus aux idées nouvelles et aux concessions des autorités. Le moment venu de maintenir leur indépendance contre les forces supérieures de l’ennemi, les miliciens bernois firent des prodiges de valeur, mais tournèrent ensuite leur rage contre les chefs et les magistrats, qu’ils accusaient en masse d’avoir eux-mêmes appelé ou favorisé l'invasion. Il s'ensuivit des atrocités pires que celles de la Révolution française prise à son apogée. Il vaut la peine de traduire ici la lettre que le patricien philosophe et libéral C.- Victor de Bonstetten, l’ancien bailli de Nyon, écrivait pendant sa fuite de la capitale à son amie, la poète danoïse Frédérica Brun.
Payerne, 12 mars 1798. — &« . . . . Je vis encore, mais quelles scènes ! Dimanche (4 mars, je crois), l’aristocratie, vieille de 607 ans, est descendue au tombeau. Vers les onze heures du matin, le vieil avoyer (de Steiger) a quitté son trône; il a précipité Berne dans l’abîme. Tout dernièrement il m'en vouloit beaucoup de ce que je ne pouvois approuver certaine mesure. J’étois alors tellement détesté qu’on me fit entendre que ma vie étoit menacée. Tout ce que je puis reprocher à ce magistrat, c’est que son âme étoit trop grande pour un petit pays. La guerre n’a duré que quatre jours.