CHAPITRE IV
circonstance si grave et si affreuse. Dans quel état la nouvelle d’un tel événement vous aura jetés, M(icheli) et vous! Vous vous êtes tous les deux tant occupés de notre chère Genève,
- le coup vous frappera d'autant plus fort. . . . . Ilfaut
cependant que nous ne perdions pas courage. Nous devons sauver les propriétés publiques, pour les appliquer à des usages consacrés par nos principes et nos mœurs. C’est dans ce moment qu'on à besoin de vertu, de force. Rassemblons nos efforts et nos lumières pour faire le meilleur traité possible. — Quand il sera fait, il faudra songer à mener une vie obscure et paisible. Je retournerai à mes plantes; je cultiverai mon jardin. Songez donc à lui et n’oubliez pas de me procurer quelques belles plantes, comme vous me l’avez promis. Heureux encore d’avoir une si douce ressource dans le malheur qui nous oppresse! Je vous embrasse, mon cher Grosse, bien cordialement. »
Du même au citoyen Wicheli, ministre de la République à Paris; de Genève, 20 avril 1798.
@ . . . . Nos lettres vous ont porté l’affreuse nouvelle. Les citoyens sont abîmés sous le poids du désespoir. Ils sont très-calmes néanmoins et on n’a à craindre aucun mouvement de leur part. On sentira tous les jours davantage combien on a perdu. Nous sommes plus malheureux que les ennemis vaincus de la France! — Vos soins, vos conseils, votre zèle, tout a été vain. On s’est conduit de manière à ne pas tenir longtemps. Je crains bien même que le traité ne soit pas fort avantageux. . . . La manière dont l'affaire a été terminée par Divos met tout le monde à l’abri du reproche. On a été envahi contre tout droit et contre une parole donnée, une convention qui a été exécutée de notre part. . . . . »
Du même au même, à Paris; de Genève, 17 juin 1798. — @ . . . . . L’installation des nouveaux fonctionnaires
s’est faite mercredi dernier, 13 du courant, à Saint-Pierre. Je me bornerai à vous dire que la ville a été tranquille le jour et Ja nuit; que ce calme a été, le soir, troublé par des Englués (les Corthezy, Le Fèvre, ete.) qui crioient: À mort les patriotes mais que cela ne fut pas imité ; que Divos se livra pendant le: repas beaucoup au vin, qu’il passa de la partie de la table où il étoit à celle où se trouvoient J., Gase et Didier, et qu'après le repas, lui, J. et le général ivres, firent le tour de la ville avec la musique et les tambours. . . , . Les citoyens, de quelque classe qu’ils soient, sont en panne. On ne soupçonne guère que nous puissions encore correspondre sur le nouvel état de choses. . . . . Antérieurementà notre réunion, on regardoit notre position comme désespérée, et les gens les” plus courageux pensoient qu’il étoit imprudent de se conduire avec fermeté; ce n’est qu'après l'événement qu’on a reconnu que la fermeté eût été utile. . . . . Tlne faut pas croire un mot de ce que dit Z/ivos, relativement aux anarchistes. Si nous étions encore Grenevois et qu’on me dît qu’ils remuent, je le croirois, vu lascendant qu’on leur avoit laissé prendre. Mais aujourd’hui, la peur les ayant pris, ce sont les gens les plus rampants; ils doivent se toucher la main et boire avec les C. et autres; les extrêmes sont en contact; il importe au système de Divos de mettre souvent en scène des gens qui ont fait du mal à Genève... .
Du même au même, 26 juin 1798.—«& . . . . . fi ai gardé le silence sur les détails de la cérémonie, c’est que je n'y ai pas assisté, à cause de Jivos, avec lequel je ne poujvois ni ne voulois me rencontrer dans une fête, . . . . La cérémonie a été froide, mais la décence y a régné. On y étoit triste, mais ni paroles malhonnêtes, ni gestes condamnables n’ont eu lieu. Le résident fit un discours; il étoit placé sur une chaise entourée d’une guirlande de roses au-dessous de la place du syndic président; il parla assis, les autorités