‹ D'un siecle à l'autreChapitre 36 sur 253 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

* les grandes connoissances sont si généralement connus de tout monde |. .0t0. .

Vous n’ignorez pas, Monsieur, le peu d’empressement ou le peu de goût que les horlogers de notre pays font paroître pour rivaliser avec les horlogers étrangers, tant en France qu’en Angleterre, qui se font une gloire et un honneur de parvenir à cette perfection qui ne s’acquiert que par beaucoup de recherches et de travail. Cette nonchalance vient de ce que la plupart croient que c’est faire assez que de bien exécuter une montre ordinaire ou tout au plus une montre à répétition, et à ne faire éternellement que marcher sur les traces des autres sans vouloir jamais qu’on marche sur les leurs . . . . . . . . .. Il se trouve présentement que j’aurois encore quelque chose de nouveau à vous communiquer ; cela consiste encore en un nouvel échappement que j’ai imaginé ces jours-ci, et ce qui y a donné lieu, c’est d'entendre dire à plusieurs personnes qu’elles souhaiteroient bien d’avoir leurs montres auprès d’elles pendant la nuit, mais que se trouvant avoir le sommeil léger, ce bruit de montre, quoique peu considérable, ne laissoit pas cependant de les tenir totalement éveillées, quand même la montre seroit pendue ou sur une table loin de leur lit; il sufht qu'elle soit dans la chambre. J’ai donc pensé que je ne serois pas tout à fait inutile à ces personnes-là en travaillant à leur commodité, et en inventant à cet effet une montre qui ne fit point de bruit du tout, chose à laquelle personne n’avoit jamais songé.

Quoiïque je n’aie pas encore exécuté cette nouvelle montre, à laquelle je donnerai le nom de montre de nuit, cependant comme la différence ne consistera que dans l’échappement, le bruit ne provenant que de là, je l’ai exécutée en gros dans une mauvaise cage, et je crois avoir assez bien réussi. Voilà, Monsieur, ce que j'aurois à vous communiquer si tant est que la chose

puisse mériter votre assentiment et votre curiosité. La roue

de rencontre du dit échappement n’a point de dents et il.

est au total des plus simples. Je n’en ferai donc pas ici une plus ample description, parce que rien qu’en le voyant vous serez à même d’en juger. Et s’il arrivoit que ce nouvel échappement ou ces nouvelles montres pussent mériter votre judicieuse appprobation, cet honneur me flatteroit infiniment et seroit toujours à mes yeux la principale récompense des peines et du travail de celui qui a l'honneur de se dire très-respectueusement, Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur

JEAN-MARC FABRY le Jeune. »

Bien que les lettres suivantes appartiennent par leurs dates réelles ou supposées au second chapitre de cette série, cependant leur caractère purement scientifique nous engage à les insérer dans celui-ci. Il s’agit surtout de Firmin Abauzit, savant universel dans toute l’étendue du terme et comme tel l’un des plus érudits de l’Europe. Son savoir prodigieux en toute chose n’était égalé que par une modestie, une simplicité, une répugnance à paraître qui lui firent refuser à l'étranger comme dans sa patrie les offres les plus avantageuses et les plus brillantes, entre autres, il était bien jeune alors, celles du roi Guillaume, qui aurait voulu le fixer auprès de lui. De sa patrie adoptive Abauzit ne voulut accepter que les fonctions de bibliothécaire honoraire et la bourgeoisie gratuite. Il est vrai qu’il compensait cette abstention par une obligeance extrême pour quiconque recourait à ses lumières. Ses réponses, toujours

1 Autant que nous en pouvons juger par les noms de baptême et le qualificatif de « le Jeune », cet industriel appartenait bien à l’ancienne famille pa-

tricienne des Fabri de Greiïllier, seigneurs d’Aire-la-Ville, qui s’est éteinte dans notre siècle, et qui, comme plusieurs autres non moins distinguées, avait

une branche moins fortunée, obligée d'emprunter à l'industrie ses moyens d'existence.

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