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CHAPITRE PREMIER

claires, précises, solides, bien motivées, étaient reçues comme des oracles sur quelque sujet que ce fût. Impossible de le trouver en défaut. Théologie, critique sacrée, hébreu, littérature grecque et latine, histoire, archéologie, épigraphie, numismatique, astronomie, géographie, histoire naturelle, physique, mathématiques, musique même, il répondait sur tout, instruisant chacun dans sa spécialité, et, dit Senebier: € comme s’il attendoit de ses correspondants la science qu’il leur communiquoit ». Il était également estimé de ses correspondants et amis, le savant Bayle, le chronologiste Des Vignoles, les controversistes et théologiens Jurieu et Basnage, les mathématiciens et physiciens de Mairan et ?s Gravesande, les ingénieurs Perry et Renau, le voyageur Pococke, etc. etc.; Newton, Voltaire, lord Stanhope, Jean-Jacques Rousseau en faisaient le plus grand cas. Ce dernier le comparait à Socrate, et l’on croit qu'il s’est inspiré de deux écrits d’Abauzit sur le Christ pour la Profession de foi du Vicaire savoyard. Ce qui est plus certain, c’est qu’en traitant dans son Dictionnaire de la Musique de la musique des anciens, il profita avec surprise de l’érudition du savant bibliothécaire sur cette matière difficile. Parmi les manuscrits que nous possédons de la petite écriture serrée, épigraphique en quelque sorte, d’Abauzit,! il s’en trouve un relatif à l’histoire de Genève et qui n’est au fond qu’une critique du Tableau abrégé de l'Histoire de la République de Genève de l'Anglais G. Keate (1761), mais dans laquelle tout ce qui concerne les antiquités, les origines, les institutions ecclésiastiques et féodales, la météorologie même du pays, est traité en peu de mots avec la sûreté de main d’un maître accompli, et cela tout à fait dans l'esprit de l’école critique moderne. On sait que Gautier a mis à profit les lumières d’Abauzit dans son édition de lÆistoire de Genève de Spon. — Les quelques lettres que nous avons d’Abauzit sont adressées

1 Nous les devons à l’obligeance de M. le docteur Brière de Felice. I 4

pour la plupart au savant physicien Jallabert, professeur bien digne lui-même d’instruire tout autre savant, Ce sont simplement des réponses écrites, sans prétention aucune, sur les sujets les plus variés, mais trop spéciales et surtout trop bourrées de citations en toutes langues pour trouver place ici. Nous nous bornerons à en extraire quelques passages intelligibles pour tout le monde.

Voici, entre autres, ce que dit Abauzit, avec une ironie bien inusitée chez lui, à propos d’une remarque de l’artiste-littérateur Claude-Henri Watelet : &P.97, vous dites, Monsieur Wate- « let, que la langue françoise, dans notre siècle devenue plus € pure et si riche, mérita de sortir des limites de ce vaste & royaume; que l’Europe entière en l’adoptant, rendit hom- « mage à ses succès ». Vous et Messieurs vos confrères les XL ignorez que ses succès sont dus, non à ses beautés, qui l’auroient introduite dans toutes les Cours, mais à la révocation de l’Edit de Nantes, et à la dispersion d’une infinité de réfugiés qui l’ont répandue dans toute l’Europe, où, pour subsister, ils tenoient lieu de précepteurs, de gouverneurs et gouvernantes dans les bonnes maisons. Je ne sais si l’expression de vaste royaume est de vous; mais quoique vaste se dise quelquefois en bonne part, il réveille le plus souvent l’idée de désert, qui seroit fort juste ici, puisque le royaume, en se dépeuplant, y gagne à répandre sa langue partout au dehors. Reste à savoir, ce qu’on attend de vous, si le retour de cette marchandise vaudra beaucoup à la France.! M. Diodati, p.125, débite la sienne avec plus d'esprit. Il la préfère même à la latine, et l’on seroit de son avis sans la fréquence de ses O,

\ Abauzit, que l’on fait descendre d’un médecin arabe fixé à Toulouse dès le IX® siècle, était né en 1679 à Usez en Languedoc, et, orphelin de père, avait précédé, encore enfant, sa mère à Genève (1689) après la révocation de l’édit de Nantes. C’est done le réfugié huguenot plus que le savant qui parle dans cette note; mais son explication de la diffusion cosmopolite de la langue française n’en est pas moins plausible et originale,

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