J.-FR. SELLON
Nous n’aurions pas inséré une lettre aussi insignifiante si elle ne nous eût pas fourni l’occasion de réfuter une grave erreur de M de Staël. Dans son écrit Du caractère de M. Necker et de sa vie privée, elle dit que « lorsque son père fut nommé ministre de la République de Genève à Paris (1768), il refusa, en acceptant cet emploi, les appointements qui y étaient attachés. » La vérité est que M. Necker n’eut pas l’occasion de refuser des appointements pour des fonctions qui n’en comportaient pas, et que tous ses prédécesseurs avaient remplies gratuitement. On honorait de ce poste un Genevois déjà établi à Paris, le plus souvent dans le haut commerce, et qui se contentait de présenter annuellement la note de ses débours, comme M. J.-Francçois Sellon le fait ici pour l’année 1755. Quelques-uns voulurent même supporter seuls toutes les charges d’un poste qui, en leur conférant Phonneur de représenter un Etat souverain, leur patrie, les exemptait de droits onéreux, et les mettait bien en cour. Ce fut le cas de M. Necker, qui data de là ses relations avec le duc de Choiseul et autres personnages de premier ordre. Ajoutons que M. Necker lui-même se trompe également quand, dans sa lettre du 6 octobre 1768 ( Portef. histo-
rique) au Conseil de Genève, il prétend & être le premier qui ait été présenté à la cour de France en qualité de ministre de la République. » Il suffit de feuilleter les Frag. biograph. et historiques de Grenus, pour s'assurer que ses prédécesseurs avaient eu le même honneur, suivi pour plusieurs de cadeaux ou d’autres distinctions de la part du roi. Du reste, il ne faut pas confondre les ministres qui résidaient à poste fixe, avec les envoyés qui représentaient la République dans certaines occasions importantes, mais qui pécuniairement étaient traités de la même facon, ou plutôt selon les mêmes principes essentiellement aristocratiques. Les récompenses que le Gouvernement genevois leur accordait quelquefois étaient purement honorifiques et consistaient en une médaille, une pièce d’argenterie, un siége au Conseil des Deux Cents ou à celui des Soixante, etc., etc.
Correspondance à propos du procès de Michel Servet, en 1757.
Dans le tome III de ses Notices généalogiques, notre prédécesseur a inséré à l’article Servet, et relativement au procès du fameux unitaire espagnol, une lettre adressée en 1757 au pasteur et professeur Jacob Vernet, par le syndic Jean-Louis Calandrini. Cette lettre ayant depuis lors souvent été citée, il y à, croyons-nous, quelque intérêt à connaître dans son entier la correspondance qui fut échangée alors entre les mêmes personnages dans les circonstances que voici :
En 1757, ou peu avant, Voltaire, établi alors aux portes de Genève (aux Délices), ! fit paraître dans son Æssai sur l’histoire
1 Ce fut en 1755 que Jean-Robert Tronchin, banquier genevois établi à Lyon, acheta du conseiller J.-J. Mallet, pour Voltaire, désireux de se rapprocher du fameux médecin Tronchin, la campagne dite de Saint-Jean, que le nouveau possesseur voulut appeler Les Délices. Le domaine de Tournay lui