‹ D'un siecle à l'autreChapitre 58 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

deux chapitres intitulés: Genève et Calvin et Calvin et Servet. Ces écrits, dans lesquels l’illustre écrivain déployait sa verve accoutumée, eurent un prodigieux retentissement. De toute part on écrivit au clergé genevois pour le prier de vérifier et, si possible, de réfuter avec éclat les faits odieux imputés au grand réformateur. Quelques articles assez vifs avaient déjà paru dans les publications périodiques de l’époque, lorsque le savant professeur et pasteur Jacob Vernet résolut d’entreprendre une réfutation plus sérieuse. Comme Voltaire basait ses données sur les extraits que le ministre de la Roche avait publiés en 1717 (dans sa Bibliothèque anglaise), du procès de Servet, qu'il avait pu copier en 1716 avec la permission du Conseil d'Etat, Vernet demanda à son tour communication de ce document. Le secrétaire d'Etat de Chapeaurouge, à qui il s’adressa à cet effet, crut devoir en référer au Conseil, qui de son côté jugea convenable de chercher à dissuader officieusement le requérant de son entreprise. Surpris de rencontrer moins de facilité qu’on n’en avait montré quarante ans auparavant à un auteur étranger, Vernet revint à la charge, et sur un refus plus accentué, demanda que le secrétaire d'Etat, et au besoin le syndic, voulussent bien vérifier eux-mêmes les points sur lesquels il lui importait le plus d’être renseigné, s’engageant d’ailleurs à ne rien publier qui n’eût reçu l’approbation des autorités. C’est alors que le syndic Jean-Louis Calandrini termina cette affaire par la lettre catégorique citée

fut vendu en 1758, par le président de Brosses. Cette même année il fit de nos de Budé l'acquisition de celui de Ferney, qu’il à rendu si célèbre. Tous ces marchés $e firent avec faculté de réméré, c’est-à-dire avec faculté pour le vendeur de rentrer dans son fonds au bout d'un certain terme, en remboursant tout ou partie du prix et des frais légitimes. A cette époque, Voltaire avait en outre, pour l'hiver, une maison à Lausanne. On sait qu’il avait d’abord voulu acquérir la terre seigneuriale d'Allaman, sur le lac, mais que:le Gouvernement bernois s’y opposa, à cause de sa qualité de catholique romain. Il avait aussi habité le château de Prangins (Gaudy-Le Fort, Promenades historiques, ete.).

dans les Motices. En attendant, voici celle, datée du 14 septembre 175%, qui ouvre cette singulière correspondance :

& Monsieur,

Vous savez, Monsieur, que je suis informé que vous travaillez actuellement à quelque ouvrage concernant Calvin, Servet et M. de Voltaire. Quoy que vous puissiez vous promettre de vous-même sur ces sujets, le silence me paraîtroït préférable à tout ce qu’on pourroit en dire. Mais, sans entrer dans cet examen, je vous prie de vouloir bien suspendre tout travail sur cela, jusqu’à ce qu’à votre retour ici, vous ayez pu en conférer avec les personnes que je vous indiqueray et dont le sentiment mérite quelque attention de votre part. Je vous fais d’autant plus volontiers cette prière, que rien ne me paroît plus convenable à votre santé, que d’écarter toute occupation de cette nature, qui ne peut qu’augmenter leffervescence du sang qui occasionne la fâcheuse fièvre dont je fais mille vœux que vous soyez bientôt délivré. J’ay l’honneur d’être avec la considération la plus parfaite,

Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur

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