CHAPITRE II
Je demande s’il n’y a rien dans la suite qui fasse connoître ce que contenoit ce manuscrit, et si lon en fit quelque usage dans le procès.
Du 22 septembre, à la suite d’une requête, Servet demande que Calvin soit interrogé sur les faits suivants:
1° Si le mois de mars passé fit écrire par Guillaume Try à Lyon, disant tout plein de choses de Michel Villanovanus.
2° Si avec la dite lettre envoya la moitié du livre du dit Servetus, où étoit le titre et l'indice ou table et quelque commencement du dit livre intitulé Restitutio christianismi.
Ttem, si environ 15 jours après la dite lettre envoya derechef par le même Trye plus de 20 épîtres en latin que le dit Servet lui avoit écrites et les envoya comme les autres de par delà lui demandoïient.
Je demande si cette requête et ces articles furent communiqués à Calvin, et en ce cas qu'est-ce qu’il répondit? »
M. le syndic Jean-Louis Calandrini à M. Jacob Vernet, de Genève, 19 octobre 1757.
« Monsieur et très-cher Cousin,
Le Conseil se trouvant intéressé à ce que la procédure criminelle contre Servet ne soit point rendue publique, ne veut pas qu’elle soit communiquée à qui que ce soit, ni en tout ni en partie. Le caractère d’homme de lettres n’est pas propre à obtenir aucun privilége à cet égard. La conduite de Calvin et du Conseil, connue par les Notes sur l’histoire de Genève, est telle que l’on veut que tout soit ensevely dans un profond oubly. Calvin n’est pas excusable; Servet lui a mis la lumière devant les yeux sur la manière dont on devoit se conduire à l'égard des hérétiques et ne lui a pas permis d’être dans le cas d’une ignorance invincible. M. de la Chapelle l’a justifié
comme il a pu d’avoir été linstigateur du procès fait à Vienne contre Servet; il a supposé pour cela un fait que nos registres devroient prouver, et qu’ils ne prouveront pas. Vous croyez justifier par nos registres la dureté dont on a usé envers Servet dans sa prison, et vous trouveriez par ces mêmes registres que ces ordres favorables n’ont pas été exécutés. Et enfin, après l'événement, Calvin, au lieu de pleurer amèrement, soutient la thèse la plus insoutenable à un chrétien, et avec des arguments indignes d’un si grand homme, au jugement même de M. de la Chapelle. Servez-vous de la raison tirée de votre maladie pour vous dispenser d’un ouvrage qui ne peut qu'être nuisible à la religion, à la réformation et à votre patrie, ou qui seroit peu conforme à la vérité. La petite raison que la réformation ne fût regardée comme la protectrice des antitrinitaires a pu faire fermer les yeux à Calvin aux grandes vérités de la religion chrétienne. Prenons garde que la crainte qu’on ne nous regarde comme fauteurs de je ne sçais quoy ne nous fasse élever des questions qui ne nous conviennent pas. Je renvoye Monsieur Vernet à lui-même pour prouver que les guerres de plume entre gens de lettres font du mal à tout ce qu’elles touchent; je lui recommande sa santé et prie de me croire avec la plus parfaite considération et le plus entier dévouement, Monsieur et très-cher Cousin, Votre etc., etc.