‹ D'un siecle à l'autreChapitre 65 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Genève, la religion réformée et Dieu lui-même, pour ainsi dire, étaient intéressés à ce que Calvin fût justifié de choses absolument inexcusables: car nous ne voyons pas que les panégyristes plus récents et mieux informés du grand réformateur aient changé de tactique et d’opinion à cet égard; ni qu'ils soient disposés à reconnaître le tort très-réel qu'ils se sont fait ainsi à eux-mêmes et à la cause qu’ils prétendaient servir. On voit aussi par cette correspondance que Calandrini, qui avait pris connaissance de la procédure en question, et le Gouvernement qu’il représentait avaient à cet égard des idées fort différentes de celle de l’école historique ecclésiastique. I] serait même difficile de ne pas remarquer , en face du zèle croissant du requérant, la pointe de malice qui dans ses deux lettres échappe au syndic correspondant quand, à ses autres recommandations au €très-cher cousin,» il ajoute celle de ménager sa précieuse santé. Il n’est pas sans intérêt de rappeler ici que Calandrini était cependant lui-même si orthodoxe que, lorsqu'il traitait dans son cours de logique la question du témoignage, il prenait toujours pour exemple l’histoire de la résurrection de Jésus-Christ, € comme étant celle où les preuves étoient les plus fortes, les plus nombreuses, les mieux établies et les plus saillantes » (Senebier, Hist. littér. de G'enève, TT, 127). Une « relation du procès criminel intenté à Genève en 1553 contre Michel Servet» a été publiée par M. Rilliet-de Candolle, dans le tome III des Hémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de (renève, 1844.

Lesmenus détaillés des banquets et festins d’une autre époque, surtout quand les prix sont mis en regard de chaque article, ont leur importance, non-seulement au point de vue des mœurs, mais encore sous le rapport de la valeur de l’argent et des choses (d’un siècle à l’autre. » Dans les procès criminels

du XVI siècle, que nous avons publiés dans les Mémoires de l’Institut national genevois, nous avons inséré plusieurs documents de ce genre, et nous y sommes revenu d’une façon plus générale dans notre Genève historique et archéologique. Voici, pour le milieu du XV IIT°siècle, quelques données à ajouter aux précédentes, Il s’agit des repas de noces, donnés dès le 2 juillet 1758 par M. Claude-Philippe Claparède ou de Claparède, alors jeune candidat aux fonctions qui devaient l’acheminer ensuite à celles de premier syndic de la ville et république de Genève, à l’occasion de son mariage avec Michée-Bve Calandrini, fille du syndic professeur Jean-Louis Calandrini et de Renée Lullin. — & Si des bals nous passons aux repas Qpriés, » soit festins qu’on donnait parfois chez les gens de la première condition (dit M. Charles DuBois-Melly dans sa dernière publication, Les mœurs genevoises de 1700 à 1760), on peut se demander, non sans étonnement, si les ordonnances somptuaires avaient été abrogées et si la Chambre de la Réforme était définitivement abolie! » — Chambre et Ordonnances grondaient toujours; elles eurent même en 1772 une recrudescence de sévérité étrange pour l’époque, surtout avec des princes étrangers pour bourgeois. Mais il y avait eu de tout temps, et déjà sous Calvin, des exceptions en faveur de certaines fêtes et surtout des familles gouvernementales :

| Nous avons expliqué plus haut comment les papiers de famille de cette branche des Calandrini sont arrivés jusqu'h nous. Il faut donc distinguer ces papiers Calandrini de ceux que, sauf erreur, dans son travail sur Renée Burlamacchi, M. Ch. Eynard dit être tombés dans les mains du généalogiste anglais, sir Edgerton Brydges. En tout cas est-ce bien dans les nôtres que se trouve, avec plusieurs chroniques de cette famille distinguée, le récit pittoresque des aventures par lesquelles, alors réfugiée en France, elle échappa aux fureurs de la Saint-Barthélemy, grâce à la protection particulière de la duchesse de Ferrare, du duc et de la duchesse de Bouillon, etc. ete. Nous aurions, sur la plupart des familles italiennes réfugiées à Genève, jadis assez nombreuses, à communiquer quantité de documents et de renseignements utiles à celui de nos collègues qui voudrait écrire une histoire de ce Refuge italien, moins étendu, mais certainement plus digne, plus désintéressé et plus homogène que le Refuge français, qui compte déjà une si volumineuse bibliographie.

Page 1