LOUISE FABRI
P.8S. Voulez-vous bien, ma bonne cousine, dire de notre part à votre mari que nous tenons mercredi notre société, et que nous serons toutes en colère contre lui, s’il ne vient pas à la maison pendant que vous n’avez pas encore vos assemblées. »
Nous insérons ici à sa date une lettre (ou plutôt deux lettres qui n’en font qu'une) connue des lecteurs anglais du siècle passé, et que nous jugeons éminemment qualifiée pour donner une juste idée de la vie publique de Genève à cette époquelà. Nous la traduisons du même auteur auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts dans la préface à ce chapitre. À vrai dire, la fête genevoise dont il s’agit ici est mentionnée, ainsi que beaucoup d’autres du même genre, dans les mémoires et récits de plusieurs de nos écrivains nationaux. Il n’en est que plus intéressant de voir comment en jugeait un auteur complétement étranger à notre pays. Tous les représentants des familles dont il est question dans ces
lettres jouaient un rôle éminent dans ces fêtes genevoises,
De Genève, août 1773.
« Bien que cette République jouisse depuis longtemps d’une paix profonde et qu’il est peu probable qu’elle soit de sitôt
engagée dans une lutte meurtrière, cependant les citoyens genevois n’en sont pas moins amoureux des pompes de la guerre.
Ceci apparoît dans ce qu’ils appellent leurs fêtes militaires, qui sont leurs passetemps favoris, au point qu’ils recherchent toutes les occasions de se les donner.
J’assistai dernièrement à une très-grande fête de cette espèce, donnée par le Roi des Arquebusiers à l’occasion de son avénement à la dignité royale.
Ce poste envié n’est transmis mi par hérédité ni par élection ; il faut le conquérir par l’adresse et un mérite réel.
Une guerre avec cet Etat consisteroit nécessairement, comme la Guerre de Troie, en un siége. Aussi y met-on la plus grande importance à savoir manier habilement le canon et l’arquebuse. Chaque année, durant plusieurs mois, un nombre considérable de citoyens s’exercent à tirer contre un but placé à une distance convenable,
Tout citoyen a le droit, à peu de frais, de perfectionner son adresse de cette façon, et après un certain nombre de coups, le tireur le plus expert est déclaré Roi.
Depuis dix ans il n’y avoit pas eu de couronnement de ce genre, Sa dernière Majesté étant restée en tranquille possession du trône pendant cette période. Mais dans le cours de cet été, M. Moïse Maudry surpassa en adresse tous ses compétiteurs, et fut en conséquence élevé sur le trône par les suffrages unanimes des juges. | Du théâtre de ses exploits il fut reconduit jusque chez li?
1 T1 s’y maintint une vingtaine d'années.
2? M. Maudry avait dû préalablement se rendre à la Maison de Ville, pour annoncer et faire approuver sa royauté, et obtenir du Conseil les priviléges accoutumés, entre autres celui de faire battre la caisse pour le prix franc, ainsi que l'autorisation de disposer d’un certain nombre de corps de milice pour la fête d'usage, que les magistrats étaient priés de vouloir bien honorer de leur présence,