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CHAPITRE III

par les syndics, au milieu des acclamations du peuple. Quelque temps après, le jour même de sa fête, 17 août, un camp fut dressé dans une plaine située hors des portes de la ville (Plainpalais).

Là, toutes les forces militaires, tant à cheval qu’à pied, de la République, furent réunies et divisées en deux armées distinctes. ! Elles alloient, en l’honneur de Sa Majesté, donner la représentation d’une bataille, pour laquelle tous les combattants avoient préalablement étudié leur rôle.

Ce drame guerrier, très-ingénieux, avoit été composé par l’un des révérends ministres, qui passe pour avoir un génie militaire très-étendu.?

Pour que les dames et les personnages distingués, étrangers au conflit, pussent jouir du spectacle à leur aise et en toute sécurité, un vaste amphithéâtre de siéges leur avoit été préparé à distance convenable du champ d’action.

Tout étant prêt, les syndics, les conseillers, les étrangers de distinction et les parents et amis du Roi s’assemblèrent au palais de Sa Majesté, bonne petite maison située dans une ruelle

? l de la basse ville. De ce palais, le cortège partit dans l’ordre e suivant :

En tête Sa Majesté, flanquée des deux plus anciens syndics.

Puis le duc de H(amilton) avec les deux autres.

* Venoient ensuite lord St(anho)pe, $ le prince Gallitzin, M. Cl(ive), fils de lord Clive, M. Gr(envi)lle, fils du dernier

1 On avait accordé au roi, pour faire honneur à sa fête, non pas «toutes les forces militaires,» mais la compagnie bourgeoise de piquet, les corps des dragons et des grenadiers, et de l'artillerie. De fait, la fête dura deux jours, parce que le premier jour fut si pluvieux que la foule accourue À Plainpalais, fut dès six heures du matin trempée jusqu'aux os. La bataïlle fut remise au lendemain et il y eut ainsi deux banquets au lieu d’un.

2 Peut-être le ministre David Chauvet. Ses lettres nous le révèlent comme passionné pour les exercices militaires.

3 Son fils, lord Manon, élevé à Genève, commandait ce jour-là l’un des corps

de dragons ; ceux-ci étaient habillés de rouge, galonnés d’or, plumet au chapeau. Ils étaient précédés de timbaliers à cheval, battant la marche des dra-

ministre d'Etat, M. St-L(eger) et plusieurs autres gentils-

. hommes anglois invités à la fête.

Après eux le Conseil des Vingt-Cinq; les amis et parents du Roi fermoient la marche.

Ils paradèrent dans cet ordre par la ville, précédés d’une bande de musique qui, comme vous le pensez bien, jouoit les morceaux les plus belliqueux de son répertoire.

Lorsque cette procession arriva à la plaine où les troupes avoient pris position, elle fut saluée par les officiers. Puis ayant fait le tour complet des deux armées, le Roï et toute sa suite prirent place sur l’amphithéâtre préparé à cet effet.

Cependant, depuis quelque temps déjà l’impatience des troupes se trahissoit par des signes non équivoques, et lorsque le Roi eut pris place, leur ardeur ne put être contenue plus longtemps. Elles demandèrent bruyamment à leurs officiers de les conduire à la gloire. — Le signal fut donné. Les guerriers marchèrent à l’attaque de l’air le plus résolu.

Sachant qu’ils combattoient sous les yeux de leur Roi, des syndics, de leurs femmes, enfants, mères et grand’mères, ils dédaignoient jusqu’à l’idée de la possibilité d’une retraite. Imperturbables au milieu du feu le plus nourri, ils Sourioient au tonnerre des canons, et semblables au cheval dans Job, au son éclatant des trompettes ils répondoïent a! Ha!

L’ingénieux auteur de la bataille avoit pris soin de l’orner de divers incidents agréables.

Ainsi, une embuscade fut dressée derrière quelques arbres par l’une des deux armées pour surprendre lennemi. Le coup réussit à point, quoique l’embuscade fût postée de façon à être aperçue des deux armées et de tous les spectateurs.

Un convoi de provisions qui s’avançoit vers l’un des deux partis, fut attaqué par un détachement de l’autre ; et après

gons. En 1771, lord Mahon avait donné une fête splendide en qualité de «Commandeur du noble exercice de l’Are. » Son père et lui venaient d’être gratifiés de la bourgeoisie genevoise,

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