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innés de l’ordre social, l’égoisme qui fait le fond de leur caractère les empêche d'arriver à la notion de l’altruisme » (1).
3 C’est, croyons-nous, à cette faiblesse de la volonté qu'il faut rattacher leur AMOUR DU VAGABONDAGE, L'INSTABILITÉ, dont ils font preuve à tout instant. Une étude de Bénédikt met bien en relief ce caractère : « Il y a, ditl, des individus, comme des races entières, chez lesquels le vagabondage est congénital. Le premier élément constituant, c’est la neurasthénie physique, morale et intellectuelle. Chez les vagabonds, la neurasthénie morale, et principalement la faiblesse de la volonté est dominante. Aussi ils travaillent sous une pression morale, tandis qu'ils sont incapables de travailler en libérté. » @).
4 Celte conscience limitée et l'absence plus ou moins grande de volonté sont le résultat des défectuosités intellectuelles de ces malades, qui se montrent dès la plus tendre enfance : mauvais élèves à l’école, ils suivent péniblement les classes des enfants de leur âge (obs. 1, etc.). À l’âge adulte leurs conceptions sont généralement faibles ainsi que leur jugement. Campagne l'avait bien remarqué quand il disait en parlant de nos malades : « Leur état repose plutôt sur l'insuffisance de certaines facultés que sur leur désorganisation : C’est une maladie par défaut plutôt que par excès et par perversion des fonctions psychiques. » (*). Il y a chez eux à côté d’un état de DÉBILITÉ INTELLECTUELLE, un état de débilité volitionnelle qui les met dans un état d'infériorité notable.
5° Un des symptômes les plus apparents qui existent souvent chez nos malades, c’est L'IVROGNERIE SUIVIR D’ALCOOLISME.
(1) DALLeMAGNE (Dégénérés et déséquilibrés).
(2) Benenixr (Annales d'hygiène, 1890).
(3) Linas (Dictionnaire de Dechambre : Article Aliénés).
C'est d’abord l'ivresse simple durant quelques heures ; mais au bout de quelques rechutes l'alcoolisme paraît, conservant les mêmes caractères que cette ivresse, mais à un plus haut degré. Nous avons vu que chez nos malades, c’est la démence du sens moral, l’anéthie (Forel) qui prédomine. « Or il êst clair qu’en pareil cas il faut une compensation bien forte du côté de l'intelligence ou de la volonté pour que les habitudes de boisson une fois prises le sujet soit capable de demeurer abstinent, car il n’a ni honte, ni remords de ses actes, n'étant pas susceptible de pareils sentiments qu’il n’a jamais eus ni compris. Et l’on comprend de plus que l’idiot moral devient plus facilement ivrogne, et que lorsqu'il l’est il soit fort dangereux et encore moins capable qu’un autre de se retenir de commettre des actes délictueux » ('). Ces sujets sont en effet dangereux dans leurs actions de par leurs dispositions vicieuses ; mais ils le sont bien davantage encore sous l’influence de l'alcool et ils commettent alors de préférence ces actes violents, impulsifs, ces nombreux délits, ces tentatives de suicide ou de simulation pour lesquels on les amène à la prison ou à l'asile.
C’est là un de leurs caractères cliniques les plus appréciables, à tel point qu'on les a appelés « les aliénés à séquestrations multiples ». () Leurs séquestrations, en effet, comme leurs condamnations, peuvent atteindre un nombre relativement considérableen un petitnombred'années,(obs.11). Is présentent chacun un fait commun que nous avons retrouvé chez presque tous, c'est la tendance aux évasions el la fréquence de ces évasions ; celles-ci sont préméditées, ordinairement ; elles coincident avec les premiers jours de
(1) LeGnain et ANTmeAuME (Rapport sur l'Assistance des Alcooliques. Conseil général de la Seine. Archives municipales, 1899). (2) Lucas : Les Aliénés à séquestrations multiples (Thèse Paris 1892).
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l’année, avec des jours de fête, avec des jours promis par le médecin comme sortie définitive pour leur faire prendre patience, ou à la suite de requêtes adressées par ces malades et suivies de certificat concluant au maintien.
Ces deux caractères sont assez typiques pour inviter fortement au diagnostic, la simulation étant écartée.
En résumé, les individus que nous étudions et dont nous venons d’esquisser les caractères morbides possèdent des anomalies du sens moral, de la volonté, de l'intelligence, qui les éloignent de l’homme considéré comme normal et en font de véritables malades, proches parents des aliénés, par conséquent des sujets dont la responsabilité se trouve de ce fait considérablement amoindrie.
Nous devons insister néanmoins, en nous plaçant surtout au point de vue de la pratique journalière, sur l'existence réelle de ce groupe de malades. À priori, en effet, on serait tenté, en lisant la description qui précède, de décerner à ces sujets tous les attributs des persécutés persécuteurs. Comme ces derniers, ils ont souvent, en effet, des aliénés dans leur famille, des perturbations morales et affectives de l'enfance et de l'adolescence, la même vanité, la même rareté de troubles hallucinatoires ou délirants, une tendance analogue aux actes répréhensibles et aux réclamations ; comme eux enfin de la déséquilibration intellectuelle et morale. Mais en creusant plus profondément le type de nos malades, on y trouve des caractères cliniques les différenciant des persécutéspersécuteurs. |
Peu à peu ce dernier systématise son délire; quand il a fait choix de son persécuteur, c’est un ennemi contre lequel il s’acharne avec une ténacité remarquable. À partir de ce moment, sa conduite et ses actes sont commandés absolument par ses idées dominantes, cette préoccupation devient tout le
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but de ses pensées. Puis peu à peu son délire prend une « forme extensive » (Ballet), en se propageant successivement de proche en proche à de nouvelles directions maladives. Il en arrive à identifier sa cause avec celle de l'humanité, à se poser en soutien des opprimés, en défenseur de la justice et du droit. Il met au service de sa passion morbide toutes ses facultés, souvent très développées.
Nos malades, au contraire, sont beaucoup plus frappés au coin de la débilité mentale. Ils ne présentent pas, d'autre part, d'orientation fixe dans le mal à commettre : «Ils subissent l'influence de toutes les impressions qu’ils ressentent. La première idée qui traverse leur esprit devient une cause puissante d’excilation qui les porte tout à coup aux actes les plus regrettables ».() Ils ont de l'instabilité mentale, de la diffusion dans les acles; leur état mental vagabonde comme leur personne physique. On ne trouve pas par conséquent dans le délire de leurs actes celle extension progressive particulière au perséculé perséculeur. De faitetnon d'intention, ils sont les persécuteurs des médecins qui les soignent en semant la discorde dans leur service et en les fatiguant de leurs réclamations. Ici les perversions morales atteignent parfois un degré tel qu’elles dominent les autres imperfections de l’organisalion. Les défectuosités de l’intelligence, qui ne sont pas toujours absentes, n’occupent alors que le deuxième plan.
C'est, du reste, ce qui les sépare des monomaniaques raisonnants, avec qui on serait au premier abord tenté de les confondre, comme l’hisiorique nous la montré. Chez ce dernier il y a une suractivité de fonctions intellectuelles. L'esprit n’a rien perdu de sa logique. Une observation plus
(1) Daconer (Traité des Maladies mentales, 1894).
attentive permet néanmoins de découvrir la déséquihbration de l'esprit qui a peine à se fixer. Nos malades, au contraire, dans toute leur existence, apparaissent comme des êtres immoraux, incapables de s’adapter aux exigences de la vie sociale ; leur vie entière, depuis l'enfance, n’est qu'une suite d'actes incorrects, souvent incohérents et répréhensibles.
D'après ce qui précède, le doute n'est plus permis; ces fléaux de la société que sont nos malades sont des psychopathes; mais cette opinion que nous soutenons ici n'est cependant pas admise par tout le monde, etil y a des médecins, voire des jurisconsultes distingués, qui regardent ces individus soit comme des sujets responsables, c'est là une première manière de voir, soit comme des vicieux simulateurs, ce qui leur vaudrait, si cela était vrai, un redoublement de rigueur pénale.
Sont-ils de simples vicieux, ivrognes quelquefois, délinquants toujours, criminels dans le sens le plus large du mot ? Le dénûment de sens moral, dira-t-on, est ce qui caractérise une nature criminelle. « Mais quand on voit de jeunes enfants, longtemps avant qu'il leur soit possible de savoir en quoi consistent le vice et le crime, s’adonner aux vices les plus exagérés avec une facilité instinctive et comme par une propension au mal inhérente à leur nature ; quand on s'assure que ces enfants sont les descendants de fous héréditaires, et quand enfin l'expérience prouve que le châtiment n’a sur ces Jeunes êtres aucune action réformatrice, il est certes prouvé que l’imbécillité morale est un fait » (!). Pour commettre une mauvaise action, l’homme est obligé de vaincre les scrupules de sa conscience, scrupules innés ou acquis par l'éducation, de vaincre le respect de la loi et la crainte du châtiment. Les
(1) Maupscey (Crime et folie).
délits que commettent nos malades le sont souvent avec une conscience plus ou moins complète, en agissant dans un but intéressé, mais comme l’a dit Lacassagne : « C’est la volonté accomplissant un acte et non l’acte lui-même qui fait le crime. » Or nos malades ont la faiblesse de volonté, qui en les rendant criminels leur enlève leur libre arbitre et diminue leur responsabilité. Ils comprennent, quoiqu'ils ne le sentent pas, que le vol est un délit et n’en ignorent pas la sanction. Comme les enfants, ils pensent toujours ne pas être pris ou y réfléchissent fort peu et suivent leurs instincts.
Il a été soutenu aussi à la Société médico-psychologique que ce sont des simulateurs. S'ils simulent, c’est dans un but intéressé, pour échapper à une condamnation ou pour se mettre à l'abri du besoin pendant quelque temps. On a lieu alors de s'étonner de les voir commettre des actes en opposition avec le but qu'ils poursuivent. Comment expliquer, en effet, cette inconséquence qui les fait s'évader quelques jours après leur entrée ? On comprend encore moins qu'ils s'internent volontairement en été, la saison la plus propice au vagabondage, et qu'ils s’évadent de l'asile en hiver, époque où ils savent combien la vie leur sera difficile en liberté ! Même dans cette simulation, quand elle existe, nous remarquons donc cette inconséquence, cette instabilité qu'une analyse psychologique attentive fait découvrir à chaque instant dans leur individu. Dans le cas, en effet, où ils voudraient tirer parti de leur état pathologique en l’exagérant momentanément, n’'est-on pas en droit de penser qu'il s’agit là en particulier de ces aliénés simulateurs décrits par Mairet, et dont la simulation est en partie l'expression de leur déséquilibration congénitale ?
Nos malades sont en somme des déséquilibrés, tenant de l'aliéné et du criminel, accidentellement et pas fatalement alcooliques, faisant partie de la grande classe des dégénérés
(mais qui dit dégénéré ne dit pas aliéné), méritant une place particulière parmi les fous moraux : ce sont les cousins-germains des maniaques raisonnanis et des persécutés persécuteurs.
Leurs antécédents héréditaires plus ou moins chargés, les maladies de l'enfance ou de la jeunesse expliquent les anomalies psychiques qu'ils présentent. « J'ai fait voir, dit Maudsley, qu'un des résultats de l'influence héréditaire des ascendants fous ou épileptiques sur les descendants est un manque total ou une absence totale de sens moral avec ou sans imperfeclion correspondante de l'intelligence (!). » Mais les sentiments moraux sont chez l’homme le produit de deux facteurs, l’hérédité et l'éducation. « Lorsqu'il survient des dispositions morales et affectives vicieuses chez un sujet normalement constitué, c'est qu'il s’est trouvé placé dans des conditions de milieu spéciales (?). » L'alcool achève d’émousser la circonspection de ces déséquilibrés dont Motet dit exactement : « Dire que ce sont des aliénés confirmés, ce serait aller trop loin ; les traiter en gens raisonnables, ce serait commettre une erreur non moins grave. La vérité est entre ces deux extrêmes (*) ».
(1) Maupszey (Loc. cüt.).
(2) MaGnan (Enfance des criminels).
(3) Morer : L'Encéphale (1886).
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