DESCRIPTION GÉNÉRALE
Nous trouvons signalés dans les différents auteurs les symplômes présentés par les malades qui font l'objet de ce travail et qui leur ont valu d’être désignés tour à tour sous le nom de monomanes, de fous moraux ou sous l'appellation plus extensive de dégénérés héréditaires.
Ceux de nos sujets dont nous avons pu recueillir les antécédents comptent des aliénés, soit dans leurs ascendants directs, soit parmi les membres rapprochés de leur famille. Nousciteronsl’obs.(r), dont l'hérédité est si chargée, l’obs.(xv), dont un grand-père est mort aliéné et un frère s'est suicidé ; dans d’autres c'est l’hérédo-alcoolisme que l'on rencontre. Les antécédents personnels sont riches au point de vue des accidents de l'enfance et de la jeunesse : fièvre typhoide, obs. (vi), coups sur la tête, chute ayant produit des accidents cérébraux comme le sujet de l'obs. (ir) en est un exemple frappant.
Commecheztouslesdégénérés,les difformités ou tout au moins les irrégularités physiques sont fréquentes : l’asymétrie de la face plus ou moins netteest notée dans beaucoup d'observations, les malformations des oreilles, absence d'ourlet ou adhérence
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du lobule, ne sont pas rares ; la microcéphalie est très notable, obs. (xv) ; le strabisme se trouve ainsi que la blésité, obs. (1) ; l'implantation vicieuse des dents, la voûte palatine déformée et ogivale sont également notées.
À ces déviations physiques correspondent des déviations mentales caractéristiques ; dès l’enfance ces sujets ont une tournure de caractère et des tendances qui surprennent tout d'abord et plus tard font le désespoir des parents, obs. (vi). Ils sont capricieux, égoistes à l'excès; ils ne manifestent pour leurs parents aucune affection ; ils sont dissimulés, menteurs, calomniant volontiers les personnes qu'ils ont eu l’occasion d'approcher. Dès l’école ou le collège ils montrent d’habilude des facultés intellectuelles très inégalement pondérées et faibles dans leur ensemble ; ils se font remarquer par leur inaptitude à se plier à la discipline commune. Incapables de se soumettre à une règle quelconque ils se font renvoyer des institutions où on les place et après avoir erré d'établissement en établissement, obs. (r), après de vaines tentatives, ils font souvent pendant l'adolescence ‘un séjour plus ou moins long dans les maisons correctionnelles. Il est en effet nécessaire le plussouventdeles soumettre àune surveillancerigoureusefaute de laquelle ils se livrent aux actes les plus répréhensibles.
Arrive alors pour eux la période du service militaire : ils s'y montrent rebelles, indisciplinés, s’attirant continuellement des punitions, peuplant les compagnies de discipline, obs. (1, vendant leurs effets, obs.(xin), désertant et souvent échouant sur les bancs des conseils de guerre.
Rentrent-ils ensuite dans la vie civile, ils reprennent la vie vagabonde et errante qui sera la caractéristique de leur existence, passant leur temps entre l’asile et la prison. À cet âge, ordinairement en révolte ouverte avec leur famille et ne se sentant plus aucune tutelle, ils nouent des relations ina-
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vouables, deviennent ivrognes, éhontés et joueurs indélicats, souteneurs et mignons, se plaisant de préférence dans la société des irréguliers et des déclassés comme eux, obs. (1). « Mais leur instabilité mentale ne leur permet pas de se fixer, el ils sont en général aussi incapables de poursuivre longtemps l'exercice d’une profession même inavouable que celui d’un honnête métier. » (!) En définitive ils mettent l'anarchie partout où ils se trouvent et soulèvent partout la répulsion et la haine.
Tel est, considéré dans ses grandes lignes, le type classique des individus qui nous occupent. Ils présentent done, à côlé des signes physiques, des troubles psychiques, sur lesquels nous voulons insister, car ils les caractérisent.
1° LE DÉFAUT DE DÉVELOPPEMENT DU SENS MORAL ET L INCA- PACITÉ DE L'ACQUÉRIR sont les premiers caractères de nos sujets. Le sens moral est en effet le résultat de l'éducation. Tous les penchants, tous les désirs, auxquels ils cèdent sans résistance, sont égoistes : leur conduite parait gouvernée par des motifs immoräux auxquels ils se compiaisent et cèdent sans la moindre envie apparente d'y résister. Semblables à l'enfant, le sentiment du droit et du devoir leur est inconnu. « Ils s’abreuvent comme lui de sensalions nouvelles et se forment des choses et de leurs rapports des conceptions entachées d’absolutisme ; ils se distinguent par le caractère réflexe et automatique de leurs actes, par la mobilité ou la fixité irraisonnée de leurs résolutions. » (?)
Is connaissent leurs besoins, mais ne comprennent pas que la société ait le droit de se garantir. Ils pensent avant tout à la salisfaction d'accomplir ce qui leur fait plaisir. 1] y a
(1) Bazuer (Trailé de médecine). (2) Sema (Congrès de Bruxelles, 1875).
ne
en somme chez eux une insensibilité morale étonnante, mais comme d’un autre côté, ils sont doués de certaines qualités intellectuelles et surtout de grands besoins, ils se mettent hors la loi. « Chez les uns la conscience est presque absente ; ils discernent avec peine ce qui est bien de ce qui est mal ; chez d’autres la conscience parle, mais elle est impuissante à influer les déterminations parce qu’elle n’est secondée par aucune des tendances émotives qui portent l’homme vers le bien ; chez d’autres enfin les tendances émotives vers le bien existent, mais elles sont trop faibles pour lutter contre celles qui entraînent l'individu au courant de ses désirs et de ses passions. Il ne s’agit plus seulement ici de ces quelques tendances perverses qui font partie intégrante du caractère de beaucoup de dégénérés : la vie depuis l'enfance jusqu’à l’âge avancé esl un tissu d'actions incorrectes, absurdes, souvent délictueuses. » ()
20 Un autre point à noter, c'est la FAIBLESSE DE LA VOLONTÉ chez ces individus. « Vouloir, dit Ribot (?), c’est choisir. Entre le moment du désir qui est la période d’excitation et la période motrice, apparaît un fait psychique capital : la volition montrant que la première période finit et que la seconde commence. À ce moment la volilion seule existe, c’est-à-dire un choix suivi d'actes. Pour que celte volition se produise, un ensemble de condilions est nécessaire qui s'appelle la volonté. » Chacun agitet pense commeilsent. Unacte volontaire, c'est la conscience de l'acte. Or précisément nos sujets ne peuvent choisir. On développe la volonté ou plutôt les volitions par les sentiments, el surtout par la douceur et la crainte. Ces malades ne cèdent qu'à la force. « Adversaires
(1) Bazzer (Loc. cit.).
(2) Risor (Les Maladies de la volonté).