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nos malades. Depuis l'enfance jusqu’à l'époque actuelle, leur vie a été une suite d'actes délictueux, d'arrestations, d’internements, d'évasions. C’est le sujet de l’obs. (1) avec 10 internements, celui de l’obs. (1) avec 20 affaires judiciaires, 86 internements, 5 évasions. Dans six cas (obs. 1, 11, 11, VI, XII, xv) nous trouvons une hérédité chargée, soit des aliénés ou des alcooliques dans leurs ascendants directs ou les collatéraux. Dans quatre cas (obs. 1v, vu, x, x11) l’hérédité nous est inconnue, mais les stigmates physiques qu’ils présentent (obs. 1v), l'excentricité de leur vie depuis leur plus tendre enfance nous ont autorisé à reconnaître comme légitime cette notion de l’hérédité vésanique et nous ont permis de les rapprocher de ceux dont l'histoire est plus complète.
Chez quelques-uns, l'alcool n'intervient en aucune part (obs. 1); chez d’autres, quand il apparaît, c’est assez tardivement dans l’adolescence et ne fait que compliquer la scène. Chez tous enfin, qu'ils aient passé par la prison ou par l'asile, ou par les deux successivement, on ne constate aucune amélioration : ce sont toujours des troubles, des réclamations, des évasions.
Asile Sainte-Anne. — Service du Docteur DUBUISSON
Ogservarion I (Personnelle).
Débilité mentale. — Perversion morale. — Sligmates physiques de dégénérescence ; hérédité vésanique et alcoolique. — Convulsions dans la première enfance, — Instabilité mentale. — Nombreux acles délictueux. —
Une condamnation judiciaire. -— Deux internements.
Alph., âgé de 24 ans, entre pour la première fois à Sainte- Anne le 22 juin 1899.
A. H. -- Père vivant. Agé de 56 ans. Bien portant, alcoolique, n’a jamais été interné. Pas d’épilepsie. Mère 50 ans.
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Bien portante. Une sœur 30 ans, institutrice. Bien portante. Un frère 28 ans, habitant Paris, où il était poète ? Très tranquille. Mort dernièrement tuberculeux. Un frère 27 ans. Pharmacien. Bien portant. Un frère 18 ans. C’est une forte tête, il est employé à la pharmacie de son frère. Un frère 16 ans. Boursier à Saint-Louis. Une tante morte aliénée.
A. P. — Né à Limoges en 1875. À quatre mois convulsions très fortes, ne sait pas à quel âge il a marché, nisiila uriné au lit. Mis à l'asile jusqu’à l’âge de 6 ans. Enfant désobéissant, se mettant facilement en colère.
À 6 ans mis à l’école primaire. De 6 à 10 fait quatre ou cinq écoles. Il ne travaillait pas et faisait volontiers l’école buissonnière. Il apprenait assez facilement, mais quand un professeur lui disait quelque chose il l'envoyait « promener », il était cependant sensible aux reproches de ses parents, « mais deux minutes après, il n'y pensait plus ». À eu son certificat d'étude à 13 ans. À ce moment aurait volé de l’argent à son père À 14 ans il entre au Lycée, qu'il quitte un an après en y laissant la réputation d'un mauvais élève. L'étude ne lui plait pas; il veut apprendre le métier de son père. Onanisme fréquent.
Il entre chez un premier patron, pâtissier ; il y reste 7 mois avec beaucoup de peine et enfin est mis à là porte comme « trop turbulent ». Son père le prend chez lui jusqu’à 17 ans, et à cet âge ne pouvant plus rien en faire, il l'envoie à Paris où il va commencer sa vie vagabonde. Fait plusieurs maisons de cuisine ; il y restait un mois ou deux, quittant volontairement, par un coup de tête, ses patrons, ou se faisant renvoyer. Après son travail, le soir, 1l allait faire la « bombe » avec le peu d'argent que ses parents lui envoyaient. Renvoyé d'une dernière maison, il aurait « bricolé » à droite et à gauche pour vivre, faisant notamment des écritures chez un M. R..., négociant, à qui un soir de février 1894, il trouva le moyen de dérober 300 francs « sans réfléchir plus loin » ; quand il a été en possession de l'argent, il a eu « peur de la police », mais n'avait aucun remords ; du reste « il n’a jamais compris la morale. » Il parvint à dépister les agents lancés à ses trousses, et partit à Lyon « faire la noce », ayant d’abord soin de se bien habiller, puis lorsqu'il ne lui resta plus que quelque argent, il rentra à Limoges dans sa famille, où ses parents intrigués de son élégance relative, le questionnèrent
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sans réponse. Il resta là quelques mois, sans rien faire, puis le 24 juin il part pour Genêve, en quête de nouvelles aventures. Il reste deux mois dans cette ville, cherchant en vain, dit-il, du travail. Il volait des cornes de bicyclette qu'il revendait pour vivre, ou empruntait à des camarades de l'argent qu'il ne rendait pas. Ensuite il rentre en France par Aix-les- Bains; pendant les 24 heures qu’il y séjourne, il trouve moyen de voler une bicyclette dans un corridor, et enfourchant l'instrument, il s'enfuit à Modane où il reste quinze jours comme plongeur. Au bout de ce temps, il se bat avec son patron, vend 100 francs sa bicyclette, et, prenant le train sans billet, il réussit à arriver à Limoges sans se faire arrêter. : C'est, du reste, un expédient qu’il emploiera souvent avec succès. Arrivé dans sa famille, son père réussit quelques jours après, en septembre, à l'envoyer à Rochefort pour s’engager. Mais on ne l’accepta pas, dit-il, à cause de sa mauvaise dentition, et sa vue basse. Néanmoins il reste 15 jours à Rochefort, sans travail, y vole une montre et part pour Bordeaux où pendant un mois il travaille comme cuisinier ; une discussion survint avec son patron qui le met à la porte. I se décide alors à partir pour Paris, mais arrivé à destination, il ne reste que quelques heures dans la capitale, « croyant qu’on le guettait. » Il part pour Marseille sans billet, et arrivé à la gare, ayant éprouvé de la difficulté à en sortir, il va trouver le chef de gare, à qui il réclame des colis qui, dit-il, lui sont adressés, et par ce moyen parvient à passer sans billet. Il passe à Marseille le mois d'octobre comme cuisinier, entre ensuite dans un bar anglais, qu’il est obligé de quitter quelques jours après, à la suite de quelques excès de boissons, I] va alors à Cannes, où en passant devant une épicerie, 1l s'empare de quelques kilogrammes de chocolat. Il est condamné pour ce fait à 16 fr. d'amende avec la loi Bérenger. Il file alors à Nice ; un vieux monsieur, épicier en gros de la ville, le rencontre sur une promenade de la ville, en train de pleurer, et s’apitoie sur son sort ; il le fait entrer dans sa maison, et en récompense, Alph. le quitte quelques jours après pour entrer dans une fabrique de chocolat, où « il s’est permis pas mal de choses. » Il faisait la place et donnait couramment en échantillon un quart de chocolat au lieu de 1 kilogramme comme cela devait être. Il vendait le reste. Après deux ou trois mois de ce métier, il finit par se faire renvoyer, et essaye en vain
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d'entrer dans une autre maison d’épicerie ; on lui soumet là une lettre constatant qu'il avait été condamné pour vol à 16 fr. d'amende, il nie l'évidence et s’en va à Marseille. Au bout de quelques jours il s’embarque pour Alger (février 1895), avec 19 fr. dans sa poche. Sur le bateau, il vole 200 fr. à un voyageur, et arrivé à Alger, son premier soin est de faire la noce. Il s'habille bien, descend dans le plus grand hôtel d'Alger, et au bout de deux ou trois Jours, n'ayant presque plus d’argent, il reprend le bateau pour rentrer en France. Pendant tout ce temps, sa famille est sans nouvelles de lui, car « quand il fait des bélises, 1l a soin de ne pas écrire ‘à ses parents. » Après avoir vagabondé dans plusieurs villes de France, où il avait déjà opéré, continuant la série de ses escroqueries, il se trouve en juillet 1895 à Bordeaux, sans argent pour vivre. Il trouve à entrer chez un individu qui donnait des auditions de phonographe. « C'était, dit-il, un recéleur qui m'a roulé ». Aussi 1l ne peut s’accorder long-
temps avec cet homme, et en le quittant il se retrouve sur le pavé sans le sou, et poussé par la faim, il vole en compagnie d’un individu de son espèce, des pigeons à un étalage. Arrêté pour ce fait, il passe en jugement, prétend que ce n’est pas lui le coupable, et ayant injurié le tribunal, il est condamné à 15 mois de prison, qu'il purge dans une prison auprès de Bordeaux. Il aurait eu là de violentes crises de colère, et, dit-il « à la prison on devient bandit. » C’est pendant le temps qu'il passe en prison qu'il tire au sort, et est envoyé d'office aux compagmies de discipline le 26 décembre 1896. Il resta 21 mois au régiment. Sa conduite y montra son caractère indisciplinable, méchant, coléreux. « Au commencement cela allait bien, » mais peu à peu on lui a fait des misères. Il y passa sa vie entre la cellule (10 mois) et l'hôpital, menaçant de se tuer, cassant des carreaux, s’évadant, simulant, il le dit lui-même, l’aliénation mentale, grâce à quoi du reste, il fut acquitté au Conseil de guerre, et finalement, l'autorité militaire ne pouvant en rien faire, il fut réformé pour hystérie, « le major lui ayant dit cependant qu'il n’était pas bien malade. » Le voilà done revenu en France en août 1898. Il arrive à Limoges, où il se repose pendant trois semaines dans sa famille, sans faire « trop de bêtises. » Mais sa famille ne peut le garder à rien faire. Son frère, pharmacien à Paris, consent à lui venir en aide, et il le fait venir
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chez lui (7 septembre 1898). Pendant un mois, il lui rend quelques services, rince les bouteilles, etc., tout cela avec de fréquentes leçons de morale. Selon lui, il faisait cependant bien son métier. Aussi ne peul-il supporter plus longtemps ces réprimandes ; il planta là son frère, et partit avec 2 francs dans sa poche. Pendant les 6 mois qui suivirent il se fit camelot, vendant des articles de Paris, de la parfumerie, du papier à lettre, et gagnant, dit-il, honnêtement sa vie, ce qui lui permettait de « faire la noce. » Aussi au milieu de tous ses excès sa santé devenait un peu chancelante, ce que voyant ses parents le décidèrent à partir pour Gayon (Seine-et-Oise) fre de la maçonnerie. Il devait mener là une vie régulière qui, en lui procurant le moyen de gagner quelque argent, lui permettrait de se rétablir promptement. Cette vie régulière, il ne peut la supporter plus de huit jours et il revient à Paris, soi-disant parce qu'on ne le payait pas (mars 1899), et il reprend son métier de camelot. Le 17 avril suivant, après une journée passée dans un estaminet avec des individus de son espèce, 1l ne peut payer ce qu’il a consommé ; on le fait arrêter, il est poursuivi pour « filouterie d’aliments ». Son certificat de réforme au service militaire fit doutér de son état mental, et M. le D° Dubuisson fut commis pour l’examiner. À la suite d'un non-lieu, il fut transféré, le 22 juin 1899, à Sainte-Anne, où nous avons eu l’occasion de l’examiner. C’est un garçon vigoureux, solidement bâti, à la figure imberbe, efféminée, avec un faux trait du regard, aux grandes oreilles détachées de la tête, à la voûte palatine ogivale. Implantation vicieuse de la première incisive supérieure. Blésité légère. A son entrée, il est très calme et se laisse facilement examiner. Pas de traces d’hystérie ni d’alcoolisme. Il raconte volontiers sa vie, ne mettant pas dans son récit tout l'ordre désirable, grâce à « sa mémoire embrouillée ». « Il y en aurait des volumes, dit-il d’un air satisfait; je ne suis pas bête, loin de là, mais j'ai toujours été servi par la malechance. On s’est toujours occupé de mes frères et pas de moi. C'est pourquoi j'ai mal réussi». A l'entendre, saurait parfaitement bre, écrire, compter, etc... et ne réussit pas à résoudre les calculs assez simples. Et quand on lui cite l’un des nombreux faits répréhensibles de son histoire, il n’y voit aucun mal, car il avait l'intention « de rigoler d’abord, de travailler ensuite ». À son entrée, il raconte avec calme que son premier soin,
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lorsqu'il sera en liberté, ce sera d’intenter un procès où il demandera 20,000 francs de dommages et intérêts au restaurateur qui l’a fait arrêter. Car «il n’est pas coupable et quand on n'a rien fait on est fort. Les sergents de ville sont de sales individus ». Il passe quelques mois à l'asile assez tranquille, grâce aux promesses qu'on lui fait de le faire sortir prochainement; il travaille un peu, de temps en temps fait des réclamations, ou a des discussions avec d’autres malades ; il sort de temps à autre sous la surveillance d'un de ses frères, rentre sans trop de difficullés, et cela jusqu'en novembre 1899. Le 28 novembre il obtient une permission de 24 heures dans les conditions ordinaires. Il discute fortement avec son frère la question de sa sortie définitive, et comme celui-ci fait encore des difficultés, il profite d’un moment d'absence de son frère pour s'enfuir. « Il rencontre, dit-il, quelques copains, et après avoir fait la noce sans se griser cependant, il prend le train à la gare du Nord avec un billet de trente centimes. Il avait l'intention de filer en Belgique. » Mais il se fait arrêter à la frontière pour vagabondage, et conduit à la prison d’Avesnes, il argue de son récent internement à Sainte-Anne pour ne pas passer en jugement. Sur des démarches pressantes d’un de ses frères 1l est ramené à Sainte-Anne. Nous avons eu l'occasion de l’examiner à son retour (7 décembre). Il a contracté pendant sa villégiature une blennorrhagie aiguë. Ensuite, outré des mauvais traitements qu'il aurait vu infliger aux malades de l’Asile de X pendant les quelques jours qu’il y a passés en attendant son relour, il veut se porter l’accusateur de ces ignominies devant l'opinion. Nous lui faisons remarquer qu'il devrait plutôt penser à son avenir que de vouloir faire de telles réformes: « On n’a, dit-il, qu'à me mettre en liberté, et l'on verra si je suis capable d’y vivre et d'y gagner ma vie. Si ce n'est pas malheureux de passer sa belle jeunesse dans des maisons semblables ! » Dans les quinze Jours qui suivirent son retour, il a fallu le changer deux fois de quartier parce qu'il cherchait querelle aux infirmiers ou aux malades, et ses fréquentes réclamations obligent à faire exercer sur lui une grande surveillance. Depuis, il a appris récemment la mort de son frère ainé, qu'il nous a annoncée sans la moindre émolion.
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Asile Sainte-Anne, — Service du Docteur MAGNAN.
OBservarION II (Personnelle) (1).
Débilité mentale. — Perversion morale.— Mauvais instincts. — Impulsions sous l'effet de l'alcool. — Simulation. — Hérédité. — Traumatisme crânien dans la première enfance. — Nombreux actes délictucux.— 5 internements. — Evasions. — 8 entrées à l'Infirmerie spéciale.
Alb..., âgé de 28 ans.
A. H. — Père alcoolique, très violent, mélancolique. Mère a toujours été bien portante. Trois sœurs : une de 82 ans, infanticide avant de se marier. Reconnue irresponsable. Apprenait bien, travaillait bien, mariée à 21 ans et habite l'Auvergne. Ne s'occupe pas de son ménage. Quatre enfants, dont deux sont à l'hôpital de Clermont-Ferrand. Un de 15 ans. Travaille bien, pleure quelquefois pendant une journée. Un de 11 ans. Rien de particulier. Un frère, 13 ans, très doux, bégaye. Un oncle fou qui a commis des détournements.
A. P. —. Enfant du siège, montra, dès la première enfance, une irritabilité singulière, une impossibilité de fixer son attention. N'a parlé qu'à 3 ans et n’a marché qu’à 5 ans. À 3 ans, maux de tête immédiatement suivis de délire. A G ans, il est piétiné par les chevaux d’un omnibus. Pendant 12 ans il va en classe, et sait à peine ire et écrire. Il se masturbe sans trêve et cherche à se livrer à des attouchements sur son frère plus jeune que lui. Il harcèle ses frères et sœurs, injurie sa mère. Il accomplit plusieurs fugues el est ramené par la police, mourant de faim, vêtu en loques,; quand il vagabonde ainsi, il vit de rapines. Vers 18 ans, arrêté pour attentat à la pudeur sur des petits garçons; déclaré irresponsable. Sa famille est obligée de changer de logement plusieurs fois par an, les voisins se plaignent de ses rentrées tardives, des scandales qu’il cause et des menaces qu'il profère. Sur les conseils d’un médecin aliéniste, on l’incorpore dans un régiment, avec l'espoir que la discipline assouplira
(1) Publiée in thèse Lucas jusqu’en 1892.
peut-être son caractère. Réformé au bout de quatre mois pour vols, et reconnu irresponsable. Il rentre dans sa famille et mène la vie irrégulière qu’il menait auparavant. Continue ses menaces envers sa mêre, à qui il extorque de l'argent. Un jour même, il annonce qu'il fera « un bon coup ». Sur ces
aroles, son père se décide à le faire interner. Il est amené, le 13 juillet 1889, à l’Infirmerie du Dépôt, où l'on constate comme stigmate physique de dégénérescence. de l’asymétrie faciale, une voûte palatine ogivale, une prononciation défectueuse. Il est examiné par le D’ Garnier, qui conclut à son internement avec le certificat suivant : « Débilité mentale, perversion des instincts, fugues. Existence désordonnée. Simulation d'accès d’épilepsie (mais paraît avoir eu de véritables accès à la suite d'abus absinthiques exceptionnellement précoces) ». Réformé du service militaire, il raconte volontiers qu'il a joué la comédie pour se faire exempter. De Sainte-Anne, il est envoyé à l'asile de Villejuif, el s’en évade le 14 octobre 1889. Sa mère, faible, plaide sa cause et le fait recevoir dans sa famille. On tente de le placer ; il passe huit jours dans une maison de commerce, d'où il disparaît volant 80 francs à son patron. Il reprend alors sa vie ordinaire. Le 5 avril 1890, nouvel internement à Villejuif, évasion le 81 avril suivant. Le 18 septembre, on l’arrêle pour vol d’une montre ; interné à Villejuif, évasion le 12 octobre 1890 ; 26 février 1891, nouvel internement à Bicêtre, évasion le 30 avril 1891. 2 mai 1891, ramené à l'Infirmerie du Dépôt pour ivresse et remis en liberté. Nouvelle entrée et nouvelle mise en liberté le 11 juin 1891. Le 16 janvier 1892, il se précipite sur un passant, le frappe, croyant reconnaître « un individu qui le poursuit pour lui ouvrir le ventre ». Sous l'influence d’accès absinthiques, on l'envoie à Bicêtre, et quelque temps après sa mère le réclame pour l'emmener à la campagne. À 21 ans, envoyé à Cherbourg dans l'infanterie de marine. Il arrive ivre à Cherbourg, reste déux mois à l'hôpital maritime. Passe de là à l'asile de Pont-l'Abhé, se sauve de l'asile, retourne à la caserne. On le réforme. Revient dans sa famille. En février 1893, syphilis pour laquelle il était soigné 15 jours au Midi. Le 7 juin 1893, inculpé de vol, un non-lieu est rendu en sa faveur, il est interné à Bicêtre. À ce moment, Alb... vit avec une fille qui est modèle pour peintres, et qui est enceinte de lui. À son passage à Sainte-Anne, il écrit au D' Magnan qu'il
avait élé arrêté pour vol d’une montre. « … Je l'ai vendue et j'ai très bien profité de l’argent ». Il signé sa lettre Charlot de Montparnasse et esquissa au bas de la page un dessin représentant ce qu'il appelle « des outils de travail ». Envoyé à Bicêtre. Le 26 février 1894, nouvel internement. A son passage à l’Admission, il avoue être voleur et souteneur, il n'est pas fou, mais une franche canaille. Sa maitresse lui rapporte de l'argent pendant qu'il boit chez «le bistro ». Interné à Bicètre, d’où il sort le 16 juillet 1894. En mai 1896, à la suite d'un pari avec un camarade, il a bu vingt-trois absinthes en un seul jour. Le lendemain revenu à lui. Depuis septou huitjours, il est sujet à des accès d'épilepsie absinthique, et sur un certificat d'un médecin constatant qu’il est atteint d’épilépsie, il est placé volontairement à Bicêtre ; il ne tarde pas à en sortir. Le 926 avril 1897, on lisait dans les journaux, sous la rubrique : « Capture d’une bande : Dans l'après-midi d'hier, quatre individus pénétraient dans la boutique. Quant au quatrième, Alb..., serré de près par un gardien de la paix, il se réfugie sur le palier d’un sixième étage... En dépit de sa résistance, il fut appréhendé ; c'est le chef de la bande et il jouit d’une réputation déplorable. À diverses reprises, il a simulé l’aliénation mentale. Hier encore, il eut une crise terrible. Un instant après, alors qu’on lui prodiguait les soins nécessaires, le malfaiteur échappait aux agents et lentait de s'évader; mais il fut repris et placé sous bone garde ». A la suite d’une ordonnance de non-lieu, il fut envoyé à Bicêtre le 15 septembre et en sortit quelque temps après. Le 4 février 1898, le docteur Voisin lui délivra un certificat constatant « qu'il est atteint de mal comitial et de troubles mentaux nécessitant son placement dans un asile. » Mis en observation à l’Admission, il était rendu à sa mère le 20 février suivant sur un certificat du D' Magnan constatant qu’ « actuellement, Alb... ne présente aucun délire. D'autre part, il n’est pas épileptique, mais il imite assez bien les attaques d'épilepsie et d’hystérie dont il a été témoin dans les asiles, et il a mis plusieurs fois à profit ce talent d'imitation pour essayer d'échapper à la responsabilité d'actes délictueux qu'il avait commis ». Arrêté quelques jours après pour infraction à une interdiction de séjour, il est à nouveau l'objet d’une ordonnance de non-lieu et placé dans le service du D' Magnan; celui-ci délivre le 19 avril suivant un certificat constatant qu’ «il ne présente aucun trouble
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intellectuel et qu’il peut être rendu à sa mère qui le réclame ». Arrêté à nouveau pour vol en juin 1898, il est remis en liberté le 30 juillet dans les mêmes conditions.
Asile Sainte-Anne. — Service du Docteur MAGNAN.
OBsEervATION III (Personnelle) (!).
Dégénérescence. — Hérédité alcoolique. — Fièvre typhoïde à 12 ans. — Instabilité mentale. — Mauvais instincis. — Alcoolisme. — Impulsions morbides. — Nombreuses alfaires judiciaires. — 30 entrées à l'Infirmerie du Dépôt. — 36 internements. — Plusieurs évasions.
Ant... âgé de 40 ans, colporteur.
A. H. — Père mort à 50 ans. Buveur d’absinthe. Dépensier. Intelligence faible, savait à peine lire et écrire. Mère débile. Une sœur intelligente, institutrice de la Ville de Paris, un peu nerveuse. Une sœur morte de la variole.
A. P. — Venu à terme, a toujours subi du retard. A marché à 15 mois. Vers 8 ans, a eu pendant deux ou trois mois un tic de la face qui lui revient encore quelquefois. A appris à peine à lire et à écrire, était vicieux et faisait volontiers l’école buissonnière. À l’âge de 12 ans, il est alteint à ce moment d'une fièvre typhoide à la suite de laquelle il passe un an à Bicètre. Son caractère change, il devient méchant, irritable, faisant de fréquentes fugues hors de chez lui. A son entrée à Bicètre, le D'Legrand du Saulle soupçonna chez lui l’épilepsie; l'observation de l'enfant montra que non. Amélioré par son séjour à Bicètre, 1l est rendu à sa mère le 1* décembre 1871. Le 24 février 1872, il est accusé de vol et acquitté. A partir de ce moment, il fait toules sortes de métiers, mais ne peut rester en place nulle part ; il se met aussi à boire, surtout de l’absinthe, et finalement, ne trouvant aucun métier à sa convenance, il commence la vie vagabonde qui doit caractériser son existence ; il reste huit jours dans sa famille, à laquelle il
(1) Publiée in thèse Lucas jusqu’en 1892.
est à charge, menaçant sa mère pour avoir de l'argent et, dès qu'il a obtenu quelque monnaie, il part, revenant dès qu’il n’a plus un sou en poche. Le 13 décembre 1884, il est arrêté faisant du scandale sur la voie publique, il insulte les agents et il est dirigé sur l’asile de Vaucluse, avec le certificat suivant : « Débilité mentale avec habitudes alcooliques. Idées de persécution. Tentative de suicide dont il prétend ne conserver aucun souvenir ». On relève sur son casier judiciaire trois acquittements pour vols dans ses premières arrestations ; puis 17 condamnations pour outrages aux agents, escroquerie, vagabondage. Il est condamné dans ces 17 affaires à 39 mois de prison, du 21 novembre 1874 au 24 décembre 1884. Il sort de l’asile de Vaucluse le 22 février 1885.
Le 12 mai 1885, il menace de son révolver un garçon de café et maltraite les gens qui viennent au secours de celui-ci. Interné à Bicêtre, il en sort le 19 juillet suivant.
Dans le courant du mois de décembre, il est arrêté pour vol et outrages aux agents, il est interné à Sainte-Anne el transféré à l’asile de Saint-Laizier le 6 avril 1886; il en sort le 11 août, revient à Paris et ne tarde pas à se remettre à l'absinthe. Au commencement de septembre, il se fait arrêter pour vagabondage et voies de fait. Mis à Mazas, il ne tarde pas à être l’objet d’une ordonnance de non-lieu, et conduit à Sainte-Anne, où il écrit au médecin : « Je serai heureux de me rendre ulile par un travail quelconque que vous voudrez bien me fixer ». Interné à Ville-Evrard, il s'évade le 27 décembre 1886. Le 16 septembre 1887, il est camelot el vend des bagues ; il bouscule et frappe un passant qui refuse de lui en acheter. Conduit à l’Infirmerie du Dépôt, « il a, dit le certificat du D' Garnier, une attitude étrange ». Il parait simuler la folie et vouloir se faire interner. Mais le tremblement du corps, de la langue et des mains décèle un alcoolisme qui suffit pour légitimer son internement. Mais il est vite guéri de son internement, et il ne peut se faire à l'idée de passer la fète du 14 Juillet à l'asile; il s'en évade la veille, et après trois jours d’excès, est arrêté le 17 juillet. Il est renvoyé à Bicêtre et mis en lberté le 20 août 1887. Le 20 septembre, il se présente au poste du Panthéon en se disant poursuivi par des êtres imaginaires. Le D' Garnier motive son certificat en ces termes :
« Ce malade a depuis longtemps prouvé, par des rechutes
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sans nombre, qu’il est incapable de vivre au dehors ». Il est interné à Villejuif et en sort amélioré le 28 novembre 1887. Mais voici venir l'hiver, et il n’a ni feu ni lieu, aussi le à décembre se rend-il au bureau des aliénés, à la Préfecture de police, demandant à être interné; son état mental ne nécessite pas un placement d'office. Le 8 janvier 1888, il est arrêté dans un accès de délire furieux et envoyé à l'asile de Villejuif, d'où il ne tarde pas à s'évader. Le certificat du D' Vallon porte que : « Dans les jours qui ont précédé son évasion, il était devenu très menaçant, écrivant des lettres aux aulorités pour réclamer sa sortie. » C’est la première fois qu'apparait chez lui cette façon d'agir. Le 12 mars, il est réintégré à l'infirmerie du dépôt : « En état d'ivresse, individu pervers, intempérant, déséquilibré, peu apte à se diriger sainement, peut être laissé en liberté, mais ne tardera pas à revenir (D' Garnier.) Il est en effet arrêté et ramené au Dépôt le. même jour, puis le 4 mai; le 2 septembre « Tout Paris brûle », crie-t-1l, on l’arrète, il se débat contre les agents. Transféré à l'asile de Ville-Evrard, il s’évade le 2 février 1889. Il rentre chez sa mère, mais il mange tout son argent en peu de jours, et ne peut rien faire de sérieux. Il a essayé de faire de la prestlidigitation ; mais pour se donner de l’aplomb, il boit, et alors il est incapable de faire ses tours. Le 2 avril 1889, il est arrèlé de nouveau el envoyé à Sainte- Anne, et en sort le 12 août sur certificat du D' Rüitti, délégué pour l’examiner. Dans une lettre qu’il écrit au médecin, il s'exprime en ces termes : « Tout ce que je vois me plaît un moment ; J'achète, mais je ne puis rien garder, sitôt qu’il y a un moment que je le possède. Je le revends à perte et mon argent se dépense comme cela. J'ai mille idées en tête, je veux tout entreprendre, et je ne réussis en rien. » Le3 octobreil demande à rentrer dans un asile, il tient des propos incohérents, mais il simule et sa demande lui est refusée. Le 4 octobre, il va Chez sa sœur, la menace, se livre même à des violences sur elle pour en obtenir de l'argent. Celle-ci porte plainte et il est interné à nouveau. Son séjour à Bicêtre l’améliore ; il travaille et sort le 9 novembre 1889. Le 26 décembre, nouvelle arrestation non suivie d’internement. Le 18 janvier 1890 il menace les passants d’une barre de fer; « on veut le faire interner, il veut se défendre. » Interné à Bicètre, il est mis en liberté le 21 février 1890. Le 8 juillet, rébellion et
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outrages aux agents; il est remis en liberté. Le 24 août, il brise un distributeur automatique, poursuivi qu'il est par l'idée que sa sœur veut le faire interner et qu’elle cherche à l'empoisonner. Envoyé à l'asile de Villejuif, il est mis en liberté le 13 octobre. « Le lendemain, arrêté en état d'ivresse, son état nécessite une nouvelle admission à l'asile, le malade s'en rend compte et la réclame de lui-même » (D' Deny). Il sort le 30 janvier 1891. Le 27 juillet il est arrété de nouveau, il s'est répandu en menaces contre sa mère et sa sœur. « Il n y a pas, dit le D’ Garnier, en l'espèce, que des perversions instinctives ; il y a une disposition maladive qui ramène fatalement les mêmes excès, les mêmes crises, disposition maladive qui, alors même que Ant... s’est calmé à l'asile, le rend légitimement suspect de rechute et devrait le faire maintenir fort longtemps dans l'intérêt de la société. » Le 6 septembre, il réclame énergiquement sa liberté. Sa longue fréquentation des asiles lui a fait connaître la loi de 1838. Il en réclame l'application pour lui, mais il ne sait pas attendre et s'évade le 16 septembre. Il écrit aussitôt une lettre de menaces contre M. Vallon. Il est réinterné à Bicêtre. Le 81 octobre, sa liberté lui est accordée ; en novembre, refus de payer sa dépense dans un restaurant ; il frappe les agents qui viennent l'arrêter. Il est remis en liberté. Le 9 décembre, nouvelle arrestation non suivie d’internement. Le 23 décembre, il se décide à se faire placer volontairement dans un asile, et en sort le 24 avril 1892. Le 16 juin 1892, arrestation pour rébellion aux agents ; il n’est pas dans un état mental qui nécessite son internement. Le 29 juin 1892, il insulte un passant sans aucun motif, et le blesse à la tête.
Le 5 février 1893, il fait une demande de placement volontaire, à la suite de la mort de sa mère. Il est envoyé à Villejuif.
Le 25 avril suivant, nouveau placement volontaire à Bicètre, d’où sa sœur le fait sortir peu après sur ses instances. Le 6 octobre, il est arrété pour avoir pénétré dans une pharmacie en criant « je suis poursuivi. » Le certificat du D° Garnier est ainsi conçu : « Ant... a été maintes fois dirigé sur les Asiles de la Seine; il en sort presque aussitôt, alors que cependant il a démontré depuis longtemps son absolue incapacité de se diriger, et le danger qu'il fait courir à tout instant à la sécurité publique. Il paraît impossible de sortir de