‹ D'une Classe de Délinquants Irresponsables Intermédiaires Aux Aliénés et Aux Criminels (Clinique, Assistance, Médecine Légale)Chapitre 19 sur 33 · UE · texte numérisé non relu

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n'entend plus parler de lui jusqu'en mai 1898, -époque- à laquelle il est interné à Villejuif d’où il s'évade le 31 juillet. , I est recherché activement, et ne tarde pas à.être repris: mais il a sans doute conservé un bien mauvais souvenir de son dernier passage à Villejuif, car le 4 août, au moment où on l’arrête, il déclare sa ferme intention de faire un mauvais Coup si on le renvoie dans cet asile. Devant cette menace, on se décide à l'envoyer à Bicêtre, d’où il est envoyé à l'asile de Saint-Lizier (Ariège). Il s’en évade le 26 mai 1899, revient à Paris où il est signalé, arrêté à nouveau et conduit à l’Infirmerie spéciale. Le D Garnier motive ainsi son certificat : « G... est le type de ces êlres antisociaux, de ces criminels instinctifs pour lesquels les spécialistes réclament avec tant d'instance et de raison la création d’un Asïle de sûreté. »

Amené au bureau de l’Admission le 4 juin, nous avons eu l’occasion de l’y examiner et voici ce que nous avons constaté: Quand on l'introduit dans le cabinet du médecin, il dit : « Ce n'est pas malheureux, voilà au moins une demi-heure que je suis là. Salut. » Puis il va s’asseoir sur une chaise. Là il est chez lui, un pied sur un des barreaux de la chaise, le coude sur le genou, le menton dans la main; il cligne de l’œil d’un air malin, fait des grimaces au médecin, se moque de lui par derrière. Il prend la galerie à témoin de sa haute supériorité à lui G..., et au moment où le médecin finit le cerüficat du malade précédent : « En voilà encore un de fait », dit-il, et, à mi-voix : « il déménage complètement » en nous montrant le médecin. Puis s'adressant directement à lui : « Je me demande si vous êtes aussi fou qu'auparavant. À propos, qué pensez-vous de L... qui, enfermé pendant trente-cinq ans dans les asiles et sorti, vient d’être reconnu responsable et condamné à mort pour avoir tué à X... un curé et sa bonne ? Ils ne savent pas ce qu'ils font les médecins aliénistes. » Il récrimine parce qu'on lui a, dit-il, refusé les journaux cé matin ; en réalité il réclamait une feuille anarchiste (c’est luimême qui le dit), feuille que la marchande n'avait pas. — « de ne suis pas dans une prison, je suis dans un asile. » Quand on lui demande le temps qu’il a passé à l'asile de Saint-Lizier : « Je n’ai pas de compte à vous rendre là-dessus, Monsieur. C’est en prison que je devrais être, moi, et non dans un asile, ou alors qu'on mette tous les prisonniers dans les asiles et je serai à ma place. Ça dépend de moi si je fais des bêtises de-

hors, à preuve que de 1896 à 1898, j'ai été tranquille pendant deux ans. Si je vole, je sais très bien que je fais mal; je le fais exprès. » Il s’obstine ainsi à revendiquer toutes ses responsabilités. — « Je dis aux commissaires que je bois, ça n'est pas vrai. » Il raconte qu'à Bicêtre il s'était fait fréquemment passer pour épileptique; « il simulait les attaques aussi bien que T... qui est son bon ami, à preuve qu'il savait faire « le chemin de fer » en piquant son attaque, ce qui est une grande supériorité. C’est en 1877 qu'il simulait ainsi l’épilepsie ; ça a duré deux ans. D'ailleurs, qu'on lui donne une pièce de cent sous, et on verra s'il. sait bien s’en tirer. Ca n’est pas dans les asiles, mais dehors qu'il a appris à simuler. » I] conclut ainsi : « Dans les asiles on y met les malades, et pas les non malades. »

En réalité, G... a une peur atroce de la prison, et il s’arrange toujours de façon à ne faire que des « boulettes » minimes au dehors, et a bien soin de se targuer, lorsqu'il est arrêté, de ses séjours dans les asiles. Il veut qu’on l'envoie à Villejuif et non à Bicêtre, d’où il lui est plus facile de s'évader. Il menace le médecin si celui-ci l'envoie à Bicètre : « Si vous voulez encore être ami avec moi, ne m’'envoyez pas à Bicêtre. Sinon la première fois que je vous verrai, je vous assure que vous ne ferez pas votre visite le lendemain. » Envoyé à Bicêtre où il est encore.

Cette observation nous montre un exemple de dégénéré, débile à la fois de l'intelligence et du sens moral. Incapable de se livrer à aucun travail et de vivre en liberté, il est arrêté pour des délits divers : vols, vagabondage, ivresse, crises d’alcoolisme, extravagances ; d’autres fois il vient se rendre lui-même, reconnaissant son impuissance à vivre de la vie commune, demandant à être soigné. Ces nombreux internements, tant en prison qu'à l'asile, non seulement ne le corrigent pas, mais ne peuvent le convaincre de son état; à peine soumis aux règlements d’un asile, il demande à en sortir; si on le lui refuse, il s’en évade. Quelle conduite tenir vis-à-vis de cet individu ? Il ne peut pas vivre en liberté dans la société, la prison ne lui convient pas et les asiles ne peuvent le maintenir ; il s’est évadé de la plupart.

Asile de Vaucluse. — Service du Docteur TAGUET.

OBservarTION V (Personnelle)

Hérédité vésanique. — Débilité mentale. -— Stigmates physiques. — Mauvais instincts. — Instabilité mentale. — Vols. — 7 inlernements. — 4 évasions.

Alf..., âgé de 31 ans.

A. H. — Père mort à 52 ans d'une affection cardiaque. Appréteur-teinturier. Ethylisme. Modéré. Pas de vésanies. Mère morte à l'asile de Bron à 60 ans. C'était, dit son fils, une femme douce, de tempérament calme. Ne sait pas pourquoi elle a été intérnée. Pas de renseignements au sujet des collatéraux.

A. P. — Rougeole à 2 ans.

Instruction rudimentaire et pour cause, renvoyé de toutes les écoles qu’il fréquentait, insolent, frappant ses maîtres, rebelle à tout enseignement. En grandissant, sa nature de débile s’affirme ; il s’absente des journées entières, ne rentrant chez lui que le soir pour manger. Dans la rue, il commet des excentricités, chante, se dispute. Sa mère, malgré les instances des voisins, tient à le garder auprès d'elle. Mais finalement, et dans la crainte que son fils n’incendie la maison (sic), elle se décide, à l'âge de huit ans, à le faire interner dans la maison d'enfants de Oullins (près Lyon) ; il y reste un mois. En en sortant, il vagabonde avec quelques vauriens de son espèce. Un jour, il s’insinue dans une cave, défonce un tonneau de rhum, se grise et se fait trainer au poste.

Interné à la suite de ce fait dans la maison de correction de X... (Côte-d'Or), puis transféré de là à la maison d'arrêt de Dijon, il sort à 20 ans Refusé dans plusieurs maisons où il va chercher du travail (en raison de ses antécédents), il va à la campagne, ne réussit pas mieux à se faire embaucher. Il vole pour manger; on l’arrête. Condamné à deux mois de prison à la Santé, il a une violente crise d’excitation qui né-

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cessite son transfert à Sainte-Anne. Envoyé à Ville-Evrard le 43 février 1894. Evasion fin février 1895, il recommence à vagabonder, mendie, se fait arrêter. Résultat : 6 séquestrations successives. Transféré de l'asile de Vaucluse à celui de la Charité en juin 1897, là il déclare qu’il ne veut pas travailler, l’alimentation étant très peu substantielle (macaroni à l’eau cinq fois par semaine, agrémenté de coups de trique et de bains de trois heures à profusion » (sic). S'en évade le 26 octobre. Va à pied jusqu’à Briare, mendie, et nanti de quelques sous pousse jusqu'à Cosne où il prend un billet pour Gien, mais continue sur Paris. A la gare de Lyon il est pris au contrôle. Reste dix-neuf jours à la Santé et est transféré à Sainte-Anne. Renvoyé à Vaucluse le 25 novembre 1897, se conduit bien, pas de crises d’excitation. Travaille à la cuisine.

Facies asymétrique. Strabisme droit par paralysie du droit interne. Crâne irrégulier, plagiocéphalie assez accentuée. Bosse occipitale gauche plus saillante que la droite. Bosse frontale proéminente. Cheveux raides et cassants. Organes sexuels bien conformés. Réformé du service militaire pour faiblesse constitutionnelle ?

Instruction rudimentaire : écrit peu et mal, lit assez bien un imprimé, mais mal l'écriture. Compte assez bien, et à part quelques accrocs possède sa table de multiplication d’une façon satisfaisante.

Mémoire bien conservée, narre avec précision tous les incidents qui ont illustré sa vie.

OBservarion VI (!)

Hérédité vésanique. — Perversion morale. — Caractère violent. — Instabilité. — Alcoolisme. — Plusieurs arreslalions.

B::6126;ans.

A. H. — Grand-père paternel mort à l’asile d'Auxerre.

Un frère de caractère sombre, mélancolique, s’est suicidé à 19 ans.

(1) Communiquée par le D' Dupuissox.

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A. P. — N'a jamais été malade. Mais dès le jeune âge, un des garçons les plus irrespectueux, les plus insubordonnés, les plus difficiles auxquels se soient heurtés des parents et des maîtres. A l’école communale, où il fut mis d’abord, puis à la pension d'E... où ses parents le placèrent ensuite, il fut ce type d'écolier irrégulier, indiscipliné, paresseux, n’apprenant rien, s'évadant sans cesse, jetant le désordre partout. Son père dit qu’il était l’effroi de ses maîtres. De plus, il manifestait déjà ses dispositions à boire. Il se grisa pour la première fois chez son père vers âge de 9 ans. À 14 ans, il entre en apprentissage chez un doreur sur bois, ami de son père; mais six mois après, il se fait renvoyer après avoir excédé tout le monde par ses exigences et ses prétentions. Son père, qui est limonadier, essaie de le garder, mais B... trouve dans la boutique paternelle trop d'occasions de boire et il entre alors dans une maison de tissus. Là encore ce fut l'affaire de quelques mois. Son indiscipline et son caractère querelleur ne tardèrent pas à le faire congédier. Il cherche désormais du travail chez les liquoristes et cela pour deux raisons : c'est d’abord le seul métier qu'il connaisse, l'ayant vu dès l’enfance pratiquer chez son père; c’est aussi parce qu'il trouve le moyen de satisfaire son penchant à boire. Nulle part, d’ailleurs, il ne reste au-delà de quelques mois. Un jour, après une discussion avec son patron, il part pour Brest dans le but de s’y engager comme marin. Il n’y réussit pas ; il avait alors 16 ans.

À 18 ans, il s'engage au 2° de ligne, fait la campagne de Tunisie où il gagne le grade de caporal, puis revient tenir garnison à Granville. Là il fait bêtises sur bêtises, s'évade de prison, mais grâce aux démarches de son père, il évite le conseil de guerre. Il quitie le régiment à 22 ans. Rentré dans la vie civile, il y reprend sa vie d'autrefois, son caractère violent, son orgueil et son penchant croissant pour la boisson, pour l’absinthe en particulier, le rendent bientôt intolérable partout où il est. De temps à autre il se fait arrêter ou condamner pour outrages aux agents ou filouteries d'aliments ; finalement il ne trouve plus à s’employer que comme extra, et mêne une vie de misère qui le rend de plus en plus insociable.

Quoique petit, B... est physiquement bien constitué. Il n’est pas inintelligent ; dépourvu de toutes dispositions affectueuses,

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