‹ D'une Classe de Délinquants Irresponsables Intermédiaires Aux Aliénés et Aux Criminels (Clinique, Assistance, Médecine Légale)Chapitre 24 sur 33 · GROUPE · texte numérisé non relu

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Enfin dans le troisième groupe rentrent les petits congénitaux, ceux qu’on nomme en France les prédisposés simples et qui ont besoin réellement d’une cause déterminante puissante pour égaler dans leurs désordres morbides les malades des autres groupes. Ici l’alcoolisme domine souvent la scène, au point de laisser dans l'ombre l’hérédité, ce facteur si im-

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portant des aliénalions mentales. C’est de ces malades dont M. Legrain dit () : Combien d’entre eux qu’il n’est pas difficile de démasquer sont des paresseux habitués à vivre au large dans nos établissements, où ils ont été trop choyés, qu'ils quittent comme ferait un chemineau, dès qu'une discipline plus serrée les gène ou quand la nostalgie du cabaret les reprend et qui reviennent périodiquement quand ils ont épuisé leur pécule, surtout aux approches de l’hiver..…… Pour ma part, soucieux à l'extrême des intérêts moraux des vraies et inconscientes victimes de l'alcool, je me suis attaché à purger mon service de ces parasites. »

Nous avons pu recueillir deux observations qui ont rapport à ce groupe. Une d’elles (obs. xvi) concerne un individu bien connu dans les asiles. En apparence l’hérédité ne semble pas jouer le rôle principal dans son cas : un père buveur qui a donné naissance à un fils, une musculature extraordinaire, dont la jeunesse ne s’est fait remarquer par rien de spécial. C'était un enfant assez calme, doux, et ne présentant pas cette instabilité mentale caractéristique aux malades de notre premier groupe. À 14 ans une fièvre typhoide dont il paraît s'être bien remis. Sa première arrestation qui donne lieu à son premier internement date de l’âge de 31 ans et depuis, toute sa vie n’a été qu'une suite d’internements; il en est arrivé au nombre de 40 à l’époque actuelle.

(1) LeGrain. Rapport du Service spécial d'alcooliques, 1897. P. 168.

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Asile Sainte-Anne. — Service de M. MAGNAN, OBsERvATION XVI (1).

Hérédité alcookique. — Fièvre typhoïde à 14 ans. —.A1co0lisme.— Epilepsie consécutive. — 40 entrées dans les Asiles. — 28 séjours à l'Infirmerie spéciale.

Ch., âgé de 45 ans, entre pour la quarantième fois dans les Asiles.

A. H. — Père faisait des excès alcooliques, mais cependant n’a jamais été interné.

Six enfants, les deux derniers qu’il a eus depuis qu’il se livre à l'alcool sont morts en bas âge de convulsions, les quatre autres sont bien portants. Les autres membres de sa famille, qu'il connaît très peu, du reste, sont à son dire bien portants.

A. P. — Fièvre typhoïde à 14 ans, il est d’une constitution très robuste et d’une force musculaire excessive. Il était d’un caractère doux, d’une intelligence plutôt au-dessous de la moyenne. Il a été à l'école jusqu’à 13 ans, mais n’a pu apprendre ni à lire ni à écrire, à peine s’il sait signer son nom; il a servi dans la marine et il y a commencé ses habitudes d’ivrognerie. Depuis il a travaillé comme homme de peine; bon travailleur tant qu’il n’était pas sous l'influence de la boisson. Il travaille très courageusement pendant un certain temps, quelques jours ou plus rarement quelques semaines ; pendant ses périodes de calme, il ne boit que très peu de vin à ses repas, se sermonnant lui-même ; mais s’il a le malheur de boire un verre en dehors de ses repas, il est aussitôt repris du besoin de boire, il quitte son travail le jour même où il doit être payé sans réclamer le prix de son travail, et il boit jusqu’à ce qu’il fasse du scandale et soit arrêté, ce qui ne se passe pas toujours sans lutte, car, si « à jeun c’est un mouton, c'est un lion déchaîné quand il a bu. » Il présente alors des hallucinations terrifiantes qui paraissent très précises. Sa femme tenant son enfant dans les bras vient s’as-

(1) Publiée in Thèse Lucas jusqu’en 1892.

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seoir à côté de lui, elle lui fait des reproches tels qu'il ne veut plus les supporter et cherche à se suicider; elle lui donne quelquefois ce conseil. Beaucoup de ses arrestations sont occasionnées par les crimes dont il s’accuse. C’est ainsi qu'a lieu son premier internement à 32 ans, le 16 août 1886. Ce jour-là il était parti de chez lui de grand matin et ne rentra pas. Ilalla chez le commissaire de police dire qu'il avait tué sa femme. Son certificat porte : « Délire alcoolique, hallucinations de la vue, terreurs, etc. » Mis en liberté le 28 août. Deuxième internement dans les mêmes conditions le 28 février 1887. On constate en plus des accès épileptiformes dus à l’absinthe, dont il buvait jusqu’à 20 verres par jour. Ces accès se renouvellent à presque chacune de ses arrestalions, qui à partir de ce moment se rapprochent de plus en plus. Depuis le mois d'octobre 1886, il est entré 48 fois à l'Infirmerie spéciale ; il y passe quelques jours quand le délire ne paraît pas devoir durer longtemps. Quand le délire est trop violent, G.. est envoyé à Sainte-Anne, où il est entré 40 fois depuis le 16 août 1886. Dans ce grand nombre d’arrestations, on note deux placements volontaires, tous les autres sont des placements d'office, 2 fois pour vagabondage, 1 fois pour vol, 1 fois pour s'être promené en voiture, et avoir refusé de payer le cocher, le reste pour scandale sur la voie publique, tout cela du reste accompagné de délire alcoolique. 10 évasions. Nous avons vu dans les asiles plein de bonne volonté; tant qu'il était sevré d'alcool, très poli dans ses demandes ou ses lettres, ne s'appuyant jamais sur la loi pour réclamer sa sortie, maudissant le sort qui le rend ainsi incapable de lutter contre son manque de volonté dès qu'il est en liberté. G... n'est pas un simulateur, il n’a jamais montré en dehors de son entrainement à boire, de mauvais instincts. Il faut donc quelque chose de nouveau pour le mettre à l'abri et apporter une aide à la faiblesse de sa volonté.

Ogservarion XVII (!)

Hérédité inconnue.— Convulsions dans l'enfance.— Absence de sentiments moraux. — Impulsions morbides. — Nombreuses condamnations. — Plusieurs internements.

Fr... âgé de 33 ans.

A. H. — Inconnus.

A. P. — AÀ eu des crises convulsives dès l’âge de 8 ans, elles ont toujours continué : quelquefois c’est de l’épilepsie franche, d’autres fois elles paraissent hystériques. Hémianesthésie droite avec parésie. Réflexe conjonctival et pharyngien aboli. À subi 14 condamnations pour coups, violation de domicile, vol, rébellion, port d'armes prohibées, ce qui fait un ensemble de 41 mois de prison et 800 francs d'amende. 1" entrée à l'Infirmerie spéciale, 24 avril 1877. Détenu, condamné à 8 mois de prison pour coups et blessures, outrages aux agents et rébellion. Son attitude étrange en prison, son mutisme, ses attaques épileptiques le font soumettre à l’examen d’un aliéniste. Interné à Bicêtre, dans le service du D' Legrand du Saulle. « Fr... est atteint de vertiges épileptiques, d'absence temporaire de lucidité, de mémoire et de raison, son état s'aggrave sous l'influence des excès alcooliques, il paraît cependant se rattacher à un état convulsif qui daterait du premier âge ; hypertrophie du cœur, dyspnée. » Legrand du Saulle demande sa sortie : « s’il reste sobre au dehors, sa guérison pourra se maintenir. » Sort le 19 octobre 1897, mais il ne tarde pas à retomber. Arrêté le 18 janvier 1898 pour complicité de vol et condamné à 4 mois de prison. Interné de nouveau à la suite de celte condamnation, il en sort adouci quatre mois après. Nouvelle arrestation en mai, après avoir livré une vraie bataille aux agents, grâce à sa grande force. Interné à Bicêtre, son délire se calme, mais il reste pervers et débauché. Sortie le 11 juillet 1878. Quinze jours après, nouvelle arrestation pour violence : renvoyé de l'examen médical comme responsable, le 12 juin 1884, à 3 heures du matin, fait une scène violente chez un ami à qui il veut em-

(1) Publiée in thèse Lucas. Paris 1892. Résumée.

prunter de l'argent et blesse le domestique. Examiné par le D' Garnier, il est envoyé à Sainte-Anne et à Bicêtre avec le certificat suivant : « Excitation maniaque, désordre dans les actes et les idées, répétition incessante du même mot « cassé », inconscient de sa situation. » S’évade le 2 juillet. Le 14 août 1884, il vole une montre : arrêté, il est envoyé au Dépôt, très abattu, aucune réponse, avec tremblements de la langue et des mains, et sueurs profuses : quinze jours après, tous ces accidents se sont améliorés : de la Clinique de Sainte-Anne on le transfère à Bicêtre, et en sort le 12 octobre. Le 20 décembre, il est de nouveau soumis à l'examen du D* Legrand du Saulle qui ne le reconnait pas aliéné. En 1886, nouvel internement à Sainte-Anne, il s’en évade, est arrêté le 18 février suivant pour rébellion. Envoyé à Sainte-Anne avec le diagnostic d’alcoolisme chronique, mis en liberté le 1* août 1887. Pendant son internement, apparition de la syphilis. Le 5 septembre 1887, tentative de meurtre et internement à Bicêtre ; il en sort quinze jours après. Le 11 octobre, attablé dans un cabaret, il voit entrer un gendarme qu'il insulte et blesse un agent. Examiné à l'Infirmerie spéciale, il présente tous les signes d’alcoolisme chronique. Le D° Deny demande sa sortie après guérison le 5 décembre 1887. L'autorité administrative la refuse et le D° Ritti, commis à son examen, conclut à sa mise en liberté avec surveillance. Le T7 fevrier 1889, arrestation pour-coups et blessures, nouvel envoi à Sainte-Anne et à Bicêtre d’où il sort le 6 août suivant. Le 20 janvier 1890, il blesse quelqu'un dans une rixe et au poste frappe un gardien de la paix assez grièvement. À Sainte-Anne on constate alors de l’'hémianesthésie avec de l’hémiparésie, affaiblissement de la vue et de l’ouie. Il sort de Bicêtre le 13 juin 1890. Pendant huit mois il se livre à son commerce de chevaux tout en buvant avec excès. Il brutalise sa maitresse qui le fait arrêter. Le D’ Garnier conclut à sa mise en liberté. L'histoire de ses précédents internements montre assez qu'il ne serait pas conservé à l'asile du fait seul de la facilité avec laquelle il retourne à ses abus alcooliques qui le rendent si dangereux.

Ces abus continuant, il demande de lui-même son placement à Sainte-Anne le 5 septembre 1891. Ces troubles disparus, il sort de Bicêtre le 93 octobre suivant.

C'est un exemple bien frappant de la situation délicate du médecin d'asile en présence de ces malades. À peine enlevés

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