‹ D'une Classe de Délinquants Irresponsables Intermédiaires Aux Aliénés et Aux Criminels (Clinique, Assistance, Médecine Légale)Chapitre 23 sur 33 · GROUPE · texte numérisé non relu

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| Le deuxième groupe est celui des individus d’ordre analogue chez qui la scène se complique : une névrose (épilepsie, hystérie), une intoxication (éther ou alcool) rendent : « la désharmonie fonctionnelle des centres nerveux » (Magnan) encore plus évidente et plus nocive dans ses effets. Nous n'avons pu recueillir que trois observations de malades semblables : elles sont typiques du reste. Chez ces deux malades, nous trouvons une hérédité très chargée. Il en résulte une déséquilibration mentale assez prononcée ; mais ce qui domine surtout, ce sont des attaques d’épilepsie plus ou moins fréquentes sous l’influence desquelles nos malades ont des impulsions très dangereuses, impulsions encore aggravées par le fait d’un alcoo-

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lisme avéré. Cette catégorie comprend donc des individus redoutables ; il fallait s’y attendre, car, comme nous l'avons vu, nos malades sont avant tout des convulsivants et des épileptiques alcooliques, soit que l'alcoolisme dépende de la tare épileptique, soit qu'au contraire l'alcool ait déterminé des accidents convulsifs. Mais ce qui les fait rentrer dans la première famille, c’est d'abord cette instabilité mentale évidente qui les rend impropres à tout travail suivi, et ensuite ces différents séjours à la prison ou à l’asile où ils se rendent aussi insupportables.

Asile Sainte-Anne. — Service du Docteur DUBUISSON.

OgsErvarTION XIII (Personnelle)

Dégénérescence mentale. — Hérédité. — Épilepsie. — Alcoolisme. — Perversion des instincts. — [nstabilité mentale. — Quelques stigmates physiques de dégénérescence. — Nombreuses arrestations. — 14 internements. — Evasions.

Al..., âgé de 50 ans, comptable (?) entre pour la quatorzième fois dans les asiles d’aliénés, le 16 mai 1892.

Antécédents héréditaires. — Son grand-père paternel mourut à l’Asile des aliénés de Saint-Yon. C'était un épileptique alcoolique. Sa grand'mèêre maternelle était alcoolique. Son père, d'un caractère bienveillant mais très impressionnable, était sobre. Il ne présenta aucun accident convulsif. D'après la mère du malade, il serait mort d’une rupture d’anévrisme provoquée par un coup de poing de son fils, au cours d’une discussion. Sa mère, âgée actuellement de 82 ans, a présenté des accidents hystériformes, spasmes, sensations

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d’étouffement et de boule qui remontait dans là gorge. Un frère: de son père est mort à l'asile de Saint-Yon après ‘un internement de plusieurs années. Il était alcoolique avec délire violent et présentait de fréquents vertiges. Un autre frère de son père, en proie à des idées de persécution, se pendit dans des circonstances bizarres à Rouen. Une sœur de la mère, morte assez jeune, présentait de l'alcoolisme avec des accidents comitiaux.

Antécédents personnels. — Le malade serait né à 7 mois et jusqu’à une époque assez avancée n'aurait présenté ni ongles, ni cheveux. Il fut allaité par une nourrice alcoolique et présenta de bonne heure des convulsions qui persistèrent jusqu’à l’âge de 8 ans. Il apprit facilement à lire et à écrire de sa mère, mais il était sournois et méchant. Il aurait présenté des accidents d’automalisme ambulatoire, mais pas de grandes crises convulsives, à 8 ans et à 10 ans.

À 10 ans # on le met en pension, mais on ne peut le garder longtemps dans le même collège. Il jetait le désordre dans les classes, et à 13 ans il trompait la surveillance de ses maîtres pour boire de l'eau-de-vie.

Retiré de pension définitivement à l’âge de 14 ans, sans avoir pu obtenir son certificat d’études, on le place à Rouen chez un commerçant voisin de son père et y reste cinq mois. Il commet quelques excès alcooliques, présente vers cette époque des vertiges et sa première crise nette d’épilepsie qui sera suivie de beaucoup d’autres par la suite. En outre, il commettait des actes inconscients dont il ne gardait aucun souvenir, ou encore il se sentait parfois poussé à agir contre sa volonté, impulsivement. Son caractère devient insupportable. Il querelle et frappe son père et sa mère ; il avoue que pour pouvoir bien se distraire il aurait voulu dissiper leur fortune en 15 jours, puis il les aurait tués et ensuite se serait suicidé.

C'est dans ces dispositions d'esprit que vers l'âge de 15 ans il déclare à son père qu'il ne veut plus rien faire et s’installe à Paris. De 15 à 17 ans, placé à Paris chez divers commerçants, 1l continue à boire et joue des mauvais tours à ses patrons. Renvoyé de la dernière maison pour avoir lancé des balles de coton sur la tête de la patronne, il revient au logis paternel et déclare qu'il n’acceptera qu’un métier, celui d’avocal. Il repart pour Paris, s'amuse avec le peu d’argent qu’il

PAR RTE

avait emporté, vend ses pardessus, se place chez un mercier qui ne tarde pas à le mettre à la porte, contracte la blennorrhagie et rentre de nouveau chez ses parents pour se soigner. Son père vient à mourir ; il retourne à Paris et entre dans un magasin de nouveautés, aux appointements de 2,400 francs avec en plus la nourriture. Sa mère qui disposait de quelques rentes vient habiter avec lui.

Il commence par lui faire payer 1,500 francs de dettes de café. « C'est alors, dit-il, que ma mère voyant que je m'amusais pas mal et que je fréquentais assidûment le café, fit des scènes, et comme elle cherchait à ce que je parte de la maison pour vivre avec quelqu'un, qui d’ailleurs lui a enlevé une trentaine de mille francs, elle m'a mis à la porte. — Je lui ai donc fait la vie et je voulais défoncer la porte pour rentrer chez moi. C’est alors qu’elle m'a fait envoyer à la Petite Roquette. » Il y reste un mois, est remis en liberté, s’enivre plus que jamais, y retourne à nouveau et enfin, sur le conseil de sa mère, s'engage dans les zouaves ; il avait 19 ans. « En arrivant au corps, raconte-t-il, je me suis mis à boire avec d’autres camarades qui m'ont entraîné, et croyant prendre mon turban et une paire de souliers m'appartenant, je me suis trompé de planchette ei j'ai été arrêté au moment où je les vendais. »

Après une condamnation à un an de prison, 1l est envoyé aux bataillons d'Afrique où sous l'influence de labsinthe il est frappé du delirium tremens (terreurs, visions d'animaux). Ses attaques épileptiques se répétant, il est réformé à l’âge de 22 ans.

Une grande joie accueille son retour en France ; sa mère venait de se remarier à un bijoutier changeur fort âgé. « C’était un vieux zig, très riche. » Al... expose sans retard à son beau-père son embarras et son désir de le voir subvenir à ses besoins.

Le beau-père l’associe alors à une de ses parentes qui tenait une fabrique de tissus pour ameublements, et les affaires depuis dix-huit mois étaient devenues très florissantes, quand survinrent une série de revers qui l’oblige à déposer un bilan d'environ 50,000 francs. « J'étais décidé, dit-il, à me faire sauter la cervelle, mais mon associée se doutant de quelque chose, m’a retiré mon revolver de dessous mon oreiller. J'avais sauvé trois ou quatre mille francs. Alors je me suis mis dans

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la débandade. » Et de fait Al... boit plus que jamais, présente une recrudescence de ses crises et ne vit plus qu'au moyen d’expédients et d’escroqueries sans nombre : ce qui lui vaut quatorze condamnations. La première en 1865, immédiatement après sa banqueroute, est consécutive à un détournement de 160 francs qu'un homme d’affaires au service duquel il venait d'entrer l'avait chargé de recouvrer. Il partit au Havre les dépenser. Sorti de prison, il dérobe 9,000 francs à sa mère et les perd au jeu à Monaco. Il commet des filouteries d'aliments, des faux, frappe à coups de couteau les gardiens de la paix, des cafetiers et d’autres personnes encore. Sa plus forte condamnation est de trois ans de prison : il y passait sa vie, dit sa mêre. Mais bientôt sa vie sera partagée entre la prison et l'asile et il ne demeurera en liberté que le temps nécessaire pour commettre des actes délictueux ou simplement extravagants qui, suivant les circonstances, le feront diriger soit sur la prison, soit sur l'asile. Sa première entrée à l'asile date de 1866, il avait alors 26 ans. Malgré déjà d'assez nombreuses condamnations, « il réussit, raconte-t-1l, par sa ruse et de faux certificats, à entrer aux magasins de la Ménagère en qualité d'inspecteur. Mais je n’y suis resté qu'un an et deux mois, car un beau jour j'ai rencontré un ancien camarade ; nous avons fait la noce et le matin, au lieu d’aller ouvrir le magasin dont j'avais les clefs, je suis arrivé à neuf heures et demie au lieu de sept heures. Il y avait quatre cents employés qui attendaient l'inspecteur qui est venu en état d’ébriété. J’ai été renvoyé avec armes et bagages. Voyant cela, je me suis abouché avec une bande de joueurs dans les cercles clandestins où je gagnais pas mal d'argent. Après avoir passé deux nuits et un Jour à jouer rue de la Michodière sans quitter l'établissement où il y avait de tout pour se réconforter, je suis sorti de là avec au moins quinze mille francs en billets et en or, tout cela : dans ma poche. Le soir je me suis rendu à la Porte Saint- Martin où l'on jouait la Biche au Bois. Je pris un fauteuil d'orchestre après avoir fait attendre la voiture. Je suis sorti une demi-heure après tout étourdi par la lumière et j'ai fait continuer le cocher sur les boulevards où je me suis mis à perdre la tête et à jeter aux passants tout mon or. Les agents m'ont fait un rempart et ramassé tout ce que je lançais à travers tout le monde. On m'a conduit au commissariat de police et de là à la Préfecture. »

Ces faits sont en grande partie confirmés par les renseignements dont nous avons pu disposer. Trois mois plus tard, mis en liberté, il part en compagnie de camarades pour le littoral de la Méditerranée avec l'argent qui lui avait été rendu, et se fait arrêter au Casino de Monaco où il trichait. On l’expulse de la principauté après l'avoir dépouillé de tout l'argent qu’il portait sur lui ; il revient à Paris à pied et continue à vivre d'expédients.

En 1868, à la suite d’« actes extravagants », dit Le certificat du D* Legrand du Saulle, il est interné à Sainte-Anne où il reste deux mois. Sorti, il est condamné deux fois pour escroquerie avant sa troisième entrée à Ville-Evrard. « Voyant, dit-il, que j'étais perdu d’avoir entré dans ces asiles d’aliénés et que les médecins soutenaient le vice, je me suis juré de ne plus rien faire et de me faire nourrir par le gouvernement d'une façon ou d’une autre. » Quatrième entrée à l'asile en août 1870 à la suite de nouvelles « extravagances », puis il s'engage pour la durée de la guerre. D’après un faux livret qu’il s'était fabriqué, on le nomme à son arrivée au corps sergent-major. Mais il doit bientôt, dans la crainte d’être découvert, changer de régiment «Je ne dessaoülais plus, dit-il; Je me jetais comme un vorace sur la boisson pour chercher à en finir une bonne fois avec cette vie de patachon. » Il est blessé à Champigny, entre le 2 décembre à l’ambulance des Tuileries, est transféré à l'hôpital de Vincennes où on l’emploie aux écritures. Au moment de la Commune, il déserte pour rejoindre les fédérés dont il se fait nommer capitaine-trésorier. Ce fut alors la noce « à tout casser » jusqu’à l'écrasement de la Commune. Puis, traqué de toutes paris, il se réfugie à Rouen, auprès de son beau-père qui lui fournit l'argent nécessaire pour lui permettre de s’expatrier. Nous le retrouvons successivement à Rotterdam, à Londres, où, sous l'influence de très nombreux abus alcooliques, ses crises épileptiques augmentent au point qu'on doit l'interner. Il s'échappe de l'asile et revient en France où on l’interne le 3 décembre 1872 pour la cinquième fois. Il devait à ce moment présenter un certain degré de confusion mentale, car le certificat du D° Legrand du Saulle porte la mention : « affaiblissement intellectuel, attaques graves d’épilepsie ». Sorti à nouveau, il renouvelle ses exploits et est condamné pour vol de spiritueux à Bercy et pour diverses escroqueries. « C'était presque tou-

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jours pour acheter des marchandises en faisant l'homme riche et les revendre ensuite. » Ainsi à Rouen, au moment où les marchandises en vins et alcools avaient été expédiées, on s’aperçut qu’il était un escroc. « Arrêté, jai tout fait, expliquet-il, pour passer comme aliéné en disant que j'avais été déjà enfermé; rien n’a fait, j'ai été condamné à trois ans. C’était salé, mais je ne savais pas alors que j'avais eu affaire au fils du procureur qui était précisément le marchand de vins en gros que je voulais fourrer dedans. » Il opère ensuite à Charleville où il est condamné à six mois de prison. Puis il revient à Paris où il achète frauduleusement chevaux et voitures; mais avant d’être arrèté de ce fait, il commet sciemment un autre délit, « afin d’être expédié à Sainte-Anne. »

Et l’histoire de Al... continue à se dérouler dans un fouillis presque inextricable de condamnations et d’internements. Sa sixième entrée a lieu le 30 septembre 1873, la septième le 14 octobre 1875, la huitième le 6 septembre 1884. A cette époque, le D'Garnier note « de l'alcoolisme, des vertiges épileptiques, des troubles intellectuels accompagnant les crises, des actes automatiques et inconscients. » La neuvième entrée, le 27 avril 1885. Dans son certificat, le D' Magnan insiste sur l’état de dégénérescence du malade et la conscience incomplète de ses actes. La dixième entrée, le 12 septembre 1886; ses attaques à ce moment revenaient quotidiennement et souvent deux fois dans le même jour. La onzième entrée, le 12 avril 1887. Le D’ Garnier place en première ligne la dégénérescence et la perversion des instincts activées par l’épilepsie et l'alcoolisme. La douzième entrée, le 18 novembre 1889; le certificat du D° Garnier mentionne : « des voies de fait du malade envers sa mêre qu’il a tenté d’étouffer à l’aide d’un oreiller. » La treizième entrée, en 1890, est motivée « par de nouveaux délits sous de faux noms et de fausses qualités. »

La quatorzième entrée, le 16 mai 1899, part d’une nouvelle tentative d’assassinat sur sa mère, pratiquée à quelques jours d'intervalle. Al... n'aurait pas tenté moins d'une dizaine de fois de tuer sa mère. Un jour elle ne dut son salut qu’à l’intervention du concierge que Al... voulut alors étrangler. Il fut condamné de ce fait à un mois de prison. Il nie d’ailleurs ses mauvais sentiments à son égard : « C’est elle, dit-il, qui voulait se débarrasser de moi. »

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Depuis huit ans que Al... se trouve dans le service du D* Dubuisson à l’Asile Sainte-Anne, ses crises fréquentes au début se sont espacées et depuis plusieurs années ont disparu complètement. Son caractère est le même et ses sentiments à l'égard de sa mère sont toujours aussi dénaturés. Au cours d'une visite de cette dernière, il s’aperçut qu'elle avait un panaris dont elle paraissait souffrir vivement. Il saisit le doigt malade et sans un mot le serra dans sa main avec force. Dans la journée on l’emploie à la bibliothèque, mais tout en lui laissant à l’intérieur de l'asile une liberté relative, sa conduite est l'objet d'une surveillance spéciale.

Au point de vue physique, quelques stigmates nets de dégénérescence : asymétrie faciale, prognathisme du maxillaire, inférieur, adhérence du lobule, voûte palatine ogivale. La dentition manque depuis un grand nombre d'années. De taille moyenne, Al... présente une force musculaire au-dessus de la moyenne. Rien de particulier du côté des viscères.

En somme, Al... de par ses tares héréditaires et personnelles, est un malade profondément prédisposé et un déséquilibré qui réagit selon le mode épileptique. L’épilepsie est actionnée chez lui non seulement par l'alcoolisme de ses ascendants, mais encore par les nombreux excès alcooliques qui lui sont propres. A cette épilepsie reviennent indéniablement les grandes attaques convulsives, les vertiges, les délits inconscients et les actes automatiques, tels que ses fugues dans l’enfance. Il faut lui rattacher aussi ce caractère sournois et méchant qui le pousse à commettre le mal pour le mal, indépendamment même de tout intérêt. Mais au point de vue aliénation mentale pure, on peut, en suivant l'exemple de M. Magnan, se demander si certaines extravagances absolument conscientes, telles que la pluie d'or qui motiva un des internements du malade, ne relèvent pas directement de la dégénérescence mentale, abstraction faite de toute empreinte comitiale. L'alcoolisme a pu de son côté de lui-même faire éclore chez ce prédisposé des hallucinalions terrifiantes et de l'excitation, par exemple lors de son séjour au bataillon d'Afrique. Ces diagnostics rétrospectifs ne peuvent être que des hypothèses. Au point de vue social, Al... est un péril continuel et l'expérience montre que sa place n’est pas plus à l'asile qu’à la prison.

OgservaTion XIV (!)

Hérédité vésanique. — Alcoolisme. — Epilepsie. — 6 internements. — 12 condamnations. — 1 évasion. — 24 arrestations.

Ch..., né à Paris, le 13 octobre 1855.

A. H. — Grand-père et oncle maternels aliénés. Mère

très nerveuse, a eu une attaque d’hystérie au huitième mois de la gestation de Ch... Père bien portant.

A. P. — Cauchemars dans sa première enfance. Attaques d’épilepsie à 5 ans.

À 15 ans, condamné à 5 ans de détention pour pillage en bande. Amnistié pour la Commune. Essaye de se suicider à la maison de détention.

Il est d’une force colossale : noté comme souteneur. Appelé pour une période militaire de 13 jours, il est arrêté et conduit au Cherche-Midi, où il essaye de tuer un adjudant : on l’envoie à Gaillon ; il est remis en liberté le 2 avril 1888. Le 17 juillet 1888 il est arrêté pour outrages et coups aux agents. Le D' Garnier, après examen, le fait remettre en liberté. Le 30 août, nouvelle arrestation pour rixe : envoyé à Sainte- Anne et à Bicètre, où M. le D° Charpentier délivre le certificat suivant : « Idées de persécution transitoires, antécédents alcooliques ; calme, à maintenir. » Tranquille et respectueux, sa sortie lui est délivrée le 3 octobre 1888. Arrêté le 9 juin 1889 dans un excès d’alcoolisme. Il a des colères épileptiformes où il est très dangereux; il a des vertiges, fait des projets homicides à l'égard des magistrats. Envoyé à Bicêtre, il n'a pas de délire, nie les menaces contre les magistrats, ne veut pas quitter Bicètre, d'où cependant il s’évade le 1 octobre 1889. Le 30 décembre 1889 il est arrêlé pour vol quadifié, tue à moitié un agent, et profère des menaces de

(1) Publiée in Lucas. Thèse Paris, 1892. Résumée.

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mort contre M. de Freycinet. Soumis à l'examen ‘du D''Garmer, il est reconnu aliéné, avec accès de fureur allant à la frénésie. Envoyé à Bicêtre, le docteur Charpentier se refuse à le considérer comme aliéné : « Aucun trouble physique, ni mental, instincts vicieux, conscience de ses actes ; cet individu ne doit pas séjourner dans un asile d'aliénés ; à ne pas maintenir. » Vu cette divergence d'opinion, le juge d'instruction fait soumeltre Ch... à un nouvel examen médical qui conclut à la folie morale : « On ne peut demander compte de ses actes à un malade présentant une si profonde perturbation des facultés ; c'est un aliéné dangereux qu'il y a lieu de placer et de maintenir dans un asile spécial. »

Ramené à Bicêtre, il prouve bientôt l'exactitude de ce pronostic, il est un des promoteurs et des chefs de la célèbre et grave révolte de Bicêtre. Devant ces faits, le médecin traitant décline toute responsabilité sur tout ce qui pourrait arriver dans son service au point de vue de la sécurité des malades, du personnel et de la santé de ce faux aliéné. Le médecin inspecteur des Asiles conclut après examen à la sortie, que le préfet de police autorise sur avis conforme d’une commission de 5 médecins.

De nouveau arrêté le 20 septembre 1890 pour violences, il est conduit à l’Infirmerie spéciale ; reconnu responsable, il passe en jugement ; en allant au tribunal, il tente de s'évader. Quelques semaines plus tard, arrêté pour tentative de meurtre. Reconnu responsable, il fut, dans une séance émouvante, condamné à dix ans de réclusion.

Arrêté 24 fois en dehors de ses entrées à l’infirmerie, il a subi 12 condamnations et 6 internements. C’est un beau type de déséquilibré moral, qui n’a du délire que sous l'influence d’excès alcooliques qui provoquent chez lui des crises épileptiques. En dehors de ces accidents alcooliques, il est dans un état d'infériorité marquée que montre bien l'histoire de sa vie ; tentative de suicide à 15 ans, désertion à la veille de sa libération du service militaire ; il ne peut supporter la moindre contrariélé sans éprouver des réactions exagérées; c’est la mort d'une personne aimée qui a motivé les extravagances qui ont causé sa dernière condamnation. Il ne prévoit pas les conséquences des actes de violence qu'il commet.

Nous avons donc affaire à un dégénéré héréditaire impulsif que sa force musculaire rend très dangereux. Est-ce en

Le are

prison qu’on doit le maintenir pour lui faire rendre compte de ses actes? Tous les examens médicaux proclament le contraire. La prison ne le modifiera en rien et le rendra plus aigri à la société. En liberté, il ne peut s'y maintenir et il devient dangereux pour les autres. Nos asiles sont insuflisants 3 il s’en évade, y fomente des révoltes et trouble complètement le traitement des autres malades.

OBsEervarTiON XV (1).

Hérédité vésanique. — Dégénérescence mentale. — Mauvais instincts. — Stigmates physiques. — Alcoolisme. — Éthérisme. — 19 internements.

P..., 839 ans, sans profession.

A. H. — Père mort en état de démence apoplectique consécutive à une hémiplégie ; occupait haute situation sous l’Empire et menait la vie à grandes guides. Mère nerveuse. Frère aliéné.

A. P. — Tête asymétrique, irrégulière : grosseur de celle d’un enfant de 10 ans sur un corps bien conformé ; toujours arriéré, n'avait d'intelligence que pour le mal. S’est masturbé avec frénésie, dans son enfance, cinq à six fois par jour. « Il présentait des aberrations génitales qui avaient provoqué plusieurs fois l'intervention de la police... Il offrait cette perversion sexuelle bizarre, qu’on a appelé inversion génitale » (Pichon). « P... était un habitué des postes de police, où les employés le connaissaient sous le nom de Baron l'ar…. Dans les commissariats on le connaissait aussi sous le surnom caractéristique de l’homme à l’éther. C'est qu'en effet il présentait un exemple des plus remarquables de la coexistence chez un même individu de deux intoxications, l'alcoolisme et l’éthérisme » (D° Christian). Grand pédéraste,

(1) Publiée in Lucas. Thèse Paris, 1892. Résumée.

il allait chercher de préférence des garçons maçons :de la:

Glacière. En liberté, il ne songe qu'à s’enivrer avec: de. l'éther : il se procure de l’argent de toutes façons, escroque

les commerçants, pharmaciens, cochers. Sa famille essaya de’ l'éloigner de Paris; il est arrêté à Versailles au moment où il! venait de faire des propositions obscènes à deux garçons de

café — à Lille, à Lyon, à Zurich. À Berne, il monte, étant

ivre, sur l'autel de l’église catholique. Le lendemain, il

somme le directeur de la prison de mettre les détenus en liberté. Arrêté, il est reconduit en France. Ses actes délic-

tueux recommencent. On le séquestre à Charenton. Partout

où il passe, il se signale par ses mauvais instincts, son ab-

sence de tout sens moral. Il a de violents accès de fureur, : frappe et insulte tout le monde; puis il prend une morgue. hautaine. Dans l’intérieur de l'asile il ne cherche qu’à s’éva-

der. Certificat du D° Christian : « Ce malade est atteint d’une

perversion morale profonde. Dès qu'il est enfermé, il est

calme. Mais il est incapable de se conduire, les expériences : tentées à cet égard n'ont donc que de mauvais résultats.»

D'octobre 1874 à novembre 1885, 19 internements. Il y a dix

ans environ, R... fit un voyage en Italie. Il fut ramassé un soir dans les rues de Milan dans un état comateux. Transporté

à lhôpital, il y mourut peu après au milieu d'attaques épi-

leptiformes,

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