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CHAPITRE PREMIER

y L'AVÈNEMENT DES RÉPUBLICAINS

I . Les hommes et les tendances. — II. L'orientation. III. L'vAction. — IV. La Politique Républicaine.

Le maréchal de Mac-Mahon se soumettait mal à la constitution. Les opinions de ses ministres le heurtaient et il soutirait de l'ingérence d'un parlement dont la majorité était toute républicaine, depuis le renouvellement partiel du Sénat. Plutôt que d'abdiquer ses préférences, il démissionna et, dès le 3o janvier 1879, le Congrès nommait à sa place le Président de la Chambre, Jules Grévy.

Cette élection marquait l'aboutissement de la poussée antimonarchique qui s'accentuait depuis la chute de l'Empire. Vprès avoir imposé des lois constitutionnelles, puis successivement conquis la majorité dans la Chambre et dans le Sénat, les

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républicains s'assuraient Je la magistrature suprême. Grévy était, en effet, un clés leurs et des plus authentiques, car nul ne pouvait découvrir la moindre compromission dans sa carrière, commencée aux temps déjà légendaires de i848. A cette époque lointaine, il avait affirmé sa foi dans le parlementarisme démocratique en proclamant l'inutilité d'un chef de l'Etat. Les médisants insinuaient maintenant que, mis dans le poste qu'il avait prétendu supprimer, il voudrait démontrer la justesse de ses vues anciennes, en tenant une place sans remplir aucune fonction. La supposition était gratuite et l'avenir le devait prouver. Mais, en dépit de l'importance qu'il reconnaissait à son rôle présent comme malgré la fermeté de ses convictions, Grévy répugnait aux coups de barre brutaux. Son profond respect pour le libre jeu des institutions ne surmontait pas non plus toutes ses antipathies personnelles. Au lieu donc de faire appel à Gambetta, chef incontesté du parti triomphant, il se contenta, en prenant le pouvoir, d'un simple remaniement ministériel. Le dernier cabinet du Maréchal, survivant à la retraite de son chef, se vit ainsi maintenu aux affaires sous la présidence de Waddinglon, qui conservait les Affaires étrangères.

Mais la Chambre ne toléra la combinaison que durant peu de mois. Un autre cabinet surgit, avant la fin de l'année, pour être bientôt renversé à son tour, et, le jeu continuant, sept ministères allaient se succéder en trois ans. A première vue, ces changements perpétuels ne laissaient qu'une impression d'incohérence. A y regarder de plus près, une loi semble présider au défilé vertigineux, en même temps que certaines personnalités s'affirment.

Deux sont à mettre à part, car elles ne participent point à la farandole. Nous avons vu déjà le chef de l'Etat établir son droit au choix de ses collaborateurs en s'abstenant d'appeler (rambetta. De même, à chaque crise, ses préférences péronnelles inteniendront toujours, encore qu'il procède scrupuleusement aux consultations rituelles et ne néglige point les indications des scrutins. L'exercice quotidien de sa charge

révèle un égal respect des fictions constitutionnelles. En présidant le Conseil il ne cherchera jamais à imposer ses volontés. Seulement la précision pondérée de ses jugements et la sûreté de ses avis impressionneront ses collaborateurs responsables qui subiront ainsi son influence, en attendant que, sortis de l'Elysée, ils doivent compter avec celle de Gambetta. Ecarté du pouvoir, celui-ci n'est qu'un député. Mais son prodigieux talent de parole, son activité, la hardiesse de son intelligence, enfin le souvenir de son rôle lors de la Défense Nationale lui confèrent un prestige dominateur. A la Chambre, il dirige la plus importante fraction de la majorité républicaine, dans toute la mesure où un homme supérieur peut commander à un parti parlementaire. Ses adversaires ou ses envieux ne se trompent donc pas complètement en l'accusant d'exercer un gouvernement occulte. Les ministres ont besoin de son concours pour subsister tout comme, pour entrer en charge, il leur faut l'agrément du Président. Chef de l'Etat et chef de la majorité exercent ainsi, sur la conduite de la politique, une action continue : sa nature même empêche toutefois de la préciser et seul se dégage clairement le rôle officiel des détenteurs de portefeuilles.

Parmi ceux-ci, certains demeurent assez longtemps aux affaires, car ils ne sont renversés un jour que pour se relever dès le lendemain dans la « combinaison » nouvelle. Trois surtout sont dans ce cas et s'occuperont justement des questions qui nous intéressent ici : M. de Freycinet qui, spécialisé d'abord aux Travaux publics ne tardera pas à passer aux Affaires étrangères en prenant la présidence du Conseil ; Jules Ferry qui, bien que nominalement cantonné dans l'Instruction publique, élargira son rôle, soit en imposant ses vues à ses collègues, soit en attirant dans son département des affaires qui ne lui incombaient pas normalement ; l'amiral Jauréguiberry, enfin, à qui sera fréquemment confié le ministère de la Marine dont relèvent les colonies.

Entre ces trois hommes les différences sont grandes. L'éner-

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gie calviniste de Jauréguiberry ou l'activité combative de Jutes Ferry ne ressemblaient en rien à l'ingéniosité ondoyante de M. de Freycinet. D'autre part, Jules Ferry et M. de Freycinet avaient une largeur de vues politiques qui n'était peut-être pas le fait de leur collègue. Cependant, malgré leur valeur inégale, leurs tournures d'esprit dissemblables et leurs caractères oppotous trois avaient des traits communs. Tous trois étaient des républicains d'une sincérité incontestable ; tous trois aussi avaient derrière eux une carrière bien remplie. Mais celle de l'amiral était purement militaire. Jules Ferry avait été membre de la Défense Nationale et préfet de la Seine, pour représenter ensuite, pendant un an, la France à Athènes et entrer enfin à la Chambre des Députés. Quant à M. de Freycinet, on l'avait successivement connu ingénieur des mines, Délégué à la Guerre par Gambetta en 1870, préfet, sénateur et durant quelques scr maines, ministre des Travaux publics : c'était toutefois à la veille même de l'élection de Grévy alors que le cabinet Dufaure tâchait de républicaniser l'administration du Maréchal. Il er allait donc en somme de lui comme de Ferry ou de Jauréguiberry. Si tous trois avaient largement servi l'Etat, voire collaboré aux affaires dont ils savaient le maniement, aucun ne les avait réellement dirigées, tout au moins avec quelque continuité et dans des temps normaux. Lors donc que le nouveau Président fit appel à leur concours ils étaient encore des hommes nouveaux.

Or, si l'on parcourt la liste de leurs collaborateurs, leur cas n'apparaît pas isolé. J'ai dit que la nouvelle présidence débutait par un simple remaniement 'du cabinet au pouvoir : mais les ministres du Maréchal qui restèrent ainsi en fonctions furent successivement éliminés des combinaisons suivantes et, bientôt, nul détenteur de portefeuille ne put être accusé d'avoir pactisé naguère avec les défenseurs des régimes disparus.

Durant les quatre premières années de son existence, la République n'avait été que provisoire ; les lois constitutionnelles votées, elle était demeurée encore sous la coupe de ses ad ver-

saires plus ou moins déclarés : l'anomalie cesse après l'élection de Grévv. Un parti nouveau, purement républicain, s'installe au pouvoir et la conduite effective de la politique extérieure va notamment passer aux mains de ses deux représentante les plus marquants : .Iules Ferry et M. de Freycinet.

C'était d'ailleurs un parti véritable qui s'imposait ainsi, non un syndicat comme on en vit trop parla suite. Une foi commune groupait ses membres, non une simple alliance de haines ou une complicité d'appétits. C'était en outre un parti jeune. Car s'il pouvait, à la rigueur, se découvrir de théoriques ancêtres en quarante-huit ou en quatre-vingt douze, il n'avait, dans sa forme du moment, jamais encore détenu la puissance. Or, il en va des partis comme des individus : ils vieillissent et, on vieillissant, s'épuisent. Les déceptions du pouvoir et ses compromissions fatales émoussent les illusions. La distance paraît bientôt infranchissable entre les possibilités pratiques et les généreuses affirmations doctrinales. Celles-ci se réduisent alors à n'être plus que de simples formules et les hommes qui les répètent encore, par conviction tenace ou par accoutumance, désespèrent eux-mêmes de leur rendre jamais une efficace vertu.

Les républicains de 1879 n'en pouvaient être là puisqu'ils débutaient. Ils tenaient leurs revendications d'opposants pour des principes de gouvernement, suffisants, légitimes et d'application presque facile. La république véritable qu'ils entendaient substituer aux combinaisons bâtardes du Maréchal ou de Thiers leur apparaissait toujours aussi belle que du temps de l'Empire, quand ils la discernaient confusément dans les brumes du lointain. Ils ne la servaient point par résignation, mais avec enthousiasme. Son nom seul équivalait pour eux à une longue série de promesses qu'ils souhaitaient réaliser sans

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délai, car leur ardeur était grande puisque leur foi demeurait entière.

Us se mirent donc immédiatement en devoir de modeler le pays selon leur idéal et, mesures administratives, décrets, lois ou projets commencèrent à se succéder. Qu'il s'agît d'ailleurs d'épurer le personnel des services où devaient dorénavant prédominer les partisans convaincus du régime ; de développer l'enseignement sur lequel l'Etat laïque s'assurerait la haute main ; de retoucher le régime douanier ou de fixer un programme de travaux publics : tout ce qui se préparait ou s'accomplissait procédait d'un plan général, fréquemment exposé dans des discours-programmes. Mais à relire ceux-ci une constatation s'impose : ils sont le plus souvent clairs, précis, détaillés et pratiques tant qu'ils visent l'organisation intérieure ; ils demeurent au contraire dans des généralités vagues s'ils en viennent aux rapports avec l'étranger.

Et ce n'est point simplement parce que, en pareille matière, une certaine réserve s'impose toujours. Les nouveaux dirigeants ne se désintéressent certes pas de l'extérieur. Loin de là. Mais leur situation est assez particulière.

Fermement démocrates, croyant à la supériorité du régime républicain, ils n'estiment point qu'une république démocratique ait à se tenir modestement à l'écart des monarchies, comme, ilans une famille allière, la parente simplement tolérée à qui le souvenir de quelque faute commande l'humilité. Tels de leurs prédécesseurs immédiats jugeaient plus ou moins confusément qu'il en devait aller ainsi ; eux se refusent à l'admettre. Un orgueil très légitime, et qui s'accorde du reste avec le patriotisme bien compris, les incite à démontrer que la France n'a nullement déchu pour avoir rompu avec ses dynasties. Ils la jugent toujours capable de tenir partout son rang: a l'abstention et à l' effacement trop systématiquement pratiqués au cours des dernières années, ils souhaitent substituer une politique d'action.

Les grands précurseurs de la Révolution dont l'autorité était

volontiers invoquée, ayant eu des prétentions pareilles, avaient alors déduit leur programme extérieur de doctrines générales. Considérant leurs formules de gouvernement comme des vérités absolues, ils s'étaient attribué le devoir de « libérer » les peuples voisins ; adorateurs de la Nature, ils avaient prétendu que ses décrets traçaient les limites nécessaires de la France. Mais ils avaient été pris bientôt clans l'engrenage des conquêtes ; puis les revers de l'Empire étaient venus qui contraignaient de réfréner les ambitions et ceux-mêmes, de plus en plus rares, qui prétendaient incarner toujours l'esprit de 1792,cessèrent de tenir le dogme des frontières' naturelles pour un article de foi. Des doutes s'étaient aussi élevés, au cours des années, sur l'obligation d'affranchir autrui et les constituants de i848, tout idéalistes qu'ils fussent, avaient. formellement désavoué l'apostolat. Le xixe siècle avait enfin vu un certain cosmopolitisme se développer dans les milieux les plus divers, chez les littérateurs romantiques comme chez les brasseurs d'affaires ou les ouvriers, et les champions des idées démocratiques s'étaient alors laissés prendre à des rêveries vaguement humanitaires. Ces utopies achevaient de discréditer à leurs yeux les ambitions réalistes et brutales de la Révolution, sans toutefois leur substituer rien de positif. Une série de facteurs étaient ainsi intervenus, très divers et très complexes. Leur analyse exigerait de longs chapitres, mais tous concouraient à un même résultat dont la constatation importe seule ici et qui peut se résumer en une phrase : les républicains qui prenaient le pouvoir en 1879 avaient un programme intérieur précis, tout comme les républicains de 1792 ; mais, à l'encontrede ceux-ci, ils ne trouvaient, dans leur credo politique, nul principe pour la conduite des affaires extérieures.

Ils se voyaient en présence d'une Europe où la prééminence de l'Allemagne s'affirmait de plus en plus. Obtenue au détriment de la France elle ne pouvait que les froisser. Champions du droit qu'ils estimaient avoir été violé en 1871, ils ne se résignaient pas non plus à la perle de l'Alsace et de la Lorraine.

d'une guekhe a l'autre 5

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Gardant, comme ils disaient, les \eux fixés suc la ligne bleue des Vosges, ils entendaient penser toujours aux deux sœurs, pleurant sur l'autre versant. Mais leurs tendances humanitaires et leur croyance dans la force intrinsèque d'une justice immanente les portaient à réprouver la guerre. Ils étaient, de plus, impressionnés par la puissance allemande. Bien que la France eut entièrement reconstitué ses linances et son armée, ils craignaient qu'elle ne lut pas capable d'affronter une nouvelle lutte contre le même adversaire, d'autant que les défaites subies par la Défense Nationale avaient balayé leurs illusions anciennes sur l'invincibilité «des armées populaires. Ils ne songeaient donc pas à reprendre par la force les deux provinces perdues, encore moins à provoquer un conflit pour les reconquérir. Dès lors, leur politique d'action, si vraiment ils se décidaient à en poursuivre une, ne pourrait avoir le but immédiat et précis qu'on aurait été tenté de lui attribuer. Du même coup se trouvaient implicitement condamnés ces' rêves de revanche, réellement populaires aux premiers temps de la République bien que demeurant officiellement ignorés des gouvernants.

D'ailleurs, si les hommes qui arrivaient au pouvoir ressentaient à l'égard de l'Allemagne la rancune commune à tous les Français, ils n'avaient contre elle ni haine aveugle, ni systématique hostilité. Nous verrons l'un d'entre eux conclure avec elle, sans répugnance, un accord impliquant une collaboration intime. Mieux encore. Malgré l'intransigeance de son patriotique, (Jambetta souhaitait, et encore à l'époque où nous sommes, entrer en relations personnelles et directes avec le prince de Bismarck. Aous savons mal ce qu'il comptait lui dire. Mais un fait est certain et qui permettra d'apprécier les changements qui interviendront par la suite. Aux yeux des républicains d'alors, la France et l'Allemagne étaient séparées par la seule question d'Alsace-Lorraine. Que celle-ci fût réglée à nouveau, un rapprochement entre les deux pays deviendrait possible, souhaitable peut-être même, parce qu'il consoliderait la paix Gambetta allait-il jusqu'à vouloir le préparer ? Nous

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l'ignorons. < Certains indices tendraient cependant à faire croire qu'il entendait obtenir du chancelier une solution équitable du grand litige, partant, améliorer les rapports entre les deux pays.

Los nouveau \ maîtres de la France étaient donc fermement résolus à ne point chercher querelle à l'Allemagne. Mais celleci nourrissait-elle à leur égard des sentiments pareils ? Le souvenir était encore vivace de l'alerte de y5, vieille tout juste de quatre ans. Brusquement alors, sans prétexte plausible, sans provocation d'aucune sorte, la guerre avait paru sur le point d'éclater. Rien ne prouvait que, pour raisons de politique intérieure ou simplement parce qu'il serait jaloux de notre relèvement, le terrible chancelier ne voudrait pas recommencer le même coup et, cette fois, aller jusqu'à l'extrême. Or, nous venons de le voir, on doutait à Paris que la France put tenir tète avec ses seules forces. Il fallait donc trouver par avance des soutiens dont la seule présence, d'ailleurs, écarterait sans doute le péril. Où les chercher? Evidemment auprès des puissances qui, en i8y5, s'étaient opposées au dessein allemand. La France deviendrait invincible, disait Gambeltà, le jour où elle aurait à ses côtés la Russie et l'Angleterre. Il n'était pas seul à penser de la sorte, car les conceptions réalistes l'emportaient très heureusement sur les préférences doctrinales, et les démocrates français ne répugnaient pas plus à s'entendre avec la Russie tzariste qu'avec la libérale Angleterre. Mais ces désirs confus d'alliances utilitaires naissaient dans le -même temps où s'affirmaient, au sujet de l'Allemagne, les sentiments rappelés plus haut. Ainsi, dès le moment où tas républicains deviennent les dirigeants effectifs de la République, on voit s'esquisser confusément cîans les esprits les deux systèmes •entre lesquels notre politique extérieure oscillera constamment par la suite, en cherchant tour à tour à se garder contre l'Allemagne ou, au contraire, à s'entendre avec elle. Chacun de ces systèmes avait d'ailleurs ses modalités nécessaires, elles aussi immédiatement entrevues. Pour être complète, l'entente avec

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l'Allemagne supposait un accord préalable sur l'Alsace-Lorraine. Se protéger efficacement contre son agression impliquait un rapprochement intime tant avec l'Angleterre qu'avec la Russie. L'un et l'autre système enfin tendaient vers un même but : s'accommoder avec l'Allemagne ou se dresser contre elle n'était, pour les nouveaux gouvernants, que le moyen de sauvegarder l'indépendance de la France tout en consolidant la

paix.

Mais quelle que dût être la voie choisie pour en arriver là,il fallait, avant de s'y engager, la repérer en quelque sorte, dresser le plan des manœuvres et déterminer leur terrain. Les républicains étaient alors incapables de rien de pareil. Ils n'étaient fixés ni sur ce qu'ils demanderaient, ni sur ce qu'ils devraient offrir. Ils ne savaient pas sur quels sujets ils pourraient engager, à Pétersbourg ou à Londres, quelqu'une de ces conversations spéciales qui, graduellement élargies, finissent par conduire à des arrangements de principe ; ils ignoraient bien davantage encore, dans quels termes, le cas échéant, ils aborderaient l'Allemagne. Car, à l'exception de Waddington, survivant du régime précédent et destiné d'ailleurs à bientôt disparaître, nul d'entre eux n'avait l'expérience des affaires extérieures.. Sur la situation générale, les dispositions des puissances et les questions pendantes, ils ne possédaient que les notions fragmentaires qui suffisent pour le métier d'opposant. D'autre part, les techniciens, maintenant placés sous leurs ordres, n'étaient pas en mesure de leur fournir des plans positifs, puisque, depuis neuf ans déjà, la diplomatie française limitait consciencieusement ses efforts à nuancer des abstentions. La considération des faits ne suggérait donc pas aux nouveaux gouvernants les vues précises que ne leur avait pas inspirées leur credo démocratique. Ils voulaient agir et savaient pourquoi ; ils ignoraient comment. En d'autres termes, s'ils avaient un programme intérieur très net, ils n'avaient, en matière étrangère, que des aspirations et des tendances.

Les unes ou les autres ne suffisent pas à diriger la politique

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-d'un grand pays surtout lorsqu'il ne s'agit plus pour lui de s'eiTacer. Ln temps d'orientation puis d'initiation s'ouvrit donc pour les républicains au lendemain de leur prise du pouvoir et, quatre ans durant, ils allaient faire leur apprentissage avant d'arriver à définir leurs ambitions comme à coordonner leurs méthodes .

IT. — L'orientation

Au moment de l'élection de Grévy, des négociations s'engageaient entre les puissances pour assurer l'exécution complète du traité de Berlin, tandis que les extravagances du vice-roi Ismaïl faisaient prévoir, en Egypte, des complications nouvelles. Waddington, resté ministre des Affaires étrangères tout -en devenant Président du Conseil s'absorba dans ces questions. Mais, dans le même temps, l'amiral Jauréguiberry, ministre de la Marine et Jules Ferry, ministre de l'Instruction Publique, donnaient aux entreprises coloniales une impulsion vigoureuse à laquelle M. de Freycinet allait, en sa qualité de ministre des Travaux publics se trouver, lui aussi, indirectement conduit à participer.

Le caractère de Jauréguiberry ne pouvait s'accommoder de l'incurie qui sévissait depuis si longtemps dans les services centraux des colonies. D'autre part, les principes des républicains leur faisaient un devoir de supprimer autant que possible, dans les établissements lointains, le régime militaire qu'ils avaient •constamment blâmé. Aux amiraux qui, par tradition, gouvernaient la Cochinchine devait donc succéder un chef civil. Mais en désignant pour ce poste M. Le Myre de Villiers, le ministre de la Marine ne lui prescrivit pas seulement des réformes administratives ; il l'invitait aussi à prendre une altitude plus ferme à l'égard de l'Annam. Aussi énergique que son chef,

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M. le M\rede Yilliers se mit immédiatement à l'œuvre. Tandis que l'intervention des tierces puissances et notamment celle de l'Espagne était entravée, des négociations furent engagées : avei Hué pour faire observer les obligations du protectorat et a\ee Pékin, pour éviter l'intervention de la Chine désireuse de maintenir sa suzeraineté. Enfin, pour assurer en fait les droitque nous possédions théoriquement sur la vallée du Fleuve- Rouge, Jauréguiberry fit approuver par le Conseil le projet de nous en emparer par la force, à la première occasion favorable, mais au nom de l'Annam, ce qui affirmerait encore notre protectorat et écarterait complètement la Chine.

La même fermeté se manifestait en Afrique. Brière de l'Isle, désormais encouragé, pénétrait résolument dans l'arrière pays du Sénégal dont la conquête était activée. Avec une vue très nette des nécessités futures, le ministère entendait, en outre, doter la colonie d'un instrument indispensable à son développement ; il saisit les Chambres du projet d'un chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis. On voulut plus encore. M, de Freycinet. qui faisait adopter par le Parlement le programme de vastes travaux publics, rêvait d'en voir entreprendre hors de la métropole. Il signalait donc, dans un rapport au Président delà République, l'intérêt d'une ligne ferrée qui partirait d'Alger pour ner le Soudan et trois missions se mettaient en route, char- - s de reconnaître des tracés.

En même temps que la France préparait ainsi l'essor de ses établissements de l'Afrique occidentale et, peut-être, leur jonction avec l'Afrique^du Nord, elle précisait son action dans 1' \frique équatoriale où de grands changements s'annonçaient.

V la fin de l'année 1877 l'explorateur Stanley avait établi l'identité du fleuve Loualaba. jadis découvert dans la région des lacs, avec le Congo, dont l'embouchure seule était connue; il avait ain^i montré l'existence d'une grande voie navigable, drainant toute l'Afrique équatoriale dont les prodigiei^e? risses naturelles étaient en même temps révélées. Les Anglais^

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