La RÉPUBDQI E CONSOLIDÉE. II. Les AFFAIRES
d'orient i. — La République consolidée
Vprès le vole du Septennat et l'échec des combinaisons monarchiques, l'Assemblée Nationale avait du s'occuper des lois constitutionnelles, laissées systématiquement en suspens. La majorité, demeurée toujours royaliste et qui ne se consolait point de son impuissance, s'obstinait à repousser.au moins les solutions qui ne lui souriaient pas. Elle rejetait encore, en janvier i8y5, un projet visant u Le Gouvernement de la République ». Mais un universitaire ingénieux, M. Wallon, à qui son rôle dans cette affaire allait valoir une bien autre popularité que ses travaux sur Jeanne d'Arc, le Tribunal révolutionnaire ou l'Esclavage dans l'Antiquité, introduisit, à l'article réglant l'élection du Chef de l'Etat, un amendement disant ■ « Le Président de la République... » L'amendement fut voté, le 3o janvier, par 353 voix contre 3j2. La République se trouvait enfin officiellement proclamée, à une voix de majorité.
Ce fait acquis l'Assemblée, peut-être décontenancée, paru
s'applique* à rendre cette république qu'elle n'avait pu éviter aussi peu républicaine que possible, comme à ne la doter que d'une constitution sommaire. Les lois organiques qui allaient être successivement promulguées pour instituer .deux Chambres et pour régler les rapports entre les pouvoirs publics laissèrent, en effet, bien des points incertains. Elles assuraient, d'autre part, une large indépendance au chef de l'Etat et aux ministres par lui choisis, notamment en ce qui concernait la politique extérieure qui seule nous occupe ici. Toute déclaration de guerre devrait être préalablement votée par le Parlement, seul qualifié aussi pour approuver les traités stipulant des modifications au territoire ou engageant les finances : mais le Président de la République demeurait expressément libre de négocier, puis de ratiQer toutes autres conventions internationales, sans être même tenu de les faire connaître. 11 se trouvait ainsi, — pour ne considérer que le cas extrême — seul maître des alliances. Du même coup, les Chambres se vo\ aient refuser tout moyen d'action immédiate et directe sur les affaires étrangères. Leur contrôle se trouvait extrêmement limité. Les critiques qu'elles entendraient formuler, à l'occasion du budget ou par voie d'interpellation, porteraient seulement sur les faits acquis que le Gouvernement consentirait à leur laisser connaître. Les négociations, même les plus graves, s'engageraient en dehors d'elles et se poursuivraient sans qu'elles pussent jamais exercer une influence sérieuse sur leur cours. On doit évidemment se demander si de pareilles dispositions s'accordent avec les principes fondamentaux d'un gouvernement démocratique et, si l'on répond parla négative, il demeure encore permis d'admettre qu'elles étaient cependant imposées par la nature des choses, le travail de la diplomatie ne pouvant se poursuivre dans le tumulte des assemblées. Ce sont là toutefois questions de pure doctrine dont la • discussion importe peu à l'histoire. Par contre, il était nécessaire d'insister sur la façon dont les lois constitutionnelles organisaient la conduite des affaires extérieures, car qui l'oublierait, risquerait
Je ne pas comprendre plusieurs des événements que nous aurons à rapporter.
Sur ce point, d'ailleurs, comme sur beaucoup d'autres, les constituants de 187,5 n'avaient nullement innové. Ils s'étaient contentés de consacrer, en droit, une situation préexistante en fait. De plus, leur œuvre aboutissait en période parfaitement tranquille et longtemps après l'avènement du régime dont ils promulguaient enfin la charte. Les lois organiques n'entraînèrent donc nulle modification dans les rouages administratifs qui demeurèrent exactement ceux que le gouvernement de ïhiers avait naguère recueillis de la Défense Nationale qui les tenait elle-même de l'Empire. Mieux encore, nulle modification radicale ne fut immédiatement introduite dans le personnel dirigeant. Pour éviter un disparate trop grand, force fut bien de constituera 10 mars un ministère nouveau dont M. Buffet prit la présidence et dans lequel une place se trouva réservée à M. Wallon, décidément sacré « Père de la République ». Mais le duc Decazes conservait très légitimement son portefeuille ; le Maréchal de Mac-Mahon restait lui-même au pouvoir, sans rien abdiquer de ses opinions; enfin, les hommes, ,qui avaient dominé durant les années précédentes, continuaient d'exercer une influence considérable, d'autant plu> grande même que la République, étant née subrepticement, les monarchistes espéraient encore l'empêcher de vivre.
Dans ces conditions, la consolidation officielle de la République ne pouvait évidemment entraîner un brusque changement dans la conduite des affaires, surtout des affaires extérieures. Un point était cependant acquis. La France cessait de vivre sous un régime réputé provisoire. Elle avait maintenant un gouvernement établi, régulier, proclamé définitif. Et ce fait modifiait la première des circonstances qui, depuis quatre ans, contribuaient peut-être à déprimer sa politique.
Le vote des lois constitutionnelles françaises n'était pas pour plaire au chancelier allemand. Durant les dernières années, au gré des circonstances et des incidents, il avait tour à tour affecté de redouter la restauration d'une monarchie ou la consolidation définitive d'une république. Au vrai, il appréhendait tout régime, quel qu'il fût, à qui sa stabilité conférerait la liberté d'action. Il suivait aussi, sans nulle satisfaction, les progrès du relèvement militaire : or voici qu'intervenait, en mars 1875, la loi dite « des cadres » qui devait renforcer sensiblement notre armée. Assuré désormais de son lendemain, le gouvernement "français ne voudrait-il pas user bientôt de ses forces en se faisant le champion de la revanche? Et s'il pouvait en aller de la sorte, l'Allemagne ne se montrerait-elle pas simplement prudente en prenant les devants, tandis que sa supériorité était encore certaine ? La hâte se justifierait d'autant mieux que, malgré les amitiés des souverains, ni la Russie, ni l'Autricher ni l'Italie ne paraissaient complètement sûres, sans compter qu'un conflit extérieur apporterait une diversion très heureuse aux graves conflits du dedans... Impossible évidemment de préciser qu'elles furent celles de ces considérations qui déterminèrent le prince de Bismarck, car si les actes des hommes d'Etat tombent sous le contrôle de l'Histoire, leurs mobiles vrais lui échappent presque constamment. Que ce fût d'ailleurs, pour un motif ou pour un autre, il demeure, et cela nous suffit ici, qu'au printemps de 18701e chancelier résolut de frapper un coup. Sans souhaiter probablement aller jusqu'à la guerre, il voulut donner à croire qu'il la souhaitait. Menaçant soudain la France de façon précise et brutale, il entendait la terroriser, l'acculer ainsi à des concessions ou des supplications, bref, la montrer en posture humiliée, de manière à se confirmer aux yeux de tous dans son rôle de dominateur.
La manœuvre fut donc savamment calculée pour provoquer d'une guerrb a l'autre 3
l'effroi. D'abord, dans les journaux allemands, des articles astucieusement gradués qui insistaient sur le perpétuel danger français et sur l'avantage que trouverait la prudente Allemagne à prévenir l'attaque plutôt que de l'attendre. Puis vinrent des confidences. Des allemands, attachés au gouvernement à des titres divers, au cours de conversations amicales et spontanées, félicitaient des représentants de la France à propos du maintien, maintenant probable, de la paix. Ces allusions à un péril que nul n'avait officiellement connu étaient naturellement transmises à Paris. Se combinant avec la lecture des journaux, elles devaient, dans la pensée de Bismarck, persuader au gouvernement français que l'AUemagnevoulait une querelle.
Le duc Deca/es n'était pas disposé à l'accepter, non plus que ses collègues et que la majorité du peuple français. Mais il souhaita cette fois faire mieux que se garer en laissant passer l'orage : tout en parant le coup, il entendit en tirer parti. S'il voulait éviter la guerre, il voulait également modifier la situation profonde de l'Europe et faire admettre que le maintien de la paix générale, dépassant les intérêts particuliers de la France et de f Allemagne, était, en réalité, d'iutérêt européen. Il lui fallait, pour cela, saisir les puissances, ou plus exactement puisque le corps européen s'était dissous, certaines d'entre elles.
A Pétersbourg, l'empereur et ses ministres se virent mettre au courant des incidents et des inquiétudes conçues à Paris. Des démarches du même ordre furent faites à Londres. Enfin, comme à l'époque moderne l'opinion publique compte pour quelque chose, le duc Decazes prit pour confident le correspondant parisien du Times, si bien qu'un article parut dans ce journal, article qui, répondant à la campagne de presse allemande, dénonça les visées agressives et les menées belliqueuses de l'empire allemand.
Ces manœuvres réussirent. A Berlin, où il se rendait, le tsar entretint l'empereur Guillaume, tandis que les diplomates anglais et russes intervenaient également. Dans ces conditions, Bismarck, qui ne voulait avoir affaire qu'à la France, estima
n'axoir plus qu'à changer d'attitude. Il prodigua à tous les déclarations les plus conciliantes, si bien que Gortchakoff proclama dans une circulaire diplomatique que la paix était désormais garantie et que les ministres britanniques rassurèrent, de leur côté, leur parlement.
Tout en admirant la dextérité diplomatique dont venait de faire preuve le duc Decazes, une remarque demeure évidemment possible. Vis-à-vis de l'Angleterre et de la Russie, la France s'était montrée assez humble. Sans même chercher à négocier en proposant un accord véritable, elle avait simplement sollicité une intervention protectrice, conservant toujours ainsi son attitude de vaincue. Mais cette nuance ne diminuait pas la portée très générale du résultat obtenu. L'Angleterre et la Russie avaient proclamé que le maintien de la paix entre la France et l'Allemagne n'intéressait pas seulement ces deux puissances.
Dans une mesure atténuée si l'on veut, mais néanmoins certaine, le sentiment européen reparaissait. Les puissances estimaient que des questions où elles n'étaient pas directement parties pouvaient et devaient cependant les préoccuper. La situation fondamentale que nous constations en 1871 se transformait radicalement. La France, toujours isolée, ne se trouvait plus en présence de puissances éparses. Dès lors, le deuxième facteur, dans lequel on pouvait logiquement chercher la cause de notre politique d'effacement systématique, se trouvait disparaître, dans le même temps que disparaissait l'incertitude constitutionnelle.
Deux crises distinctes éclatèrent alors, presque simultanément, en Orient, offrant toutes deux à la diplomatie française l'occasion de s'affirmer. L'une fut limitée à l'Egypte ;
3b LA RÉPUBLIQUE SANS LES RÉPUBLICAINS
l'autre qui prit naissance dans la Turquie d'Europe finit par mettre en cause le sort même de l'Empire Ottoman. Leur portée fut ainsi très différente ; leur durée le fut également. La question d'Egypte se régla, en effet, en une année, tandis que les complicalions turques devaient se prolonger pendant trois. Mais il se trouve qu'au moment où un arrangement intervenait en Egypte, les négociations relatives à la Turquie d'Europe changeaient brusquement de caractère : une première phase se dessine ainsi qui va jusqu'aux derniers jours de 1876. Puisqu'il s'agit de dégager ici le caractère général de notre politique étrangère en notant éventuellement ses évolutions, il convient de considérer d'abord cette première phase en essayant de conduire les deux affaires de front. Nous considérerons ensuite la guerre russoturque qui se déroula tandis que la France était secouée par la grave crise intérieure du 16 Mai, pour en venir, enfin, au rôle joué par nos représentants au Congrès solennel de Berlin.
Dans l'été de 1875 les habitants de l'Herzégovine, mécontents de l'administration turque, protestèrent comme il est de règle dans l'empire Ottoman : ils se soulevèrent et massacrèrent quelques représentants de l'autorité. La moindre difficulté orientale risquant toujours de conduire très loin, il y avait là de quoi émouvoir les puissances ; l'Autriche notamment dont l'Herzégovine est proche et qui estimait avoir sur la région certains droits traditionnels de contrôle. L'Allemagne n'était pas directement intéressée, mais, désireuse d'affirmer sa prédominance en Europe, elle jugeait ne pas pouvoir demeurer passive. Quant à la Russie, elle entendait toujours surveiller le moindre incident survenant dans la Péninsule des Balkans, sans compter qu'elle guettait l'occasion de prendre sa revanche définitive du traité de Paris qui avait limité son action. Ce fut dès lors la Russie qui prit l'initiative d'une action diplomatique, et, l'entente des trois Empires cherchant toujours à s'affirmer, ce fut à
Vienne et à Berlin qu'elle s'adressa tout d'abord pour rechercher en commun les moyens de rétablir la tranquillité.
Mais l'amitié personnelle et très sincère que se portaient mutuellement les empereurs n'allait pas jusqu'à dissiper entre eux les méfiances que légitimaient d'ailleurs les menées de leurs ministres. La Russie en particulier, qui avait à redouter une ingérence trop active de l'Autriche, ne pouvait non plus être complètement rassurée sur l'attitude que prendrait l'Allemagne, étant donnée surtout l'animosité que Bismarck avait à J'égard de Gortchakof. Elle trouvait dès lors avantage à introduire d'autres puissances dans les débats. Inutilede songer pour cela à l'Angleterre sa rivale ordinaire ; restait la France dont les intérêts en Turquie sont considérables et dont le souvenir du service reçu au moment de la menace allemande augmenterait sans doute les bonnes dispositions. Dans le mois de juillet donc le Tsar lui-même insinuait à notre ambassadeur qu'il verrait avec sympathie le Cabinet de Paris s'occuper de la question • d'Herzégovine. Ainsi .saisi, le duc Decazes crut devoir préciser ie rôle qu'il comptait assumer. Il le fit dans la forme déconcertante qu'il affectionnait décidément. Il y aurait place, disait-il, « pour les nuances et les tempéraments dans le concert diplomatique auquel les puissances étaient conviées, et les cabinets n'ayant pas participé aux délibérations, tout en s'associant aux démarches des trois cours, seraient fondés à conserver une certaine latitude dans leurs opinions et leurs actes ».
Sur place cependant, les événements suivaient un cours normal. Des enquêtes avaient été menées par les consuls qui se portaient médiateurs entre les rebelles et les autorités. Un programme de garanties locales se trouvait dressé, suggéré à la Porte et celle-ci, toujours suivant l'usage, ripostait par unfirman de réformes générales qui annonçait des merveilles, notamment que les gendarmes seraient choisis désormais parmi les gens honnêtes. En tout ceci, et par suite même de la manière dont l'affaire s'était trouvée engagée, aucune puissance n'avait été conduite à tenir un rôle prépondérant. La France en tout cas ne
profitait poinl des insinuations positives qu'elle avait reçuespou r chercher à grandir le sien. Elle entendait conserver « la liberté de ses opinions o et de « ses actes ». D'opinions elle no paraît pas en avoir manifesté de très nettes et quant aux actes on n'en connait point, tout au moins d'importants.
C'est à ce moment qu'elle fut amenée à prendre en Egypte une attitude plus particulière.
Ismaïl pacha, vice-roi d'Egypte sous la suzeraineté théorique du Sultan, avait consciencieusement dilapidé les ressources de son pays en prodigalités insensées et définitivement désorganisé ses finances par de trop copieux emprunts. Un moment vint donc où ses expédients coutumiers ne lui purent suffire et, dans l'automne de cette même année 1876, force lui devint de reconnaître qu'il risquait de ne plus tenir ses engagements : une assez forte somme était indispensable pour assurer le paiement d'un coupon imminent. Or, il possédait un lot d'actions du Canal de Suez, à lui remises à l'origine en rémunérasion du concours que sa puissance souveraine prêtait à l'entreprise de Lesseps. Dans sa détresse, il voulut faire argent de ses actions, en empruntant sur elles.
Le banquier français auquel il s'adressa, n'ayant pas disponibles les cents millions réclamés, chercha des concours à Paris. 11 s'adressa d'abord aux établissements financiers, puis, constatant leurs hésitations, au Gouvernement qui pouvait peser sur eux. Le duc Decazes jugea bon de faire consulter le gouvernement britannique auquel il ne voulait point déplaire, en reconnaissance du service rendu lors de l'alerte allemande. La réponse ne fut pas encourageante. Le ministère français s'abstint donc et l'affaire, dès lors, ne se conclut pas. Seulement, aussitôt qu'expira le délai d'option que le banquier français avait obtenu du kéhdive, l'Angleterre intervint pour son propre compte et acheta par télégraphe les titres que la France venait pratiquement de refuser ; elle était désormais, et pour une notable proportion, co-propriétaire du Canal.
Mais la vente de ses actions ne sauvait point le vice-roi el, au
moment où il la réalisait, force lui était d'envisager une réorganisation complète de ses finances. Il demanda, plus ou moins spontanément, un rapporta un anglais. Celui-ci conclut à l'installation d'un contrôle étranger dont la direction serait confiée également à un anglais. Informé de ce projet, le duc Dccazes protesta discrètement au nom des intérêts français. Dès pourparlers très complexes s'engagèrent et, finalement, un décret égyptien de novembre 1876 réorganisa les finances égyptiennes dans l'intérêt des créanciers, en les plaçant sous la surveillance de deux contrôleurs européens, l'un anglais, l'autre français. C'était, à plus d'un égard, la mise en tutelle du vice-roi, par l'établissement d'un régime spécial, dit de « condominium » franco-anglais.
Durant que se déroulaient les incidents qui amenaient en Egypte ce nouvel état de choses, les affaires de Turquie n'avaient cessé de se compliquer. Le fi r m an du mois d'octobre n'avait pas rétabli le calme, les habitants de l'Empire ayant de longue date appris à connaître la valeur des réformes promises par le Sultan. La rév8lte donc avait continué, commençant même à gagner la Bosnie, tandis que le Monténégro et la Serbie menaçaient de profiter des embarras de la Porte pour obtenir d'elle des avantages particuliers. Les hostilités menaçaient ainsi de s'étendre à toute la péninsule. Il devenait urgent d'aviser.
Le comte Andrassy qui dirigeait les Affaires étrangères de l'Autriche-Hongrie adressa, d'accord avec les gouvernements de Berlin et de Saint-Pétersbourg, une note à la Porte précisant les revendications des trois Cours impériales, qui accentuaient ainsi leur entente. Toute combinaison générale était écartée et un ensemble d'améliorations spéciales réclamées en faveur des provinces en cause. La note fut communiquée aux diverses puissances et la France y adhéra.
Mais la Porte, ayant commencé de discuter, ajourna toutes satisfactions. L'effervescence grandit encore de ce fait et s'étendit. Les Bulgares se soulevèrent au sud du Danube ; les musulmans à leur tour protestèrent contre les ingérences euro-
péennes et les consuls de France et d'Allemagne furent massacrés à Salonique. Force était évidemment de faire un pas de plus. Les trois cours impériales s'en chargèrent encore et, dans un mémorandum daté de Berlin, le i3 mai, menacèrent (( d'ajouter à leur action diplomatique les sanctions d'une entente en vue de mesures efficaces ». Le mémorandum fut, comme l'avait été la note Andrassy, communiqué aux puissances ; la France adliéra.
Au lendemain de la remise du mémorandum une révolution éclata à Constantinople, Elle déposa le sultan Abdul-Azziz, provoqua l'avènement de Mourad, puis au bout de trois mois la destitution de celui-ci et l'avènement d'Abdul-Hamid. Cette révolution interrompit naturellement les pourparlers et provoqua d'autre part des complications nouvelles. La Serbie et le Monténégro, mettant leurs menaces à exécution, déclarèrent la guerre à la Turquie ; en outre, les troupes ottomanes, appelées dans les régions occupées par les Bulgares, massacrèrent systématiquement un grand nombre de ceux-ci. La nouvelle de ces massacres provoqua en Europe une émotion très vive et notamment en Angleterre où M. Gladstone en profita pour déchaîner un grand mouvement d'opinion. Le cabinet de Londres se vit contraint d'en tenir compte ; d'autant plus que la Russie se montrait disposée à agir et proposait d'occuper les territoires bulgares pour protéger leurs habitants. L'Angleterre entendit donc se mettre à son tour en avant. Saisie par la Serbie et le Monténégro d'une demande de médiation, elle voulut imposer à la Porte un armistice et, en même temps, elle préparait à son tour un plan de réformes. Ce plan fut aussi soumis aux diverses puissances : la France lui donna son approbation.
Le programme anglais n'aboutit, lui non plus, à nulle conclusion pratique. Il devenait manifeste que de simples suggestions diplomatiques n'amèneraient pas la Turquie à composition et d'autant moins que ses troupes commençaient à dominer celles de la Serbie et du Monténégro. La Russie estima dès ors qu'il lui appartenait d'adopter la manière forte et, le Ier no-
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vembre, elle signifiai! un ultimatum exigeant un armistice i m média !.
Pareille initiative n'était naturellement pas pour plaire à l'Angleterre qui, usant alors du procédé classique constamment employé quand les crises orientales devenaient trop aiguës, provoqua une conférence. Les puissances ne pouvaient naturellement pas se dérober et les réunions préliminaires commencèrent à Gonstantinople au mois de décembre 1876.
La Conférence de Gonstantinople fut marquée par un incident où les Turcs montrèrent, une fois de plus, leur habileté aux moyens dilatoires. Tandis que les ambassadeurs délibéraient posément des salves d'artillerie leur annoncèrent que le Sultan dotait spontanément son empire d'une constitution libérale. En présence de cette réforme prodigieuse qui procurerait à tous les Ottomans les garanties dont s'ennorgueillissent Anglais ou Français quelle importance gardaient les petites réformes particulières et locales dont parlaient les puissances ? Celles-ci ne parvenaient du reste pas à l'accord de leurs désirs restreints. Si la France évitait les décisions trop nettes pour se montrer prête à tous les accommodements, d'autres s'affirmaient beaucoup moins conciliantes. La Russie notamment ne renonçait manifestement pas à son arrière pensée d'action brutale et séparée, tandis que l'Angleterre, inquiète d'un tel dessein, déclarait vouloir reprendre sa liberté entière dans le cas où les pourparlers n'aboutiraient point. Mais ces pourparlers n'avaient nulle chance de réussir en présence d'antagonismes pareils et ceux-ci facilitaient singulièrement le jeu des Turcs, à qui leur fameuse constitution fournissait en outre un prétexte commode pour décliner toutes les suggestions. L'Europe fut donc bientôt contrainte de reconnaître son impuissance et les négociations générales engagées pour assurer la tranquillité de l'Orient s'arrêtèrent en janvier 1877 — c'est-à-dire dans le ternes où s'organisait, en Egypte, le condominium francoanglais.
Au premier abord les attitudes prises par la France sur l'un
et l'autre des deu\ théâtres ne paraissent pas s'harmoniser complètement.
Dans la crise turque on avait vu successivement les initiatives venir des trois empereurs agissant collectivement, puis de l'Angleterre, puis de la Russie. La France n'en avait prise aucune, encore qu'elle n'eût point risqué par là d'être engagée dans un conllit armé. Elle avait constamment adhéré aux suggestions d'autrui, assimilant son rôle à celui de l'Italie qui, nouvelle venue parmi les grandes puissances et sans traditions établies, hésitait encore à s'affirmer. Pour la puissance qui, vingt ans plus tôt. présidait le Congrès de Paris, c'était souscrire spontanément une abdication complète.
En Egvpte, au contraire, le condominium avait été la conséquence d'une intervention particulière et positive. Mais ce n'est pas nécessairement dire que l'intervention eût été délibérée, ni que le condominium n'impliquât pas un recul. L'Angleterre avait su profiter des embarras d'argent du vice-roi en vue d'une fin très nettement définie : qu'elle se rendit co-proprié taire du canal de Suez ou s'occupât de réorganiser les finances du pays, elle entendait renforcer sa situation dans la contrée où passait désormais la grande route des Indes et de l'Extrême-Orient. La France, elle, avait hésité. Elle n'avait pas su mettre la main sur les titres offerts afin de s'assurer la prépondérance dans l'entreprise de Lesseps ; elle n'avait point parlé la première de réorganiser des finances aux abois et. simplement informée des projets élaborés sans son concours, elle n'avait pu que les amender en s'assurant un rôle, considérable sans aucun doute puisqu'il aboutissait à une véritable tutelle. Seulement, cette tutelle la France la partageait. Après avoir longtemps bénéficié d'une position incontestablement prépondérante, elle se trouvait maintenant sur le même pied que l'Angleterre. Peu importait dès lors que ses droits propres fussent augmentés ou précisés : du moment qu'une autre puissance en acquérait de pareils sa situation se trouvait relativement diminuée. Le duc Decazes aboutissait donc en Egypte à un ré-
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sultat analogue à celui qu'il atteignait en Turquie. Craignant de s'engager ou se leurrant de formules, dans les deux affaires qui venaient pendant vingt mois d'absorber sa principale attention, il n'avait pratiqué, en somme, qu'une politique de renoncements.
Après l'échec de la Conférence de Constantinople, une autre conférence, réunie à Londres, fil une tentative suprême pour maintenir la paix. Mais le Sultan se refusait à tout accommodement en s'abritant, paradoxe admirable, derrière son parlement et, d'un autre côté, nulle formule ne pouvait plus satisfaire l'intransigeance de la Russie. Celle-ci voulait fortement la rupture et, certaine désormais de la provoquer, négociait déjà pour s'assurer la neutralité de l'Angleterre et de l'Autriche. L'une et l'autre ne la promettaient que sous conditions. L'Angleterre en posait de très strictes. Elle n'admettait pas que le régime des Détroits fût changé ni Constantinople menacé, quelle que pût être l'issue du conflit. En outre et pour empêcher sans doute la Russie d'être trop complètement victorieuse, elle s'efforçait de la priver de ses alliés naturels, pesant notamment sur le gouvernement grec qui songeait à prendre les armes. Les quelques semaines précédant la déclaration officielle de guerre qui survint en avril 1877, furent ainsi marquées par une activité diplomatique considérable, par l'enchevêtrement hâtif de plusieurs séries de démarches importantes. Or, en lisant les documents officiels publiés ou les récils des historiens à qui des informations particulières permettent d'ajouter parfois des renseignements complémentaires, on constate que la France ne joua nul rôle notable daus ces ultimes pourparlers. La situation rappelait à certains égards celle de i85/|. Comme alors, on voyait l'Angleterre s'opposer aux vues, ambitieuses de la Russie. Maintenant toutefois la France avait pour voisine au lieu d'une Prusse médiocre, une Allemagne puissante et qui ne se désintéressait pas des problèmes orientaux ; elle se rele-
vait lentement en outre d'une défaite profonde, il lui était enfin difficile de choisir entre l'Angleterre et la Russie qu'elle avait avoir intérêt à ménager toutes deux, comme l'avaient montré des incidents récents : il ne pouvait dès lors être question pour elle de prendre l'attitude qu'elle avait eue lors de la guerre de Crimée. Mais, sans se jeter dans la lutte, rien ne s'opposait, semble-t-il, à ce qu'elle manifestât ses vues et fit ses conditions. Elle préféra s'abstenir. Le duc Decazes, aimant à s'abstraire, demeura strictement fidèle aux intentions qu'il avait manifestées dès le début et conserva, ainsi qu'il se l'était promis, une certaine « latitude dans ses actes comme dans ses opinions »k Le résultat fut qu'il n'aboutit à.aucun acte et que nul en Europe ne se soucia plus de ses opinions.
Pendant ce temps des événements graves se déroulaient à l'intérieur du pays. Les hommes qui avaient naguère prétendu introduire en France un « ordre moral » conforme à leurs vues ne se consolaient point d'être écartés du pouvoir. Ils n'osaient point combattre trop ouvertement les institutions républicaines mais les tendances qui prévalaient désormais dans les Chambres leur paraissaient pleines de périls et ils en arrivaient à croire, sans doute de très bonne foi, que l'application de leurs principes devenait indispensable au salut du pays. Le Maréchal dont ils étaient les conseillers officieux les plus écoutés pensait au fond de même. Son incompréhension du régime parlementaire demeurant absolue, il se persuadait facilement que son devoir lui commandait d'agir. Le 16 mai 1877 il adressait donc au Président du Conseil une lettre blâmant l'attitude du Ministère, à qui la Chambre venait pourtant de renouveler sa confiance. Le 17 il acceptait la démission que le cabinet Jules Simon croyait devoir lui remettre et, le même jour, il priait le duc de Broglie de reprendre la direction des affaires. Le 18, la Chambre était prorogée; un mois plus tard, le 16 juin, elle était réellement dissoute avec le concours du Sénat et le Gouvernement se mettait aussitôt en devoir de faire élire une nouvelle assemblée. Mais on sait qu'en dépit de la pression parfois
éhontée à laquelle il eut recours, les 363 députés vraiment i c publicains virent tous renouveler leurs mandats. La Chambre nouvelle, issue du scrutin d'octobre, fut donc semblable à la Chambre dissoute et le Chef de l'Etat se -vit contraint selon l'expression de Gambetta « de se soumettre ou de se démettre ». Il hésita. Au cabinet de Broglie, avec qui la Chambre refusait de collaborer, succédait un ministère présidé par le général de Rochebouët et qui murmurait discrètement le mot de coup d'Etat. Mais a sortir de la légalité pour rentrer dans le droit » implique une mentalité de dictateur. Le Maréchal reconnaissait lui-même qu'il ne la possédait pas. Il se résigna donc, fit, en décembre 1877 aPPe^ à Dufaure qui incarnait les opinions du centre gauche et laissa constituer un ministère, beaucoup plus modéré sans doute que la majorité de la Chambre, mais auquel celle-ci ne pouvait décemment refuser son concours.
Cette série d'événements, accompagnée de polémiques inouïes et de violences morales inconnues depuis de longues années, avait profondément secoué le pays et modifié les éléments de sa politique intérieure. Il en alla différemment de la politique étrangère. Le duc de Broglie n'avait pas cru devoir changer le titulaire des Affaires étrangères et comme Banneville ne tenait dans le cabinet de Rochebouët qu'une place de simple intermédiaire, ce fut en réalité le duc Decazes qui demeura au Quai d'Orsay pendant toute la durée de la crise. A cela rien que de très naturel. Il avait été conduit au pouvoir, trois ans et demi plus tôt, par le duc de Broglie, et il apparaissait à plus d'un égard inféodé aux hommes de l'Ordre moral. La politique d'effacement qu'il avait constamment pratiquée avec tant de dextérité était incontestablement la leur. Peut-être estimaientils que la France en mériterait une autre si la monarchie qu'ils chérissaient se rétablissait jamais. Mais les choses n'en étaient pas là, et, convaincus par principe de l'impuissance d'une république en matière de diplomatie, ils ne leur déplaisait sans doute pas que la République ne fit rien. Au moment où nous sommes, la lutte électorale les absorbait d'ailleurs tout
entiers. Peu leur importaient, au moins provisoirement, les événements qui se déroulaient au-delà des frontières. Ils se bornaient dès lors à repousser les accusations de leurs adversaires qui, tirant parti de certaines rumeurs et dénonçant des ingérences suspectes, les accusaient de vouloir provoquer une guerre. Pour le surplus, ils se contentaient comme disent si volontiers les gens de la Carrière de « surveiller les événements ». Mais on a vu que cette surveillance se bornait le plus souvent à un échange de doctes dépêches où les considérations savamment nuancées ne se donnaient même pas la peine de masquer l'absence de toute vue précise. Les événements d'Orient avaient beau se dérouler selon un rythme parfois imprévu : les difficultés que rencontraient la Russie, la défense obstinée de la Turquie et l'intervention Roumaine avaient beau préoccuper toutes les Chancelleries, la France s'obstinait à ne rien manifester et c'est ainsi que les violentes convulsions du 16 mai n'eurent aucune conséquence, au moins immédiate sur notre politique extérieure.
Le dénouement de la crise parut, lui aussi, ne devoir rien modifier. Les adversaires du ministère de Broglie étaient demeurés, comme lui, absorbés par le conflit intérieur. Pas une seule fois ils n'avaient reproché au Gouvernement sa faiblesse extérieure et ses abstentions. Chose plus caractéristique encore, la déclaration que le cabinet Dufaure fit aux Chambres en prenant possession du pouvoir ne contint pas la moindre allusion aux questions étrangères. Dans ce cabinet enfin, le portefeuilles des Affaires étrangères avait été confié à un érudit très distingué, ancien ministre de l'Instruction publique, mais que rien de son passé de numismate ne paraissait désigner pour les fonctions qui lui étaient maintenant dévolues. Sans doute, la retraite du duc Decazes, qui demeurait définitive, pouvait faire espérer un changement d'orientation, mais, nulle conclusion ne pouvait être tirée de l'arrivée de M. Waddington. Au vrai, le gouvernement nouveau n'avait sans doute ni idées arrêtées ni plan d'aucune sorte. Or, il prenait la direction des affaires au mo-
ment où la crise orientale, évoluant une fois de plus, il allai! devenir singulièrement hasardeux de persévérer dans de perpétuelles abstentions.
\ux premiers jours de 187S, les Turcs, complètement battus, ne semblaient même plus capables de protéger Constantinople. Nulle puissance d'Europe ne pouvait demeurer indifférente à ce fait et l'Angleterre notamment s'en inquiétait fort. Certains de ses parlementaires jugeaient l'instant venu d'inaugurer la politique de partage, si hautement répudiée au moment de la guerre Je Grimée, et de profiter des circonstances pour annexer l'Egypte. Mais le ministère, fermement attaché aux traditions britanniques, ne songeait qu'à endiguer l'avance russe vers la Méditerranée. Une flotte anglaise, déjà concentrée à Smyrne, recevait donc l'ordre de gagner les Dardanelles et, dès le i5 janvier, lord Beaconsfield annonçait aux Communes avoir déjà signifié à Pétersbourg que toute atteinte aux traités de Paris et de Londres impliquerait le consentement préalable de leurs signataires. A cette injonction, le gouvernement du Tsar répondait par une discussion sur les formes et les modalités ; il cherchait à gagner du temps, voulant, avant toute chose, consacrer officiellement sa victoire. Il y parvenait d'ailleurs. Le 3o janvier, il signait à Àndrinople une convention d'armistice qui posait les principes de la paix future et les Turcs devaient alors admettre, en plus de l'abandon de territoires, la pleine indépendance de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, enfin la constitution d'une grande principauté de Bulgarie qui réduirait à très peu de choses les possessions ottomanes en Europe. Aussitôt connues, ces stipulations draconiennes accrurent encore l'indignation anglaise. L'Autriche, de son côté, déclara que de pareils changements ne pouvaient se faire en dehors d'elle. L'Allemagne même prit position, car si elle n'avait pas d'intérêts directs dans les Balkans, elle entendait s'affirmer comme puissance prééminente et Bismarck déclarait dès lors
au Reischtag son intention de jouer un rôle dans le règlement définitif du conflit, « ne serait-ce, disait-il, que celui d'honnête courtier ». Des sommations aussi formelles, appuyant de telles protestations, ne pouvaient laisser les Russes indifférents, encore que, pour mieux marquer l'étendue de leur victoire, ils eussent riposté aux mouvements de la flotte anglaise en poussant leurs avant-gardes jusqu'aux faubourgs de Constantinople. Après avoir proposé de communiquer ou de soumettre aux signataires des traités de Paris et de Londres les clauses qui porteraient directement atteinte à ces actes, ils admirent l'intervention générale des puissances. Le traité de paix qu'ils signèrent à San Stéfano, le 9 mars, fut immédiatement qualifié de « traité préliminaire » et, dès ce moment, la tenue d'un grand congrès devint certaine. Restait à régler complètement le programme ; en outre chacun voulait arriver à la réunion muni d'arrangements particuliers qui lui permettraient de mieux faire prévaloir ses vues. Des pourparlers s'engagèrent donc entre Pétersbourg, Vienne, Londres et Berlin et tellement actifs qu'ils détournèrent l'attention d'événements qui, dans d'autres temps, eussent provoqué un émoi général. Le pape Pie IX étant mort en février la question se posait de savoir si son successeur se tiendrait lui aussi pour prisonnier dans le Vatican ; en outre, l'élection du nouveau pontife devait se faire dans des conditions très spéciales et nouvelles, puisque l'indispensable conclave serait le premier depuis la disparition des Etats temporels.
Bien qu'elle se considérât encore un peu comme la fille ainée de l'Eglise, la France ne s'occupa guère du conclave, se bornant à s'assurer, auprès du gouvernement italien, que toutes mesures seraient prises pour garantir la pleine indépendance des cardinaux. Mais, si on paraissait se désintéresser ainsi à Paris d'une élection capable pourtant d'entraîner des conséquences politiques étendues, ce n'était pas qu'on y fût absorbé par l'affaire d'Orient. Fait remarquable, la République s'appliquait, au contraire, à demeurer à l'écart des négociations qu'avait provoquées la victoire russe. Et cependant la France, signataire du
traité de Londres, ayant présidé autrefois le congrès de Paris, avait sa place marquée, et de droit, dans le congres nouveau. Il offrirait en outre, probablement, des occasions inespérées. Ses délibérations ne modifieraient évidemment en aucune manière la situation matérielle qu'avait créée la guerre de 1870. Mais des ebangements seraient certainement introduits en Orient, qui permettraient peut-être d'y obtenir des garanties nouvelles ou des profits particuliers. Enfin, le seul fait de siéger en pareille assemblée affirmerait la reprise complète du rôle de grande puissance, et ce rôle, dut- il se limiter à celui d'un « courtier », permettrait encore de faire payer les services rendus, comme de nouer des amitiés précieuses pour l'avenir.
Ces considérations ne frappèrent personne en France, même pas les hommes les moins englués dans la routine et les plus enclins aux combinaisons audacieuses. Gambetta, par exemple, qui, précisément à ce moment, rêvait de faire trêve aux rancunes pour s'aboucher directement avec Bismarck, estimait que la France, naguère vaincue, s'humilierait en participant à une ■réunion où sa place ne serait pas la première. Pour être moins intransigeant, le Gouvernement ne montrait pas beaucoup plus d'enthousiasme. Saisi, dès le début de février, d'une première proposition de congrès, Waddington, sans opposer une fin de non-recevoir, déclara ne pas se sentir porté « à intervenir dans des discussions soulevées en dehors de la France ». Quelques semaines plus tard, à la suite d'un entretien avec Gambetta qui se ralliait à la participation, il répondait un peu plus formellement à une nouvelle demande autrichienne, mais en maintenant toujours certaines réserves. Celles-ci figurèrent encore dans la réponse faite, le [\ juin, à l'invitation officielle, adressée cette fois par l'Allemagne puisque le Congrès devait se réunir à Berlin. Elles furent enfin publiquement énoncées, dans une déclaration que le ministre des Affaires étrangères tint à faire à la Chambre le 7 juin, en réponse à une interpellation qu'il avait lui-même provoquée. La France, dit alors Waddington, désid'unk ouerbe a l'autre 4
rant avant tout la paix, serait toute prête à participer aux négoîions qui pourraient la rétablir et l'assurer ; mais elle entendait que les délibérations fussent strictement limitées à cet objet ; ites les questions qui ne visaient pas le traité entre la Russie et la Turquie, et dont certaines touchaient à des intérêts français, ne devraient pas être abordées : l'état de l'Egypte, par exemple, ou la situation de la Syrie, ou le régime des Lieux Saints. Ce n'était malheureusement pas tout. La France, ajoutait le ministre, irait au Congrès simplement consciente des grands intérêts européens, et elle emploierait à les sauvegarder l'autorité que lui donnait l'absence de toute convoitise personnelle ». Or, ces derniers mots n'étaient que la traduction en style parlementaire d'une formule, bientôt fameuse, sur laquelle Waddington s'était mis d'accord avec Gambetta et qui complétait celle lancée naguère par le duc Decazes. Celui-ci avait proclamé la nécessité pour la France d' « avoir les mains libres », Waddington ajoutait maintenant qu'elle devrait conserver aussi les « mains nettes ».
Le ministre fut approuvé par la Chambre à l'unanimité de 485 votants. Et cependant, si le désir de limiter les délibérations du Congrès était admissible, encore que peut-être inutile, la promesse d'un absolu désintéressement aurait mérité quelques réserves. Selon M. de Frevcinet, Waddington obéissait à sa conscience de « grand honnête homme » en préconisant la politique des mains nettes. Sans doute. Mais, soumis aux même> lois morales, les Etats et les particuliers ne sont cependant pas tenus des mêmes vertus. Les uns et les autres doivent respecter le droit et la justice, être fidèles à la foi jurée et s'abstenir de trahison. Seulement, si un individu s'honore parfois en méprisant des avantages matériels et conserve toujours le droit de le lairc, — car il ne lèse que lui-même, — les gouvernements ne sauraient pratiquer un tel renoncement. Ils risqueraient de sacrifier ainsi leurs ressortissants dont les intérêts, même matériels, dépendent de la puissance comme du prestige de l'Etat. Et ce prestige ne doit évidemment pas être constamment rehaussé.
non plus que la puissance incessamment accru*1, ni surtout par tous les moyens : l'admettre ainsi serait préconiser une politiqiu de violence et de rapine. Mais en s'abstenant d'une telle politique, encore faut-il veiller à ne point devenir dupe. La force d'une nation ne se mesure que par comparaison : celle-là s'abaisse qui entend demeurer au même point alors que gran dissent ses rivales. Quelles que soient leurs préférences personnelles, les dirigeants d'un pays doivent donc lui procurer des profita ou des garanties, lorsque d'autres puissances se mettent en devoir de satisfaire leurs appétits. En Orient, par exemple, la situation traditionnelle de la France dont profitaient beaucoup de Français, se trouverait certainement diminuée, si, à la faveur du congrès de Berlin, Russes ou Autrichiens, Anglais ou Allemands s'assuraient des avantages nouveaux sans qu'elle-même récoltât rien. La promesse de conserver les t mains nettes » ne devait être que conditionnelle. Et si l'on ne jugeait pas à propos de formuler des conditions, encore convef nait-il de ne point se laisser duper par une expression pittoresque et de considérer celle-ci, non comme un principe, mais comme un argument.
Car l'affectation du désintéressement peut servir en politique et procurer des avantages forts grands. Qui ne veut rien prendre est fondé à réfréner les convoitises des autres, partant à conserver un état de choses qu'il juge lui être profitable. Qui ne prend rien, peut aussi s'attribuer un rôle impossible à tenir sans cela; Talleyrand en avait jadis fourni la preuve. Il avait pu s'imposer au congrès de Vienne et l'obliger à tenir grand compte de la France vaincue, parce que, ne réclamant rien, il s'érigeait en défenseur de ces « grands intérêts » que Waddington invoquait maintenant à son tour. Entre les méthodes du mininistre de Louis XVIII et celles du ministre du Maréchal il y avait toutefois des différences. Le premier définissait très ingénieusement, au mieux des vues françaises, les principes qu'il entendait sauvegarder ; Waddington se bornait à rendre hommage aux siens sans prendre la peine de les énoncer
5i LA RÉPUBLIQUE SANS LES RÉPUBLICAINS
Tallevrand, d'autre part, comprenait la nécessité de mettre son attitude en valeur. Dès avant l'ouverture du Congrès, il multipliait les manœuvres pour rompre les ententes hostiles et empêcher qu'on lui opposât des résultats acquis. Waddington au contraire s'abstrayait. Il s'effaçait modestement, tandis que les pourparlers s'activaient entre Pétersbourg et Londres comme entre Vienne et Berlin pour arriver à des accords qui devraient être simplement enregistrés par le Congrès. Lors donc que celui-ci s'ouvrit, la France s'y présenta les mains libres, sans doute, mais ne s'étant entendue sur rien avec personne, mal préparée dès lors à jouer un rôle quelconque et, surtout, à exploiter son désintéressement.
Les délibérations commencèrent à Berlin le i3 juin 1878. Toutes les puissances ayant désigné comme premier plénipotentiaire leur ministre des Affaires étrangères, Waddington s'était mis à la tête de la délégation française, assurant ainsi la parfaite exécution de sa propre politique. Celle-ci fut ce qu'on pouvait attendre. Les représentants de la France manifestèrent principalement leur activité à propos des questions accessoires qui permettaient de développer des considérations juridiques et d'invoquer des principes de pure équité, telle par exemple, l'amélioration du sort des juifs roumains. Ils s'employèrent aussi en faveur de la Grèce. Celle-ci réclamait un arrondissement de territoire. Waddington insista pour le lui faire accorder, sans vouloir remarquer que, si les changements qui s'introduisaient en Orient légitimaient un avantage pour les Grecs qui étaient demeurés a l'écart de la guerre, ils autorisaient aussi la France à s'assurer quelques profits.
Le Congrès ne se contentait pas, en effet, d'accorder des garanties, d'ailleurs illusoires, aux diverses populations chrétiennes de l'Empire, ni de reconnaître l'indépendance de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, ni même de sanctionner les annexions de la Russie. S'il réduisait la principauté de Bulgarie, prévue au traité de San Stéfano, c'était pour lui accoler une Roumélie orientale, province privilégiée, qui, en
LES AFFAIRES D'oRlENT 53
fait, échapperait à l'autorité du Sultan. Enfin et surtout, il donnait à i'Autriche-Hongrie le droit d'occuper militairement, d'administrer et d'exploiter à sa guise la Bosnie et l'Herzégovine. Cet ensemble de clauses, spécialement les dernières, rompaient complètement l'ancien équilibre oriental et, en dépit des subtilités protocolaires, portaient des atteintes manifestes à l'intégrité de l'empire ottoman. Or la France était garante de cette intégrité; ses intérêts particuliers risquaient en outre d'èlre compromis pat' la rupture d'équilibre qui s'accomplissait au profit des Russes et des Germains. En fait donc, comme en droit, elle se trouvait fondée à se faire au moins payer la complaisance qu'elle mettait à contresigner les arrangements pris en dehors d'elle. Il semble qu'elle n'y songea même pas.
Il semble aussi que tout le monde ne voulut pas croire à un si parfait renoncement, l'Angleterre entr'nutres qui entendait bien n'en point pratiquer un pareil. Prévoyant ce que serait l'œuvre du Congrès elle avait d'avance pris ses précautions. Dès le l\ juin elle avait obtenu de la Turquie un traité qui lui permettait d'occuper et d'administrer l'île de Chypre. Encore que ce traité ne dût pas leur être soumis, il était à craindre que les puissances qui siégeaient à Berlin ne voulussent s'en formaliser. Mais r Autriche-Hongrie ne pouvait réclamer, sous peine de se voir contester la Bosnie et l'Herzégovine ; l'Allemagne qui appuyait l'Autriche ne protesterait pas davantage ; les objections éventuelles de la Russie ne présenteraient guère de dangers, et l'Italie était une grande puissance trop jeune pour qu'il y eût lieu de s'inquiéter beaucoup d'elle. Restait alors la France que son propre désintéressement mettrait en excellente posture pour provoquer un incidentqui déterminerait l'intervention du Congrès. Pareil jeu serait d'autant plus naturel, de sa part, que l'occupation de Chypre, au débouché du canal de Suez, renforçait singulièrement la position de l'Angleterre dans la Méditerranée orientale et affermissait dès lors ses visées sur l'Egypte où, de puis quelque temps déjà, sa politique heurtait la politique fran-
oaise. Le ministère britannique jugea donc indispensable de prendre des précautions. Son second plénipotentiaire, Lord Salisbury, communiqua le traité à Waddington, puis, abordant résolument le terrain des compensations, déclara que le gouvernement de la reine avait toujours suivi avec sympathie l'œuvre de la France en Algérie et ne verrait nul inconvénient à ce que celle-ci lut, en quelque manière, complétée par une main mise sur la Tunisie. Malgré son vif désir de conserver les (i mains nettes », M. Waddington était trop soucieux des intérêts français pour opposer une brutale fin de non recevoir à pareille proposition. Il estima l'occasion unique et aurait même voulu dès lors, conclure immédiatement un accord. Il ne put toutefois que prendre acte de 4'offre faite. Saisi de l'incident le Conseil des ministres préféra ne pas accueillir l'ouverture anglaise, le maréchal de Mac-Mahon notamment objectant le risque d'une brouille avec l'Italie. La remarque n'était pas dépourvue de sens, comme les événements postérieures devaient le prouver. 11 n'en demeure pas moins vrai que, mise à même de recueillir un avantage considérable, la France s'y refusa et, non pas par le seul fait d'un ministre désireux d'appliquer jusqu'au bout une formule malencontreuse, mais par une décision réfléchie de son gouvernement tout entier.
La France ne retirait ainsi du congrès de Berlin aucun avantage direct; ses profils indirects étaient également nuls. Elle n avait noué pendant le Congrès aucune amitié solide, ne s'était rapproché d'aucune puissance, et le rôle eflacé qu'elle s'était dévolu n'avait pu accroître son prestige.
Elle observait du reste partout une atlitude pareille à celle systématiquement gardée dans les affaires turques. En Egypte, par exemple, où elle avait laissé l'Angleterre prendre une situation égale à la sienne, elle ne s'efforçait nullement de reconquérir la prééminence. Le vice-roi Ismaïl,%de plus en plus incohérent dans son administration, ayant dû admettre un resserrement du contrôle des finances, fit entrer, en automne 1878, des représentants étrangers dans le nouveau ministère qu'il constitua. La France avec M. de Blignières aux Travaux publics, y tenait exactement le même rang que l'Angleterre avec Sir Rivers Wilson aux Finances. D'autre part, s il n'était évidemment plus question, comme en 1870, d'abandonner une partie de nos colonies, cela ne voulait pas dire qu'on leur portât un intérêt 1res vif, ni qu'on essayât de les développer. Au Sénégal, le commandant Brière de l'Isle, qui s'efforçait de reprendre la politique de Faidherbe pour étendre notre influence vers l'intérieur, agissait surtout de son propre chef sans être sérieusement encouragé ni soutenu. Au Dahomey où les incidents locaux avaient conduit à imposer notre protectorat au roi Gléglé en obtenant en outre la cession de Kotonou, aucune mesure n'était prise pour tirer immédiatement parti de ce double avantage. En Indo-Chine enfin, le traité que l'initiative des autorités locales avait fait signer avec l'Annam en 1874, demeurait pratiquement lettre morte. Rien n'était tenté pour rendre le protectorat effectif. La cour de Hué continuait à se poser en vassale de la Chine et nous tolérions même ses rapports directs avec des puissances étrangères, l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne qui s'efforçaient d'accroître leur influence, au
5b L EFFACEMENT
détriment bien entendu de la nôtre. Partout donc à l'extérieur, et jusque dans les domaines qui nous semblaient réservés, le Gouvernement faisait preuve de la même nonchalance. La France, qui n'avait pas prétendu réparer directement le désastre de 1870 en poursuivant une politique de revanche, ne prétendait pas davantage trouver des compensations et, hors d'Europe aussi bien qu'en Europe, elle s'effaçait -systématiquement
Cependant, en cette même année 1878, elle conviait tous les peuples à une exposition universelle qui témoignait autant de l'activité que delà richesse du pays. Ce déploiement de vitalité n'était nullement factice. La défaite de 1871 avait été suivie d'une période très grande de .«prospérité : les finances de l'Etat étaient florissantes; les budgets se soldaient avec des excédents imposants ; l'armée enfin se trouvait complètement réorganisée et, si elle ne semblait peut-être pas capable de vaincre seule, elle était cependant de taille à en imposer. La reconstitution des forces était vraiment accomplie et la France possédait lesmoyens matériels de s'aflinnerau dehors.
Nous avons vu, d'autre part, disparaître l'un après l'autre les trois obstacles qui nous avaient naguère paru pouvoir s'opposer à la reprise d'une politique extérieure active. Le gouvernement n'avait plus rien de provisoire ; l'alerte de 1870, puis le congrès de Berlin avaient attesté la renaissance d'une solidarité européenne suffisante pour permettre de rompre l'isolement de la défaite ; enfin, sans revenir une fois de plus sur les affaires extra-européennes, les négociations orientales avaient, à plu* d'une reprise, offert l'occasion de nouer des ententes particulières et de se placer derechef au premier plan. Si l'abstention systématique persistait, ce n'était donc ni le fait des circonstances ni celui d'une impuissance matérielle et l'explication doit, par conséquent, être cherchée dans la mentalité des dirigeants qui n'osaient ni profiter des circonstances ni utiliser les instruments d'action.
Récemment encore il était bien porté, en histoire, de diminuer systématiquement l'importance des individus. Il semblait
l'effacement 57
à certains que de grands phénomènes généraux, économiques de préférence, dominaient les événements politiques à tel point qu'ils les déterminaient complètement. D'autres se plaisaient surtout à découvrir dans la masse humaine des courants larges et profonds, faits d'aspirations, de ressentiments ou d'espoirs anonymes et qui entraînaient, dans leur course irrésistible,, pêle-mêle avec les gouvernés, les gouvernants. C'est peut-être faire trop bon marché de la nature humaine et négliger la réalité des faits pour le plaisir assez vain de paraître novateur. Avant qu'un peuple entier se lève, emporté par un élan ou un enthousiasme unanimes, il faut presque toujours que certains hommes lui donnent la conscience nette de ce qu'il ressent confusément et fournissent les formules que clameront des milliers de voix. Aux insurrections les plus tumultueuses, aux grèves les plus sanglantes, on découvre toujours des meneurs : le bolchevisme lui-même se donne des chefs. Le troupeau humain suit le plus fort ou le plus prometteur, dans les temps de grandes crises ; dans les temps normaux, quand chacun presque satisfait de son sort s'enlise dans la médiocrité des préoccupations journalières, la foule se range docilement derrière les détenteurs du pouvoir. Ce n'est point du peuple que ceux-ci tirent leurs inspirations. Ils modèlent en partie l'opinion publique et. pour pas être balayés, n'ont qu'à ne pas la heurter trop brutalement. L'opinion, d'ailleurs, sera presque toujours avec eux si leurs initiatives conduisent à des succès. Ces initiatives, sans doute, ne leur appartiennent pas constamment en propre, et, qui entre dans le détail, voit grandir le rôle des sous-ordres. Mais ceux-ci ne peuvent aboutir à rien sans les chefs. Ainsi, de quelque façon qu'on envisage les choses, la méthode traditionnelle ne semble pas si radicalement factice qui, en histoire, ramenait tout aux vues des dirigeants. Or, un même trait caractérisait les hommes qui, depuis quelques années, présidaient aux destinées extérieures de la France. Au lendemain du traité de Francfort, Thiers avait conçu sa tâche de façon trop limitée peut-être, mais il s'en était
58 l'kfkacement
proposé une el il lavait accomplie. Ses successeurs, au con- Iraire, avaient borné leur effort à colorer décemment leurs abstentions. Plusieurs J'entre eux, tels que Buffet, Broglie ou Dufaure avaient cependant grande ligure, et, bien que de moindre envergure, Decazes s'était montré parfois diplomate fort habile. Mais certains avaient été découragés par la consolidation de la République à laquelle ils ne parvenaient pas à supposer de grandes destinées. D'autres, vraiment républicains en demeurant conservateurs, craignaient déjà d'être débordés par des éléments plus avancés et redoutaient les hardiesses. Tous enfin, survivants des régimes disparus, étaient vieillis et, gardant l'étal d'esprit que je décrivais au début, ils restaient accablés sous la défaite.
C'est là, puisque les facteurs moraux priment les autres, qu'il faut chercher la cause vraie de la politique pusillanime que nous venons de voir pratiquer. Le fait seraNcontirmé du reste dans un instant. Des hommes nouveaux vont arriver au pouvoir, avec une mentalité nouvelle aussi, et, sans moyens accrus comme dans des circonstances pareilles, ils suivront, avec succès, une politique tout autre.