III. — L'Âctio
Le 23 septembre 1SS0, Jules Ferry arrivait à la présidence du Conseil tout en restant ministre de l'Instruction publique. Les Affaires étrangères étaient attribuées à Barthélémy St-IIilaire ; la Marine à l'Amiral Cloué. Mais les collaborateurs importaient peu et la retraite momentanée de Jâuréguiberry ne tirait, notamment, pas à conséquence. Ferry n'était point de ceux qui se contentent d'une présidence nominale : simple ministre, nous l'avons vu étendre son action bien au-delà des limites assignées; devenu chef du gouvernement il allait le diriger complètement.
En prenant le pouvoir, il se trouvait d'abord en présence des difficultés toujours pendantes au sujet de l'exécution du traité de Berlin, difficultés auxquelles s'ajoutaient bientôt de nouveaux incidents égyptiens.
En Egypte, en effet, l'avènement de Tewtik, suivi d'une liquidation de la dette, n'avait amené qu'une détente passagère. Des personnalités remuantes dont le colonel Vrabi pacha, protestaient contre les ingérences étrangères, au nom de leur patriotisme outragé. De son coté, la Porte, fidèle à sa tactique lumière, entendait profiter des circonstances pour reprendre un peu de son autorité et annonçait l'en voi de commissaires qui aplaniraient tous les différends. .Iules Ferry estima ces diverses
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menées inadmissibles. Strictement fidèle, d'autre part, au <( condominium », il voulait agir en complète harmonie avec le cabinet de Londres. Les deux gouvernements se mirent donc d'accord sur la nécessité de maintenir l'état de choses établi et s'engagèrent en outre, à ne rechercher aucun avantage individuel. Cela fait, une série de démarches et de démonstrations concertées obligèrent le Sultan à l'abandon de ses prétentions. Dans le même temps, c'est-à-dire au début de l'automne de 1881, le gouvernement français rappelait, dans les termes les plus formels, que les deux puissances protectrices avaient, sur les bords du Nil, des devoirs éminenls d'où, résultaient des droits qu'elles étaient résolues à ne point laisser contester.
Pour ce qui était de l'exécution du traité de Berlin, il s'agissait toujours de fixer les frontières de la Grèce et celles du Monténégro. Cette dernière question était toutefois virtuellement réglée et il allait dès lors suffire que la diplomatie française persévérât dans la voie où elle s'était déjà engagée pour que la pression collective des puissances finît par déterminer la Porte à la remise du Dulcigno. L'affaire grecque, au contraire, se compliquait et notamment au point de vue français. La Turquie se refusait aux concessions suggérées ; les Grecs, de leur côté, menaçaient de recourir aux armes si on ne leur procurait pas et l'Epire et la Thessalie. Des encouragements leur venaient d'ailleurs de France où Gambetta et ses amis, taxant le ministère de faiblesse, préconisaient une action énergique contre la Turquie. Mais ces manifestations d'un philhéllénismc assez exalté provoquaient, en France aussi, des manifestations opposées : les adversaires du Gouvernement ou du régime, M. Clemenceau ou le duc de Broglie, accusaient alors le Cabinet de trop favoriser le gouvernement d'Athènes et de compromettre ainsi la paix. C'est à quoi Ferry ne songeait point. Bien que, depuis sa mission en Grèce, il fût aussi sincèrement épris de l'Hellade que Barthélémy St-Hilaire l'avait toujours été, il n'était pas près de se laisser guider par de purs sentiments. Au lieu de stimuler la Grèce, il s'efforçait de la modérer, allant