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L AVÈNEMENT DES RÉPUBLICAINS

jusqu'à la menacer d'abandon. Seulement il multipliait aussi, à Constantinople, Les démarches pressantes pour amener les Turcs à composition. De la sorte, tout en se défendant à Paris contre des accusations contradictoires, il s'appliquait à peser sur les parties aux prises pour préparer un accommodement. Sa double tactique réussit. Le calme imposé aux Grecs permit la réunion d'une nouvelle conférence où les Turcs furent contraints d'abandonner une portion de l'Epire et la majeure partie de la Thessalie. En mai 1881, la Grèce obtenait ainsi un accroissement respectable et, du même coup, le problème le plus épineux qui subsistât en Orient se trouvait provisoirement réglé sans conflit nouveau. L'attitude plus ferme de la France avait largement contribué à ce résultat et c'était dès lors au chef de son gouvernement que revenait une partie notable de l'honneur.

Cette intervention, peut-être un peu plus nette dans les affaires d'Europe, ne détournait point Jules Ferry de? entreprises l'expansion lointaine auxquelles il conservait sa prédilection.

Pour l'Indo-Chine, une complication survint. Le gouvernement français avait antérieurement communiqué à Pékin son traité de i8"4 avec l'Annam et la réponse alors reçue avait été prise pour un acquiescement. Mais voici que les choses changeaient de face. Il apparaissait que la note chinoise avait été mal traduite : au lieu de donner une approbation, elle formulait des réserves. Brusquement d'ailleurs le gouvernement chinois reprenait maintenant celles-ci. Débarrassé de différends avec l'Angleterre et la Russie qui l'avaient quelque temps paralysé, il jugeait le moment venu d'affirmer tous ses droits. Le 10 novembre 1880, le ministre de Chine à Paris, marquis Tseng, rappelait les liens anciens entre l'Annam et la Chine, ajoutant que celte dernière ne saurait demeurer indifférente en présence d'opérations militaires françaises sur territoire annamite. Barthélémy St-Hilaire riposta, le 27 décembre, en invoquant le traité de 187 4 et les choses restèrent provisoirement en -uspens. Il ne nous en fallait pas moins compter désormais, en

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Indo-Chine, avec l'opposition formelle de la Chine. .Iules Ferry r cependant n'hésita pas. Le 3o avril 1881, Le Myre de Villiers fut invité à placer la cour de Hué sous notre inlluence absolue et directe, par l'établissement d'un protectorat nettement défini. Quelques semaines plus tard, le 21 juillet 1881', la Chambre approuvait la voie dans laquelle s'engageait ainsi le Ministère en votant 2.400.000 francs destinés à accroître nos forces navales au Tonkin comme à permettre d'exercer une action plus efficace sur le gouvernement annamite.

En V Crique équatoriale, Savorgnan de Brazza poursuivait sa mission. Il avait, dès septembre 1880, atteint le Congo par le bassin de l'Ougooué, et, le i3 octobre, il concluait avec le roi Makoko un traité qui plaçait sous notre protectorat des territoires situés sur les deux rives du lleuve, nous assurant ainsi le contrôle de tout le trafic. Cela fait, l'explorateur voulut relier le Congo navigable à la côte, par une voie plus courte et meilleure que celle suivie à l'aller et il reconnut à cet effet la vallée du Niari. La France semblait s'être ainsi assuré la prépondérance. sur le Congo. Le résultat était évidemment dû à la hardiesse personnelle de Brazza. Mais la tâche avait été déterminée naguère par le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry et celui-ci, devenu président du Conseil, continuait à s'y intéresser tout auttant.

. Si nous venons maintenant à l'Afrique du Nord ce sera pour -constater d'abord un échec. L'une des missions chargées de préparer la construction d'un chemin de fer transsaharien, celle du lieutenant-colonel Flatters, fut massacrée au début de 1881. L'événement, très commenté, fit croire les Touaregs plus redoutables qu'ils n'étaient ; du coup les rêves de jonction entre les côtes de la Méditerranée et le Niger s'estompèrent et même la pénétration dans le Sud algérien se trouva provisoirement enrayée. Par bonheur une compensation, et magnifique, s'offrit immédiatement.

Dès son installation en Mgérie, la France. avait discerné que la sécurité de ses nouveaux établissements exigeait qu'aucune

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au Ire nation européenne ne s'assurât en Tunisie ou au Maroc une situation supérieure à la sienne. La doctrine avait été fidèlement maintenue par la Monarchie de Juillet et par le Second Empire : il appartenait maintenant aux républicains d'en tirer les conséquences ultimes. Pas encore au Maroc. En réglant en commun, à la conférence de Madrid de juillet 1880, la délicate question des protégés indigènes, les puissances venaient d'internationaliser pour ainsi dire la question marocaine, partant d'entraver par avance toute action isolée que l'anarchie chronique du pays rendrait d'ailleurs singulièrement difficile. En Tunisie, par contre, des appétits particuliers se faisaientjour et des prétentions s'affirmaient. Des entreprises italiennes commençaient à s'opposer nettement aux entreprises françaises ; les représentants de l'Italie exerçaient une influence grandissante sur les administrations et tout un ensemble de manœuvres, visiblement coordonnées, attestaient chez le gouvernement de Rome l'intention de mettre la main sur le pays. Le danger devenait ainsi menaçant. Pour le conjurer, nul ne pouvait songer à provoquer un conflit avec l'Italie, en lui cherchant directement querelle. Restait alors, comme seule ressource, une action locale très rapide et très énergique. Or, le 3o mars 1881,. des bandes tunisiennes, plus ou moins ouvertement soutenues par les autorités, envahirent notre territoire. L'attentat ne pouvait rester impuni ; une intervention s'imposait. Rien n'empêchait d'en tirer complètement parti et de régler définitivement, au profit de la France, une question qui risquait d'être bientôt réglée contre elle. Jules Ferry sut le comprendre et se décider ensuite avec une promptitude remarquable. Le 7 avril des crédits étaient demandés; le Parlement, entraîné, les votait dans les trois jours et, dès la fin du mois, une armée française franchissait la frontière en refoulant les tribus tunisiennes auxquelles le Rey était empêché de porter secours.

Le 9 mai, Barthélémy Saint-Hilaire lançait une circulaire aux puissances pour expliquer notre intervention. Après avoir rappelé les motifs qui la justifiaient, il ajoutait que les mesures que-

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nous pourrions cire amenés à prendre pour sauvegarder nos droits ne sauraient porter atteinte à ceux des tiers. C'était prévenir les réclamations possibles. De fait, la Turquie se montrait disposée à protester au nom de sa prétendue suzeraineté et l'Italie, de son côté, témoignait d'un vif mécontentement. Mais à Londres, le cabinet Gladstone manifestait les mêmes sentiments que le cabinet Beaconsfieldqui, naguère nous avait donné carte blanche. A Berlin, Bismarck prodiguait les encouragements, estimant sans doute que les ambitions coloniales détournaient la France de toute velléité de revanche et, peut-être aussi, dans l'espoir des froissements que la conquête tunisienne pourrait susciter entre Paris et Rome. L'attitude de l'Allemagne détermina celle de l'Autriche, d'ailleurs sans intérêts particuliers dans la ques'ion. Dans ces conditions, ni l'Italie ni la Turquie ne pouvaient espérer trouver des appuis et, dès lors, aucune protestation formelle ne s'éleva quand, le 1 1 mai 188 1 , le général Bréart fit signer au Bey le traité rédigé d'avance à Paris. Rappelant sur plusieurs points celui de 187.4 avec l'Annam, il stipulait toutes les conséquences du protectorat sans employer pourtant le mot. De plus, il reconnaissait à la France le droit de procéder à une occupation militaire et, contrairement à ce qui se passait en Annam, procurait le moyen de dominer réellement la régence.

# Ce traité, soumis au Parlement, fut approuvé à l'unanimité par le Sénat. A la Chambre, M. Clemenceau non seulement le blâma violemment, mais protesta contre l'expédition même qui, prétendait-il, nous aliénerait l'Italie et avait par cela même provoqué les encouragements, ajuste titre suspects, de l'Allemagne. Cette manifestation demeura toutefois isolée, car les Députés votèrent la ratification par 43o voix sur 43 1 votants.

L 'affaire n'était cependant point terminée de ce fait. A la suite de la promulgation du traité une insurrection se déchaîna, en effet, violente surtout dans le Sud. Au lieu de rapatrier les troupes, il fallut envoyer des renforts et commencer une se-

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conde campagne, ditede pacification, qui fut, à certains égards beaucoup plus dure quekt conquête. Mais, dès le 16 juillet^ Sfax était enlevé, et le 28 octobre, trois colonnes s'emparaient de kairouan. La prise de la Ville Sainte marqua la fin de la révolte ; l'ordre était rétabli et la Tunisie désormais complètement soumise à la France.

L'expédition de Tunisie avait été bien accueillie dans l'ensemble du pays, beureux devoir réaliser une conquête enviable, en peu de temps et à peu de frais. L'insurrection qui s'en était suivie amena un revirement. Les partis d'opposition l'exploitèrent pour mener contre les ministres une campagne que le succès des opérations de pacification ne suffit pas à enraver. Sous tous les régimes, les entreprises d'expansion lointaine ont toujours fourni un excellent terrain d'attaque aux adversairesdes hommes au pouvoir. Les efforts comme les débours qu'elles exigent sont connus d'avance, les risques évidents ; les bénéfices par contre demeurent hypothétiques, à long terme en tout cas, et impossibles à chiffrer. Rien de plus aisé dès lors que de crier à l'imprévoyance, de dénoncer la poursuite de chimères et de protester contre les aventures. Pareille lactique avait été monnaie courante sous la Restauration, surtout sous Louis-Philippe et le Second Empire. Elle fut tout naturellement reprise au moment où nous nous plaçons, aussitôt que les premières difficultés coloniales de la Troisième République en offrirent l'occasion. A cette époque, la situation générale du pays donnait d'ailleurs une forme spéciale à certains des arguments classiques. La France, isolée en Europe, sentait toujourspeser sur elle la menace allemande. N'était-ce point la mettre par avance à la merci de l'agresseur que d'envoyer au loin 5o ou 100.000 hommes dont le prélèvement sur l'armée désorganiserait peut-être la mobilisation? Enfin des monarchistes redoutaient même les succès coloniaux, de crainte qu'ils vinssent rehausser le prestige de la République ; en votant les crédits pour fexpé-

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