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Ainsi : — Four faire en sorte que la moyenne géométrique des prix ne varie pas, ou que la variation de rareté et de valeur de la monnaie soit précisément égcde à la moyenne géométrique des variations de rareté et de valeur des marchandises, il faut multiplier la quantité totale de monnaie en circulation par l’inverse de la variation moyenne des prix des marchandises.
Pour montrer comment fonctionnerait le système, je me suis servi de la monnaie d’or et du billon d’écus d’argent de l’Union latine. Et, en effet, ma solution de la question monétaire a ceci de séduisant que, pour la réaliser, il n’y a qu’à se servir de notre système monétaire actuel en ayant soin toutefois de le rectifier par une modification consistant à définir le franc comme une certaine quautité d’or et non plus comme une certaine quantité d’argent, conformément aux principes suivants par moi proposés à l’adoption de la Conférence monétaire internationale :
Monnaie d’or au titre de 9/10 composée de pièces de 5 , 10 et 20 francs, soit de 5, 10 et 20 fois 10/31 de gramme d’or , toujours frappées sans restriction par l’Etat pour le compte des particuliers ;
Fillon divisionnaire d’argent à 83 7iooo composé de pièces de
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2 V2, 5 et 10 grammes, d’une valeur nominale de */a, 1 et 2 francs;
régulateur d'argent à 900/ 1000 composé d’écus de 25 grammes, d’une valeur nominale de 5 francs ; toutes ces pièces d’argent frappées par l’Etat en quantité déterminée par des conventions internationales : pour le billon divisionnaire, en raison des besoins de la circulation, et pour le billon régulateur, en vue d'imprimer à la valeur de la monnaie une variation moyenne des variations de valeur des marchandises . Limitation du pouvoir libératoire du billon divisionnaire à 50 francs et du billon régulateur à 500 francs.
En même temps que l’on prorogerait l’Union latine sur ces bases, on instituerait immédiatement une commission statistique internationale chargée de suivre les variations des prix , de constater tous les dix ans la hausse ou la baisse de la moyenne géométrique accusant la surabondance ou l’insuffisance de la quantité de monnaie en circulation, et d’indiquer à l’autorité le chiffre exact de la somme d’écus d’argent à retirer ou à ajouter.
Ce système, qui tient la balance égale entre les créanciers et les débiteurs , entre les producteurs et les consommateurs , devrait avoir pour lui les monométallistes et les bimétallistes ; car il laisse à l’expérience le soin de donner raison ou tort aux uns ou aux autres. Que si, comme l’assurent les monométallistes, l’or peut suffire à lui seul à desservir la circulation , la quantité actuelle de monnaie , y compris les écus , sera trop forte ; les prix hausseront; nous serons amené à démonétiser peu à peu ce qui reste d’écus d’argent, et nous irons tout doucement au monométallisme-or. Que si, comme le prétendent les bimétallistes, l’or et l’argent sont tous deux nécessaires pour desservir la circulation, la quantité actuelle de monnaie, y compris les écus, sera trop faible; les prix baisseront; nous serons amenés à monnayer peu à peu ce qui reste d’argent disponible et nous reviendrons ainsi sans secousse au bimétallisme. Mais, probablement, les partisans de ces systèmes exclusifs tiendront à nous conseiller ce qu’on appelle un saut dans l’inconnu ; et , entre eux , les politiciens incertains continueront à se laisser traîner à la remorque des circonstances.
Avant de terminer, je veux répondre à une objection qui m’a été présentée par quelques économistes plutôt bien disposés en faveur de mon système et qui se sont inquiétés seulement de la perte qu’A un moment donné ce système pourrait causer à l’Etat. Je pourrais faire observer d’abord que cette objection devrait
être renvoyée aux monométallistes. Le retrait d’écus d’argent que je propose de faire éventuellement, les monométallistes proposent de le faire en tout état de cause; si donc j’inflige à l’Etat une perte possible, ils lui infligent une perte certaine. Les bimétallistes seuls, qui réclament la reprise du monnayage illimité de l’argent, peuvent se vanter de n’exposer l’Etat à aucune perte ; il est vrai qu’ils font retomber cette perte sur les créanciers et les consommateurs; et je pourrais demander quelle perte troublera moins les relations économiques de celle qui sera supportée par l’Etat ou de celle qui le sera par certains particuliers; mais je préfère chercher les moyens de mettre l’Etat à l’abri de toute perte.
Les éventualités qui peuvent se présenter se ramènent aux quatre éventualités élémentaires suivantes : 1° une diminution dans la quantité ou une augmentation dans l’utilité de l’or; 2° une diminution dans la quantité ou une augmentation dans l’utilité de l’argent; 3° une augmentation dans la quantitéou une diminution dans l’utilité de l’argent; 4° une augmentation dans la quantité ou une diminution dans l’utilité de l’or. La première éventualité est nettement avantageuse : la quantité de l’or diminuant ou son utilité augmentant, sa valeur s’élève; de l’or monnaie se transforme en or marchandise; l’Etat doit augmenter la quantité du billon d’argent régulateur; il fait des bénéfices qu’il met en réserve. La seconde éventualité est favorable : la quantité de l’argent diminuant ou son utilité augmentant, sa valeur s’élève; le billon est moins billon. La troisième éventualité est défavorable : la quantité de l’argent augmentant ou son utilité diminuant , sa valeur s’abaisse : le billon est plus billon. Mais , de même que la seconde éventualité ne donne pas de bénéfice , cette troisième ne donne pas de perte. Reste donc la quatrième éventualité qui seule est désavantageuse : la quantité de l’or augmentant ou son utilité diminuant, sa valeur s’abaisse; de l’or marchandise se transforme en or monnaie; l’Etat doit diminuer la quantité du billon d’argent régulateur; il fait des pertes qui peuvent être considérables si la troisième éventualité se présente concurremment avec la quatrième, et très lourdes s’il n’a pas mis en réserve des bénéfices antérieurs.
Il faut absolument mettre l’Etat à l’abri de ces pertes; et, pour cela, il faut admettre la dernière partie de mon plan. Il faut inviter les banques qui émettent des billets à vue, au por-
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teur, à se préparer à liquider leurs émissions à l’expiration de leurs concessions, et frapper alors du billon d’argent régulateur pour le montant des billets de banque en circulation. De la sorte, un double résultat sera obtenu : d’abord, l’Etat réalisera, par la frappe des écus , des bénéfices qu’il pourra capitaliser ; et, ensuite, il relèvera la valeur de l’argent et rendra son billon moins billon. Vienne alors, dans un avenir plus ou moins rapproché, l’augmentation dans la quantité ou la diminution dans l’utilité de l’argent, concurremment avec l’augmentation dans la quantité ou la diminution dans l’utilité de l’or, il pourra retirer des écus de la circulation en couvrant ses pertes au moyen de ses bénéfices antérieurs capitalisés.
En procédant ainsi, on aurait du même coup et par surcroît réalisé un grand progrès, celui de la suppression de la monnaie de papier consistant en billets de banque.
L’émission des billets de banque représentatifs des effets de commerce en portefeuille n’est pas ce que les socialistes ont appelé la mobilisation des terres ou des capitaux fixes; c’est celle des capitaux circulants existant chez les entrepreneurs sous forme de matières premières et de produits fabriqués. Au moment où se crée l’effet de commerce , il est un titre de propriété de matière première; au fur et à mesure que son échéance se rapproche , il est un titre de propriété d’un produit en voie de fabrication ; à son échéance , il est un titre de propriété d’un produit non-seulement fabriqué mais vendu , c’est-à-dire de monnaie. Alors le billet de banque qui le représente pourrait venir au remboursement. Seulement, si l’opération n’était pas renouvelée, l’entrepreneur ne pourrait se procurer d’autre matière première pour fabriquer un autre produit. Et, par conséquent, si on devait liquider, de gré ou de force, les émissions de billets de banque, toute la partie de la production agricole, industrielle et commerciale qui emprunte son fonds de roulement à ces émissions devrait s’arrêter. Dans ces conditions, je n’hésite pas à répéter que les émissions de billets de banque, ne pouvant se liquider que moyennant la suspension de la vie économique, ne sont absolument pas liquidables.
Il ne faut pas que les titres de propriété du capital circulant servent de monnaie; il faut que ces titres soient dans les portefeuilles de capitalistes créateurs d’épargnes tout comme les titres de propriété du capital fixe. Il faut que l’escompte se fasse au moyen de dépôts à trois mois, portant intérêt, effectués
en banque. Mais comme , grâce aux émissions qui ont été autorisées , les dépôts en banque se sont fixés , il faut que des épargnes nouvelles les reconstituent en vue du crédit à l’escompte. Mais l’émission de billets de banque n’a pas eu seulement pour effet de permettre aux capitaux disponibles de s’immobiliser ; elle a eu aussi pour effet d’augmenter la quantité de monnaie en circulation en ajoutant une certaine quantité de monnaie de papier à la monnaie métallique. Si donc on ne remplaçait pas le papier destiné à disparaître par une quantité égale de métal, il y aurait une crise de baisse des prix. La grande quantité d’argent actuellement sans emploi est une occasion unique, exceptionnelle, d’éviter cet inconvénient. L’Etat frappera des écus pour une somme égale à celle des billets en circulation ; d’ailleurs l’émission de ces écus et le retrait des billets se feront peu à peu, et de manière à permettre aux épargnes nouvelles de se former; et, ainsi, aucune crise ni monétaire ni financière n’aura lieu.
Comme il est facile de le comprendre, l’Etat, achetant l’argent marchandise à sa valeur réelle et revendant l’argent monnaie à sa valeur nominale, fera des bénéfices. Une caisse spéciale sera chargée de capitaliser ces bénéfices; et, si les circonstances sont favorables , on pourra trouver là le moyen d’amortir une notable partie de la dette publique; aussi, la caisse spéciale dont il vient d’être parlé pourrait-elle se confondre avec la caisse d’amortissement. Supposons que, pour liquider 1 milliard de billets de banque, l’Etat émette 1 milliard d’écus et fasse un bénéfice de 10 %, soit de 100 millions. 100 millions capitalisés à 4 °l o d’intérêts composés permettraient d’amortir 5 milliards en 100 ans. Que faudrait-il pour que ce résultat fût obtenu? Que, d’ici à 100 ans, il ne se produisît pas une inondation d’or obligeant l’Etat à démonétiser de l’argent. Ce sont des chances que l’on a généralement pour soi quand on est sage. Et ne vaudrait-il pas bien mieux , s’il y a un bénéfice à faire , le réserver à l’Etat plutôt qu’aux spéculateurs qui se remuent pour amener la reprise du monnayage illimité de l’argent ?
Ainsi, réforme de notre système monétaire par la régularisation de la variation de la valeur de la monnaie, réforme de notre système de crédit par la suppression du crédit fictif à l’escompte, amortissement d’une partie de la dette publique, tels sont les avantages du plan que j’avais soumis à l’examen des membres de la Conférence monétaire internationale si on
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l'exécutait en entier. Un tel succès n’est pas à espérer, et cela d’autant moins qu’à l’heure qu’il est l’Union latine semble devoir se dissoudre misérablement en trompant toutes les espérances de ceux qui y voyaient une première étape dans la voie de l’unification monétaire universelle. Je me résigne donc à voir notre législation monétaire, au moment même où elle avait atteint, sans le savoir et sans le vouloir, un système presque rationnel, retomber dans le gâchis, comme un aveugle qui, dans sa promenade , arrivé par hasard à de moelleux gazons et à de frais ombrages, les quitterait au plus vite pour retourner parmi les marécages et les fondrières. Mais j’espère que si quelques économistes d’esprit ouvert et indépendant veulent bien lire avec attention les mémoires que j’ai consacrés à la circulation métallique et fiduciaire et en tirer parti pour des études ultérieures, la théorie de la monnaie sera plus ou moins renouvelée avant longtemps d’ici , grâce à l’emploi de la méthode mathématique. Bien entendu, on ne trouvera pas (ce qu’au surplus on ne doit pas chercher) le moyen de supprimer tous les mouvements de hausse et de baisse générale des prix, lesquels constituent , dans certains cas , des indications nécessaires à la bonne marche de l’échange et de la production ; mais on trouvera , en s’avançant dans la voie ouverte par Cournot et par Jevons, sinon par leur méthode même , du moins par quelque méthode analogue, le moyen de supprimer ceux de ces mouvements qui, tenant exclusivement à des circonstances spéciales relatives à la monnaie, sont une cause de confusion et de trouble et non plus un élément essentiel à la poursuite de l’équilibre économique.