ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Au début de l’inflammatien aiguë, la muqueuse offre un aspect rouge plus ou moins foncé et présente quelquefois des extravasats sanguins. Dans la forme catarrhale simple, la congestion est bien moins intense ; on remarque seulement une légère injection de la muqueuse blanc grisâtre dans les cas anciens.
Le tissu cellulaire sous-muqueux est infiltré de sérosité. La muqueuse est quelquefois tellement gonflée que la cavité tympanique a disparu. La membrane du tympan, dans les cas aigus, participe souvent à linflammation de la caisse.
Bientôt la caisse renferme du liquide en plus ou moins grande quantité. Sans nous appesantir sur les discussions qui ont eu lieu à propos de la formation de ce liquide, nous rappellerons que, pour la plupart des auteurs, il proviendrait en première Jigne du processus inflammatoire. La théorie de l’hydrops ex vacuo soutenue par Zaufal compte moins d’adeptes, bien
qu’elle soit plus séduisante pour expliquer la formation du liquide dans l’otite catarrhale simple. D’après cette théorie, la raréfaction de l'air dans la caisse, consécutive à l’obstruction de la trompe, amènerait une transsudation séreuse. :
La quantité du liquide est très variable ; il peut être assez abondant pour repousser la membrane en dehors et amener sa perforation. Le liquide est le plus souvent séreux, clair, transparent, tantôt muqueux, opaque et épais, tantôt enfin solide, fibrineux.
Lesrecherchesrécentesqu’àfaites M. le docteur Netter sur les microbes que l’on rencontre dans les exsudats de l’otite moyenne, ont jeté un jour tout nouveau sur l’histoire de cette affection. Nous nous permettrons de faire quelques emprunts à l'excellent mémoire qu’il a publié dans les Annales des maladies des oreilles et du larynx, (octobre 1888) et aux communications des autres auteurs sur cette question (1).
L’otite moyenne aiguë n’est pas une entite morbide toujours causée par un même agent parasitaire. On a trouvé en effet dans l’exsudat les différentes espèces suivantes :
1° Des streptocoques.
Les otites qui en renferment sont les plus fréquentes et les plus graves par leurs complications.
(4) Netter, Archives générales de médecine, Mars-Juilet, 1887, — Netter, Annales des maladies des oreilles el du larynx, octobre 1888. — Observations de Weichselbaum-Zaufal, résumées par le docteur Ghatellier (Même journal, janvier 1888).
2% Des pneumotoques.
Ces otites existent avec ou sans pneumonie. Elles auraient une marche aiguë, mais AOF à la guérison. F.
Le professeur Zaufal (communication du Dr Chatellier) les considérait à cette époque comme! étant les seuls parasites du liquide.
3% Le microcoque de Friedlander.
4°Enfin des staphylococcus (pyogenes, aureus,albus).
Les otites où ils ont été trouvés n’ont présenté rien de particulier.
Les différents microbes peuvent être associés.
Les recherches de M. Netter ont montré que tous ces microbes pathogènes peuvent se trouver dans le pharynx, les fosses nasales, la bouche des sujets sains.
De là découle une conséquence essentiellement pratique, à savoir la nécessité d’associer à l’antisepsie des différentes parties de l'oreille, l’antisepsie des cavités avoisinantes.
ÉTIOLOGIE
Le catarrhe aigu de la caisse est rarement primitif. Il peut, dans ce cas, se produire sous linfluence du froid, d’un traumatisme sans lésion de l'oreille.
La plupart du temps, il se développe secondairement et succède à l’inflammation d’une des régions voisines (pharynx, fosses nasales).
te
Il apparaît aussi dans le cours des fièvres éruptives, dans la fièvre typhoïde, et autres maladies infectieuses.
L’inflammation aiguë observe à tout âge, mais particulièrement chez les enfants et dans l’adolescence. Chez les enfants, l’otalgie n’est souvent qu’un phénomène douloureux dépendant de l’otite moyenne aiguë.
L'examen de l'oreille mettra seul sur la voie du diagnostic. | | f
SYMPTOMATOLOGIE
Le tableau de lotite moyenne aiguë est tellement saisissant qu’on ne peut le méconnaître (Tillaux).
Les malades accusent une douleur débutant brusquement, souvent au milieu de la nuit, vive, lancinante, siégeant non seulement dans loreille, mais se propageant, sous forme névralgique, à tout le côté correspondant de la tête et quelquefois au niveau de l’apophyse mastoïde. Les mouvements de déglutition sont pénibles.
Dans certains cas, l’otite s'accompagne de phénonènes généraux graves qui dominent la scène et peuvent faire croire, surtout chez les enfants, à des accidents méningitiques. On observe des battements insupportables dans toute la tête, une insomnie complète, du délire et des convulsions dans certains cas.
Outre la douleur, les malades se plaignent de bruits divers, sifflements, tintements et battements.
Ils ont la sensation d’orcille bouchée avec tension pénible de la tête. Ils présentent le phénomène de lautophonie, c’est-à-dire une résonnance de leur propre voix; ils croient parler dans un tonneau (Politzer).
La surdité est variable.
ares - La perception crânienne pour la montre est toujours affaiblie. |
Le diapason en vibration, appliqué sur les os de la
tête, est mieux entendu du côté seul ou principalement malade.
Dans l’otite moyenne subaiguë ou catarrhe avec exsudat des auteurs allemands, les symptômes douloureux font défaut, ainsi que les phénomènes généraux : les bourdonnements et la surdité sont les deux phénomènes à peu près constants.
L'examen de l'oreille donne des signes importants.
La membrane du tympan offre, au début, une teinte
légèrement rosée. La paroi interne et surtout le vromontoire apparait comme une tache rougeâtre ou jaunâtre. Lorsque linflammation est plus vive, la membrane, uniformément rouge, présente l’aspect d’une plaque de cuivre poli (Politzer).
A une période plus avancée de la maladie, lorsque l'exsudat s’est formé dans la caisse, la surface du tympan devient gris sale, jaunâtre ou verdâtre. La membrane est souvent déprimée fortement en dedans et le manche du marteau disparaît, la courte apophyse fait saillie.
Lorsque l’exsudat est très abondant, il fait bomber la membrane en dehors. Certaines parties de la membrane, surtout le quart postéro-supérieur. sont plus fortement refoulés en dehors, d’où résultent des saillies sacciformes. La ligne de niveau, concave supérieurement, peut se déplacer par les mouvements de
là tête. La douche d'air produit des bulles d’air dans le liquide. fé
Le plus ordinairement, la sérosité qui s’est épanchée dans la caisse se trouble et passe à la suppuration, La membrane est fortement distendue et bombe au dehors. C’est du troisième au quatrième jour que l’inflammation atteint son maximum. La membrane tympanique, que l'examen otoscopique permet de voir blanc jaunâtre ou jaune verdâtre, finit par se perforer, et cette perforation amène un grand soulagement chez le patient. L’otite moyenne aiguë est entrée dans une seconde phase. La suppuration persiste plus ou moins longtemps sans phénomènes douloureux. La pertoration se cicatrise dans un délai de quelques jours à trois semaines (Politzer). Quelquefois, pendant cette période surviennent ces accidents redoutables dont nous avons parlé maintes fois. Le plus souvent la maladie passe à l’état chronique et prend le nom de catarrhe suppuré de la caisse.