CHAPITRE II
Avant d'exposer le traitement véritable de l’otite moyenne aiguë, nous citerons pour mémoire les traitements médicaux qui n'avaient d’autre résultat que de transformer en liquide muco-purulent l’exsudat séreux de la caisse; les émissions sanguines locales (longtemps appliquées devant le tragus), les lotions et et instillations avec des solutions tièdes calmantes (eau de pavot, eau laudanisée, eau chloralée).
À tous ces traitements palliatifs, on joignait un traitement antiphlogistique. L'administration de douches d'air par la méthode de Politzer, dans le but de faire. résorber l’exsudat et de faire disparaître les bruits subjectifs, est une excellente pratique.
Mais le véritable et le seul traitement utile, c’est la paracentèse du tympan. « Il faut avoir assisté, dit M. Tillaux, à une paracentèse du tympan dans ces cas pour en comprendre les immenses bienfaits. On ne saurait mieux comparer ce résultat qu'à celui qu'on
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DA obtient en débarrassant un malade d’un corps étranger de la conjonctive.
La paracentèse indiquée au xvie siècle par Riolen, pratiquée par Astley Cooper, Richerand, Menière, a été abandonnée et remise en honneur par Bonnafont, Miot. Nous n’avons pas ici à décrire son manuel opératoire.
Politzer (Trailé des maladies des oreilles) hésite à employer couramment et craint la transformation purulente du liquide à la suite de cette opération.
Le professeur Schwartze l’a praliquée un grand nombre de fois, et sa statistique donne une inflammation dans 20 pour 100 des cas. (Urbanschish, traduit par Calmettes). Le docteur Calmettes l’a pratiquée sur une même personne douze fois en deux mois et n’a pas eu le moindre accident. ;
Ludwig Loewe, après avoir essayé plusieurs pansements antiseptiques pour donner à cette opération linnocuité qu’elle a de nos jours, a imaginé une méthode de pansement que nous allons exposer en détail, rappelant les tentatives qu’il a faites avant d'adopter définitivement la méthode actuelle.
Le premier pansement occlusif pour l'oreille avait été tenté en Angleterre avec une poudre de composition inconnue, analogue à la poudre qui sert à plomber les dents, durcissant comme la pierre, et qu’on laissait en place plusieurs mois.
Les inconvénients de ce mastic durci sont faciles à prévoir. Il agissait comme corps étranger et entretenait la sécrétion.
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Cette méthode, après plusieurs résultats satisfaisants, fut essayée en Allemagne; mais plusieurs Cas de morts survinrent, dûs à des accidents méningitiques, par suite de la rétention du pus. Fr
Lœwe, séduit par cette méthode, essaya d’y apporter des modifications. Il eut d’abord recours à la méthode de Bezold et à la méthode anglaise combinées, et se servit d'un mélange élastique d’agar-agar, gélatine, glycérine, eau et désinfectants, qu’il introduisait dans la cavité. Ce mélange, fusible à 50 degrés, était versé goutte à goutte, et. prenait dans le conduit auditif externe la consistance gélatineuse. Mais, en admettant que lexsudat de la caisse fût à l'abri des contages externes, le hquide pouvait être rendu septique par les microbes venus des cavités pharyngienne. nasales, et de la trompe d’'Eustache.
Il eut aussi l’idée de traiter l'oreille enflammée comme on traite une plaie chirurgicale profonde, en employant le drainage, pour donner issue aux sécrétions. Mais il se heurtait ici encore à une difficulté sérieuse, impossibilité de pénétrer jusqu’à la caisse, et cette tentative n’eut pas plus de succès que les précédentes.
Cest après ces nombreux essais qu’il arrive à la méthode que nous allons exposer en détail, analysant le travail qu’il a publié récemment sur le Traitement de l'otite moyenne aiguë séreuse, la membrane étant intacte, sauf la perforation (Monatsschrifft für Ohrenheilkunde, octobre-novembre 1888).
€ Il importe peu, dit Lœwe, d'essayer d’annihiler
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par les produits antiseptiques, les produits inflammatoires. Il est préférable d'arriver à la guérison complète au moyen d’une aspiration automatique constante des sécrétions au fur et à mesure qu’elles se produisent. » Si l’on remplit la cavité d’une substance absorbante qui aspire à la façon d’une pompe, ou, pour nous servir de la comparaison de l’auteur, Joue le rôle de « la mèche d’une lampe plongeant dans le pétrole, les substances pyogènes et phlogogènes ne pourront plus retourner vers la profondeur et devenir un danger pour la muqueuse de la caisse. »
C’est là le point capital de la théorie de Lœwe et le principe de sa méthode de traitement,
Etudions maintenant la partie technique de sa méthode, la façon dont doit être appliqué le pansement, et les précautions qu'il est rigoureusement nécessaire d'observer pour arriver à la guérison.
Que la perforation ait été spontanée ou artificielle, les conditions restent les mêmes et la conduite ne doit pas changer :
Avant d'appliquer le pansement proprement dit, on doit procéder à plusieurs opérations préalables. On commence par administrer une douche d'air par le procédé de Politzer, afin de chasser de la caisse les secrétions qu’elle contient. Comme on n’a nullement à craindre les vertiges, bourdonnements et même syncope qu’on doit craindre lorsque la membrane du tympan est intacte, la compression de la poire peut être énergique.
En second lieu on lave largernent le conduit et la
caisse avec une solution d'acide borique tiède ou avec tout autre liquide antiseptique. L'auteur préfère la solution concentrée d’acide borique.
Après ces grands lavages, on sèche le conduit et la caisse avec des boulettes d’ouate au :sublimé- qu’on porte au fond du: conduit au moyen d’une pince, d’un stylet, d'une sonde à oreille, etc: On bourre le conduit à moitié de ces boulettes de volume progressif. Pour chasser le liquide qui pourrait encore rester dans la cavité, Lœwe conseille d’administrer une seconde fois la douche d'air de Politzer et pour remettre en position normale la membrane qui avait été poussée en dedans par le tassement des boulettes. (Voir observation IX p. 32.)On enlève alors toutes ces boulettes, et après ces opérations le fond du conduit est absolument sec. :
Cest seulement après ces précautions et ces opérations préalables qu’on applique le pansement définitif.
Le canal est rempli comme précédemment de petites boulettes d’ouate, maïs qui, cette fois, arrivent jusqu’à l’orifice extérieur. De plus, le pavillon luimême est rempli d’ouate. Le tout est bien assujetti par des bandes appliquées autour de la tête.
Dans les cas de large perforation, on emploie une boulette profonde de dimension suffisante pour en dépasser les bords, et on la fixe par un fil qui peut aider d’ailleurs à enlever tout le pansement d’un seul coup.
Ilest superflu d'ajouter que toute espèce d’ouate hydrophile antiseptique peut être employé.e Lœwe
7 Ou s’est bien trouvé d’uné gaze trempée dans un mélange de sucre :et de sel. Nous nous sommes: gohstammenf: servi d’ouate au sublimé.
Certaines précautions sont à prendre dans l'application de ce pansement, et il faut l'avoir pratiqué plusieurs fois pour savoir que sa technique est délicate.
Il faut avoir soin de ne pas trop tasser les boulettes.
Dans certains cas (et nous en rapportons un exemple. Observation IX p. 32), les malades ont éprouvé des bourdonnements, des vertiges et des sensations très pénibles de pression. [1 faut aussi que les tampons aient un volume qui soit en rapport avec les dimensions du conduit selon le point qu’ils en occupent. C’est en un mot une question de pratique et d'habitude.
Il est intéressant d'examiner les rôles que jouent. les différentes couches du pansement et d'étudier leurs fonctions respectives
1° La partie la plus profonde, appliquée contre la membrane, a pour fonction d’aspirer la secrétion sortant de la caisse.
2° Les tampons ronds, fermes, qui forment le bouchon occlusif du conduit, ont pour mission d’absorber la sécrétion transmise par les tampons de la couche précédente,
3° La partie externe du pansement, dans le pavillon appelée par l’auteur « surface d’évaporation » a pour fonction de présenter à l’air une surface aussi grande
que possible des sécrétions qui lui sont parvenues de l'intérieur.
Dans le cas où la perforation ne siégerait pas à la partie inférieure, on la prolongerait en bas et cette incision aurait l'eypnipger de donner une issue plus facile au liquide.
Voilà notre premier pansement appliqué ; Que deviendra-t-il les jours suivants ?
Le lendemain, dit Lœwe, pour une oreille qui secrète abondamment, la surface extérieure est sèche et contient de nombreuses boulettes, colorées en vert par la sécrétion absorbée, devenues par l’évaporation dures comme la pierre. Plus on pénètre vers le tympan, plus les boulettes deviennent humides. Dans les cas où le pansement a été appliqué avec toutes les précautions rigoureuses, on doit trouver la membrane tout à fait sèche. Il ne doit plus $’écouler de secrétion. as
Lorsqu'on lève ce second pansement, on trouve toutes les boulettes absolument sèches. La perforation est fermée. Le pansement est terminé, ou bien il faut encore un ou deux jours, quelquefois trois ou quatre, suivant les conditions individuelles, la nature, l’intensité de l’inflammation. La nature des microbes contenus dans l’exsudat doit sans doute être prise en considération äans la marche et le pronostic des otites.
En dehors des corps étrangers, la sécrétion s'arrête au plus tard en une semaine, à condition que le pansement soit rigoureusement appliqué.
Nous citerons des insuccès (observation IV et V, p. 26, 27 et 28) qui sont dus sans nul doute à l’insuffisance du pansement.