RECUEILLIS
AU COURS DE LA MISSiON SAHARIENNE
1* L'ADRAR'. — MŒURS ET COUTUMES DES TOUAREG IFOR'AS 2" POSITIONS ASTRONOMIQUES 3« NOTE DE M. PAUL LEMOINE SUR LES FOSSU^ES RAPPORTÉS DE TU4EMSI
CHAPiiRE PRËMIEH l/Aém*mM^ ma pt^y éem Ifov'M
Le pays habité par les Touareg Ifor'as et qui porte en langue tamachrque lo nom général de Adr'ai*' s'étend entre les 18® et 21" degrés de latitude boréale.
Les Kei-Ah^gar prononcent tous le nom de l'Adrar' : Ad ar « i 3 * signifie caillou asaes petit, et ce nom, a-t-on cru, marquait 1 opposition entre ce pays de relioTs peu accen* Inès et le Atiaggarqui avec ses sommets de 2.200 mètres est la « grande pierre ». Le mot Adr ar' des Ifor'as jadis fréquemment employé n'aurait été dans ce cas qu'une déformation arabe du mot Ad*ar.
Toutefois il est certain que les Ifor*as eux-mêmes, les louUiminden et les autres Touareg du sud appellent leur pays Adr*ar* c V » ce qui signifie « montagne ». Les Kel-Ahaggar appellent nue montagne Adrar (ooV) qui est le même mot avec les sons adoucis ; c*est donc par corruption et non par application d'un autre nom qu'ils disent Ad*ar au lieu de Adr*ar\
Nous appellerons le pays des Ifor*as Adr*ar* en suivant l'orthographe des habitants ; pour éviter une confusion avec TAdrar de Mauritanie il sera souvent bon d'adjoindre un qualificatif et de dire : Adr'ar' Nigritien ou Adr ar' des Ifor'as.
En ers dernières années, l'Adr ar' fut à plusieurs reprises visité par des Européens. Kn 1904. il fut traversé i\ l'aller et au retour par la mission Théveniaut qui rencontra ù Tiniiaouin le chef d'escadron lAperrinc, commandant supérieur des oasis
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sahariennes. Ce dernier ne fit que parcourir la lisière nord du pays.
L'année suivante, durant les mois de juin et de juillet, les reconnaissances du capitaine Dinaux, conirnaiidanl 1 annexe d'In- Salah, et du lieutenant Clor ne visitèrent encore que la zone comprise entre In-Ouzel, Timiaouin et Tin-Zaouaten. Mais M. Gautier, venu avec le détachement algérien jusqu'ù l'oued ToukçemÎD, continua goa voyage sous la protection de quelques Ifor*as. et après avoir parcouru, rapidement il est vrai, mais avec attention toute la bordure est de t'Adr'ar', descendit jusqu'à 6ao parla vallée du Tilcmsi. De ce voyage, M. Gautier rapporta une étude qui fixe détinitivement la géologie de ces régions et la premi'^re carte des pays qu'il traversa ; mais il o'eutqae peu, le loisir d'étudier la population même.
Eufin le 28 avril 1907, trois reconnaissances françaises se sont jointes à Timiaouin. Le capitaine Diiiaux, venu de In*Salab avec la mission du capitaine Arnaud, trouvaif en ce point les détachements méliaristes de la compagnie de Bamba et de la compagnie de Gao. Les itinéraires dans l'Adr^ar de ces trois reconnaissances avec la précision que leur apporte , un canevas de douze positions astrouomiques nouvelles permettent de donner sur le pays des indications définitives.
L'Adr*ar' est assurément tout entier de formation archéenne et volcanique. C'est un plateau de roches granitiques ou porpbyriques en partie enfouies et qui s'incline légèrement vers l'ouest ; UQ rebord étendu du nord au sud, est constituée par un très important massif rocheux, I adrar Ter^arr'ar où se trouvent les plus hautes altitudes avec les monts Effen et Ahaggan et qui est limité dans toutes les directions par une falaise presque verticale.
Ce massif de Ter'arr'ar est bordé au nord par l'oued Tar'lit, traversé de part en part par l'oued Tabankort, limité par l'oued Aliou^'^' (ou Kleoui) au sud et pénétré jusqu'au cœur par l'oued Maret Sa dillimltf d'.iccès et la présence de points d'eau nombreux, redir ci lilaïas, en font le refu^'^e des llor as en cas d iuvasiou ennemie.
Autour de ce noyau central, se pressisil des massifs isolés,
l\mi*ab* ou fat« ta» ifob'as
moins baats et moins ' importants .qui lui font comme une couronne continue. C'est au nord, l'adrar Tessalit, rpdi-ar Timiaouin, l'adrar Teg'oug'met, l'adrar Totikcemin, l'adrar In-Olizel ; à Test, l'adrar Dourlt, l'adrar Ti-n-Ibr'oren et l adrar Oozieîn ; au sud, l'adrar Ichoaalen, ladrar Tacbdait, l'adrar Ilebdan, l'adrar Gounban ; à Tooest enfin, Tadrar El-Bfamaa et l'adrar EchohcU.
Tons ces massifs paraissent de constitution semblable ; la plupart sont formés de rocbês porpbyriqnes dont les arêtes primitives furent arrondies par les tourmentes de sable chassé par lé vent. Mats tandis que les granits et les laves du Abaggar ont conservé leurs teintes claires dont la pnraté de ralmospbère idéalise les roses et les gris, les porphyres de TAdr'ar'sesont couverts d'une patine noire, luisante, à tel point qu'on les croirait frottés à la mine de plomb. Surcetle surface les rayons du soleil se réflMent ; leur chaleur elle-même se réfracte (i<ms l'atmosphère ambiante de telle sorte que se trouve annulée, toulo action calorique interne ; les roches restent lisses et polies et ne se désaijrègent plus comme dans les régions septentrionales par l'écaillement successif de niinces plaques concentriques qui, sous l'action répétée des brusq\ies refroidissements nocturnes, succédant aux échauflfements solaires, rouirent peu h peu, parla face exposée et jusqu'au rognon central, les granits ovoïdes du Ahag-grar.
Parfois la poussée volcanique a soulevé d'un seul jet la masse des adrar Ter'arr'ar et ilebdan et les a bordés d'escarpements verticaux où les ébonlis récents découvrent sous la patine superficielle, des tonalités rouge sombre, trace des embrasements anciens. Parfois plus contenue elle a incurvé des d6mes polis qui, ci et là, saillent du sol comme l^eaille démesurée d'une tortue préhistorique, et a donné aux adrar Tin-Daoudaouan et Dourlt l'ample modelé de coupoles surbaissées. Plus souvent les massifs restent bas et diffus et les blocs y sont jetés [x le-mèle comme sur une plage de gigantesques galets ; les points culminants s'y dégagent h peine ; hors le lit des oued, les sentiers serpentent autour des roches qui les coupent à chaque pas et parmi ces chaos où les points de repère souvent fout défaut, le
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voyageur se sent perdu comme en la tristesse de roioes informes. Quelque fou sur les flancs des arêtes, des tribus dont le souvenir s'est éteint ont élevé des mausolées antiques, sorte de colonnes creuses oA les pierres sont dressées sans ciment ; les assises
ordonnées se profilent dans le ciel et tranchent sur le foaiilis dont la nature n tapissé le sol. Sur le rebord du sentier où les pas ont poli ks cailloux, de distance en distance, quelque arbrisseau étiqne, aux feuilles étoinclloment mantrées par chaque méhari passant, s'est tordu sous les elloi ls des loiii iueufcs il hiver. Nulle part l'eau des {)luics, avant d'alloindre la coupure de la vallée, ne serpente par mille ruissehMs L-^urnis de sable lin ; entre ces pierres qui laissent entre elles des cavités, des trous qu aucune terre n'emplit, elle ne peut se frayer un lit ati grand jour et elle disparaît vei*s les couches internes entraînant dans « les anfractuosités profondes tous les del)ri> végétaux apportés
parles vents. Aussi la montagne de TAdrar' est elle partout d'une aridité sauvai^'c. d'une sévéritt* riule que n'annoblit [)as I harmonie ou l'ampleur de la structure générale. Sa tonalité et sa disproportion lui donnent partout un aspect triste, presque lugubre ; Tair même si transparent et si vivaut daos le nord est ici constamment embrumé et l'horizon garde sans cesse une ceinture basse de vapeurs rouges faite d'un argile impalpable, poudre Iluide qui apparaît pour la première fois et remplace dans les * bas-fonds le sable toujours si propre des zones septentrionales;
De ces massifs archéens ou volcaniques, M. Gautier n'a eu Toccasion d'étudier la formation que de deux très importants: l'adrar d'In-Ouzel et l'adrar Ibeldan dont les contreforts vont jusqu*à Kidal. Je crois que Texplicalion géologique qu'il en donne pourrait s'appliquer à tous les autres massifs de l'Adrar'qui se présentent tous sous des aspects identiques.
Mais chose remarquable, le charme de TAdr'ar*, pays de montagnes, réside tout entier dans les dépressions où, vis-à-vis de la montagne morte et solitaire, s'épanouit dans les oued la vie intense à la fois d'une population plus favorisée, d'une flore devenue d'une richesse inconnue des zones septentrionales et d'une fampe pressée d'antilopes et de bétail errants parmi les. pâturages plus frcqucnts.ct plus drus.
L^ADb'aR^ ou pays DEg IFOE^AS
Ces oued, entre les hautes falaises verticales de l'adrar Tcr arr'arse réirécisseiit parfois en des gorges sauvages, encombrées d'énormes blocs tombés des à-pics et où l'eau des pluies hivernales séjourne dans des anfractuosités profondes de la roche. Ces défilés n'ont nulle part l'ampleur et la majesté des gorges de Takoumbaret dans les contreforts du Mouydir; mais à Tahort par exemple, elles se parent d'une réelle g^randeur et devant les cascades asséchées, tesagelmam où séjourne un peu de.liquide boueux» les éboulis énormes qu'escaladeni les chèvres venues boire aux places où Teau affleure sous le sable, il est aisé do se figurer eombien, après un ouragan ^ans la montf^ne, le passage doit être impressionnant alors que le torrent à pleins bords y bouillonne et s'irrite.
Plus loin au contraire, Toued s*épand dans des plaines verdoyantes et là, sans cours nettement tracé forme de vastes cirques auxquels les montagnes lointaines sont une ceinture estompée. Dans ces fonds les pluies annuelles entretiennent une végétation qui contraste aviec Taridité des taneirouft du nord ei de Test. A Thiveniage les talha ou gommiers aux grosses fleurs jaunes, les tabouraq au feuillage opulent» les tiehaq vert cendré garnis d*épines ligneuses,' les herbages de mille espèces, drus et vigoureux, donnent Timpression des pâturages fertiles du Soudan. A la saison sèche même, les arbustes conservent presque partout leur parure de feuillage vert ; Tean des oued circule en effet à une faible profondeur sous le sable; à la surface du rocher, et l'humidité monte jusqu'aux racines profondes ; les graminées se dessèchent, mais le sol se couvre alors de ces jolis tapis d'alloumniouz d'un jaune si clair et si franc sous le soleil et c'est j)()ur les nidiara une nourriture abondante et d'autant plus un réual que tous les arhres des zones montagneuses, sont alors dépouillas et immangeables.
Dans les parties de leur ctnirs où les oued n ont pu s'étendre
librement, les eaux des tornades ont, dans la vallée, tapissé de
sable fin un chenal simit iiv où nulle plante ne pousse, tandis
qu*à droite et <\ gauche des berues nettement marquées par des
ressauts h pic se couvrent, justju à la falaise rocheuse voisine.
d'arbrisseaux serrés, d'arbustes aux branches inclinées. Kt ces
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oued out alors tout à fait Tallure de nos rtvièi es de France, des petites rivières des régions montagneuses sur le miroir desquelles s'inclinent les saules ou les Imuleanx. Car si dans l'Adr'ar* une oa deux fois par an seulement la rivière coule à pleins bords entre ses berges embroussaillées, dans le lit même, le sable ondule en vagues légères reste toujours si propre, si débarrassé de tous débris de branchage ou d'herbe qu'il semble une eau que n'égaierait nul reflet des végétations riveraines.
Avec ce faciès particulier à l'Adr'ar' et que je n'ai revu oi dans le Ahaggar, ni dans l'Azaouad ou le pays OuUiminden coulent presque toutes les rivières dans les parties montagneuses de leur cours. Ainsi l'oued Afara, l'oued Tar lit, l'oued Alioug*, l'oued Telia, l'oued Es-Souk et bien d'autres ont de ces lits de sable nettement tracés : dans cette lone déjà soudanaise, les pluies plus abondantes font sans doute couler assex fréquemment les eaux, et avec assez de force dans les adrar pour que les végétations naissantes ne puissent résister à leur violence et À l'enfouisscnuMil sous les sables entraînés.
Par suite de riueliiiiiisou iréiicral»' de TAdr ar", presque tfxites ji-s rivières s'étemlnit ilahord largement depuis leur source jusqu'au rebord tlu i>lal('au ; là, elles se ereusenl vers l'ouest un « licnal dans les nioiilau'iics ; ensuite elles s'élartrissent h nouveau dans les plaines l)or(l»Mit les falaises et vont enlin se perdre dans la vaste dépression occidentale collectrice qui aboutit au 'liletnsi.
Les premières earl»'s ont jadis re[)iésenté le système liydrographiijue du pays sons forme d'une sèri«* d'oued tous matliéinali(juement parallèles les uns auv autres, orienli's cst-oucst, et allant tous se jeter dans un l'ilcmsi rectiliuMU' et vertical.
Celte conception outrée corrcspoiul bien un peu. il est vrai, à l'impression première cpie rossent le voyageur quand, dans la partie montagneuse, il doit traverser une série de failles dont les eaux vont uniformément, au dire des guides, se jeter au Tilemsi. C'est que, lorsqu'on ne les interroge pns à fond, les indigènes se bornent à donner l'aboutissement final de toutes les «•aux du pays ; mais si de fait, |)res(|ue lotîtes les rivières ont un court isolé et solitaire dans les adrar, dès qu'elles sont sorties
l'aDH Ab' Ub PAYS DES iFOR AS $59
de la limKe des rochen« dès qu^elles pénHrent dans les pâturages ifor'as et plus loin dans la dépression Kounta, elles se
reprennent à imiter toutes les rivières ; elles se jettent Tune dans
l'autre par des confluents bien apparents, et ce n'est gu«'re qu^ par les trois oued Alion^''', inclicdnn et Khdakan que toutes les oau\ [)luviales do l'Adr'ar' aboutissent au bas-fond de Tésakant, tète du Tilemsi.
L'oue.l Aliouir' (en aral)e Aliouir', en tamacliè(jue Eléoui) est sans nul doute l arlèic la plus irn[)ortante de l'Adr'ar'. Il récolte en eflCt les eaux de tout le vtrsaut occidental du pays, amenées pai- les oueil Ii 'ei f'er. 'l'ar lit, Tal)aukort et Mai et et tnéine une partie des eaux du nord puisque la source de l'Ii 'err er est au voisiuaire de Tiuiiaouin et celle de l oued Tar'lit près de Hou- |{ essa. L'oued Ir'ei r'er reeoit par les oued Afani et Ahaidvo les eaux de l'adrar lessalil et récolte lui-ruèiue celles de l'adr; r Teg'oug'uiel et d'une partie de I adrar Timiaouin ; large et rempli de pAturages il u'a mallicurcuseuient que peu de points d'eau perniaoents. L'oued Tar lit, le plus important après l'oued Alioug' tant par sa longueur que par ses pAturages, collecte les pluies de l'adrar Touk^emin et du versant nord de l'adrar Ter'arr'ar ; il n'a de nombreux puits que dans la partie inférieure de son cours. L'oued Tabankorl va chercher à travers l'adrar Ter'arr'ar les eaux de l'adrar Dourit. L'oued Maret s'alimente au cœur de l'adrar Ter'arr'ar. Enfin l'oued Alioug" luimême s'eulle des eaux de l'adrar Dourit, de l'adrar Ti-n-Ibr'o- ' , ren, de l'adrar Icboualen, de Tadrar Ël-Mamas, de l'adrar Ecbcheit et ne le cède à ancnn autre comme pâturages ; mais les puits y sont toujours proches et abondants et cela explique que le cours de cet oued soit la principale zone de concentration des Ifor*as.
L*oued Inchedan qui, dans son cours supérieur 8*appelle successivement oued Tagmart et oued Telia prend sa source dans Tadrar Ichonalen et longe le versant occidental de ladrar Tachdalt. Etroit et resserré par les rochers, il tire sa principale importance de son passage & Telia, dans le voisinage duquel noroadise toujours Bal, le grand marabout Kounta des Ifor'as, propriétaire de très nombreux troupeaux.
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Enfin Toued Ebdakan contoamant le sud de Tadrar Tachdalt amène au Tilem::i les eaux lointaines de la falaise orientale, bien moins abrupte, de rAdr*ar\ Son cours inférieur se grossit des pluies de Tadrar Tachdalt, de l*adrar Ilebdan, de l'adrar Gounhan; très en amont il est considéré comme formant la limite extrême de TAdr'ar* et les puits comme celui de Arli, séparés (\os antres puits par plusieurs jours, sans eau, sont peu frôquoiités et iiicoiiiuis do beaucoup.
O sysit'rnc ii ydroirrapliujiie, complovc et fatiii(i<'\ est [nalhcu* rrusciiiciit un léscau artériel où le sans: ne circule pas. Biofi que tlaiis 1 A(li"'ai' lc> [iliiics soient aiiiiiielles, rciruiièr es cl liieri plus nboudatitcs que dans le Ahaiiuar <'t I Ahnet. Peau ne coule que trcs rarenieut dans le lit assèche des oued. |*ar contre, les nappes d'infiltration sont particulièrement abondantes, car toutes les eaux tombées dans le pays ne le quittent pour ainsi dire jamais ; elles s'infiltrent dans le sable et il n*en est qu*une quantité infime qui. lors des plus grands ouragans, aille superficiellement se perdre dans les régions plus basses du Tilemsi. Or, à peu de profondeur, ces eaux d'infiltration sont retenues par la surface rocheuse, et les nappes, que des puits nombreux atteignent, mais n^épuisent jamais, sont empêchées par des barrages naturels d'aller s'épandre souterrainement vers des zones inférieures.
Aussi les Ifor'as ne sont^ils jamais menacés du manque d'eau ; ils ont pu à loisir, multiplier les puits dans les pAturagcs abondants et se sont évité ainsi des abreuvoirs fastidieux et les Ion- • gucs poussées des troupeaux vers IVau lointaine.
Ces puits qu'ont eu à creuser les populations de l'Adr'ar' ne sont nulle part profonds, et ne dopassent jamais une douzaine de inèties. i-es Touarei:. d ailleurs, n'eu utiliseraient pas de {)lus creux et ils préfèrent doubler une étape que d abreuver leurs trou[)eau\ an delà de cette profondeur.
Les puits véritables, ceux (jue les Touai-ei;- ajijjellent « anou » sont des trous de di.\ à douze mètres ^le profondeur dont l'orifice surélevé est généralement rétréci par des pièces de bois posées aU'dessus du vide et sur lesquelles les terres viennent prendre appui. Creusés sur la berge même de l'oued, hors des
l\i1>R AU* UV PAYS 1>ËS IFU1I*AS
aileiotes du conrnnt né d*UQ orAg<> dans ladrar, ils soui le plus souvent au centre d'une petite cluirièfe que les arbrisseaux ont déserté, à la suite des injures répétées du bétail impatient de l'eau. La, le sol mêlé dç détritus se couvre d'un terreau noirâtre, damé par les sabots pressés ei dont l'imperméabilité entretisjdt près des abreuvoirs un marécage inasséché. Tous les animaux de la faune dcserti(|ue, viennent y Boire, les pintades en compagnies, les pclils fauves A Tabri de la nuit, les singes et • * les mille petits oiseaux dont le babil étonne les oreilles habituées au grand silence des étendues sahariennes. Et là, au voisinilge du puits, tout ccj)etit monde, latent parmi les arbustes et les herbages étîques, palpite, inconscient du désert, et des safales et des tanezrouft sans eau et des solitudes immenses d*où*la' vie est al)scnle, menant l'Apre exisleuco qui nait de ces tjuchjues >ruuttes épaudues par la luuludresse des cbanieliers uu des femmes, *
Les Ifor'as in* font jamais de maçonneries en pierres sèches ; quand la tluidil»' du s(jI obli^'e à uu collVaire, celui-ci, toujoui'S sommaire, est constitué en rondins légers derriéie lesquels est tassé un matelas de drlnn ou de feuillage. Le drlnn donne au liquide un goiU désagréable, mais qui semble indifférent au palais des nomades. Le puisage se fait toujours au moyen de seaux de peau (delou) sans le secours dé poulies ou la traction d'animaux ; un procédé plus perfectionné n'existe guèçe qu'en quelques centres de culture.
Tn des puits les plus profonds de TAdr'ar'est, au dire des indi> gênes, celui de Es-Souk qui atteint une douzaine de mètres.
Les c anou >» ne se reneontreqt généralement pas hors des dépressions et des plaines. Dans la zone montagneuse, la nappe liquide filtre le plus souvent à si faible profondeur qu'il suffit pour Tatteindre de creuser çA et là, des excavations de 1 m. 50 à 2 mètres à travers la couche superficielle du sol. A proximité des campements frétjuenlés, les Ifor'as ont ainsi dix. parfois vingt de ces «' filmas» l'un h cAté de l'autre; ceux-ci sont situés le plus souvent eu un point où la valit e se rétircit sous le surpliuul» des ciétes [)ot|)li\ ri(jiic>. Si le >o\ rs| ai'gileux, ce ^out caNit» s à parois vcrlicules, élargies pur les cboulib fréquents et ne coiitc-
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natit qu'une eau boueuse et croupissante. Mais dans le lit de sable fin des ouod, les tilmns côniques ont une eau claire, filtrée, qu'un abreuvoir trop abondant épuise, mais qui sourd à ' nouveau apri^s queUpies instants d'attente. Dans l«»s gorges et les rochers, à Tahort, pai- exemple, l'eau vient parfois affleurer à la surface môme du sol, et les chèvres, conduites î\ l'abreuvoir dans le lit de sable du t(»rr«'ut. creusent de leurs pattes des tilnias minuscules et aspirent l'eau qui suinte goutte ù goutte entre les graviers humides.
Kidin, dans la moutaune même les redir en tam;icliè(|ue aiTclmam) abondent. ( ,e sont des cavités sans issue dans le rocher, ou de petits creux à fond argileux, ou des dépressions fermées par un seuil dans le lit d un oued. Là. l'eau soit directement de la pluie, soit de Toued <pii coula lors d'un orai;e, forme de petits lacs qui s'assèchent plus ou moins vite par évaporation ou par infiltration lente. Ces points d'eau quand ils existent sont extrêmement fréquentés, car l'abreuvagen'y néces^ site aucun travail, mais ils sont presque toujours dans les rochers et leur accès est souvent difficultueux. L'adrar Ter'arr'ar a la • réputation de contenir un grand nombre de ces redii . Le plus remarquable est celui de Ouortegacli, au sud du massif : un petit oued très resserré parla montagne est brusquement barré par un seuil rocheux en deçà duquel se forme un lac qui peut avoir six à sept mètres de lai^, une vingtaine de mètres de longueur et dont la profondeur au dire des indigènes est considérable. D*antres agelmam existent près de Kidal et à Tahort. fin règle générale, ils sont très nombreux après les pluies et s^assèchcnt lentement de novembre h mai ; je ne connais que ceux de Onortegacb et de Tahort qui soient permanents.
Par comparaison avec les autres régions du désert, ces points d'eau de l'Adr^ar', anou dans les vallées largement ouvertes, tilma^ et redir dans la zone montagneuse» sont extrémement nombreux à tel point que sur tout le versant occidental du plateau, il est possible aux caravanes de s'abreuver à chaque étape et parfois même de rencontrer dans la même journée un nombre importaot d^abreuvoirs.
Cette abondance simultanée de Teau et des pâturages a donné
à l'Adr'ar^ une répotaiion i>i ( s(]ue unique dans le Sahara. Loi^ des périodes sèches, les nomades de toutes les régions du nord, Kél-Ahaggar, Kel-Ahnet. etc., viennent se réfugier dans ce pays, parce qn ils sont sûrs saiijs trop s'éloigner de leur zone de noinndisalioii d'y Irouvoreii lont hMiipsde l'eau et dos liei-hniros pour leur l)ét;ul. Leur présence niênio n'est pas une i^ènc pour les Ifur'iis dont les animaux ne peuvent utiliser tous les pâturages existants.
Aussi sont-ils evtraordin.nrenu'nt vivants tous ces oued, élarf^-is ou encaissés enti e les rochers, et où paissent en permanence chèvres et moutons. A chaque buisson, dressées contre les taiba dont elles s'etlorcent d'atteindre les plus hautes branches^ les jolies bêtes, açiles et mutines mêlent leur robe blanche ou fauve au\ tonalités claires des feuillages et du sol. Elles vont de-ci, de-là, s'etfraient ou s'interpellent avec des bêlements aigus ; les tout jeunes chevreaux dans les petits enclos de branchages, à l'ombre des rochers, dorment pesamment ou déjà luttout entre eux, tandis que sur une éminence de sable quelque imr ad ou quelque femme surveille le troupeau vagabond. Parfois, hautain et indifférent, sur son méhari blanc, un Ifor'as noble, lance au poing, bouclier à la rahia, passe par la vallée ; sa haute silhouette s'éloigne lentement et dépasse longtemps .les branches les plus élevées des gommiers et des tabouraq. Cachées par la végétation, les tentes s'isolent de-ci, de4à ; mais toujours d'autres tentes sont voisines de telle sorte qu'il est loisible aux femmes, après l'heure delà sieste, d'aller auxcatnpements amis, de s'y distraire en chantant ou en commentant les nouvelles on encoie d'y mendier au cara\ anier d ti nor d (juehpies dattes on qn«>l<jnes [)t"i'les. Kt ce n'est (ju'en cas de dan;:<M' imminent, que les Uoi' as pénètrent à l'intéi-icur des monlimiirs, eri leur reruf4:o irénéi-al tie In I am makUoust dans l adrar l cr eri-'ar; encore ces montagnes si noires, qui jetteraient un voile de tristesse intense sur le pays, n'était l'exubérante vie des oued, ne 8ont>elles pas à même de protécer bien enicaccment les Ifor'as par suite de leur peu d'étendue et de leur facilité relative d'accès.
Ainsi, dans les oued se concentre toute l'existence des Ifor as.
BENSeiGNBllEIlTS SQBNTIPIQUES
Groupes sous le coinmandomont des amrar, ils n)<''nent de [)!\tiirage en j)Atui;ti:o. l'Apre vie des [)astours nomades. Cepend.iiit certaines régions senihlent les altii-er de préférence et c'est ainsi (pie 1rs oued Alioug et Tar'Ut ne sont qu'une success^ioa de campements.
Mais ce serait une erreur de croire qu'en dehors des oued et des adrar, les centres de cultttrc appelés « arrem » aient une importance quelconque dans la vie politique des fractions touareg de l'Adr'ar'.
Ces arrem sont au nombre de six : Tessalit, In^ebdoq, Ir'acher, Ararobba, Telta et Kidal. Tous sont, en général, extrêmement .peu importants et ce n^est nullement d'eux que les Ifor'as tirent les produits du ''sol nécessaires à leur alimentation. Les Tousregse nourrissent en majeure partie de laitage et de graines de graminées indigènes qui poussent en abondance dans les plaines. Lorsqu'ils veulent du mil ou du riz, ils Téchangent à des caravanes contre du bétail.
Les centres de culture sont soit d'anciennes palmeraies datant de l'occupation marocaine et qui demeurent dans le patrimoine des familles de chefs ; (juoKjues esclaves ou herratin du l ouât sont {)réposcs à leur entretien : soit même quelques j.udins très petits où des Aralies du nord, moyennant retlevance anxTouarei:, cultivent un peu de tabac, des oignons, du piment, rare-, ment de l'orge, du blé ou du mil.
A Tessalit, sur le bord du lit de l oued l'essalit, et enserrée entre les deux parois rocheuses, est une assez belle palmeraie, la plus importante de beaucoup de TAdr'ar'. Klle peut compter environ 200 palmiers et ceux-ci poussent d'eux-mêmes sans être arrosés artificiellement. L'eau, est, en effet, ù deux ou trois mètres au-dessous du sol ; des puits sont disséminés parmi les arbres, mais ne servent pas h leur irrigation. De l'autre cdté de Toued, et en face de la palmeraie, sur un éperon de la montagne, est une case carrée en pierres qui sert de magasin à Bal, le marabout Kounfa de Telia. Tous les dattiers de Tessallt appartiennent, en effet, à Bal ; ils produisent annuellement de quarante à cinquante charges de dattes dont certaines seulement valent comme qualité les dattes de Tidikelt.
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In-Tebdnq est un yoK petit arrem situé dans (es gorges de Toued Tessilaouen, afflaeut de l'oued Tar'lit 11 y a là une • Yingtaioe de palmiers répartis entre plusîenrs jardins.. La culture est dirigée par un vieil bartani de Akablî (Tîdikelt). Les dattiers 4e In Tebdoq appartiennent à Illi, amenoukal des Ifor'as et p/oduisent trois ou quatre charges de qualité assez mauvaise. Les jardins, peu étendus, produiraient, paralt-il, une récolte de blé an printemps et une récolte de mil en automne ; è mon passage fi n'y avait guère que quelques pieds de tabac, quelques oi^nonset des piments. L'irrigation y est faite au moyen de puits à bascule nioiitës sur supports de bois: c'est un système évideuimciii importé de la Saouru, mais laudis (ju'on Alîîérie IVau ost niiK'iirr It's (•(>iitf*<*-p()i(ls jusiju'à hanU'ui- do la conduite d"t''0(»ul('in<'nt. dans rAdi 'ar', le l)i'as de levici' est insufiisaniUMMit l<mg et le seau doit êfi-e. dans la dei'nièie pai lie de son élévation, tiré à br'as. l/eau versée dans la (finalisation tle terre s'en va jus(ju auprès des platcs-handes en ronli e-has ; un enfant perce une ouverture dans la digne et l eau vient inonder le piecl des plantes ; l'ouverture est ensuite rebouchée et le liquide s'en . va vers des plates-bandes plus éloignées. Il est h remarquer que In Tebdoq signifie' en tamachèque « lieu des cotonniers ». Y en eût-il jamais ? Mon guide Barca me Fa certifié, mais il ne les vit pas et je n'en ai retrouvé aucune trace.
Le petit centre de Ir acher (Ir^acher, vallée) est situé dans les gorges de loued Alioug' et s'addsse à la haute falaise de Tadrar Ter*arr'ar ; il est dominé par l'important massif de In-Temcé. Il existe deux points de culture, situés A quelques centaines de mètres Tun de l'autre : en aval Ir*acbe^Smila m, plus en amont « Ir'acher-Legaro ». Les cultures arrosées par des puits à bascule y sont identiques à celles de In-Tebdoq. Les huit ou dix dattiers qui y poussent appartiennent à El BekaI ould Bal-el- Kounti. marabout des Kounta, cousin de Bal, de Telia.
Ararcbba est étralement situé dans l'oued Alioug', à l'endroit où eelni ci va pénétrer dans l'adrar Ter arr ar ; il est dominé par le mont Aliag::an, Il n'y a pas de pjiltniers ; les deux seids jardins de 1 arrem sont situés dans une petite ile au milieu du
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Wcwve et sont arrosés par deux puiU à bascule. On y cultive surtout le tabac.
ËD temps que centre de culture. Telia a encore moins d'imporlaoce que les arrem cités ci dessus. Il n'y a qu'un seul dattier parmi les palmiers doums fourchus et quelques jardins minuscules.
Quant à Kidal, les dattiers en petit nombre y sont répartis le long de Toued Kidal, h proximité des ruines de Tancienne cité Sonral. Ils appartiennent à Alemlar' ouan Sidi,'chef des Ifor'as Ifergoumcssen. Us rachètent leur petit nombre par leur qualité : là sont les meilleures dattes de TÂdr'ar'. Les cultures ▼ivrières, mil, blé, tabac, sont insignifiantes.
Ce rapide examen des centres de culture de TAdr'ar' met en relief lonr peu (riiiip(»rli»nco : nous sommes loin des palmeraies et des t liaiu[)s d'ori^e du l ouai, ioiu in«"^me des clianips de l)lé de Ahalessa au Aliai;^"ar. Dans les arieui de rAdi'ai' n liahitcul tjue tjui'lcpifs esclaves et Lr*'us de peu : les véiitables centres vitaux du pays sont dans les patui-ai-'^es îles (uied.
Or, quand on reirarde les aueieus seliéums cartoyraphicpies de l'Adr'ar', on a Jacilenicnl tendance à se laisser hypnotiser par la série des posilions dont les noms sont écrits en grosses lettres, centres de culture ou points d'eau. Parce qu'à tel puits, un détachement française jadis al>reuvé ses bétes et que son nom figure daus les rapports, on tend à lui donner une importance inconsidérée sans songer que ce puits est entouré d'autres puits aussi peu importants et que suivant les époques il est abandonné, sinon comblé. D'autre part, nous ne nous faisons, Français, qu*une idée imprécise de la vie nomade ; nous concevons difficilement un pays sans agglomération fixe parce que c'est le seul mode de peuplement que nous ayions sous les yeux et devant des régions de nomadisation comme l'Adrar*, nous nous accrochons A ces arrem« écrits en capitale, comme à des repères indispensables.
Op, au point de vue purement ,£réog:ra[)hique. ces points fixes ont, eu ellet, leur iuiporlauee, car c est y>uv eu\ (pi il est le plus facile de iTcoiipcr les iliiiciaires et d<' fei iuer les p<tlyirones de I marche. Mais poiiliqucnienl parlant, les centres véritables, émi-
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nemnienl ujobiles piiiscjn'ils se déplacent suivant l'état de la végétation on les saisons, sont toujours dans les zones de pâturages pnisfjuc là se trouvent à ré|)0(jue donnée les chefs, les frocUoiis intluentes, les mai nhouts renommés, tous les éléments en un mot de la vie sociale des ifor'as. Et alors que ces deruiers ne donnent aux arrem qu'une attention très réduite, ces zones * de pAlurages revêtent À leurs yeux une importance telle que chacune a son nom propre et des limites toujours précises dans Tesprit des indigènes. Dans ces conditions et parce qu'ils ne
«s'intéressent qu'à ce qui touche l'élevage de leurs troupeaux, les Ifor'as n^attacbcnt aucune importance^ laisser &un oued le même
■ nom de sa source à son embouchure. L'oued proprement dit, coupure de passage difficile ou lit de sable meuble qu'évitent les caravanes n'offre en lui-mômc aucun a\'anlage aux populations, tandis que tout rintérètsc concentre sur les plain(;s plus ou moins étendues qui, formant rir'acher, bordent les berges entre lesquelles rien ne pousse. Aussi quand nous parlons de l'oued Tar'lit, c'est que nous étendons à tout le cours d'une rivière l'appellation 'l'une des zones que ti a\ erse, venant de la zone Ei;uerii' et aboidissant à la zone Ti-Be,cgatin, nii oued nim dénommé. Même le mot ta ma(li''(|ne ii'acher. (jne nous ttadulMUis [)aivallée, n'a dans lOpril des Ifor'as que le seus net de région d lierhaijt's et de p;Uure.
Cette diversité d"a|)pellali(>ns d un même oued est une fréquente catise de eoninsion. Eu un mot, dans l'Adr'ar', il importe de bien se pénétrer que les accidents planimétriques du^pays n'ont au point de vue social et politique qu'un minimuQi d'importance et qu'il n'existe en fait qu'une série de zones juxtaposées et indépendantes où les tribus peuvent à tour de rôle venir se grouper et qui, hier insiguîGantes parce qu'abandonnées, deviendront demain capitales, sans autre cause qu'un pâturage meilleur ou une distribution plus abondante des pluies. Mais tandis que la rareté des pâturages oblige souvent les Touareg du nord à des déplacements à grande distance, les conditions dimatériques de r.4dr'ar' font que les nomadisations des Ifor'as ne sont jamais que de peu d'étendue.
L'Adr'ar', situé sur la limite des zones soudanaises et des
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zones sahariennes a, en effet, un climat, une végétation, un sol mémef beaucoup plus soudanais que sahariens.
Le terrain, cotilrairement A lotîtes les répions septentrionales, est, entre les pierres, formé en majeure partie d*une argile fluide et le sable n est plus confiné ^nê dans le Ht même des oued. ^ Mais, différence plus importante, alors que jusqu'au Tanezrouft les affleurements salins sont fréquents et saturent la terre jusqu'à sa surface, TÂdr'ar' a un sol complètement dépourvu de sel ainsi que le sont ies terrains nigritiens. Presqufc nulle part n'existent les sebka et les dépressions A fogd tapissé de cristaux ' * Ll ancs ^e salpêtre et de nairon. « ^ Parallèlement A cette modification de la cpnstitution du sol,
la vécrétalion rlevient tlïti^romeni soudanaise, Toiik-s les planips salées disparaissent (f une faeon aljsoliie : le ilaniranii, le liAd, le belhei, 1 nskaf (|iii foi inaieul jiixjii au lanezioiil'l le l'oiul des pAtu rayes pour les meliaia ne se retrouvent plus dans l'Adr ar". {.es « tel ne dépas>ent pas le Aha^pu'; seuls persistent le drinn • et le inerkba «piOu retrouve jus<ju au delà du Niuer et les tallia
^ qui prennent dans tout le Soudan un développement incoujparable. Paraissent enlin les plantes méridionales, les korounka ou euphorbes, les tichaq, les tahouraq, etc., etc. L'aspect môme du pays est modifié par cette tlorç nouvelle, plus pressée, plus abondante et dont la caractéristique est de n'avoir plus besoin de Télément salin.
Enfin le climat est modifié, les ploies nigritiennes se font sentir jusqu'aux frontières du Tanezrouft, sous le faciès caractéiistique de tornades et apportent des conditions de vie différentes de celles des contrées septentrionales.
La tornade est un cyclone violence réduite ; je veux dire qu'elle n^atteint jamais la violence des cyclones du Pacifique et de l'océan Indien, mais elle est souvent à même d'enlever les arbres et les cases et surtout les tentes. Toutes les tornades revêtent les caractéristiques suivantes. Généralement le soir, vers 4 ou 5 heures de l'après-midi. après une journée que la tension éle{ lri(pie a rendue pesante, l'horizon se couvre vers le sud-est d inie liunede nuaiics bas. Irésnoiis. lei:erement einbi umés. Kapidcmeut ceux-ci inoiiteul à l'assaut du ciel, non pus
eo escadrons désordonnés, mais toujours horizontalement, à la façon d*une chaire disci 1)1 i née. Bientôt le sable et la poussière soulevés flanquent de traînées claires U base du nuage. Le ciel est devenu livide, presque obscur. Maintenant la bourrasque sèchf! s'abat sur le campement, la fondre sillonne les nuôes. les arhustos craquent et s'inclinent, les herbes sifflent, les l»Mites sont arrachéos. Puis la trombe d'eau se déchaîne sur le v<iyaireiir privé de ses abris, par rafales cliassées borizoïitab:"menl par la tempête Après qiiehpies instants, rarement plus d'une heure ou deux, le vent se ealme, la [)ltiie cesse et le ciel reparait {ilus pur dans les dernières clartés du soir.
Otte apparence cycloiiienne est extrêmement fréquente dans tout le Sahara ; mais au nord de l'Adr ar' la phase pluviale caractéristique manque toujours. Fré(}uents partout sont ces petits cyclones en nliniature, trombes de sable entraîné en cercle par le vent, qui surprissent soudain çà et lù dans 1 éteoduedu désert. De loin on croirait la fumée verticale de quelque campement perdu. Puis la colonne monte et s'épaissit, elle court de droite de gauche, revient et vire-volte, évitaut les arbustes,, sautant et jouant parmi les touffes d'herbes, véritable « djinn » capricieux et fojAtre. L'œil s'en amuse; mais malheur à la tente que le hasard a placé sur sa route : avec les débris de paille qui retombent en pluie légère, les toiles, les piquets, tout est emporté ^'un seul coup par le djinn mutin devenu génie irrité... et la trombe * déjà tournoie au loin par la plaine infinie.
Normalement chaque région de rAdr'ar' reçoit trois on quatre lErrandes tornades par année. Kllcs commencent régulièrement pendant la j)r<'mièrc (jiiiiizaiiie de mai. Kn 1907, la première toi n.ide est tnuibee dans la rétrion de Doui'il le .'i niai et s'est répercutée juscpi'à Tessalit où tombèrent (juebjues j^outtes. Jus(jiie vers le l."> aofd les pluies sont fréquentes et le ciel est souvent mas(]ué de nuages; la température est élevée, et légèrement humide.
Du 15 août au l*"" mai la sécheresse est constante : c'est la période des grands vents. Dans TAdr'ar' comme dans tout le Sahara la direction dominaute de ces vents est facile à connaître : partout eu effet où poussent dans le sable des toufiies de
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merkba ou de drtnn, les itge9 inférieures, brisées ou incorvées vers le sol, tracent parmi les ^viers meubles et sous rinfluence de la brise, des sillons en are de cercle, concentriques et d'autant plus creux que Faction du ve.nt est plus prolongée. Il est possible dans tout le désert «t presque ft chaque touffe de remarquer de ces sillons dont les observateurs non prévenus ne savent souvent au premier abord à quoi attribuer Torigine. 11 suffit de prendre la bissectrice de l'angle au cenire mesuré par Tare observé, pour avoir le sens dominant des vents de la région.
En même temps la température s'abaisse progressivement jus4u'à un mînimnm de quelques degrés au-dessus de 0 atteint durant les nuits de décembre, jauvier et février. Avril et mai ramènent les fortes chaleurs.
Cette abondance des pluies est remarquable dans le Sahara oft certaines régions restent couramment cinq, six et sept années sans eau. L'Adrar' est le pays le plus septentrional qui reçoive • les pluies ann«iplies venues du Nipcr. Cela tient d'al)or(l à la proximilié rointive du tl«'uve et de ses lacs qui s'(''[);in(loiit à seuloniL'ut 250 UiloiiK'lio .ni smi ; mais siii-luiil à ce fait (|uo l'Adr'ar* est la seide région moiitaiiiioijsf' au iioi-d iniiiii ilial du Nii^cr et qui* tout l'air chargé d humidité alliré vers le nord par les régions d<' basses pressiotis i»af(>tn«''ti iqucs du I anczioufl, vinit se heurter à ces niasses rocheuses élevées et se condense à leur contact.
ConséqiKMUM- d»'s pluies annuelles, la véirt'la hei lM-use est annuelle ; les Ljrauunées sailleul du sol rlés les prciuirTcs i:r>uttes d'eau, tapissent les herues des oued, es?aladei!t in< uie les pentes des adrai. La saison alors chaude et luiuiiile favorise leur croissance et de Juin à décembre, l'Adr ar' est une véritable prairie.
A partir du 15 août, l'irrigation pluviale cesse ; mais la flore profite encore de l eau du sous-sol. Les nuages et les brouillards fréquents retardent l'assèchement tandis que les nappes d'infiltration, encore peu profondes, dégagent une humidité latente. D'ailleurs durant les mois de novembre, décembre, janvier, la température fraîche s'oppose à une évaporatiou trop rapide. Bref, ce u'est qu'à partir de mars que les plantes fourragères
l/ ADR'ar' or PAYS DES tPOB*ÂS 27l
sèchent complètement : c'est le moment où les gr«iines tiennent aux tiges et forment on pÀturage excellent. Enfin durant les der- .nicrs mois av«nt les pluies, Talloummouz que te bétail préfère desséchée, est encore une excellente nourriture particulière à l'Adp'ar'.
Somme toute, TAdr^ar' toute l'année peut nourrir son bétail, alors même que les zones limitrophes manquent de p&turages et d*eau.
C'est cette caractéristique qui fait toute la valeur économique
du pays.
L'AdrW est dans le désert, un [)ays non désertique. C'est au milieu du Tanesrouft une sorte de presqu'île fertile, reliée aux contrées nigritiennes par la vallée du Tilemst et qui forme, précisément sur la plusgrande route de traversée duSahara, comme
un caravansérail avancé où le voyageur se repose et peut abreuver ses liêtes.
Autrefois déjà, l'Adr'ar' était la principale étape et le nœud des routes tjui, venues de (lao, la capitale de l'euipire Soiiiaï. par Tacli laïl et Kidal, ahoutissaieut ;'i laodcui par IV-ssalil ou (iueruen, au l ouât par lu-()uzel; à Airadez par Arli, avec des raaiitications sur le Mai-oc, le Ahuircar et la Ti'ipolilaiue.
De nos jours où ces routes sont prestjue abandonnées, c'est le relai ohliiré du télégraphe transsaiiaricu, la station du problématiipie (theuiiu de fer.
Mais indépendauitneul de l'importance spéciale (pie ce bloc montajjneux tire d une situation privilégiée, ses caractères physiques que nous venons de passer en revue, ses montagnes, ses oued, ses pAturas^es abondants, ses points d'eau nombreux, son climat en font, en valeur absolue, une suffisante région de pâturages.
Alors que tous les autres Touareg se trouveront réduits avec le temps soit à une disparition complète, soit plutôt j'espère, à une modification radicale de leur îrenre (rexistence et à un changeroeut de leurs zones d'habitat, l'Adr ar' fournira aux Iforas éleveurs le moyen de persister en temps que peuple. Avec la paix et une administration rationnelle, les Ifor'as ne s'enrichiront point sans doute, mais l'Adr'ar* pourra apporter dans la limite
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bien f.tihlo tle ses moyens sa t<»ii(<^ petite part dans la [irospérité écononiicpie fiilnio de l'Afriinie occiilenlale.
Et ce sera un résullat l emanjuable île faire produire laut soit peu à cette région du Sahara qu'oa avoit toujoui*s cru voué à uue improductivité absolue.