‹ D'une rive à l'autre du SaharaChapitre 52 sur 65 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous avons pu constater que les Ilor as purs touareg, formaient dans la confédération générale des Imochar an des groupements prîncipanx, différenciés des autres groupnmontg par leur habitat, par leurs mœurs et par leur langage. La relative proximité du Niger et le contact des peuples noirs ont chez^iix quelqne peu modifié les coutumes raciales, mais en laissant A leur caractère une tournure nettement berbère. Toutefois cantonnés à une asses grande distance du fleuve, ils ont été influen» cés moins que les loulliminden et les Tademeket et c'est surtout aux conditions de leur climat nigritien que sont dues chei eux, les principales floraisons, parasites dont s'est enjolivé le vieux tronc ancestral.

La présence des Français aux Oasis et au Niger, dont la con- * séquence a été la paeificafion du Sahara, a produit dans les conditbns d'existence des Touareg des modifications profondes. Si profondes même, que l'avenir des Touareg du Nord, fixés dans des zones infertiles, 8*est singulièrement obscurci. Plus favori* sés, parce que possesseurs d'un sol plus généreux, les Touareg du Sud trouveront dans la culture et l'élevag-e les ressources indispensables à leur existence nouvelle. Les loulliminden, dans leur pîiNS d'aneienne mlonisation Sonr'aï pourront sans doute demeurer vu tt iii[»s (jii "aLrriculteurs. Les Ifoi 'as devront s adonner plus paiticulièr^Muent à l'élevatre des trouj)eaux. des cliameaiix et des int'Iiara : si ces dei-iiieis amiiiaux sont, en ell'et, peu nombreux dans 1 Adr'ar', la cause u'cu est imputable qu'aux razzias trop Irequentes des Kounta.

Heste à étudier s'il existe des débouches et quels ils peuvent être, pour les produits de l'Adr ar'.

Vers ie Sud, ces débouchés n'existent pas. Les rives du Niger \

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sont largement peuplées déjà dc'tt-iljus arabes, 8onr*aî ou touareg qui se livrent à Télevage du lîétail. Cet élevage josqu^en ces dernières années, resta précaire et insuffisant ; mais la sécarîté et la pacification imposées par Toccupation française, Tont développé dans des proportions extraordinaires. Il est vrai que Taccroissement des troupeaux nigritiens n'esl^pas illimité : si lors des pluies les terrains de [)acage sont infinis, lors de la sécheresse, les troupeaux doivent être ramenés dans les lies du fleuve, dernier refuge des herbages encore verts et du « bourgou » aquatique. Malheureusementces lies possèdent les seuls terrains favorables aux cultures, et comme le développement du pays tend de • plus en plus à défiitlior. ù ensemencer et à meltrc en valeur toutes les lies relativenjenl [x ti nombreuses du fleuve, le moment se prévoit déjà où l'élevage se verra paralfs(\ ses intérêts se trouvant en opposition avec ceux, [)liis capitaux de I agriculture

Malgré une telle [)ers{)ective, d ailleurs assez lointaine, le bétail restreint de l'Adr'ar', obligé de parcourir un trajet pénible de 300 kilomètres pour venir au fleuve, s'y trouvera toujours en concurrence désavantageuse avec le bétail indigène.

C'est *donc uniquement vers le Nord, vers le Ahaggar et vers les Oasis algériennes, qu'il faut chercher pour Télevage des l£or'as un débouché qui, s'il n'est pas ^ bstrué par les règlements administratifs que peut faire craindre Tinterposition de la frontière soudano^algéiienne, paraît susceptible d'un certain avenir. *

En effet les Oasis du Touat, du Gourara et du Tidikelt n'ont point de bestiaux faute dé pâturages et manquent totalement de viande de boucherie. Or ces oasis ont une population actuellement assez importante et conslammient en voie d'accroissement ; leur valeur économique et partant leur puissance d'achat tendent également à augmenter dans de notables proportions en même temps <pie se créent de nouveaux a:r{>upenieDts et de nouvelles richesses par le forace de puits ai tésiens.

Jusqu'ici, par suite de rinsécurité des routes, ce ne sont guère que les Kel- \liai:i;ar qui y ont écliautré contre des dattes les produits lie leur élcvaire. (le dernier est cependant tiés précaire et noioirenient iiisuftisant pour satisfaire les besoins des Ksouriens car, à toub les points dè^ ue, climat, pâturage et »rngation.

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le masiif du Ahaggar est assez mal partagé. Presque annuellemeut les Ahaggar sont obligés d'expatrier leurs thiupeaux et de les conduire à très grande distance^ parfois comme en 1907 jusque dans l'Adr^ar pour les faire subsister et pâturer. Etquand bien même des terrains de pacage existeraient dans le Ahaggar, ils' seraient encore moins étendus, moins permanents et moins profitables que ceux du pays des Ifor*as.

Pointe très avancée sur la route des Oasis, l'Adr'ar* se trouve donc devant un débouché très considérable, en excellente posture pour concurrencer le Ahagfiar; peut-être, bien plus, pourrait-il s'y créer un débouclM" inènie.

La seule difficulté à l oilouter dans l'exportation du ]>étail des Ifor'as vers le Touat et le Tidikelt semble provenir de la longueur de la route et surtout de la ti.iversée ilu Taneztouft.

Sans doute à l'époque do la st cliei esse ot de la chaleur cette difficulté est insurmontable bien que les moutons soient habitués à rester deux, parfois trois jours, sans boire. Mais du mois de septembre au mois de février l'obstacle n'existe plus. Déjà les commerçants ^u Touat ou d'In-Salah qui viennent échanger leurs gninée*s et leurs dkttes contre des moutons ou des chèvres, font exécuter à leurs troupeaux le trajet In-Ouzcl-In-Sftlah sans pertes sensibles, en profitant de Tépoque où les pluies récentes ont rempli les lagons, accru fes points d'eau et vivifié les p&turages. Suivant en cela Texempl^ des caravaniers arabes, les Iforas devront donc toujours choisir leur époque pour faire franchir le Tanezrouft à leurs troupeaux ; pour cela ils auront quatre à cinq mois à leur disposition et en prolongeant leur route vers le Nord, voir même en stationnant dans les pâturages éventuels du Ahaggar, il leur sera possible d'échelonner sur pres(]ue toute r^nnéc l'arrivée de la viande de boucherie sur les marchés du Sud-Algérien.

Il n'y aurait cepeiidaiit pas lieu de s'exa^férer Timportance possible de ce trafic : la [)i'()duction de l'Adr ai ' restera toujours limitée comme d'ailleurs la capacité d'acliat des Oasis. Mais comme la culture d'exportation est nettement impossible dans le pays, l'industrie des habitants nulle, le dévçlopj)cment commercial précaire, il était intéressant de constater l'existence dans

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une région si déishéritée d'une richesse susceptible de fixer les habitants et de' les nourir. . •

Sans doute, aux siècles passés, TAdr'ar' a eu aussi sqn impor» tance commerciale. Situé au nœud des routes qui, venues de Gaogao, capitale de l'einpiro sonr'aT. divcpjçeaient vers le Maroc, le Toiiat. la Tripolitaine et mrmr I Aie, ce pays fut l'étapn la •plus fiéqiH'nféf» do ces routes avec des villages caravarisiTails à Es-Souk, Kiclal, Seudrinatt. (lounhan, etc. De nos jours toutes ces roules sont désertées : t^iao n'a [dus rieu de la capitale de jadis et les rai'cs caravanes (jui vont de l 'oiiiliouclnu à Akahli évitent I Adi 'ar' par la route de Ouallen. D ailleurs le commerce transsaliarien est mort et bien mort et c'est eu vain qu'un tentera d infuser au cadavre un sang nouveau. La suppression des caravanes d'esclaves Ta tué ; la concurrence des denrées venues par le Niger l'empêchera de ressusciter jamais. On ne peut espérer qu'un trafic saharien, très réduit et qui consistera précisément en réchange des dattes et des guinées du Nord contre le bétail des I formas. N

La vaste étendue désertique qui s'étend au Sud de la frontière algéro-soudanaise jusqu'au Niger et au Sénégal ne sera véritablement terre soumise à Tinfluenco française que lorsque la cartographie de ce^ régions, encore embryonnaire, aura fourni les moyens de s'y diriger sans guide, d'y repérer I^s puits, les massifs montagneux, les ressources en pAturages.

Sous les auspices du colonel Laperrine, un travail merveilleux s'est exécuté sans hruit dans le Sahara afarérien. Se basant sur deu\ liirnes de triangulation astrouoniicpies dressées par M. Vilalte en l'.MM) r-l lîMIi, le coniuiaiulanf des Oasis a pu récolter tous les ilineraires de S(îs ofliciers, les étendi-e à tel point ijue le lieutenant NiéLicr a léussi à dre>ser une carte a peu piés complète, au 1 1 .ono.dOO de tout le Sahaia alu» rien. A ce point do vue géographique, eu A. 0. F. .notre retard sur les Algériens est sensible. La carte cpie j'ai pu dresser de nos [lossessions soudanaises en fait loi. Des itinéraires nombreux ont cependant été levés et témoignent de l'eilori des ofliciers de Tarmée coloniale. Mais ces travaux appuyés sur quelques trop rares positions du Niger ou de TAlr manquent de précision et ne se recollent jamaia.

GOMainioNs

Penonnellement, j'ai pu au cours de cette mission opérer la pie* mière jonction astronomique entre TAIgcric et le Niger en poussant jusqu'à Gao la triangulation que M. Vilatte en 1904 arrêta sur Tîmiaouin. Cette petite œuTre dont les résultats près du Niger restent encore à vérifier, mais qui déjà cependant a permis de fixer un grand nombre d'itinéraires aurait besoin d'être méthodiquement poursuivie.

Etant donné que presque toutes les reconnaissances de méharistes Boucanais partent du Sud et montent vers le Nord, il y aurait actuellement intérêt primordial, à ce que soit établie en quel(jue sorte parallèlement à la frontière soudano-algérienne une ligne de points astronomiques très précis qui par le pays dei loulliminden, l'Adr'ai^ et TAsaouad servirait de repère à tous les itinéraires exécutés forcément avec des instruments primitifs. Ce serait le complément de ce «jiii a été fait depuis 190-i en Alî^éric. Do la sorte avec des fiais tout à fail miuimcs, il s<'rait possible en peu de temps d'avoii- la carte complète <lu Sahara méridional. Dans ces r(''t;ions de vastes étendues de sable, il importe moins eu effet d'avoir !in lever d'une précision absolue en toutes ses parties (|ue de faiie concordei- les itinéraires par un répéraue le plus fré(pieiit |)o>sible. \a' reui|)lissa^e se fait à ia longue, conime en Alj^'érie, sur le canevas détinitif.

Les cartes du lieutenant iNi« uer ont une avance remarquable sur les œuvres exécutés au Soudan ; il devient indispensable pour regagner le temps perdu, de procéder en A. 0. F., dans le plus bref, délai à l'établissement de ees bases astronomiques.

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