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ET SUR QUELQUES-UNS DE LEURS ÉCRITS

Soumettez-vous à mon joug, et devenez mes disciples , parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le r«vos de vos âmes; car mon joug est doux et mon fardeau léger. {Molth. XI, 29 et 30.)

^i&couvë i(^xtliminmve.

De tous les êtres vivants sur la terre, il n'en est aucun qui paraisse devoir jouir du bonheur aussi particulièrement que Vhomme. Par les avantages corporels, mais surtout par ceux dont le Créateur l'a doué en le formant raisonnable, il est en état d'user du plaisir pour le plaisir même , tandis que celui des brutes ne passe point les bornes de ce qu exige la conservation de l'espèce et des individus.

Combien de maux l'homme ne peut-il pas étiter, par une prévoyance qui s'étend même sur les biens dangereux par leur excès ou par leurs suitesl Et quelle source de plaisirs ne lui est pas oxiverte, par la facilité qu'il a de les rassembler dans un même lieu et de leur faire suivre ses pas , d'être aidé de ses semblables et de les aider lui-même , de s'unir à eux pour rechercher les biens et éviter les maux , enfin de s'élever par la pensée jusqu'à l'Auteur de la nature et de pouvoir jouir dans sa contemplation de délices inexprimables?

Telle est la félicité dont l'homme pourrait jouir dans cette vie : mais en jouit-il en effet ? C'est une question qu'on ne peut examiner sans être pénétré de douleur, en revonnaissant par une triste expérience, que l'homme destiné à être le plus heureux habitant de la terre, ne l'est point, et que les lumières de de son esprit qui devraient être la source de son bonheur, deviennent celle de sa misère par le mauvais usage qu'il en fait.

L'homme, aidé par sa raison, pouvait distinguer le bien réel, d'avec ce qui n'en a que l'apparence, et se procurer les douceurs d'une union salutaire avec ses semblables : mais il n'écoute point ce guide fidèle et il le tient captif sous le joug de ses penchants déréglés. C'est ainsi que les hommes après s'être tnalhcureusement rendu ce flambeau précieux inutile, sont obligés de se tenir en garde les uns

contre les autres, au lieu de s^aider réciproquement.

A la vue de ces funestes effets de l'empire que l'homme laisse prendre à ses passions déréglées, on pourrait croire qu'il n'était point destiné à vivre en société. J'avouerai même que j'en regarderais la dissolution totale comme un dernier effort de la raison, si l'homme n'avait point d'autre ressource et si son créateur l'avait abandonné dans celte dégradation de sa nature primitive.

Mais si les âmes sensibles sont affligées, en considérant ce malheureux état de l'homme, quelles consolations ne trouvent-elles pas dans les soins bien faisants de l'Etre suprême ! et combien la scène du monde ne change-t-elle pas aux yeux d'un vrai chrétien !

La révélation lui fait connaître l'origine du mal moral et lui en découvre les remèdes. Il voit plus parfaitement dans celterévélation, l'homme créé libre, mais au même instant soumis à des lois, et placé dans le monde pour être l'artisan de son bonheur ou de son malheur à venir. Il ne considère plus l'homme laissé dans l'état desimpie nature, que comme un être imaginaire , dont la connaissance théorique n'est pas inutile à la vérité, pourvu qu'on ta fusse servir à démontrer l'existence de cet état moral de l'homme et sa destination, que la révélation lui découvre.

La société lui parait alors plus supportable, et sans vouloir pénétrer jusqu'au fond les secrets de l'Etrp suprême, il comprend qu'elle est un état d'épreuve et ne s'attend point à jouir d'un bonheur parfait dans cette partie de son existence, parce qu'il ne lui a pas été promis par son Créateur.

Tournant ensuite ses regards sur lui-même, comme sur un de ces êtres destinés à jouir d'une vie immortelle, heureuse ou malheureuse

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OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS LNCREDLLES

suivant sa conduite; son premier mouvement est la crainte, lorsqu'il considère ses fautes : Mais sa religion lui apprend qu'un véritable repentir de les avoir commises, le fera participer au mérite de la mort de Jésus-Christ, dont le précieux sang purifiera tous les pécheurs qui se repentent.

Il se sent alors pénétré d'une sainte confiance en la bonté de son Créateur : il la reconnaît aussi visiblement dans la grâce, que dans la nature, et n'a plus d'autre crainte que celle de l'offenser.

Les avantages du christianisme étant d'une aussi grande importance, il paraîtrait naturel d'en conclure que tous ceux qui les connaissent sont de vrais chrétiens : mais l'expérience prouve malheureusement qu'il a des adversaires, parmi ceux mêmes gui portent ce nom précieux. Quelque doux que soit le joug du christianisme pour tout homme raisonnable, les passions déréglées s'efforcent à le secouer. Les récompenses qu'il promet paraissent éloignées; la gêne qu'il impose à ces passions est présente et sensible : c'en est assez chez bien des chrétiens, pour qu'elles prennent le dessus.

On m'objectera peut-être ici l'exemple de quelques savants incrédules, dont les mœurs paraissent irréprochables : mais je réponds

?'ue l'esprit a quelquefois ses passions comme e cœur, que les sciences humaines et les talents n'excitent pas des passions moins vives dans leur genre que les honneurs, les richesses et les plaisirs. Entre plusieurs passages de saint Paul, qui dévoilent admirablement bien la source de cette espèce de passions, celui-ci m'a toujours frappé : La science enfle (I Cor., VIII, 1).

La religion chrétienne est reçue par le vulgaire, elle renferme des choses incompréhensibles ; c'en est assez pour que ceux qui sont séduits parla science, refusent de subir le joug de Jésus-Christ. Voilà sans doute la principale cause de l'irréligion de plusieurs savants.

On peut attribuer au même principe l'invention du système de ceux qui reconnaissent à la vérité que /'Ecriture est divinement inspirée, mais qtii, confondant la contradiction avec l'incompréhensibilité , n'admettent rien d' incompréhensible en matière de religion. Ils prétendent qu'il y aurait une contradiction morale à supposer que la mort de Jésus-Christ est un sacrifice propitiatoire pour les pécheurs convertis, et soutiennent que si elle l'était, elle dispenserait les hommes de la pratique des bonnes œuvres.

Les véritables chrétiens ne peuvent voir tanx douleur, qu'un attaque ouvertement l'Ecriture sainte, et même qu'on cherchée saper le dogme fondamental d'une religion de la divinité de laquelle ils ont les preuves les plus convaincantes et qui fait leurs délices. Mais cette douleur ne doit pas être inactive, ils doivent résister au torrent et se fortifier par la réflexion contre les écrits des savants incrédules de tout genre, dont le nombre augmente chaque jour.

Personne ne peut disconvenir q.ue l'état le plus heureux dans ce monde ne soit celui du

vrai chrétien. Sa confiance en Dieu par le mérite du sang que Jésus-Christ a répandu sur ta croix pour les pécheurs qui se repentent, lui fait regarder tous les maux de cette vie avec tranquillité parce qu'ils ne sont que pour un temps, au lieu que ses espérances pour la vie à venir sont aussi grandes que bien fondées. Les incrédules eux-mêmes ne peuvent lui disputer les avantages de cet état ; mais ils l'envisagent comme une belle chimère, et malheureusement plusieurs d'entre eux ne réussissent que trop, en favorisant les désirs voluptueux de l'homme, à ébranler la foi d'un très-grand nombre de chrétiens. Il importe donc à ceux qui se trouvent à portée de lire ces dangereux écrits de se précaution' ner contre leurs atteintes.

C'est dans ce point de vue que j'ai mis successivement par écrit ces observations, et je les rends publiques en priant ardemment le suprême dispensateur de toute grâce excellente, qu'il hii plaise de les faire servir à la diminution des funestes progrès que l'incrédulité jait parmi nous.

Il y a seize ans qu'un des plus savants chrétiens de ma patrie, dont le souvenir me sera toujours cher et précieux, fit imprimer lui-même mes premières Observations sous le titre de Lettre critique sur la Fable de» abeilles. Ce petit ouvrage ayant du rapport à celui-ci, j'ai cru devoir l'y incorporer , en le réduisant à ce qu'il a déplus essentiel. J'y joins aussi une lettre que j'écrivis à cette occasion à un célèbre théologien, qui n'approuvait pas que j'eusse placé M. Leibnitz dans le rang des savants attachés au christianisme. En justifiant ce philosophe chrétien contre ceux qui l'ont voulu faire passer très-mal à propos pour incrédule, mon but est de découvrir deux écueils contre lesquels la foi de beaucoup de chrétiens fait naufrage : l'un est le procédé de ces ministres de la religion qui prétendent qu'attaquer leurs préjugés, c'est attaquer la religion elle-même et qui refusent en conséquence le titre de chrétiens à ceux qui sont dans ce cas ; l'autre est l'artifice de ces savants corrompus , tels que les auteurs de /'Homme machine et de la Fable des abeilles, qui se parent de l'irréligion, sous le titre prétendu de philosophie, comme si le caractère du vrai philosophe devait être de n'avoir point de religion.

En vain ces auteurs-là s'annoncenl-ils pour de vrais sages, en vain glissent-ils de temps en temps en parlant d'eux-mêmes : Le sage fait ceci, le sage dit cela, le sage se conduit de telle manière, l'erreur ni l'abus des sciences ne peuvent acquérir le droit de prescription contre la vérité. La philosophie proprement ainsi nommée, étant l'amour de la sagesse et l'Ecriture sainte étant le livre qui l'enseigne le plus parfaitement ; tout savant né chrétien, à qui l'étude des sciences humaines a fait perdre la foi, pourra bien être médecin éclairé, géomètre profond, grand physicien, poète célèbre, ou enfin il pourra exceller dans quelque autre science, mais il ne sera jamais un vrai philosophe. Personne ne peut métiter ce titre sans avoir employé »es études et ses ta-

Ha

DEMONSTRATION ËVANGELIÛUE. DELLC.

fents à écarter les nuages qui offusquent notre raison, parce que ce précieux flambeau de Vâme démontre seul aux savants chrétiens que l'Ecriture étant divinement inspiréo, elle est utile pour instruire, pour convaincre, pour corrifïer, pour former à la justice (II Tim., m, 16) : C'est véritablement alorsqueleur raison les conduira par cela même à une foi vive en Notre-Seiqneur Jésus-CIvist.

En un mot, tes savants nés dans le christianisme ne peuvent être vraiment philosophes sans être de, véritables chrétiens.

Quoiqiin le plan de cet ouvrage ne soit pas régulier, j'espère qu'il ne produira pas moins son effet sur ces âmes généreuses que les attraits de la vérité touchent beaucoup plus que tout l'art d'un arrangement méthodique. Ce sera donc elle seule, accompagnée de la bénédiction du ciel, qui pourra réveiller l'attention de ces chrétiens nonchalants, qui, séduits par un style agréable et par l'apparence du bien, laissent dégénérer insensiblement leur confiance primitive à la parole de Dieu, en doutes et en incertitudes.

Plût à Dieu que je pusse porter aussi loin mes espérances que mes désirs! je verrais alors les incrédules savants, possesseurs du don précieux de la foi chrétienne, consacrer leurs talents supérieurs dans l'art d'écrire à faire triompher cette foi du libertinage et de la superstition. S'ils ouvrent une fois les yeux à la clarté du soleil de justice, résisteront-ils à la douce satisfaction qu'on éprouve en donnant gloire à ta vérité? Pourront-ils se refuser au généreux désir de vaincre une faussse honte qui voudrait s'opposer à la publication des regrets qu'ils éprouveront alors, d'avoir ébranlé la confiance de tant de chrétiens à la divinité de l'Ecriture sainte.

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