CHAPITRE PREMIER
Lorsqu'on examine l'Ecriture sainte avec des dispositions convenables, sa divinité se manifeste à chaque pas.
Si les savants nés chrétiens qui rejettent l'Ecriture sainte, voulaient l'étudier avec moins de confiance en leurs lumières, et s'ils étaient plus circonspcctsdans leurs décisions, la sécurité fatale dans laquelle ils vivent se dissiperait insensiblement.
Accessibles alors aux rayons de la ^râce, c'est-à-dire, nu joug aisé de Jésus-Christ, qui leur apprendrait à être humbles de cœur; ils reconnaîtraient que cette heureuse disposition de l'âme est tellement nécessaire à Ihoinme studieux, que sans elle, l'orgueil qui naît des sciences empêche qu'on ne puisse développer le vrai sens de l'Ecriture sainte. Mais délivrés de cet ennemi capital dos chrétiens, ils sentiraient vivement que la sui)liinité des idées contenues dans ce divin livre est si supérieure à leur intelligence, que Dieu seul pouvait les révéler.
En effet, s'ils faisaient une sérieuse allenlion sur le temps auquel Moïse fit à Dieu celte demande : Quand je serai venu vers les enfants d'Israël, et que je leur aurai dit : Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous , s'ils me
aisent alors : Quel est son nom ? que leur dtrai-je {Exode, 111,13]?
Si,dis-je, ils consiaéraient avec l'attention qu'exige cette importante matière, 1" que la demande de Mo'ise est une preuve qu'il croyait alors, avec les Israélites, que le Dieu de ses pères avait un nom propre, comme les dieux de chaque nation avaient le leur ;
2° Que cette demande fut faite plus de trois cents ans avant le siège de Troie, et plus de sept siècles avant que les Grecs comptassent leurs années par olympiades;
3" Enfin que les Israélites vivaient au milieu des Egyptiens, dont les idées sur la Divinité étaient absurdes et monstrueuses ; ne seraient-ils pas forcés de reconnaître que Dieu seul peut avoir fait cette réponse à Mo'ise :
Je suis celui qui suis, l'Eternel {Exode, Ili, 1/* et 15) ?
Une attention impartiale sur la manière dont ces sublimes paroles et la miraculeuse délivrance de ce peuple, très-peu de temps après, nous ont été transmises, lèverait d'autant mieux le doute des savants incrédules sur leur vérité, qu'outre l'institution qui fut faite alors de la pAque, et de sa commémoration annuelle, il n'y eut qu'environ sept semaines d'intervalle entre cette délivrance miraculeuse et la publication de la loi , qui en conserve la niémoire dans la préface des dix commandements.
Il n'était donc pas possible d'en imposera tout un aussi grand peuple , sur des faits de celte nature et d'une semblable notoriété ; mais principalement sur son passage de la mer Rouge à pied sec, et sur la submersion de Pharaon avec toute son armée ; faits en action de grâces desquels les Israélites chantèrent, sur les bords de cette mer, un cantique aussi soigneusement conservé dans le livre de la loi que la loi même.
Ce livre nous a été transmis par un peuple ennemi du nom chrétien, avec des soins et des scrupules si grands pour les préserver de toute corruption ou allentat des copistes , qu'on a compté toutes les sections, les chapitres, les versets, les mots et les lettres mêmes des mots. Ce qui a fait faire au célèbre Pascal cette importante remarque : Ce livre, dit-il. qui les déshonore, ils le conservent aux dépens de leur vie : c'est une sincérité qui n'a point d'exemple dans le monde, ni de racine dans la nature.