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CHAPITRE X

Espèce d'incrédules la plus à craindre pour les jeunes chrétiens.

La jeunesse a bien moins à craindre des incrédules débauchés que de ceux qui le sont, par l'orgueil que leur inspirent les sciences humaines. Des conducteurs expérimentés et vertueux ne manqueront pas d'avertir leurs élèves du danger qu'ils courent avec celle sorle d'incrédules, lorsqu'ils ne sont pas prémunis contre leurs atteintes.

Pour cet effet, ils les entretiendront à propos et confidemment de leurs divers caractères : de ceux, par exemple, qui, sans avoir vécu dans le monde, n'ont étudié les homme«

(1) Les quadrupèdes qui ruminent ont plusieurs ventricules, tauilis (|ue les aiili'es n'en oui qu'un, qu'on appelle onliiialreuienl l'estomac. Le premier ventricule de ceux qui ruminent, est destiné à recevoir d'abord les aliments que ces animaux mangent, d'où ils les font revenir dau$ leur bouche , pour les inâcLer uue seconde fcis.

que dans leur cabinet, où ils donnent la torture à leur esprit pour soumeltre au calcul ce qui n'en peut être absoliinienl susceptible ; de ceux qui , par un excès de présoinplit)n , se croient en droit de rejeter tout ce qui passe la portée de leur entendement; de ceux dont le mépris envers le vulgaire est si grand, que, pour n'être plus à portée de ses erreurs, ils s'élèvent tellen^ent au-dessus de lui, qu'ils perdent de vue les vérités dont il est en possession, parce qu'elles sont trop communes ; de ceux dont l'esprit subtilement ironique fait des clioses les plus sacrées l'objet de ses traits moqueurs ; de ceux qui par la violence de leur révolte contre la révélation, rompant sans pudeur les freins les plus respectables, se font un plaisir funeste de la profaner; semblables à l'impie Absalon, ils prennent à tâche de s'ôter tout espoir de retour ; Enfin de ceux qui s'égarent dans le labyrinthe de la métaphysique.

Pour prémunir les Jeunes chrétiens contre les abus de cette science, on doit les leur faire connaître, en leur montrant à quelles absurdités certains métaphysiciens ont été conduits; comme, par exemple, à nier l'existence des corps, en se fondant pour cela sur ce principe évidemment faux : Les choses que nous apercevons ne sont que nos propres idées. On peut leur faire comprendre, par des comparaisons sensibles, qu'il est au contraire de la dernière évidence que nos idées , en nous représentant les choses que nous voyons, ne sont jamais les choses mêmes ; que ces choses existent indépendamment de nos idées, comme nous existons indépendamment d'un miroir qui nous représente.

Il sera nécessaire de prendre occasion de ces subtiles absurdités pour leur faire sentir que celle science absorbe le bon sens de ces métaphysiciens -là, comme la sécheresse dissipe l'humidité qui fertilise la terre.

Enfin j'ai reconnu, par la plus heureuse expérience , que pour imprimer avec succès l'amour et la crainte de Dieu dans le cœur des jeunes gens , par la connaissance de ses perfections , qui est la base du pur christianisme, il faut placer sagement cette connaissance dans leur mémoire , avant que leur raison ait atteint une certaine maturité; et faire ensuite usage de cette même raison à mesure qu'elle se développe , comme un peintre à fresque se sert de son enduit, pendant qu'il est frais et bien préparé , pour y placer ses couleurs.

I; C'est alors que ces jeunes chrétiens pourront étudier sans crainte les autres sciences pour lesquelles ils se sentiront le plus de penchant. Elles les aideront même à découvrir plus facilement les éiueils de tous les livres que l'incrédulité enfante , et les mettront en état de dévoiler avec une force victorieuse toute la futilité de leurs raisonnements captieux.

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