‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 116 sur 202 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Continuation du même sujet.

Je me propose d'examiner dans ce chapitre le sentiment d'un auteur chrétien, que je suis bien éloigné de confondre avec les auteurs incrédules qui font le principal sujet de cel ouvrage. Je voudrais], dit cet auteur, ne parler de Dieu et de la religion à l'enfant chrétien que lorsque sa raison aurait atteint une certaine maturité. Quoi donc, un seul des attributs de Dieu suffirait pour absorber le philosophe le plus profond, et vous voulez en faire entrer toute la collection dans la tête d'un enfant ?

Je considère d'abord que s'il est impossible de faire entrer un grand arbre dans un petit vase, on peut non-seulement y placer sa semence, mais encore l'y faire germer et prendre racine : que l'âme des enfants, semblable à une terre vierge, contient des principes analogues aux semences intellectuelles, et peut les faire germer et enraciner, du plus au moins, moyennant une bonne culture , que de toutes les semences, la plus conforme à sa nature primitive, est sans doute celle des attributs divins, puisque Dieu la fit à son image; que si le premier homme l'a défigurée par le mauvais usage qu'il fit de sa liberté, une preuve qu'il ne l'a pas entièrement anéantie, c'est que nous la voyons retracée en quelque sorte dans les vertus de ces personnes respectables qui, mettant à profit ces heureuses dispositions pour surmonter les mauvaises, font tant d'honneur à l'humanité.

OBSERVATIONS SUR LESJSAVANTS INCRÉDULES

Il ne s'agit point ici de faire enlrer toute la collection des attributs de Dieu dans la tête d'un enfant, mais dy placer prudemment une semence propre à les retracer dans son âme avant que l'ennemi secret y vienne semer l'ivraie spirituelle. La question se trouve donc réduite à savoir la manière et le temps le plus convenable pour cultiver celte bonne semence.

Or je suis persuadé qu'il lest avantageux de commencer cette culture dès que les enfants acquièrent le développement de la parole, moyennant que ce soit avec une prudente circonspection , parce qu'elle peut empêcher le mauvais germe de prendre racine dans leur cœur : au lieu qu'on risque beaucoup d'attendre pour placer et cultiver celle semence divine , que leur raison ait atteint une certaine maturité.

Mon idée à cet égard esl autorisée par ces paroles bien remarquables du Scruialeur des cœurs : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez point, car le royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité : Quiconque ne recevra pas le roijaume de Dieu comme le recevrait un enfant, nxj entrera point.

D'ailleurs il faut distinguer une connaissance juste de la réalité d'un attribut divin , d'avec celle de son étendue. La première est, pour ainsi dire, à la portée des enfants chrétiens, parce qu'elle nous est révélée : mais on peut dire à l'égard de la seconde qu'elle est aiil'int impénétrable pour le plus profond philosophe que pour le plus petit enfant.

11 est certain que les progrès de l'irréligion parmi la jeunesse sont dus en partie à la négligence de leur éducation sur ce point essentiel.

Qui pourrait flxer au juste l'époque de cette certaine maturité, que l'auteur exige dans les jeunes chrétiens pour leur parler de Dieu et de la religion ? L'expérience ne prouve-t-elle pas que cette époque une fois manquée, il y a tout à craindre que les incrédules secrets ne se prévaillent de celle faute, comme ils ne s'en prévalent que trop, pour s'emparer dans leur mémoire et dans leur cœur d'une place qu'on n'a pas remplie assez tôt de la connaissance des perfections de l'Etre suprême?

Les maux spirituels que ces incrédules causent aux jeunes gens, et surtout à ceux qu'on destine à l'élude des sciences humaines, font d'autant plus de ravage, qu'ils sont cachés sous le voile épais de la confidence, et qu'on ne les découvre souvent que lorsqu'ils sont invétérés.

Je ne saurais donc trop insister sur la nécessité de celte conuriissance esseniielle qui, bien cultivée avec le développement progressif de la raison, est un des préservatifs les plus assurés contre le conunerce coulagieux des incrédules.

La comparaison que fait le vertueux auteur dont je parle d'un traité de géométrie élémentaire qui commencerait par les proprié tés de la parabole, avec l'éducation des enfants iqtt'ea entretient des attributs de la Divinité f

ne détruit point le principe que j'établis sur la raison et l'expérience , parce que les perfections ée Dieu nous sont révélées dans sa parole. Or la connaissance de cef perfections, étant l'unique fondement de la religion chrétienne, c'est toujours par elle qu'il en faut commencer l'édiûce dans le cœur des jeunes chrétiens, sans craindre qu'ils n'en comprennent pas les termes: ils les comprendront sûrement plus tôt qu'on ne pense, surtout avec de bons conducteurs.

Celte connaissance étant aussi le meilleur aliment de l'âme, la mémoire fait à son égard la même fonclion dans les jeunes chrétiens que le premier ventricule dans tout animal qui rumine (1).

Que deviendraient les chrétiens si la révélalion ne pouvait s'enlendre que par les règles de l'algèbre ou le compas des mathéma»tiques ? Mais elle est à la portée des simples, et pourquoi? Parce qu'ils ne cherchent pas au ielà de ce qu'ils peuvent concevoir, et qu'ils sont contents de ce qu'ils en conçoivent.

Quant à ceux que leur naissance ou leur vocation doit exposer dans le grand monde , parmi des incrédules de toute espèce , on ne saurait graver trop tôt dans leur cœur, des sentiments de docilité et de vénération pour l'Ecriture sainte; mais si bien épurés par la saine raison , que son développement les trouvant analogues avec elle , en forlifie les traits de telle sorte, qu'ils ne s'en puissent plus effacer.

Le premier et l'un des principaux effets de celle précaution nécessaire , sera de leur inspirer une généreuse aversion pour les ris indécents des jeunes chrétiens initiés dans les sciences , lorsqu'il s'agit d'un sujet aussi grave que celui de la parole du Dieu vivant. Cet écueil esl d'autant plus dangereux, que la force de ces ris immodestes , incompatible avec le profond respect dû à ce livre divin, est un des plus grands obstacles à la connais* sance des sublimes vérités qui nous y sont révélées.

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