ADRESSÉE A M. J. W. G. WOLFF
Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le discours que vous avec prononcé lors de la confirmation de Son Altesse Sérénissime , le prince Fréd. Aug. Ch. de Hossc-Darmstadt , ce que j'ai pu faire dans une traduction fidèle.
1. Kien n'est plus vrai, plus beau, plus important pour les hommes que le tableau que vous y présentez des effets du christianisme sur ceux dont il a pénétré l'esprit et le cœur. Rien n'est plus touchant, plus digne d'un vrai pasteur , que les exhortations que vous adressez au jeune prince , pour l'engager à conserver ce précieux trésor, dont vous avez travaillé à le mettre en possession. Rien enfin n'est plus propre à frapper ceux qui sont indifférents aux vérités duchristianisme, que ce que vous peignez des conséquences de leur abandon , très-visible depuis quelque temps ; et je ne doute point que ces différents tableaux , joints à vos exhortations pastorales, n'aient un grand effet, tant sur le prince votre disciple, que sur ceux à qui vous avez rendu ce bien commun, en publiant votre discours.
2. A l'égard du christianisme lui-même, cet inestimable bienfait de Dieu pour le genre humain, je ne puis douter que nous ne soyons d'accord sur son essence, puisque dans le premier article de la confession de foi que vous avoï présentée comme déclaration à faire par le jeune prince, pour son initiation dans l'Eglise, vous le définissez : la pure doctrine de Jésus-Christ telle qu'elle est contenue dans la Bible; mais au commencement de votre discours , vous êtes entré dans des détails que je ne vois pas bien comment concilier avec cette définition, qui certainement
est la seule vraie; permettez donc, monsieur, ([ue je le.s rappelle ici, en les accompagnant de quelques remarques, pour vous faire coml)rendre ce qui me semble devoir embarrasser vos lecteurs.
3. Vous avez d'abord retracé au jeune prince {p'if/e 5) le plan d'instruction que vous avez suivi avec lui : « Je vous ai souvent prié, lui dites-vous, de distinguer la véritable doctrine de Jésus, de toutes les doctrines humaines d'origine plus récente; de laisser à part toutes les opinions débattues entre les différents partis de chrétiens dont on peut assurément se passer, n'ayant aucune utilité; et de ne considérer comme appartenant au vrai christianisme, que ce que son grand fondateur a enseigné avec une évidence incontest;!ble, comme des vérités essentielles et des préceptes de morale , et qui par conséquent peut seul se soutenir devant le tribunal de la raison. » Voilà, monsieur, ce que vous exposez du plan d'éducation chrétienne que vous avez suivi avec ce prince, et voici le résumé que vous lui rappelez de vos enseignements {pag. 7 el suiv.),
k. «Tout ce système que je vousai présenté comme le pur christianisme n'embrasse (pour vous le rappeler encore une fois en abrégé) que les propositions suivantes : Jésus, le plus sage, le plus excellent des hommes, le Fils ou l'envoyé de Dieu, a fondé par sa doctrine divine , qu'il a confirmée par sa mort, la seule religion véritable, et il est devenu par là le libérateur du monde , l'ayant délivré de l'ignorance, de la superstition et des vices ; l'auteur de la vraie félicité, do la félicité niorale.— D'après lui, nous chrétiens, nous croyons en un seul Dieu , dans lequel nous adorons le plus parfait Esprit , notre
DE L'ESSENCR DE L\ DOCTRINE DE JÉSUS-CHRIST
créateur et conservateur, notre très-saint législateur et noire juge suprême, notre père et bienfaiteur. — Nous croyons à sa providence qui dirige tout, dont l'objet principal est l'homme, la culture de son esprit , son perfectionnement et le salut final de son âme. — Nous croyons l'immortalité do notre âme et une vie future éternelle ; espérance qui, d'après l'enseignement d(^ notre divin précepteur, repose sur des fondements infaillibles , et s'étend à la joie d'esprit la plus pure. — Nous reconnaissons la vie présente connue l'état de préparation pour celle qui est à venir, et les efforts pour s'élever à la sagesse et à la vertu, comm<; la seule voie de se rendre digne et participant do la plus haute félicité. — Avec ces importants articles de foi, nous embrassons la morale complèle et inappréciable de Jésus, pour règle de toute notre conduite morale, et sa propre vie vertueuse, pour notre exemple le p!us parfait. Voilà en peu de mois , le véritable esprit , le vrai contenu du cliiislianismo , (el que nous nous en sommes entretenus jusqu'ici. »
5. Si c'était là, monsieur, tout ce que vous avez enseigné à votre élève de la doctrine de Jésus-Christ (ce que je no dois pas présumer), elle ne serait certainement pas telle qu'elle est contenue dans la Bible , et voici en quoi elle en dilTérerait essonticllemenl. Ces propositions ne sont rien encore , comme objet de religion , jusqu'à ce qu'on en voii> le fondement : or dans la doctrine de Jésus , ce sont des articles do foi , parce qu'il leur assigne une origine infiniment supérieure à la raison humaine. Je ne crois donc pas, monsieur, que vous puissiez avoir en vue les doguies directs enseignés par Jésus , quand vous parlez de quelques parties de la confession de foi chrétienne dont vous supposez qu'on peut assurément se passer, n'ayant aucune ulilité , puisque sans ces dogmes, les propositions que vous avez énoncées n'auraient aucune base ; mais vous vous expliquez davantage à la page 9.
6. « Ces articles , il est vrai, ne sont pas (dites-vous au prince) les seuls que comprend votre confession de foi d'aujourd'hui : l'Eglise dans le sein de laquelle vous êtes né et au nombre des membres do laquelle vous êtes compté dès aujourd'hui, a, comme tous les autres partis chrétiens, ses dogmes particuliers qui la distinguent, vous en avez aussi pris connaissance autant que votre but l'exigeait, et vous les avez compris dans le vœu que vous allez faire. Mais le serment de foi que vous prêtez ne doit pas , selon les vrais principes de l'Eglise protestante , lier votre raison ni votre liberté de conscience. Vous ne vous obligez d'adopter chaque opinion et dogme particulier qu'autant el aussi longtemps que, selon votre manière de voir et votre conviction , ils contiendront la vérité. Comme protestant vous avez non-seulement le droit, mais vous êtes obligé de changer dans votre conviction privée, ce qu'après un examen scrupuleux vous reconnaîtriez pour de litué de vérité. Vous proiuettoz seulement gans condition , de ne vous séparer jamais ,
sons aucun prétexte , de notre Eglise particulière ; ce qui d'ailleurs, vu la liberté de penser accordée ciiez nous, est tout à fait inulile, et ne pourrait se f iire que par des motifs vicieux ou accessoires. Vous ne pé-* chez donc point contre voire serment, lorsque vous |)ens('z autrement SL»r telle ou telle 0|)inion d'Eglise, qui ne vous p irait plus recevable, si effectivement votre raison et votre con-icience le demau'lent. Certainement vous ne vous déi)artirez jamais des dogmes importants du pur christianisme, tant que la vérité vous sera sacrée; car ceux-là ne sont autre chose que 1rs vérités les plus pures et les plus excellentes de roiitendemont ; et à l'égard des dogmes particuliers de l'Eglise , vous ne garderez que ce que vous trouverez égali'ment conforme à votre entendement. »
7. Voilà, monsieur, je vous l'avoue, ce que je ne puis comnrondre. Vous n'aviez posé d'abord que do simples propositions de théisme, sans aucun appui; et vous dites maintenant à votre disciple, qu'il ne les abandonnera jamais , tant que la vérité lui sera sacrée, parce que ce sont des vérités de l'entendement : de quel entendement ? du vôtre comme son précepteur , ou de Jésus comme le |)lus sage et le plus excellent des hommes ? Mais votre disciple a un entendement à lui , et si Jésus avait réellement présenté ces propositions au tribunal de la raison humaine, personne ne pourrait les croire qu'autant et ai'ssi longtemps qu'elles lui paraîtraient vraies, suivant sa manière de voir et sa propre conviction. Or quel serait l'objet de l'examen ? Ce ne pourrait être que les propositions elles-mêmes, si l'on ne détermine précisément pourquoi on les admet d'après Jésus-Christ, c'est-à-dire sur son autorité. C'est en cela que consiste le christianisme; car un simple assemblage de propositions concernant le théisme , pourrait prendre autant de noms qu'il y a eu ou qu'il y aura d'auteurs , simples théistes, qui auront entrepris de les prouver, et il dépendrait du jugement de chacun , de se dire disciple de celui qui l'aurait satisfait, si eu effet il trouvait un philosophe qui levât tous ses doutes ; sinon, de rejeter ces propositions, comme l'ont fait et le font encore tant de spéculateurs.
8. Voici donc, monsieur, pourquoi je suis arrêté dans votre discours : j'y cherche ce qui pourrait indiquer comment vous pensez que Jésus a indubilablement établi ces propositions de théisme, et je ne le trouve qu'implicitement dans ces mots , déjà cités : « La pure doctrine de Jésus telle qu'elle est contenue dans la Bible. » Par là sans doute peut cesser , pour le bien des hommes , toute incertitude sur les grands objets d'un Dieu, de sa providence , de l'immortalité de l'âme , de l'état des hommes dans une vie future et d'une morale obligatoire ; c'est même ce qui caractérise les dogmes do l'Eglise chrétienne, ci)mine constituant cette doctrine do Jésus- Christ ei de lui seul. Ces dogmes devaient donc être exprimés dans votre discours, tels que Jésus les présente, c'est-à-dire avec les fondements sur lesquels il les appuie, qui
ne sont pas les décisions de l'entendement humain.
9. Probablement, monsieur, vous n'avez pas jugé nécessaire en ce moment-là d'enlrer dans cette explicalion avec le jeune prince à qui vous vous adressiez, parce (]ue vous l'en aviez instruit avant l'acte de sa profession de loi ; mais votre discours étant devenu public par l'inipression, et ne renf rmant rien qui puisse déterminer quels sont les objets sur lesquels vous pensez qu'on peut avoir des doutes quant à la croyance de lE^'lise chrétienne , soit en corps , soit dans ses communions distinctes, il pourrait en résulter, contre votre intention, l'incertitude sur tout; état que la pure doctrine de Jésus-Christ
peut seule prévenir. Je dois donc espérer d'obtenir votre approbation , si , en déterminant l'essence de celte doctrine sur les objets que vous avez énoncés, je la présente telle qu'elle est contenue dans la Bible, parce que c'est de son essence réelle que résulte sa certitude.
10. Jésus ne laissa au jugement des hommes que ce qu'il était, savoir le Me sie promis et désigné dans l'Ancien Testament ; mais à cet égard il leur fournit tout ce qui était nécessaire pour les convairicre , parce que de là devait naître leur confiance en ses enseignements, concernant des dogmes audessus de leur intelligence dans ce monde, et sur lesquels ils devaient avoir leurs instructions d'une source supérieure, puisque les choses divines, qui constituent essentiellement la religion, ne sauraient dépendre de leur volonté ni de leur jugement. C'est ce qui est évident dans toute la doctrine de Jésus-Christ; car il n'interpella la raison humainesur aucun objet concernant la Divinité, son essence, son gouvernement du monde , les devoirs des hommes, et leur état futur ; il connaissait et les facultés de l'eulcndement humain et l'essence des vérités qu'il était essentiel aux hommes de connaître ; c'est pourquoi il n'entreprit jamais de les démontrer , ce qu'il aurait dû faire si ses enseignements eussent été ceux d'un philosophe; il suivit une marche conforme à leur nature, c'est celle même qui est contenue dans la Bible, et en la suivant, nous y trouverons, sur chacune des propositions de théisme que vous avez énoncées , quelle est l'essence de la doctrine de ce divin maître, c'est-à-dire quelle est la base qu'il leur assigne.
11. S'adressant aux Juifs, dans l'exercice immédiat de ses fonctions , Jésus considéra l'existence de Dieu et sa providence, comme des dogmes déjà établis pour eux , et par la seule source dont ils pouvaient procéder , savoir, par les manifestations de Dieu luimême aux hommes de divers temps, et des leur origine. Il ne prouva donc rien aux Juifs , ni à l'égard des dogmes eux-mêmes , ni sur l'aulhenticilé des livres dans lesquels ces révélations étaient consignées ; ils en avaient été rendus dépositaires, et ils ne doutaient point de leur vérité.
<2. Tel fut, dis-je, le seul fondement d\i
théisme dans la doctrine de Jésus, et il n'en existe aucun autre dans le genre humain La Genèse renferme l'histoire des manifestations (l(î la Divinité aux premiers hommes ; elles leur furent communes jusqu'.iu temps du déluge et après cet événement. Noé et sa famille, les seuls sauvés de la première race des hommes, les transmirent à leurs descendjMits. Jésus supposa toujours cette soirée d'instruction , et il y renvoyait chaque fois qu'il citait aux Juifs les livres de Moïse; il leur cita en particulier la Genèse, lorsqu'il leur dit : « N'avez-vous pas lu que celui qui les a faits dès le commencement, fit un homme et une femme et quii dit : A cause de cela l'homme laissera son père el sa mère et satlaciiera à sa femme, cl les deux ne seront qu'une même chiir. » 11 leur (itail ici les chap. 1 et 2 de la Genèse, comme faisant autorité parmi eux, non-seulement à l'égard de l'existence d'un Etre créateur et conservateur, m;ii . pour ses révélations aux hommes el ses déclarations sur la conduite qu'ils devaient tenir ; c'est pourquoi il conclut ainsi : « Ce donc que Dieu a joint, que Ihomme ne le sépare pas {Matlh., XIX , 4,5).»
13. On ne trouve ainsi dans tous les Evangile s , aucune preuve fournie par Jésus, de l'exislenco de Dieu , de la création comme acte de cet Etre suprême , de sa providence , de ses instructions soutenues parmi les hommes, (jui ne dérive de révélations reconnues par les Jui's dans leurs livres sacrés ; ainsi, dès qu'on professe d'admettre ces dogmes d'après Jésus-Christ , il faut nécessairement remonter avec lui aux livres de l'Ancien Testament : mais de plus , sans lui, sans ces livres auxquels il renvoie, sans les conséquences qu'ont eues dans le genre humain les événements dont ils renferment l'histoire, où trouvera-t-ou les fondements de ce théisme ? C'est une question générale à laquelle je reviendrai, n'ayant. ici pour objet que la doctrine de Jésus-Christ.
\k. Mais la nature divine, qui sera toujours incompréhensible pour les hommes , devait leur être révélée sous un nouveau rapport, qui les concernait depuis la chule de leurs premiers parents, mais qui ne devait être cntièreoicnt manifislée qu'à la venue du Kédempteur promis à ce premier couple humain. Cette manifestation était seulement préparée dans l'ancienne alliance ; aussi les Juifs reeonnaissaienl-ils un mystère sous l'expression par laijuelle l'Etre suprême est désigné dans les livres de Moïse, où son nom y est au pluriel. C'était là encore une notion qu'avaient déjà les oremiers hommes; car les mylhologies des païens, qui concourent avec la géologie à confirmer ce qu'enseigne la Genèse sur l'origine de tous les peuples, savoir, qu'ils descendent de Noé, portent î'empreinle de cette première notion. Lorsque les peuples issus de ce patriarche, corrompant ses enseignements, vinrent à se représenter l'Etre suprême sous des images corporelles, ils s'accordèHent à se 1»' figurer triple sous une UQilé; et daD^cips différentes triades pa'iennes^
DE L'ESSENCE DE LA DOCTUINE DE JÉSUS-CHRIST
bien connues de ceux qui sont versés dans les antiquités asiatiques et égyptiennes, une des personnes est toujours désignée comme spécialement protectrice et salutaire pour le genre humain.
15. Avant que d'entrer dans le développemont de ce nouvel objet, je dois le faire précéder d'une remarque.
Il est évident, dés qu'on vient à rénéchir profondément sur la Divinité, que l'idée générale d'un Etre qui existe indépendamment de toutes choses, qui n"a aucune analogie avec rien de ce qui est connu des hommes , qui a créé cl qui conserve l'univers, est infiniment au dessus de notre intelligence; de sorte que si cet Ktrc ne s'était pas directement manifesté aux hommes, son existence même n'aurait pu leur venir en pensée : la transition qu'on croit faire à cette idée en posant pour principe qu'w« ouvrage doit avoir en un ouvrier, est une conception postérieure à l'idée elle-même; elle est née de la vérité déjà connue; mais elle n'aurait pas pu y conduire, puisque changer les choses créées, ce qui est l'ouvrage des ouvriers connus aux hoiijmes, n'a pas le moindre rapport avec l'idée de créer, dans laquelle sont renfermés nos ouvriers, leurs ouvrages et leurs moyens : ainsi tout ce qui caractérise cet Etre, étant absolument inaccessible pour les hommes, a dû leur être enseigné par lui-même, autant qu'il leur était nécessaire et possible de le savoir.
Cet enseignement avait commencé dans les révélations de Dieu aux hommes antérieures à la venue du Messie, et dans leur ensemble elles se rapportent à lui com-:ie annoncé au monde. Or c'est Jésus, ce Messie promis, qui en a donné l'intelligence aux hommes, autant qu'il leur était nécessaire de la recevoir, parce qu'elles ne pouvaient être développées sans lui. Les patriarches de l'ancienne alliance, inspirés par la Divinité, ont joui par anticipation de ce développement futur à -la venue du Messie, mais le voile ne pouvait être levé qu'à son avéneuient.
16. Cet objet est positiv(>!uent déterminé dans la doctrine de Jésus-Christ telle qu'elle est contenue dans la Bible, et c'est encore en remontant à l'Ancien Testament. Dans sa prédication aux Juifs, il s'annonça comme le kédempteur promis au premier homme après sa transgression, comme celui dont les prophètes avaient continué d'annoncer et déterminer la venue, et dont les fonctions salutaires aux hommes, par lexfiialion de leurs péchés, étaient figurées dans leurs cérémonies typiques, instituées par ordre do Dieu lui-même, jiour subsister parmi eux jusqu'à l'accomplisseiuent de cette promesse. Or en déclarant qu'il était venu au monde pour remplir ces fonctions, objet distinct auquel je viendrai, Jésus se qualifia Fils de Dieu, d'une même essence avec le Père et le Saint- Esprit. C'est ce que nous verrons dans toute sa doctrine, ot qui paraît surtout d'une manière frappante au moment où il institua les apôtres pour établir le christianisme : « Allez, leur dit-il, et enseignez toutes les nations, les
mi
baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. »
17. C'est donc là un des dogmes du christianisme, puisqu'il fait une partie essentielle de la doctrine de Jésus-Christ; maison ne peut pas le nommer vérité pure de l'enlendcmont, puisque l'idée seule de Dieu est déjà infinimont au-dessus de notre intelligence. Nous devons la recevoir de Jésus-Christ toile qu'il l'enseigne, sans rien y retrancher ni ajouter, sans prétondre à l'expliquer en abusant d'expressions tirées de notre langage, qui étaient indispens;ib!es pour nous tr;!nsmetlre ce mystère, mais qui no sauraient nous faire comprendre son essence. C'est un objet de foi, c'est-à-dircde confiance on celui qui enseigne; il faut seu'.omonl connaître ses déclarations, et nous y tenir; c'est pourquoi je citerai celies qu'il fit aux Juifs on diverses occasions, me bornant à l'Evangile de saint Jean, chap. V, v. 36 et suiv. : « J'ai, leur dit Jésus, un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que mon Père ma données à accomplir, ces œuvres mémos que je fais, témoignent de moi que mon Père m'a envoyé. Et le Père qui m'a envoyé a lui-mémo rendu témoignage de moi : jamais vous n'ouïtes sa voix ni ne vîtes sa face, et vous n'avez point sa parole demeurante en vous, puisque vous ne croyez point à celui qui m'a envoyé. Enquérez-vous (ou plutôt , suivant une autre version, vous vous enquérez) diligemment des Ecritures, car vous espérez avoir par elles la vie éternelle, et ce sont elles qui portent témoignage de moi. Mais vous ne voulez point venir à moi pour avoir la vie...» Verset i-5 : « Ne croyez point que je vous doive accuser envers mon Père; Moïse, sur qui vous vous fonlez, est celui qui vous accusera : car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, vu qu'il a écrit de moi. »
Chap. VIII, 12. 11 dit aux Juifs dans une autre occasion : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Alors les pharisiens lui dirent : Tu ronds témoignage de toi-même, ton témoignage n'est pas digne de foi. Jésus répondit et leur dit : Quoique je rende témoignage do moimême, mon témoignage est d:gno de foi ; car je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous ne savez d'où je viens ni où je vais. » Verset 51: «En vérité, en vérité je vous dis que si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra point. Les Juifs lui dirent : Abraham est mort et les prophètes aussi, et tu dis : Si quoiqu'un garde ma parole il ne mourra point; os-tu plus grand que notn* père Abraham, qui est mort? les prophètes aussi sont morts ; que te fais-tu donc toi-même? Jésus répondit : Si Je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien ; mon Père est celui qui me glorifie, celui duquel vous dites qu'il est votre Dieu. Toutefois vous ne l'avez point connu, mais moi je le connais.» 56 :c(Abraham, vutre père, a tressailli de joie de voir cette mienne journée, et il l'a vue et s'en est réjoui. Sur cela les Juifs lui dirent : Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu AbrahairJ Et Jésus leur dit : Ei\
vérité, on vérilé je vous dis, avant qu'Abrah;im fût. i'ét.iis. »
Ch(ij). IX, 36 et miv. Jésus avait guéri un avciifilc, <]ui, « lui romiant téinoii^nage auprès (lo SCS coiiipjilriotcs. fui clias ode la syiiai;o|j;ue par les pharisiens : Jésus apprit qu'ils l'aviiient chassé, e! l'ay<inl rerifonlré, il lui (lit : Crois-lii au Fils de Dieu? Col homme l(]i répiindil, et dil : Qui ost-i!, Seii^neur, afin (|ue je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu l'as vu , et c'est celui (jui lo parle. Alors il dit : J'y crois, Seiixnour; et il l'adora. »
('Uap. X, 24 et sniv. Los JuiTs, environnant Jésus dans I(> toiiiplo, lui diront : « Jusqu'à quand tiens-tu noire âme en suspens? Si (u es lo Chrisl. dis-le-nous rranchciuenl. Jésus leur répondit : Je vous lai dit et vous ne le croyez point. Los œuvres que j(> fais au nom do mon Père rendent téuioignagc de moi. Mais vous no croyez point, parce, que vous n'êtes pas de mes brebis, comme je vous l'ai dit. Mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent : et moi je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est j)lus grand que tous, et personne ne peut les ravir dos mains de mon Père : le Père et moi nous sommes un. Alors les Juifs prirent encore des pierres pour le lapider; mais Jésus leur répoiulit : Je vous ai fait voir plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père, pour laquelle donc de ces œuvres me lapidez-vous? Los Juifs répondirent, disant : Nous ne te lapidons point pour aucune bonne œuvre, mais pour un blasphème, et parée (]uc n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu. Jésus leur répoiuiit : N'e-t-il pas écrit en votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux : si elle a donc appelé dieux ceux à qui la parole do Dieu est adressée, et cependant l'Ecriture n<> peut être anéantie, dites-vous (juo je blasphème, parce que je dis : Je suis le Fils de Dieu ? si je no fais pas les œuvres do mon Père, ne me croyez point ; mais si je les lais, et que vous ne veuilîiez pas me croire, croyez ces œuvres, afin que vous connaissiez et (jue vous croyiez que le Père est on moi et moi on lui. »
18. Telle est certainement la théologie qui sort de base à ia doctrine de Jésus-Christ telle qu'elle est contenue dans la Iîii)lo ; elle y règne partout; et je ne crois pas qu'on puisse on recevoir aucune autre qui donne confiance à la raison. Sans doute que lentendement humain no peut porter à cet égard aucun jugement d'après ressence des choses, car il est bien loin de pouvoir comprendre l'essence divine ; mais il est juge de la source des enseignements et de la confiance qu'elle mérite. Ainsi tout dépond lU' la confi.inceque mérite la Bible ; or à cet égard, si l'on étudie tout ce qui a été nommé théologie nalur«dle, on n'y trouvera jamais pour premier thème que des idées déjà répandues {)armi les hommes ; et quand on croit y remonter par la n;iliire,on ne lait qu'imaginer des routes pour (îlleindre à des notions (lu'avaient déjà les lioinmes avant qu'ils eussent entrepris aucune élude réelle de la nature. Aussi voit-on
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parmi les spéculateurs, tant modernes qu'anciens, qui dédaigiu-nt ce qu'ils nomment les idées vulgaires, et veulent former à cet égard leurs propres conclusions d'après leurs lumières, beaucoup de gens qui ont soutenu que la nature ne conduit point aux idées reçues, parce qu'une création est inconcevable et n'est point. une idée nécessaire ; et celte question spéculative n'est point encore terminée. L'Ktre sujjrêmL ,i(irait-il \ oulu laisser les hommes à leurs propres pensées, sur un objet aussi important pour eux à tous égards? 19, Celle question suffirait pour faire sentir que la théologie renfermée dans la pure do( trine de Jésus-Christ peut seule satisfaire la raison; et e'osl par cela même qu'il ne raisonne [)ointpour l'établir, mais qu'il remonte historiquement à l'or gino des hommes. Car des êtres intelligents et moraux doivent avoir éle instruits de leur existence par un Ciéatoiir in!inimenl puissant, sage et bon, pour qu'ils connussent leurs devoirs et une responsabilité, ce (]\i\ seul pouvait produire leur bonheur commun. Jésus remonte à celte source, et c'est |)ar là qu'il donne vraiment confiance à la raison ; il remonte, dis-je, à l'histoire des premiers hommes telle qu'elle est récitée dans la Genèse. Or les lumières ac(iuises, lant sur l'histoire des hommes que sur celle de la terre et de l'univers, certifient l'authonticité de ce livre, reconnue par les Juifs, qui nous l'ont Iransmis, et inséparable de la théocratie immédiate qui caractérise l'instruction soutenue et le gouvernement de celle nation. C'est donc là que se préparaient pour tous les hommes les developpemenls de la seule théologie réelle, celle qui procède des instructions successives de Dieu liii-i:iémo. Jésus, dont la venue au monde y e.-,l partout annoncée, a manifesté et clos, quant à ce monde pour les hommes, cette théologie, celte détermination de l'essence divine et de ses rapports aux hommes, non comme objet saisissable par leur entendenient, c'esl-à-diie auquel ils puissent remonter, en partant des choses qui leur sont connues el leur appliquant les déductions de la raison, mais comme manifestation de la vérité sur ce qu'il leur importait de connaître de leurs rapports avec leur Créateur, comme êtres intelligenls et moraux, mais déchus de leur état d'innocence. Alors le caractère de notre divin instructeur, tel qu'il l'atinonce lui-uiêmo, incompréhensible sans doute pour nous dans ce monde, mais reposant d'une manières inébranlable sur la Genèse, devient la clef d(> la voûte à l'égard de toutes les parties de sa doctrine qui concernent Dieu, les hommes, leur état dans ce monde, leur perspective pour l'avenir ; tout se soutient par là, ou il n'y a rien de solide, à commencer par les plus indispensables propositions du théisme. 20. Ici je dois revenir à un passage de votre discours, déjà rapporté au § k, où vous dites que « Jésus confirma sa doctrine par sa mort. » Je crois que vous conviendrez aisément, monsiei'j- , que colle expression esi inexacte, et qu'elle n'est pas conforme à c*) que Jésus dit lui-même. Au premier égard,
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JÉSUS-ClliUST.
la mort d'un martyr, monument de vertu, ac confirme que sa persuasion. Los apôtres pouvaient sans doute confirmer leur doctrine par leur mort, ils le pouvaient même par la constance seule avec laquelle ils supportaient les souffrances, parce qu'ils rendaient témoignage à des faits, savoir, les miracles et la résurrection de Jésus ; et c'est pour cela que les premiers martyrs étaient nommés confesseurs. Mais la doctrine de Jésus lui-même concernait des choses que l'œil ne voit point, que l'oreille n'entend point, qui ne seraient jamais montées dans l'esprit de l'homme ; il aurait donc pu 'confirmer par sa mort, qu'il avait réellement ces idées, mais point du tout qu'elles étaient réelles : aussi n'est-ce point le but qu'il lui assigne en l'annonçant, et il ne donne lui-même pour confirmation de sa doctrine, que les prophéties de l'Ancien Testament,ses miracles etses propres prophéties. 21. Quant à sa mort, dont le but fait une partie essentielle de sa doctrine, vous vous rappellerez bientôt, monsieur, comment il la présenta lui-même. C'est un tableau bien intéressant à retracer, tel que la Bible entière le fournit, et il est bien consolant pour ceux qui, sentant leur misère, et sachant que rien d'impur ne peut paraître devant le Saint des saints, aspirent à être purifiés par le sang delà victime sans tache , dont les sacrifices institués sous l'ancienne loi pour les péchés du peuple étaient une figure. Voilà, dis-je, ce que lEcriture sainte enseigne, et ceux qui sont convaincus de sa vérité craignent trop d'offenser son auteur, pour substituer leur jugement à ses décrets, en supposant, d'après des idées humaines, que Dieu aurait dû pardonner les hommes sans satisfaction. Mais enfin, c'est la doctrine de la Bible concernant Jésus-Christ, et lui-même l'a développée. Tout ce que les Evangiles rappellent des promesses de l'Ancien Testament concernant le Messie, y est appliqué à la rédemption des hommes, qui devait être accomplie par sa mort ; et ce rapport commença même d'être indiqué avant sa naissance. Suivant ces prophéties, Jésus eut un précurseur, dont la naissance fut annoncée par un ange à Zacharie son père, en ces termes {Luc, 1, 17) : « Il convertira plusieurs des entants d'Israël au Seigneur ; car il ira devant lui, animé de l'esprit et de la vertu d'Elie, afin qu'il ramène les cœurs des pères dans les enfants , et les rebelles à la prudence des justes, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » Zacharie ne suivit pas en cette occasion l'exemple d'Abraham; il douta de cette promesse, parce que lui et sa femme étaient avancés en âge ; et l'ange lui déclara , qu'il serait muet jusqu'à la naissance de ce fils , qui devrait être nommé Jean. Cet enfant naquit: or, à sa circoncision, dès que Zacharie eut donné son nom, il recouvra la parole. « Alors , dit l'évangéliste (v. 67 — 76), il fut rempli du Saint- Esprit, et prophétisa disant : Béni soit le Seigneur le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et délivré son peuple ; en ce qu'il nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David son serviteur, suivant ce qu'il avait dit
DÉMOJNST. EVANG. XIL
par la bouche de ses saints prophètes qui ont été de tout temps, que nous serions sauvés de la main de nos ennemis, et de la main de tous ceux qui nous haïssent; pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et pour avoir mémoire de sa sainte alliance, qui est le serment qu'il a fait à Abraham noire père, savoir, qu'il nous accorderait qu'étant délivrés de la main de nos ennemis , nous le servirions sans crainte, en sainteté et en justice devant lui, tous les jours de notre vie. Et toi petit enfant, tu seras appelé le prophète du souverain ; car tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. »
22. Lorsque Jean-Baptiste exerça ses fonctions, il annonça le Sauveur venu au monde, baptisant ceux qui étaient disposés à le recevoir : or voyant Jésus venir à lui, il dit à ceux qui se trouvaient présents : « Voilà l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. C'est celui de qui je disais : Après moi vient un personnage qui m'est préféré; car il est avant moi, et pour moi je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé, m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se fixer, c'est celui qui baptise du Saint-Esprit : et je l'ai vu , et j'ai rendu témoignage, que c'est celui qui est le Fils deDicu.» {Jean, 1,29).
23. Jésus s'annonça bientôt lui-même aux. Juifs sous ce rapport de Sauveur des hommes en accomplissement des prophéties. « Etant venu, dit saint Luc {ch. VI) à Nazareth où il avait été nourri, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, selon sa coutume, puis il se mit à lire. On lui donna le livre du prophète Isaïe, et quand il eut déployé le livre, il trouva le passage où il est dit : l'esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint ; il m'a envoyé pour évangéliser aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur froissé, pour publier aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour mettre en liberté ceux qui sont foulés, et pour publier l'an agréable du Seigneur. Puis ayant ployé le livre et l'ayant rendu au ministre, il s'assit, et les yeux de tous ceux qui étaient dans la synagogue étaient arrêtés sur lui. Alors il commença à leur dire : Aujourd'hui cette Ecriture est accomplie, vous l'entendant. » 11 est très-remarquable que Jean-Baptiste, qui lui-même par l'inspiralion divine avait, comme on vient de le voir, rendu, témoignage à Jésus qu'il était !e Sauveur, étant en prison, et ayant sans doute de la peine à concilier sa captivité avec l'idée commune des Juifs sur un règne visible du Messie, envoya deux de ses disciples à Jésus pour lui demander : « S'il était celui qui devait venir, ou s'ils devaient en attendre un autre ; » et qu'alors, pour toute réponse , Jésus s'appliqua de nouveau ce même passage d'Isaïe.
« Allez , dit-il à ses envoyés, et rapportez à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez. Les aveugles recouvrent la vue... et l'Evangile est annoncé aux pauvres {Matth, IX, k). ).
24.. Jésus fit même allusion au genre de sa mort , en la représentant comme ayant été figurée par le serpent d'airain, lorsque les {Trente-cinq,
DEMONSTn.VTION ÊVANGELIQUE. DELUC.
Israélilos, punis de leurs murmures par des scrpenls, vinrent ronfessor leur péché à Moïse, et le supplier dinvoquer l'Eternel pour leur délivrance, qu'ils oblinrent en levant leurs rcg;ards vers ce serpent d'airain , ce qui les guérit des morsures des serpents. Or Jésus, parlant de lui-même, dit: « Comme M ïsc éleva le serpent au désert, ainsi il faut que Fils de l'homme soit élevé ; afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, aOn que quicontiue croit on lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a point envoyé son Fils pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. » {Jean, ill, ih, 15.)
25. C'était donc par la venue de ce Sauveurdes hommes, que devait finir l'économie seulement typique de leur rédemption, sans néanmoins que cette première partie de leur histoire dût cesser d'être dans leur souvenir; elle devait même y demeurer toujours, comme liant l'objet des promesses avec leur accomplissement. C'est ce que Jésus déclara ainsi aux |)liarisiens {Luc, XVI, 15) : « Vous vous justifiez vous-mêmes devant les hommes , mais Dieu connaSl vos ( œurs ; c'est pounpioi ce qui est grand devant les hommes, est en abomination à lEterncl. La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean ; depuis ce temps-là le royaume de Dieu est évangélisé, et chacun le force. Or il est plus aisé (lue le ciel et la terre passent, que non pas qu'il tombe un seul point de la loi. » C'est donc à la loi qu'il faut toujours regarder, comme le fit Jésus lui-même.
26. Lorsque Dieu fit connaître à *braham que le Sauveur naîtrait dans sa postérité, il lui promit que tous les peuples seraient bénis en sa semence. C'est ce que Jésus exprima dans la déclaration suivante, où il rapporte à sa mort , l'accomplissement de cette promesse. « Je suis le bon berger, et je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Comme le Père me connaît, je connais aussi le l'ère, et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de la bergerie, et il me les faut aussi amener, et elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau et un seul berger. A cause de ceci mon Père m'aime, c'est que je laisse ma vie afin que je la reprenne. Personne ne me l'ôte, mais je la laisse moi-même ; j'ai la puissance de la laisser, et la puissance de la reprendre ; j'ai reçu ce commandement de mon Père {Jean, X, ih et s.). »
27. Jésus présenta toujours ainsi sa mort future, comme étant libre de sa part , mais destinée au salut des hommes, en accomplissement des promesses renfermées dans la loi et les prophètes. Ses disciples aspirant à des distinctions dans le royaume qu'ils se figuraient devoir être établi par son pouvoir, il leur fit cette déclaration : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donne»* sa vie en rançon pour plusieurs {Matlh., XX, 28). » Lorsque ce grand événement approcha, Jésus le leur
annonça en ces termes (Lnc, XVllï, 31 et •?.) : « Voi(;i, nous moulons à Jérusalem, et toufes les choses qui sont écrites dans les prophètes touchant le Fils de l'homme seront accomplies. Car il sera livré aux gentils, il sera moqué et injurié, et ou lui crachera au visage : et après qu'ils l'auront fouetté, ils le feront mourir, mais il rcsssuscitera au troisième jour. Mais, ajoute l'évangélisle, ils ne compiirent rien de tout cela, et ce discours était si obscur pour eux qu'ils »)e comprirent point ce qu'il leur disait. »
28. La pâqne qui,pfir son inslilulion dans l'ancienne alliance, était destinée à conserver chez les Israélites la mémoire de leur délivrance de la captivité d'Fgypte , était aussi un type de la délivr;ince du péché pour tous les hommes par le Rédempteur promis, parce que le sang de l'agneau pascal, fut le signe qui g,irantil les maisons des Israélites de la destruction à laquelle les Egyptiens furent condamnés. Jésus choisit donc le jour de P<iques, pour dévoiler à ses disciples le mystère de sa mort; on le voit dans tous les Evangiles, et je copierai ici celui de saint Matthieu, XXVI, 24. : <f Durant le souper, Jésus leur dit: le Fils de l'homme s'en va, selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à l'homme p;ir qui 1(> Fils de l'homme est trahi. »
29. Ce fut alors que Jésus institua le sacrement de la sainte Cène, devenii dans l'Eglise chrétienne la participation à la grâce par le sang du Sauveur des hommes , et ri porte l'empreinte de ce caractère dans les expressions de son institution (v. 26 et suiv.) : « Jésus prit le pain, et après qu'il eut béni Dieu, il le rompit, et le donna à ses disciples, et leur dit: Prenez, mangez; ceci est mon corps. Puis ayant pris la coupe, et béni Dieu, il la leur donna, en leur disant : Buvez en tous. Car ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament , qui est répandu pour plusieurs en rémission des péchés.
30. Jésus se prépara volontairement à ce grand acte de notre salut, puisiiuc prévoyant tout ce qui lui arriverait, il aurait pu l'éviter : il en marqua le monu'nt à ses disciples sur la montagne des oliviers, où il fut avec eux après cette cérémonie sacrée {v. 31) : « Vous serez tous celte nuit, leur dit-il, scandalisés à cause de moi, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées , mais après que je serai ressuscité , j'irai devant vous en Galilée. » Lorsque ensuite, étant allé avec eux au jardin de Gethsémani, il fut environné par ceux qui le cherchaient pour le saisir, il dil à leur troupe : « Vous êtes sortis avec des épées et des bâtons, comme contre un brigaïul, pour me prendre ; j'étais tous les jours assi; parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m'avez point saisi. Mais tout ceci est arrivé afin que les Ecrilures des prophètes soient accomplies. Alors les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent. »
31. Enfin étant déjà sur la croix, Jésus annonça l'accomplissement de tout ce qui avait éJé prédit de lui jusqu'à sa .mort {Jean, XIX, 28 et suiv.) : « Sacbaut, dit révangéliste,que
MdX
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JESUS-CHRIST
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Vou«.es choses étaient déjà accomplies, il dit, ifii» que l'Eciilurc fût ;iccompIie : J'ai soif. Et il y avait la un vase plein de vinaigre, ils en emplirent une éponge, et la mirent au bout d'une branche d'hysope, et la lui présentè- ;enl à la bouche. Kl quand Jésus eut pris le rinaigre, il dit : Tout est accompli ; et ayant baisse la tète, il rendit l'esprit. »
32. Voilà ce que Jésus lui-même a dit du oui de sa moit; vous le connaissez, monsieur, mais j'ai dû en présenter ici ce tableau , lié dans toutes ses parties , parce que depuis quelque temps beaucoup de gens lisent si peu la Bible , qu'ils ont oublié l'objet de la venue de Jésus-Chrisl, quoique si clairement exprimé par lui-même. Ce n'est pas un objet de spéculalion ou d'interprétation , c'est le fait dans la doctrine de Jésus-Christ, c'est le précieux objet de la confiance des chrétiens , et une partie essentielle de sa doctrine ; on doit reconnaître dans son ensemble toute l'économie divine dans le genre humain depuis la chute de l'homme , ou le christianisme n'est qu'un vain nom. Ce n'est donc point une doctrine philosophique ; et même lorsqu'elle n'était pas considérée dans son rapport avec les choses indépendantes des hommes qui produis.iient sa certitude, elle était scandale au Juif et une folie au Grec. Elle ne saurait non plus, par son essence, être d'institution humaine, puisque Dieu seul (dès que la Genèse est vraie) pouvait fixer une condition au p;irdon des hommes. Ainsi la pure doctrine de Jésus, telle qu'elle est contenue dans la Bible , présente la confirmation de toutes les révélations précédentes, et elle attribue à sa mort la libération des hommes, non à l'égard des vices, puisque leur nature n'a pas changé depuis Adam , mais des effets des vices, de leurs péchés , pourvu qu'ils remplissent les conditions auxquelles esl attaché leur salut; conditions qui leur sont en même temps prescrites dans celte doctrine.
33. Ceci nous conduit au dogme d'une vie à venir, puisque c'est à elle que se rapporte le salut acquis aux hommes par la mort de Jésus-Christ. Sur ce nouveau point vous dites, monsieur : « Nous croyons à l'immortalité de noire âme et à une vie future éternelle : espérance qui, d'après l'enseignement de notre divin Précepteur , repose sur des fondements infaillibles, et s'étend vers la joie d'esprit la plus pure. » C'est là une des propositions que vous nommez ensuite vérités pures de l'enlendemenl ; or permettez- moi de vous représenter qu'il n'est pas possible que cela soit , et que ce n'est pas ainsi que Jésus annonce ce dogme. Jamais il n'a entrepris de démontrer que l'âme de l'homme était immortelle ; et comment l'aurail-il pu, puisque rien à cet égard ne saurait tomber sous les sens des hommes pour les conduire par analogie, ? Quanl aux considérations morales qu'on peut alléguer sur cet objet, par combien de roules les philosophes n'ont-ils pas erré sans parvenir à la certitude ? Aussi Jésus n'argumenle-l-il point, il affirme ; et si l'immoFtalité de l'âme est contenue dans sai
doctrine, ce n'est point directement, c'est comme conséquence de la résurrection des morts. C'est là un point très-important à remarquer, pour éviter l'illusion dans ce qu'on nomme religion raisonnable, donnée comme extraite delà doctrine de Jésus-Christ. Lorsqu'on veut fonder l'idée d'une vie à venir sur celle d'une immortalité essentielle à l'âme par sa nature , cet être se sentant sans pouvoir se définir, il n'en résulte le plus souvent que le scepticisme, l'idée d'une vie à venir étant ac(juise, et non trouvée, et celle d'immortalité en ayant été déduite.
3k. Rien ne pouvait être connu des hommes sur leur état futur, que par l'instruction directe de l'Auteur de la vie ; et c'est ainsi que Jésus l'a annoncé ; ainsi sur ce point, comme sur les précédents , pour prendre confiance à sa doctrine, il faut toujours avoir en vue ce qu'il était, pourquoi il enseignait avec autorité, et en quels termes il le faisait. Ici encore , s'adressant aux Juifs , Jésus les renvoya d'abord à la foi des patriarches de leur nation. C'est sur ce fondement que les Juifs croyaient à la résurrection des morts : mais les saducéens ne la croyaient pas , et l'on voit dans saint Luc (XX), qu'ayant fait à Jésus une question captieuse sur cet objet, pour l'embarrasser, il ne leur répondit point par des arguments ; il leur montra d'abord qu'ils se faisaient de fausses idées de ce que pouvait être une vie à venir pour les hommes , parce qu'ils y transportaient les idées de la vie présente; et quanl à l'objet luimême, il leur dit seulement, v. 37 : « Que les morts ressuscitent , Moïse luême l'a niontré auprès du buisson , quand il appelle le Seigneur, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'isaac et le Dieu de Jacob : or il n'est point le Dieu des morts, mais des vivants ; car tous vivent par lui. El quelques-uns des scribes prenant la parole , dirent : Maître, tu as bien dit ; et ils n'osèrent plus l'interroger sur rien. » C'est donc d'après les révélations divines, que les Juifs croyaient déjà la résurrection des morts, et Jésus n'en donna point d'autre preuve aux Saducéens.
35. Mais sur ce grand dogme encore, dans les desseins de l'Etre suprême , la nouvelle alliance devait être supérieure à l'ancienne ; c'était le Messie, Jésus qui devait mettre ea évidence la vie et l'immortalilé. Or il ne l'a pas fait non plus par des raisonnements, il a annoncé aux hommes , quant à celle vie future, ce qu'il avait droit de déclarer par son propre pouvoir sur la vie, en l'accompagnant de déterminations positives qui doivent fixer l'allenlion des chrétiens. Celle déclaration se trouve dans tous les Evangiles, mais je me bornerai à citer celui de saint Jean ( V , 21 et suiv.) : « Jésus dit aux Juifs : Comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, de. même aussi le Fils vivifie ce qu'il veut. Car le Père ne juge personne, il a donné tout jugement au Fils, afin que tous honorent leFils comme ils honorent le Père : celui qui n'honore point le Fils, n'honore point le Père qui l'a envoyé. En vérité, en vérité je vous dis , que celui qui entend ma parole et croit à
celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle, et il ne sera point exposé à lacondaranalion,niais il sera passé de la mort à la vie. En vérité , en vérité je vous dis, que l'heure vient, et elle est déjà venue, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront. Car comme le Père a la vie en soi-même, ainsi il a donné au Fils le pouvoir d'avoir la vie en soi-même ; et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est Fils de riionime. Ne soyez point étonnés de cela, car l'h(rure viendra, en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et ils en sortiront, savoir, ceux qui auront bien l'ait , en résurrection de vie , et ceux qui auront mal fait, en résurrection do condamnation. »
36. Telle est certainement la pure doctrine de Jésus sur une vie future éternelle, puisque ce sont ses propres expressions soutenues dans tous les Evangiles. L'attente de cette vie pour les hommes , repose sans doute sur un fondement infaillible , mais ce n'est pas comme étant une vérité pure de l'entendement, car la raison humaine ne saurait en fournir aucune certitude, et l'on vient de voir que Jésus-Christ n'en appelle pointa son tribunal. Notre persuasion à cet égard repose donc entièrement sur le caraclèrc de ce divin instructeur , il déclare ici les décrets suprêmes , quant à l'état des hommes après leur mort, à laquelle ils ont été condamnés à cause de la transgression du premier homme; et celte déclaration devait être faite par luimême , parce que c'est lui, c'est le Fils de Dieu ayant pouvoir sur vie, qui a opéré leur rédemption. On ne saurait rien changer à cette doctrine sans la détruire ; dès qu'on la morcelle elle n'est plus rien , parce que dès lors Jésus cesse d'être reg.'.rdé comme digne de foi , ce qui détruit ce l'o;idemenl de la croyance en une vie future ; il ne peut être que dans sa doctrine entière, puisque c'est par l'assurance de la résurrection des morts, qui , comme une vie future en général , surpasse notre entendement ; et il est bien essentiel , pour ne point se faire d'illusion , de ne jamais perdre de vue les expressions mêmes qui nous certifient cet événement , car il s'y trouve accompagné de cette déclaration formelle, que pour ceux qui auront bien fait, ce sera une résurrection de vie , mais que pour ceux qui auront mal fait, ce sera une résurrection de condamnation. Jésus s'y déclare aussi juge des hommes , et c'est après leur avoir prescrit les conditions de salut : la condition générale exprimée dans la môme déclaration, est qu'ils aient bien fait; et comme tous les hommes ne se trouvent pas dans une même situation, par des circonstances qui ne dépendent pas d'eux-mêmes , les difl'érences sont réservées à sa sagesse et à sa justice ; car c'est alors, dit l'Ecrilurc, qu'il jugera les secrets des cœurs : mais quant à ceux à qui il a été annoncé , les conditions leur sont positivement connues , il faut qu'ils croient en lui et (ju'ils fassent ce qu'il ordonne (Jean , y, 28, 29 cl ko ; Mullh. , Vil, 21).
37, Jésus-Cbrist a donc prescrit aux hom-
mes les règles de leur conduite ; et à cet égard vous dites , monsieur : « Nous embrassons aussi la morale complète et inappréciable de Jésus, pour la règle de notre conduite morale, et sa propre vie vertueuse, pour notre exemple le plus parfait. » Alors vous faites une peinture aussi vive que vraie du bonheur qu'éprouvent au dedans d'eux-mêmes ceux qui se pénétrent de la doctrine de Jésus et qui la pratiquent; mais il est important d'examiner qu'elle est la source de ce bonheur , et pourquoi les hommes peuvent le préférer à celui qui se présente immédiatement à eux par la jouissance des objets présents , vers lesquels leurs penchants les portent; en un mot, sous quel point de vue ils peuvent reconnaître avec vous « la vie présente comme une* préparation pour celle qui est à venir. »
38. Quand le vrai chrétien jouit de ce bonheur interne, il sent très-bien d'où il procède : ce n'est pas de sa propre approbation, car ce serait s'institu(>r juge de ce qui convient, et l'expérience lui apprend que le penchant des hommes leur fait tout rapporter à eux-mêmes : s'il fait des sacrifices de ses penchants en considération des autres , ce qui constitue la vertu, leur approbation et la sienne peuvent bien compenser jusqu'à un certain point ces privations, mais quel faible contre-poids que cette idée aux passions violentes , en y ajoutant même la perspective d'une vie à venir, si elle demeure incertaine ou indéterminée !
39. Le vrai chrétien ne suit donc point ses propres pensées, il ne consulte point les moralistes humains quand il s'agit de sa conduite , il ne trouve de satisfaction pour sa raison et sa conscience, qu'en s'efforcant de suivre les règles positivement prescrites par le Législateur qui , embrassant tous les hommes dans sa volonté, a pu seul déterminer ce qu'ils devaient faire pour leur plus grand bien commun ; et il lâche de les suivre sans se laisser détourner par des considérations personnelles, même à l'égard des jugements du monde quand ils le détourneraient de son devoir : mais ne se dissimulant point ce qu'il tient de la nature corrompue de l'homme, qui le laisse toujours fort en arrière dans l'obéissance à ces lois qu'il connaît, s'il arrive à la tranquillité intérieure , elle ne procède que de l'idée consolante que le Législateur auquel il s'efl'orce d'obéir, est en même temps le rédempteur des hommes ; et c'est le plus grand bonheur dès ici-bas.
ko. La morale de Jésus-Christ , cette loi suprême pour le chrétien , a encore le même caractère que toutes les parties de sa doctrine considérées jusqu'ici ; il n'en a pas posé luimême les fondements , car ils existaient déjà parmi les hommes , mais il les a rappelés et il a étendu les lois morales conformément au nouvel état du genre humain , après sa venue comme le Messie promis. C'est aussi la Bible, où vous dites , monsieur, avec raison, que doit être puisée la pure doctrine de Jésus, qui nous conduit à cet aspect de sa morale. Dès l'origine des hoaimes, Dieu avait fondé parmi eux les lois de la piété et de la
DE L'ESSENCE DE LA DOCT!\iNi: DV, JESUS-CHRIST.
justice, et c'est sur elles que reposa d'abord la société, comme on le voit dans la Genèse. En insiiUianl la société [)arliculière des Israélites, Dieu leur donna IcDécalogue, qui iijoutait à ces premières lois des développements proportionnés à leur situation : les sanctions qu'il renferme contre la convoitise, s'étendirent déjà jusqu'aux pensées, et Dieu y ajouta desloisparticulières pour assurer d'autant plus le repos dans cette société , composée d'une seule famille ; c'est ce qu'on trouve dans les autres livres de Moïse. Jésus cita ces lois aux Juifs en diverses occasions , mais en particulier il leur rappela le Décalogue, comme étant une morale divine qui subsisterait jusqu'à la fin des siècles, puisque les mêmes rapports moraux devant subsister entre les hommes , ils exigeaient les mômes freins à leurs penchants, et que leurs devoirs envers Dieu demeuraient les mêmes.
41. Mais de nouveaux rapports devaient naître entre les hommes, par la venue même de celui qui réunirait toutes les nations. Jusqu'alors les secondes lois morales n'avaient eu de rapport qu'à l'état des Israélites ; mais Jésus annonça que les hommes ne devraient plus composer qu'un seul troupeau, sous un même berger, et ce fut alors qu'il promulgua lui-même les lois distinctives de la nouvelle économie qui furent jointes au Décalogue, celles auxquelles nous contrevenons si souvent, les lois de la charité. L'institution de ces lois eut lieu fondamentalemonl dans le suolime sermon de Jésus sur la montagne ; et là encore, il n'argumente point; car que pourrait le raisonnement pour dompter des passio'ns telles que l'envie, la jalousie, la haine, la vengeance, et pour porter même les hommes à faire du bien à ceux qui leur font du mal ! Jésus ordonne : Vous avez ouï qu'il a été
dit aux anciens Etmoi je vous dis Tel
est son langage, c'est celui de l'autorité, et ce fut ainsi qu'il frappa les assistants. Ils furent, est-il dit, étonnés de sa doctrine; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes. Mais comment cette autorité pouvait-elle être ainsi manifeste aux hommes, et entraîner leur acquiescement?
Rien ne pouvait produire cet efl'et, que ses miracles et l'accomplissement frappant des prophéties en sa personne. Or c'est par là aussi que la déclaration de sa part, déjà citée, devient péremptoire, et qu'elle est efficace sur ceux qui sont convaincus de sa certitude : L'heure viendra que tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de l'homme, et qu'ils en sortiront, savoir ceux qui auront bien fait, en résurrection de vie, et ceux qui auront mal fait, en résurrection de condamnation. Telle est encore certainement la doctrine de Jésus concernant les lois morales que les hommes doivent suivre ; elles ne sont ni vagues, ni soumises à notre raison; elles sont précises, et doivent être la règle inflexible de notre conduite, pour fonder notre espérance dans la vie future et éternelle.
42. Il nous reste, monsieur, à considérer sous un autre point de vue la doctrine de Jésus-Christ, parce qu'il me semble que vous la
confondiez avec le christianisme, dont cependant elle diffère, de la même manière que les fondements d'un édifice différent de l'édifice lui-même : Jésus, veux-je dire, posa les premiers fondements du christianisme, mais il ne l'édifia pas, et il ne pouvait l'édifier. Le christianisme, qui est fondé sur toutes les révélations de l'Etre suprême aux hommes concernant la venue du Messie, ne pouvait être institué qu'après l'accomplissomenl entier des prophéties en Jésus-Christ; ce qui par conséquent n'embrasse pas seulement sa vie et sa mort, mais sa résurrection, son ascension au ciel, et l'envoi du Saint-Esprit à ses apôtres, à ceux mêmes qu'il institua pour établir l'I'lglise chrétienno, ce port de salut, auquel, suivant ses déclarations, tous les hommes doivent enfin être appelés. C'est là une distinction à laquelle on pense rarement, quoique ce soit encore une partie très-évidente de la doctrine do Jésus telle qu'elle est cont nue dans la Bible, comme je vais le faire voir.
43. Pour se convaincre d'abord de cette succession nécessaire dans ce qui a conduit le monde au christianisme, il suffit de se rappeler la déclaration de Jésus, sous la figure du bon berger, que le fruit de sa mort devait s'étendre aux gentils : ornon-seulement durant sa vie il ne s'adressa lui-même qu'aux Juifs, mais lorsqu'il envoya ses douze disciples l'annoncer pour la première fois, il leur dit : N'allez point vers les gentils et n'entrez point dans aucune des villes des Samaritains, mais plutôt allez vers les brebis égarées de la maison d'Israël, et quand vous serez partis, prêchez en disant : Le royaume des deux est proche. Guérissez les malades, rendez nets les lépreux, chassez les dénions hors des possédés ; vous l'avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement [Matlh., X, 5). Ainsi Jésus, durant sa vie, ne s'annonça et ne se fit annoncer qu'à ceux qui, d'après Mo'ise et les prophètes (ce qui écartait encore les Samaritains, qui n'avaient foi qu'au premier) pouvaient le reconnaître connue le Messie, parles seuls traits qui se manifesteraient avant sa mort; et les apôtres pouvaient seuls, en l'annonçant ensuite à toutes les nations, instituer une religion, dont l'essence caractéristique est la foi en Jésus-Christ, mort pour nos offenses et ressuscité pour noire justification ; ce qui embrasse toutes les manifestations de Dieu aux hommes consignées dans la Bible.
44. J'ai dit que c'était là une partie essentielle de la doctrine.de Jésus-Christ, et à cet égard je commencerai par montrer qu'il ne considérait pas ses apôtres eux-mêmes comme pouvant être assez instruits des choses célestes avant sa mort, pour comprendre le -but de sa venue dans le monde; combien moins cette connaissance pouvait-elle être acquise par le reste des hommes I II n'avait pu encore leur en parler qu'en similitudes, mais il annonçait à ses apôtres un secours surnaturel quand il en serait temps. « Ce n'est pas vous, leur dit-il, qui m'avez élu, mais c'est moi qui vous ai élus et qui vous ai établis, afin que vous alliez partout et que vous produisiez du
DEMONSTUATION EYANGELIUUK. DELLC.
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fruit, et que ce fruit soit permanent, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. ... Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite, que le serviteur ncst pas plus que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre.... Mais quand le Consolateur sera venu, lequel je vous enverrai delà part de mon Père, celui-là rendra témoignage do moi; et vous aussi vous en rendrez témoignage, car vous avez été dès le commencement avec moi [Jean, XV). »
45. Pour prévenir leurs doutes, de même que le sentiment dp leur faiblesse et de leur manque de lumières pour de si grandes fonctions, Jésus leur fit connaître à quoi s'étendrait le secours qu'ils recevraient du Consolateur. On le voitd'abord dans saint Luc, XII: « Quand ils vous mèneront aux synagogues, et aux magistrats et aux puissances, leur dit-il, ne soyez point en peine comment ou quelle chose vous répondrez, ou de ce que vous aurez à dire; car l'Esprit vous enseignera dans le même temps ce que vous aurez à dire. « 11 leur annonça plus particulièrement ce qui leur arriverait, en leur prédisant les suites qu'aurait l'attentat des Juifs sur lui-même ( ch. XXI, et s.) : « Il y aura , leur dit-il , de grands tremblemonts de terre en tout lieu, et des famines, et des pestes, et des épouvantements, et de grands signes du ciel. Mais avant toutes ces choses, ils mettront les mains sur vous et vous persécuteront, vous livrant aux synagogues et vous mettant en prison , cl ils vous mèneront devant les rois et les gouvernements à cause de mon nom. Et cela vous sera pour témoignage. Mettez donc en vos cœurs de ne préméditer point comment vous aurez à répondre ; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous ceux qui vous seront contraires ne pourront contredire ni résister. »
46. Quoique les disciples de Jésus, témoins de ses miracles, le reconnussent pour le Messie, ils ne pouvaient comprendre encore ce que renferinait l'idée de royaume des cirux, parce qu'ils avaient pensé, comme la plupart des Juifs, que le Messie viendrait les délivrer de leur captivité terrestre ; or, voyant Jésus posséder un pouvoir surnaturel qui leur promettait ce trioiTiphe, ils ne pouvaient être conduits à la vérité jusqu'à ce que, s'offrant en holocauste volontaire pour les péchés des hommes, il eût porté leurs regards sur les choses à venir, les chargeant euxmêmes d'annoncer aux hommes la rémission des péchés par sa mort, pour opérer rétablissement de ce royaume indépendant des choses terrestres, de ce royaume dont il serait le chef. Voilà re qui se manifeste dans le dernier entretien qu'il eut avec eux avant sa mort (Jean, XVI ) : « J'ai à vous dire encore plusieurs choses, leur dit-il, mais elles sont encore au-dessus de voire perlée. Mais quand celui-là, savoir l'Esprit de vérité, sera venu, il \ons conduira en toute vérité. Celui-là me glorifiera, car il prendra du mien et il vous le donnera. Tout ce que mon Père a, est mien,
c'est pourquoi j'ai dit, qu'il prendra du mien et qu'il vous l'annoncera. ... Vous avez maintenant de la tristesse, mais je vous reverrai encore, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ôtera votre joie ... Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. Je vous ai dit ces choses par des similitudes, mais l'heure vient que je ne vou8 parlerai plus par des paraboles, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père. ... Je suis issu du Père et je suis venu au monde; je laisse le monde et je m'en vais au Père. Ses disciples lui dirent: Voici maintenant, tu parles ouvertement et tu n'uses plus de paraboles ; maintenant nous connaissons que tu sais toutes choses et que tu n'as pas besoin que personne t'interroge : à cause de cela nous croyons que tu es issu de Dieu. Jésus leur dit : Croyez-vous maintenant? Voici l'heure vient, et elle est déjà venue, que vous serez dispersés chacun de votre côté, et vous me laisserez seul ; mais je ne suis point seul, car le Père est avec moi. . .. Vous aurez de l'angoisse au monde, mais ayez bon courage, j'ai vaincu le monde. »
47. Voilà la preuve de ce que j'ai dit, que la religion de Jésus-Christ, le christianisme, n'existait point encore dans son essence à cette dernière époque de sa vie sur la terre : il était prêt à aller au-devant de sa mort, il se séparait de ses disciples, en ce moment ils le reconnurent comme issu du Père, mais ils ne comprenaient point encore et ne pouvaient comprendre quelle serait leur vocation : c'est pour eux, sous ce rapport, que Jésus fit la sublime prière contenue dans le chap. XVII. Il leva les yeux au ciel et dit: « Père, l'heure est venue; glorifie Ion Fils, afin que ton Fils le glorifie. Comme tu lui as donné pouvoir sur tous les hommes, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Et c'est ici la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t'ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que tu m'avais donnée à faire : et maintenant glorifiemoi, toi Père, auprès de toi, de la gloire que j'ai eue auprès de loi avant que le monde fût
fait Maintenant je ne suis plus au monde,
mais ceux-ci sont au monde ; Père saint, garde-les en ton nom! ... Je leur ai donné ta parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme aussi je ne suis pas du monde. ... Sanctifie-les par la vérité, ta parole est la vérité. Comme tu m'as envoyé au monde, ainsi je les ai envoyés au monde. Et je me sanclifi*^ moi-même pour eux, afin qu'eux aussi soient sanctifiés dans la vérité. Or je ne prie point seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en mol par leur parole. ... Père juste, le monde ne t'a point connu , mais moi je t'ai connu , et ceux-ci ont connu que c'est loi qui m'as envoyé ; el je leur ai fait connaître ton nom , et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont lu m'as aimé soit en eux, el moi en eux. »
48. Bientôt notre Sauveur accomplit par sa mort l'œuvre de la rédemption des hommes ,
DE L'ESSENCE DE L\ DOCtftlNE DE JESUS-CHRIST.
mo
il fut crucifié; mais, suivant sa promesse à ses disciples, après sa résurrection il alla les joindre en Galilée : là il les instruisit encore plusieurs fois, et prêt à quitter la (erre, il leur donnji leur vocilion finale, en instituant le sacrement du baptême, signe de purification et d'adnii sion à l'alliance (ie grâce par la foi en lui ; comme on le voit aux Actes, XXII, 16; tialales, 111,26, 27; 1 Pierre, Ili, 21: « Allez, leur dil-il, et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit, et les enseignant de garder tout ce que je vous ai comiiandé. Et voici, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde (7>/«///«., XXVllI, 19, 20). » Les apôtres commencèrent ces fonctions le jour même que s'accomplit la promesse que leur avait faite leur Maître de leur envoyer le Sainl-Esprit; et peu de temps après, saint Paul leur fut joint miraculeusement, avec la destination spéciale de porter la parole aux gentils. Ce fut donc alors seulement que commença et que pouvait commencer l'institution formelle du christianisme, comme religion permanente destinée à tous les hommes. Les apôtres prêchèrent Jésus crucifié , dont 1' sacrifice avait réconcilié les hommes avec Dieu, non-seulement les Juifs, mais toutes les nations ; non-seulement les vivants et ceux qui devaient leur succéder, mais aussi les morts , depuis les premiers parents du genre humain. Par sa résurrection , Jésus avait vaincu la mort et le monde; il avait brisé la tête du serpent, ce dont saint Jean dit: « Le diable pèche dès le commencement, or le Fils de Dieu est apparu pour détruire les œuvres du diable {IJean, 111, 8).» 11 était retourné au sein du Père; il devait revenir pour juger les vivants et les morts, et ses ministres étaient chargés de déclarer les conditions du salut pour les hommes.
49. En exerçant ce ministère, les apôtres rendirent d'abord témoignage de tout ce qu'ils avaient vu de leur maître depuis qu'il les avait élus jusqu'à ce qu'il eût quitté ec monde. Instruits par le Saint-Esprit suivant sa promesse, ils pénétrèrent le sens de ce qu'il leur avait enseigné par similitudes sur l'avenir, et celui des prophéties depuis la pro messe que Dieu fit à Adam et à Eve après leur transgression. Quand ils s'adressèrent aux Juifs, ils leur développèrent ce sens des prophéties, ainsi que tout ce que leur culte renfermait comme des symboles du dernier sacrifice pour le salut du genre humain. Auprès des gentils, descendants aussi de Noé, mais qui n'avaient pas participé aux révélalions de Dieu à Abraham et à sa postérité, ils leur expliquaient comment ils étaient aussi héritiers des promesses par la foi de ce patriarche. Enfin ces instituteurs du christianisme, dont la prédication fut appuyée par leurs miracles, sont nos seuls informateurs à l'égard de Jésus-Christ lui-même, puisque ce furent eux qui consignèrent dans les Evangiles l'histoire de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension au ciel; ainsi c'est d'eux-mêmes que nous avons reçu sa doctrine , c'est-à-dire les in-
structions qu'il avait directement données dans sa prédication, les lois morales qu'il avait prescrites aux hommes, et les sacrements qu'il avait institués pour son Eglise future : c'est donc là une partie essentielle de leur prédication, à laquelle se lie intimement ce qu'ils ont enseigné eux-mêmes, et les révélations qu'ils avaient directement reçues; c'est ce que nous avons dans leurs Actes, leurs Epîlres et l'Apocalypse de saint Jean. C'est ainsi que la doctrine des apôtres embrassa toutes les révélations divines depuis l'existence du genre humain, et que d'après la doctrine même de Jésus-Christ elle est devenue une règle de foi pour les chrétiens.
50. Je crois, monsieur, avoir fidèlement tracé en quoi la Bible, qui nous sert de règle commune, fait consister le pur christianisme ; il renferme les dogmes de Dieu, de sa providence, de l'immortalité de l'âme et une morale complète, ce qui appartient sans doute à la religion, mais qui ne peut la constilucique par tout l'ensemble de ce qui l'accompagne dans la Bible. La religion n'est rien si elle n'entraîne pas l'assentiment de tout homme qui l'écoute, et elle ne saurait le faire si elle n'est pas reconnue conime fondée sur des manifestations directes de la Divinité; car sans cela, sur quoi reposerait la confiance en des choses que les hommes ne peuvent comprendre ? et quel serait le motif de soumission à des lois contraires à leurs penchants ? C'est pourquoi, depuis l'existence du genre humain et jusqu'à nos jours il n'a existé aucune religion qui n'ait eu ce caractère : ce n'est pas seulement celui delà religion des chrétiens (en embrassant celle des Juifs) et de celles des mahométans (associalion défigurée de l'une et de l'autre), c'est le caractère de toutes les religions des païens, filles difformes de la religion tr, nsmise par Noé à tous ses descendants. C'est ce que nous enseigne la Bible, dont le témoignage est irrésistiblement confirmé par la géologie , jointe à une comparaison détaillée de ces religions païennes avec la Genèse. Ces faits confirment donc incontestablement ce que dicte la nature des choses, qu'aucune religion ne pourrait s'établir parmi les hommes dès qu'elle n'aurait pas pour eux le caractère d'institution divine immédiate. Il faut donc que les dogmes du christianisme portent dans leur énoncé même les caractères divins que leur imprime la doctrine des apôtres, fondée sur l'autorité de Jésus-Christ.
51. Sans doute , monsieur, que vous admettez ces vérités, puisqu 'elles résultent du fondement que vous avez donné aux propositions religieuses précédentes en les présentant comme la doctrine de Jésus telle qu'elle est contenue dans la Bible-, condition dont je ne crois pas m'êlre écarté. Mais alors, ce que vous avez adressé au jeune prince apiès avoir énoncé ces propositions, et que j'ai déjà copié ci-dessus comme devant être l'objet de mes remarques, demande une explication.
« L'Eglise dans laquelle vous êtes né, lui dites-vous, et aux membres de laquelle vous
DEMONSTRATION LVANGELIOlji':- DELUC.
IHî
f^tcs joint (lès aujourd'hui, a ses dogmes particuliers qui la distinguent comme tous les partis entre les chrétiens ; vous en avez pris connaissance autant que votre but l'exigeait, »^t vous les avez compris dans le vœu que vous avez fait. Mais lu serment de foi que vous donnez ne doit pas, selon les vrais principes de l'Eglise protestante, lier votre raison ni votre liberté de conscience. Vousne vous engagez à einbrasser chaque opinion et chaque dogme particulier qu'autant et aussi longtemps que, scion votre manière de voir et voire conviction, ils contiennent la vérité. Comme protestant, non-seulement vous avez le droit, mais vous êtes obligé de changer dans voire conviction privée ce qu'après un examen scrupuleux vous reconnaîtriez comme destitué de vérité. »
52. Changer d'opinion quand ce que l'on croyait vrai vient à être reconnu comme destitué de vérité n'est pas un droit, c'est ce qui arrive nécessairement ; la découverte qu'une opinion n'est pas vraie est immédiatement suivie de son abandon : mais je ne puis pas comprendre à quoi s'applique cette idée dans votre remarque parce que vous n'expliquez pas ce que vous regardez comme des dogmes particuliers qui distinguent les communions chrétiennes (car il ne s'agit pas là sans doute des sectes) : vous dites seulement, monsieur, que vous en avez donné à votre élève une connaissance suffisante à son but, mais vous ne les indi([uez pas. Si au lieu des simples propositions théistiques que vous aviez énoncées auparavant vous eussiez fait précéder le symbole des apôtres, qui renferme les mêmes propositions sous la forme de dogmes chrétiens, je concevrais ce que vous vouliez exprimer; et quoiqu'il ne soit pas question de ce symbole dans tout votre discours où les apôtres ne sont pas même nommés, revenant toujours à la (profession générale que vous avez demandée au prince , celle de la doctrine de Jésus telle qu'elle est contenue dans la Bible, je dois supposer que vous aviez en vue celle-là, puisque je viens de montrer que Jésus lui-même a institué les apôtres pour établir le christianisme. Cependant permettez-moi de vous représenter que c'était une circonstance trop solennelle, un acte devenu trop public par l'impression de votre discours pour laisser en doute un point si essentiel, surtout en parlant comme au nom de la communion protestante, qui par là se trouve intéressée à [cet examen, tant pour elle-même que vis-à-vis des autres communions.
53. Si la confession de foi nommée symbole des apôtres est conforme à la doctrine de ces envoyés de Jésus-Christ, elle est fondée, comme je viens de le faire voir, sur sa propre doctrine ; et c'est pour cela qu'elle a été professée sous ce nom par l'Eglise chrétienne dès ses premiers temps jusqu'à nos jours. Qu'est-ce donc qui peut-être laissé au
i'ugement de ceux qui sont admis dans cette îglise ? deux choses seulement : l'une, si ces articles de foi sont contenus dans la doctrine des apôtres, et pour s'en convaincre, il suffit
de lire leurs écrits ; l'autre, si les apôtres étaient revêtus d'un tel caractère qu'ils pussent déclarer aux hommes les choses incompréhensibles pour eux concernant la Divinité, et celles sur lesquelles les hommes n'auraient jamais pu avoir aucune certitude par eux-mêmes, savoir sa volonté à leur égard et leur avenir. Or l'autorité de ces envoyés est liée à celle de Jésus-Christ lui-même, et l'autorité de ce divin Maître est liée à toute la Bible.
54. Voici donc la question à laquelle tout vient se rapporter : la Bible contienl-elle des révélations directes de Dieu aux hommes? Etrange question à agit-ir aujourd'hui, après tant de siècles de persuasion, et tandis que dans la majeure partie du monde l'éiat social et la tranquillité intérieure des individus reposent sur celle base ! Mais enfin, voyons ce qu'emporte une telle question dans son rapport avec le christianisme. Jésus-Christ, dont cette religion reçoit son nom, n'y a rien établi par des arguments ; de sorte que les dogmes qui la composent, dont une partie sont relatifs à lui-même, reposent entièrement sur son autorité et celle de l'Ancien Testament qu'il réclame : si donc on ne pouvait pas compter sur ces autorités, s'il n'avait été qu'un chef de secte, bien loin qu'on pût le nommer avec vous, monsieur, le plus sage et le plus excellent des hommes, bien loin que vous eussiez pu le proposer comme noire exemple le plus parfait, il serait un exemple de fausseté et de déception ; en un mot, quelques Juifs de Berlin dont j'aurai occasion de parler, se fondant sur celte idée, auraient eu raison de dire que « le christianisme avilit l'âme et attaque immédiatement la moralité.» Mais s'il est vrai qu'en ce cas ie christianisme serait indigne de la raison, il est au contraire la seule religion que la raison puisse admettre, si son auteur était véritablement ce qu'il a dit de lui-même, puisque alors celte religion provient de Dieu. Or dès qu'on fixe son attention sur la marche rétrograde qu(! Jésus et ses apôtres ont suivie pour poser les fondements du christianisme, il vient s'appuyer sur la Cenèse, qui repose elle-même sur des monuments ineffaçables de la terre et de l'histoire des hommes. C'est ce dilemme absolu, sans possibilité de milieu qui me persuade qu'en exaltant Jésus pour la sagesse et l'excellence, vous ne pouviez que le considérer tel qu'il se dit être, ce qui renferme la vérité de toute la Bible.
55. Dans ce que je viens d'exposer sur le christianisme, la communion protestante ne diffère à aucun égard des autres communions; elle ne réclame et n'a jamais réclamé aucun droit de recevoir ou ne pas recevoir telle ou telle partie de ce qu'enseigne directement l'Ecriture sainte, ce qui serait absurde ; et il est à esi)érer que les autres communions seront assez justes pour ne la pas juger d'après ce qu'ont publié quelques individus, en particulier les théologiens qui ont pris le titre de nouveaux exégèles dans ces contrées qui» sous la forme d'interprétation, soumettant, à ce (juils disent, au jugement de la raison c«
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DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JÉSUS-CHRIST
qu'enseigne la Bible, en choisissent ce qu'ils trouvent conforme à leur raison, comme s'il s'agissait d'ouvrages humains, et qui prétendent que c'est là le principe de la reforme. Je suis fâché d'avoir à traiter ce sujet qui rappelle des t(>mps malheureux où, de part et d'autre, on fut entraîné par la dispute à oublier l'esprit du christianisme, sans néanmoins que de part ni d'autre on variât sur l'autorité absolue de l'Ecriture sainte ; mais je dois y revenir pour désabuser tant les membres des autres communions, que ceux de la nôtre qui auraient oublié le fond des questions de ces temps-là.
56. Le principe des protestants, diamétralement opposé à celui que ces théologiens leur attribuent, fut celui-ci : qu'après le temps des apôtres il n'était resté sur la terre aucune succession d'hommes, ni aucun corps inspirés du Saint-Esprit, et dont la décision sur le sens des passages de l'Ecriture sainte qui paraissent obscurs, fût par là infaillible, qu'il n'y avait rien eu dès lors de divinement inspiré que l'Ecriture sainte, elle-même, et qu'ainsi, lorsqu'un passage présentait quelque difficulté d'interprétation, c'était par elle, prise dans son ensemble, qu'il fallait chercher à la lever; au lieu que l'Eglise romaine professait qu'on devait s'en tenir à l'interprétation des conciles, dont l'autorité à cet égard dérivait de l'Ecriture sainte. Je ne renouvellerai ici ni la discussion de celte question, ni celle des objets qui la firent naître ; je l'indique seulement pour montrer , par sa nature même, combien les protestants furent éloignés de soutenir que les dogmes de l'Ecriture sainte doivent être soumis au tribunal de la raison. Ceux qui se laissent entraîner à ce système font un double tort à notre communion ; car en même temps qu'ils lui supposent le principe absurde que l'Ecriture sainte est et n'est pas pas une règle de foi, ils justifieraient le pronostic de Bossuet dans sa correspondance avec Julien, que dès qu'on abandonnait les décisions des conciles, il n'y aurait plus rien de fixe dans notre religion ; ce qui n'est que trop la pente de l'esprit humain, mais qui n'est point dans le principe des protestants.
57. Tout ce qu'enseigne l'Ecriture sainte est la vérité; tel est le principe fondamental pour tout vrai chrétien, de quelque communion qu'il soit, et il ne saurait y en avoir d'autre pour lui. On peut différer sur la manière de fixer le sens de quelques passages, et c'est ce qui divise les communions ; niais le principe commun doit imprimer un tel respect, que quiconque en est fpénétré ne peut que travailler sincèrement à se garantir d'erreur dans ses interprétations, et respecter en même temps la bonne foi chez les autres; ce qui est un devoir pour le chrétien, et le premier moyen de rapprochement. Si tous ceux qui furent acteurs au temps où se manifestèrent ces dissentiments n'eussent eu en vue que la religion , et se fussent mis en garde contre l'esprit de parti, s'ils eussent eu les sentiments vraiment chrétiens de Bossuet chez les catholiques, de Bacon et
Lcibnitz du côté des protestants, on serait entré dans un examen tranquille, dicté par le désir de conserver l'union, et conduit avec celte tolérance, ce support que notre divin Maître imposait à ses disciples, et que ses apôtres recommandaient toujours : se reconnaissant alors également ses adorateurs , soumis avec la même dévotion à ses instructions et à SCS lois, désirant tous d'obtenir S5 grâce, ils ne se seraient point hâfés de roncpre une union qui aurait pu être conservée sinon en un même corps, du moins comme membres d'une même famille dont Jésus, 1g chef et consommateur de la foi, serait demeuré le lien.
58. Les chrétiens conservent , grâces à Dieu, le principe de ce lien, et il ne faut pas désespérer qu'il ne devienne efficace, parce qu'on ne doit pas désespérer de voir cesser les doutes sur la révélation elle-même qui, sourdement, autant d'un côté que de l'autre, font peu à peu substituer à la religion l'esprit de corps et l'éloignement par système. Ce lien est dans le symbole des apôtres également reconnu par toutes les communions comme renfermant les dogmes fondamentaux du christianisme , objets de foi par leur source qui son tau-dessus de la raison, mais ne lui sont nullement contraires : il nous a été transmis par la primitive Eglise, et comme on peut s'assurer en tout temps qu'il contient la vraie doctrine des apôtres, on cesse par là d'être chrétien, dès qu'on cesse de le prendre pour règle de foi ; c'est ce que j'ai prouve par l'Evangile. Or avec cette profession de foi commune, dès qu'elle est sincère, on doit comprendre de part et d'autre, que ceux qui en sont pénétrés , ne peuvent qu'être également de bonne foi dans leurs différentes manières d'entendre des points subordonnés à ceux-là ; car ils craindraient tous également d'offenser le divin auteur de la religion, s'ils s'expo^aientà substituer leurs propres pensées à ce qu'il a voulu réellement enseigner, pai lui-j!iênie et par ses apôtres. Nous devons aussi chercher mutuellement à ne pas nous faire illusion sur l'importance foncière des objets de dissentiment entre nous. On ne peut sans doute , renoncer pour soi-même à ce qu'après y avoir bien réfléchi, on regarde comme étant le vrai sens des passages sur lesquels on se divise; mais considérons pour les autres, que si, dans les différentes manières possibles de les entendre, il y eût eu du danger pour les âmes de ceux qui néanmoins demeurent fidèles à la foi en notre Sauveur, Dieu n'aurait pas permis qu'ils demeurassent obscurs. Je crois même avoir montré qu'on peut écarter ces idées de dissentiment dans la défense de la foi commune; car je pense, que jusqu'au point où j'ai été obligé de quitter mon sujet, celui d'établir l'essence de la doc«trine de Jésus-Christ . pour justifier le protestantisme à l'égard du principe que les nouveaux exégètes lui prêtent, je n'ai rien avancé qui pût me faire distinguer des vrais chrétiens des communions romaine et grecque, en mêuKî temps que je suis d'accord avec ceux, de ma communion, Je reviens donc à
av.
noire objet commun, souhaitant que celte digression , dans laquelle je ne suis entré qui; par nécessité, puisse contribuera faire apiTcevoir, qu'il peut exister un vrai centre de de réunion pour l'Eglise chrétienne ; ce qui devrai! être une satisfaction commune.
59. 11 me reste à remarquer, monsieur, qu'à la page 11 de voire discours vous employez une expression qui peut paraître équivoque, celle de chrislianisme raisonnable, mais comme je dois penser que vous la rendez synonyme à celle de pur chrislianisme , dont vous faites usage ailleurs, je ne m'y arrêterais pas, si l'on ne parlait beaucoup aujourd'hui de religion raisonnable, idée dont l'indétermination la rend illusoire, puisqu'il faudrait exprimer précisément à quoi l'on suppose que la raison s'applique; savoir, si c'est à déterminer quel doit être le fondement d'une religion pour qu'on puisse l'admellre, ou quels doivent être ses dogmes pour qu'on puisse les croire. Dans le premier sens, le christianisme (loujours renfermant la fii des Juifs) est seul une religion raisonnable, puisqu'il est de son essence d'avoir Dieu pour auteur, ou si l'on en doute, c'est là le seul objet d'examen. Dans le dernier sens, les hommes ne pourraient jamais avoir de religion même commune; car sur des sujets où tout leur manque pour juger par analogie, c'est leur imagination, ce sont leurs penchants qui décident et non la raison.
GO. C'est une idée assez commune également dans toutes les communions qu'il existe une religion naturelle, c'est-à-dire une religion que chaque homme peut trouver en lui-même et développer par la raison, mais qui avait eu besoin de la révélation pour être déterminée et appuyée. Celle idée n'aurait pas d'inconvénient, si ce n'était par ses suites ; mais en étudiant ce qui s'est passé et se passe encore, il est aisé d'apercevoir, combien de gens elle a ébranlés, d'abord quant au besoin d'une révélation, puis sur sa réalilé : transition bien aisée lorsqu'on ne réfléchit pas profondément, parce que le premier pas Halle l'amour-propr(î et le suivant l'esprit d'indépendance, on modèle aisément à son gré, tant une théologie qu'on croit trouver dans son esprit, que des lois morales qui n'ont point de règle hors des idées des hommes II convient donc d'examiner celle idée en elle-même, puisque ses conséquences qui paraissaient déjà inévitables à bien des gens, n'ont été que trop réalisées par l'expérience.
01. Ouand on admet la révélation telle quelle est dans la Bible (je n'ai d'abord en vue que ceux qui sont dans ce cas), on sait d'après la Genèse, qu'au moment où 1 homme fut créé, Dieu lui fit connaître son existence comme créateur, qu'il exigea son hommage el son obéissance et le soumit à des lois. Voilà donc une religion positive qui naîtavec le genre humain et c'est le seul cas qui fût digne de la sagesse du Créateur ; quant à sa puissanee pour l'exécution, qui peut en douter? La Gent'se nous apprend ensuite que
DEMONSTRATION EYANGtLIQlE. DELUC. «16
cette religion passa de Noé et de sa famille à tous leurs descendaïUs après le déloge : ainsi elle fui répandue dans toutes les nations, elle s'y défigura, mais sans perdre son caractère de religion positive, c'esl-à-riire dictée par un Etre suprême et elle fut rétablie par la Divinilé dans la famille d'Abraham. C'est sur ce fondement que repose toute la Bible, de sorte que saint Paul s'adressant aux Romains, et leur annonçant la rédemption des hommes par Jésus-Christ, voulant leur montrer que les païens étaient inexcusables dans leurs offenses envers Dieu, leur dit ceci (qu'on ne considère pas assez lorsqu'on suppose quil leur attribue des lois naturelles) : Parce quayant connu Dieu, ils ne lui ont pus rendu grâces, mais
ils sont devenus vains dans leurs discours
Et ils ont changé la gloire de Dieu incorruptible, en la ressemblance de Vhomme corruptible, et des oiseaux, et des bêles à quatre pieds et des reptiles {Rom., I, 21). Ainsi d'après la Bible, jamais les hommes n'ont été sans une religion positive et par conséquent le cas où une religion eût pu naître directement dans leur esprit n'ayant jamais existé, on ne saurait décider avec aucun fondement, qu'en supposant que Dieu ne leur eût donné aucune instruction directe, ils auraient ifiii se former les idées d'un Créateur, de sa volonté et d'un élat futur pour eux : ils ont reçu et reçoivent ces idées par léducalion, ils y remontent parce qu'ils les ont en perspective, et ils croient les former.
62. Quant à ceux qui n'admettent point de révélation, ils ne peuvent pas néanmoins effacer de l'histoire des hommes les traces
de cette religion positive, reconnue chez les peuples comme instituée par quelque être supérieur, et quoique hors de la nation des Hébreux, ces traces fussent Irès-défigurées, très-déraisonnables dans leurs détails, indignes même souvent d'un Etre de qui l'on concevait que tout devait dépendre dans l'univers, ce ne sont pas moins elles qui ont conduit à des idées plus saines d'un tel Etre, ceux qu'on nomme philosophes parmi les païens. Car il est impossible de supposerquo les hommes se soient élevés par eux-mêmes, du visible ou de ce qui lui est analogue à des choses invisibles, qui n'ont aucune analogie avec celles-là et qui demeurent même incompréhensibles quand l'idée en a été fournie comme fait; et quant à l'idée de créatures, elle ne serait jamais née sans l'idée préexistante de créateur. On est conduit ainsi à chercher quelle peut avoir été l'origine de ces idées répandues parmi les pa'ïens el on la reconnaît par la ressemblance de nombre de traits de leurs mythologies avec les événements renfermés dans la Genèse, traits qu'ils devaient tenir de la famille de Noé, s'ils en étaient descendants, et la géologie démontre que tous les habilants de la terre doivent en descendre.
63. Telle est donc l'origine de toutes les idées qu'on a cru, sous différenis points de vue pouvoir appartenir à une religion nalurellc, je veux dire les idées d'un seul Dieu,
mi
DE LESSKNCE DR LA DOCTRINK DE JLbLb-CUlUiST.
de sa providence ol de riaiinorlalilé de l'âme : vous «le los altribuez , monsieur, qu'à la doclrine de Jé>us-Clirist, et vous pensez qu'elles peuvent être considérées coinme renfermant le pur christianisine, niais je v.ius prie de réfléchir sur ce fait : il y a quelque temps que des pères de f.imiile juifs, dont j'ai déjà parle au § ^h, adressant à M. le pasteur Teller ce mémoire dans lequel ils accusaient le christiiinisnie d'avilir l'âme, y énonçaient ces mêmes propositions Ihéisliques concernant rii()mme,les reconnaissant déjà chez les ;incélres de Moïse, mais sans leur assigner d'origine, et depuis peu M. Teller avec qui j'ai eu une longue correspondance sur cet objet, la terminant de son côté par un écrit intitulé : La plus ancienne (lu'odicée, lait naître ces mpnies idées, pour les ancêtres de Mcn'se comme pour tous les autres peuples (et pour nous par conséquent) d'une allégorie et d'un hiéroglyphe de quelque Chaldéen ou Egyptien, cfonl il pense qu'ont été composés les trois premiers chapitres de la Getièse. Vous voyez, monsieur, par cette indétermination où l'on est réduit sur l'origine des idées de théisme répandues parmi les hommes dès qu'on abandonne leur histoire contenue dans la Genèse, qu'il ne saurait y avoir de religion respectable et fixe, que celle sur laquelle il paraît que nous sommes d'accord, savoir la pure doclrine de Jésus-Christ telle qu'elle est contenue dans la Bible , parce que c'est elle qui, par Moïse, nous fait remonter à la seule source possible du théisme pour nous, aux manifestations directes du Créateur aux premiers hommes; c'est par son ordre qu'elles ont été consignées dans la Genèse, et je le repète, au témoignage des générations qui ont transmis ce grand livre jusqu'à nous, se réunit celui de la terre et dé l'univers.
64. Ceci me conduit à deux propos qui circulent dans ces contrées, dont peu de personnes remarquent l'opposition et auxquels vous voudrez bien permettre, monsieur, que je m'arrête ici un moment. On dit d'un côté, que les nouveaux exégètes pourraient aisément me répondre, mais qu'il n'est pas temps encore, qu'il faut pour cela que le progrès des lumières soit plus général et que la religion soit posée parmi les hommes sur une nouvelle base. D'un autre côté on fait entendre que les personnes distinguées par leurrang et leur éducation, ne sauraient avoir la même religion que le peuple, parce que celui-ci ne pouvant suivre des enchaînements de propositions pour arriver à la vérité, doit avoir une religion dont es dogmes soient appuyés sur la foi publique, ou en général sur une autorité respectable pour lui, afin d'être maintenu dans le devoir. Mais que les personnes placées dans un rang plus élevé, par leur naissance au leur fortune, et qui par là reçoivent une éducation plus libérale, doivent 'être initiées oans celle espèce de secret pour le peuple, cest-a-dire (jue c'est la raison qui doit
fonder la religion. Examinons ces deux choses.
65. Quant à la première, les seules propositions que j'aie soutenues à l'égard de la religion, sonl celles-ci : Que Dieu n'a pas laissé aux hommes le soin de découvrir ces bases d'une religion, son existence, son gouvernement de l'univers, sa volonté à leur égard et leur sort futur, parce quils en auraient été incapables ; qu'il les en a directement instruits et que ses révélations à cet égard sont contenues dans la Bible. Telles sont les propositions auxquelles je me suis borné, j'arce qu'elles sont le fondement de tout dans la religion et qu'elles appartiennent également à toutes les communions chrétiennes. Lors donc que je suis entré dans des détails de doctrine, ce n'a été qu'à l'occasion des théologiens désignés sous le nom de nouveaux exégètes, qui prétendent tirer leur système de la Bible, quoiqu'ils s'en écartent entièrement. Or s'ils avaient en vue ce que j'ai dit à cet égard, il est bien évident qu'il serait temps de me répondre, car si leur doctrine est conforme à la Bible, qu'est-ce qui pourrait les empêcher de le prouver dès à présent? Rien absolument.
66. Mais ils ont un motif bien connu de renvoyer à un autre temps de me répondre ; c'est qu'ils travaillent à donner un autre fondement à la religion, ils veulent que la raison l'établisse, en abandonnant la révélation et ils ne trouvent pas que les hommes soient assez généralement éclairés pour le déclarer ouvertement. Mais ici une première réflexion se présente : que signifie l'autre propos, qu'il faut une religion pour le peuple? Peut-on espérer de maintenir deux religions différentes dans une même société, où les extrêmes se mêlent sous toutes sortes de rapports, ne fût-ce que parce que les uns servent les autres? c'est une chose impossible. Aussi voit-on que ces prétendues lumières sont répandues dans tous les rangs et l'on peut juger du nombre de gens de tout état qui croient déjà être capables de se faire une religion à eux-mêmes, par le petit nombre de ceux qui se rassemblent aujourd'hui dans les lieux destinés au culte et au maintien de la religion.
67. L'expérience prouve donc ce qui a été prévu depuis longtemps, que dès qu'on abandonne la seule source possible d'une religion positive commune aux hommes, les révélations divines, il n'est plus possible de les réunir par les mêmes dogmes théologiques, les mêmes règles de devoir, les mêmes idées sur une vie à venir, et qu'ainsi la religion s'éteindrait de proche en proche, sans qu'on pût arrêter nulle part sa décadence, ni en elle-méiiie, ni parmi les hommes. Voilà la perspective que j'ai constamment présentée à M. Teller dans notre correspondance , ces pronostics se vérifient de plus en plus ; ne serait-il pas temps de me répondre sur cet objet?
68. Mais j'ai montré en même temps iiue ce plan des nouveaux exégètes était provenu d'une erreur. Ils ont considéré la Genèse, ce
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livre où notre religion prend son origine et sur lequel repose toute la Bible, comme un .•;s scmblage de fables et dès lors tout s'est écroulé à leurs yeux dans rédifice de notre foi, ne pouvant recommencer nulle pari à le soutenir par des révélations divines, et c'est par là qu'ils ont élé obligés à chercher d'établir une religion parla raison. Mais j'ai prouvé, parles témoignages réunis de l'univers, de la terre cl de l'histoire des hommes, que la Go.nhe est une révélation divine et qu'ainsi toule la Bible porte ce caractère : ne serail-il donc pas temps de me répondre sur cet objet? Cela regarde les sciences naturelles, dont le peuple no s'occupe pas et ils pourraient en traiter conlre moi sans y lier la révélation en examinant les faits que j'ai cités et les conséquences que j'en ai tirées quand aux événements physiques arrives sur la terre. Ou s'ils pensaient que ces recherches ne sont pas assez avancées pour fournir de telles conséquences, sans néanmoins avoir des connaissances suffisantes pour en suivre la démonstration, ne devraient-ils pas au moins sentir, que ces recherches sont directes, qu'elles peuvent conduire à la vérifé quant à celle seule b;sse de Ihisloirc de l'houmie et de ses rapports avec un Etre suprême et qu'il osl téméraire dé la taxer de fable, avant que de s'élre mis en état de porter un jugemenl solide sur un objet de si grande iniporlance pour tous les hommes? Mais ces lumières léelles, comme tirées de la nature, se répandent par degrés, on ne les éteint pas, en en délournant les regards, et c'est un dos eiïels de la promesse de Jésus-Christ, qu'il mainlieridra son Eglise jusqu'à la fin des siècles.
69. Peut-être, monsieur, n'avez-vous pas été informé des détails de la correspondance que j'ai eue avec M. Teller sur cet impor-
DELUC
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tant sujet ; ce qui me fait prendre la libe rie de vous envoyer différents écrits, que le rapport de cette correspondance avec le Mémoire des pères de fandlle'juifs dont j'ai parlé cidessus et d'autres circonstances, m'ont successivement conduit à publier dans ces contrées, depuis l'année 1799; ce sont les» suivants, selon l'ordre de leur publication :
I. Lettre à quelques pères de famille Juifs, concernant leur Mémoire adressé à M. le pasteur Teller.