CONCERNANT QUELQUES GAZETTES LITTÉRAIRES
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Au moment où celte lettre allait sous presse, j'ai reçu la traduction d'un article de la Gazette littéraire de Jéna, n. 2'i8 (du 31 août 1803), dans lequel on rend compte de deux des ouvrages qui accompagnaient ma lettre précédente à M. le pasteur WolfF, mais traduits en allemand, savoir : Lettres sur le christianisme, adressées à M. le pasteur Teller. cl Lettre à ce théologien, en réponse à la ïicnne, sous le titre (ï Eclaircissements sur la nouvelle exégèse. Je copierai ici tout cel article, parce que je dois y répondre très-()réciséiiient; et il servira en même temps à faire connaître aux étrangers, qui ne sont pas au cours delà littérature allemande, quelle opinion certains journalistes doivent avoir du public, puisqu'ils osent lui présenlerde telles critiques, non-seulement ciuanl à la forme.
mais pour le fond : je le copierai par parties, en y joignant successivement mes remarques.
I. v( M. Deluc se sentit appelé à donner son avis dans l'affaire célèbre des pères de famille juifs (de Berlin); ce qu'il fit dans sa Lettre aux auteurs d'un mémoire adressé à M. T-cIlcr, mais ceux-ci n'y firent aucune attention. » Ces Juifs, il est vrai, ne répondirent pas à ma lettre, cependant j'ai lieu de douter qu'ils n'y fissent aucune atleulion ; mais ce qui importe ici, c'est d'expliquer quel était leur projet, afin qu'on sache ce qu'emporte rapi)robalion que le critique paraît leur donner, en ne dis.uit que ce peu de mois sur ce qu'il nouuue une affaire célèbre.
Les Juifs, auteurs de ce mémoire, y abdiquaient la foi à l'Ancien Testament; ils ne
DE L'ESSENCE DE LA DOCTIUNE DE JESLS-CllRlST.
considéraient Moïse que comme un clief respectable de leur nation, qui l'avait tirée d'Egypte avec beaucoup d'habileté, l'avait dirigée ensuite avec prudence, et lui avait donné des lois très-sages. Quant aux idées de théisme renfermées dans ses livres et adoptées par les Juifs, ils ne leur assignaient d'autre origine que d'avoir déjà existé parmi les ancêtres de leur nation ; et à l'égard des lois céiémonielles qu'il avait établies, en approuvant ses motifs pour ces temps-là, ils les trouvaient aujourd'hui aussi inutiles qu'embarrassantes, et ils se proposaient de les abandonner. « Mais, ajoutaient-ils, p. 4-7, comparant le judaïsisie au christianisme, le défaut d'être sans importance, et de dissiper un temps et des forces qu'on pourrait mieux employer, est au moins le seul désavantage qu'on puisse leur reprocher, et ces cérémonies n'ont aucun mauvais effet sur noire moralité pratique. Combien plus dangereuse n'est pas l'influence de dogmes au-dessus de la raison, qui avilissent l'âme et attaquent immédiatement la moralité... Si le Juif éclairé n'a besoin que de rejeter cette enveloppe de lois cérémonielles pour réformer sa religion, il n'en est pas de même du chrétien éclairé, qui est obligé de soumettre à un nouvel examen les points fondamentaux de sa croyance. » Le critique approuve sans doute cet exposé, puisqu'il semble triompher du silence de ces auteurs sur ma lettre, et l'on verra qu'il l'approuve en effet.
Ces Juifs se croyaient donc plus avancés que les chrétiens vers une religion raisonnable; distinguant cependant les théologiens de la classe de M. Teller, à qui ils croyaient pouvoir déclarer, sans l'offenser, qu'ils ne sauraient admettre les dogmes de son Eglise, et qu'il fallait se borner à établir quelques idées de théisme ; liiais comme ils désiraient en même temps de parvenir à l'état de citoyens, ils le consultaient sur ce qu'il pourrait être nécessaire d'ajouter ou changera celles qu'ils avaient énoncées pour être admis à cette qualité.
Lorsque j'eus une traduction de ce mémoire, M. Teller n'y avait pas encore répondu; ainsi, m'en rapportant à ce pasteur pour la défense du christianisme contre de telles accusations, je me bornai à deux points principaux dans ma lettre à ces Juifs. Le premier concernait leur étrange idée d'obtenir l'état de citoyens par l'abandon de leur religion, sur une simple profession de théisme; sur quoi je leur représentai que si les Juifs étaient admis à vivre dans les sociétés chrétiennes, c'était à cause de leur foi en l'Ancien Testament; ce qui en particulier, leur fai- ; sant reconnaître le Décalogue comme une loi „ divine, donnait en eux cette confiance qu'en . l'observant ils ne troubleraient pas la société; au lieu qu'une renonciation à ce qui rend cette législation sacrée, qui réduirait leur religion à la simple profession d'un théisme et d'une mprale sans fondement que la raison humaine, loin de favoriser leur désir devrait leur ôter la confiance publique. Examinant alors leurs motifs d'abandonner l'Ancien Tes-
tament, je leur en montrai d'abord le peu de solidité, et je leur a[)poriai ensuite les résultats des études de la nature et de l'histoire des hommes, en témoignage de la vérité de la Cenèse et ainsi de toute la théocratie de leur nation ; et je répondis en même temps aux idées de quelques théologiens qu'ils reconnaissaient comme leurs guides. Telle fut ma lettre à ces auteurs juifs, dont le critique tait le sujet, et il passe aussi sous silence en quoi consistait la différence de la réponse que leur fit M. Teller avec la mienne, en se bornaiilà ce qui suit :
II. « La réponse libérale que fit M. Telier à la lettre de ces honnêtes pères de famille, trouva d'autant plus d'accueil auprès d'eux, que cette réponse et l'écrit de M. Teller intitulé Les signes du temps, étaient conforn:es aux règles de la hante critique et de l'iiilcrprétation grammaticale. Mais c'est précisément cette manière d'expliquer, manière que M. Deluc avec grand tort se plaît à nommer nouvelle exégèse, qui lui fut en scandale. » Je dirai ici en passant, que le tort que m'impute le critique quant à la dénomination de cette exégèse, si c'en est un, est celui de M. Teller; car en répondant à uses Lettres sur le christianisme, dans lesquelles je lui représentais les conséquences de celte manière dinlerpréter ["Ecriture sainte, il intitula luiniême cet écrit, Eclaircissement sur la nouvelle exégèse.
Mais ce qui importe ici, c'est d'expliquer en quoi consiste celte haute critique que le journaliste dit avec raison m'avoir été en scandale, comme elle l'est à tout vrai juif et vrai chrélien. Cette critique porte en effet fort haut, (ar elle va frapper la clef de la voûle dans la religion des Juifs et dans la nôtre, eu reléguant la Genèse au rang des fable-i, (t eiïuçant alors nécessairement delà Bible toute révélalion et tout miracle. Voilà ce que le critique ne veut pas manifester encore ouvertenieiit, quoique tout l'article que j'exauiine tende à favoriser ce système destructeur de notre religion.
m. (( Par celle opinion de M. Deluc , continue-t-il, non-seulement il trouve que M. Teller rendait trop facile l'accès des Juifs au cisristianismo, mais que cette exégèse est incompatible avec l'essence et la dignité de la religion, cl celle des mémoires religieux de la Bible, et il s'imagine qu'elle menace de destruction toute religion et toute piété. C'est contre cet ennemi chimérique qu'il se met en campagne par les deux écrits que nous examinons. » Cela est vrai, sauf l'expression ennemi chimérique, et l'on va voir ce qu'elle cache. ,
Dans sa réponse au mémoire de ces Juifs, i M. Teller leur donnait les plus grands éloges, à cause même de leur franchise à avouer qu'ils rejetaient toute révélalion dans l'Ancien Testament, et qu'ils ne pouvaient croire aux dogmes du christianisme ; mais il leur,; faisait comprendre en même temps c[ucdans leur but de devenir citoyens, le titre de chrétiens leur était nécessaire: ce qui au reste ne devrait pas les arrêter, parce que descen
(lanls (lu judaïsme on pourrait employer pour eux l.'i formule de baplêine qui, dis;iil-il, paraissait clairement avoir élc employée par Pierre et Paul, savoir : Je te baptise au nom (ou comme on pourrait traduire) en la profession de Christ; à quoi l'on pourrait ajouter ; fondateur d'une relif/ion plus spirituelle et plus consolante que celle que professe la société religieuse à laquelle tuas appartenu jusqu'à présent. Quant à leur croyance intérieure, M. Teller leur faisait entendre que cela serait laissé à leur jugement, et que l'exégèse qui leur était connue le leur rendrait très-facile. On conçoit donc comment ces Juifs purent trouver libérale la réponse de M. Teller, car il leur faisait bon marché du christianisme; mais l'Eglise n'y ayant pas acquiescé, les choses en demeurèrent à ce point. C'est durant ce mouvement, qui mérite bien l'attention des chrétiens, que je publiai les deux écrits dont parle ici le critique, et il vient d'abord à mes Lettres sur le christianisme, adressées à M. Teller, au sujet de sa Réponse à ces Juifs et de ses Signes du temps.
IV. Son argument, dit-il, est à peu près le suivant. « Une vraie religion ne peut être puisée que dans une révélation de Dieu luimême. Aussi Dieu s'esl-il effectivement révélé aux hommes en différents temps d'une manière immédiate, tantôt par une voix, tantôt par le Fils de Dieu ( dans le sens de l'Eglise) tantôt par des prophètes et des apôtres qui , par des miracles et des prophéties , prouvaient qu'ils enseignaient et écrivaient par autorité divine. De telles révélations forment le contenu de l'Ecrilure sainte; on ne peut tri^uver nulle part ailleurs une religion que voilée par l'erreur; et le Symbole des apôtres (qu'il est difficile que l'auteur entende entièrement; est l'abrégé des vérités ainsi révélées par la Divinité. Mais les révélations de Dieu ne doivent pas être des objets de critique , il faut les recevoir à la lettre, et c'est ainsi qu'en rfcevant universellement le Symbole des apôtres, comme point central de foi, on cessera de renverser l'ordre naturel des choses : on n'aura plus à craindre, ni des dévi;ilions essentielles du vrai sens de l'Ecriture sainte, ni l'animosilé dans la diversité des opinions. Or la nouvelle exégèse, qui s'éloigne si souvent du sens littéral, produit des effets contraires. « On vient de voir ce qu'est cette exégèse, et s'il ne s'agit que du sens littéral, ainsi je ne le répélerai pas et ne m'arrêterai qu'à ce qui précède. Aurait-on pensé dans ces contrées, il y a seulement vingt ans, que ce fût là un objet de censure? Mais on verra par ce qu'en dit ce journaliste, qui croit avoir déjà assez entraîné le public dans les idées de son parti, dont il est l'écho, pour que ce seul énoncé du plan de mes lettres à M. Teller me livre au ridicule; cependant cela m'arrêtera d'autant moins , que j'ai meilleure opinion du public. Je f( rai donc reniar(iuei' d'aiiord, que cette exposition de mes principes par mon critique même, confirme celle que j'en avais faite plus en abrégé , quoiqu'avcc plus de
nRMONSTRATlON ÉVANGÉLIQUE. DELUC.
précision , au § C5 de ma lettre à M. "Wolff, afin qu'on pût observer que si le système dos nouveaux exégètes, qu'ils prétendent fondé sur l'interprétation de l'Ecriture sainte , lui était conforme, ils n'auraient pas raison de différer à me répondre. Leur délai ne peut donc provenir que de ce qu'ils ne trouvent pas qu'il soit temps encore de déclarer ouvertement que l'Ecriture sainte ne leur sert plus de règle. Mais si des ecclésiastiques qui se nomment, tel que M. Teller, gardent encore ces ménagements, des anonymes anticipent les temps. C'est ce qu'on va voir par ce que dit le critique de ces principes que j'avais posés d'après l'Ecriture sainte, dans mes lettres à M. Teller.
V. « Combien ces armes rouillées, que l'auteur a tirées des anciens arsenaux théologiques, particulièrement d'un Bacon, qui paraît être son tùrèc '<pn, conviennent peu à la manière de combattre d'aujourd'hui 1 11 s'agit maintenant de la rectification des premiers principes fondamentaux. (Voilà ce que disaient les Juifs , amis de M. Teller et du critique. ) Principes à l'égard desquels tout homme qui a fait seulement quelques progrès dans la littérature Ihéologique et philosophique , doit s'éloigner si fort de M. Delucl Mais sur lui , qui aime mieux à afiirmer qu'à examiner, à regarder ses assertions comme des axiomes quà les prouver, une telle réfutation ne produirait aucun effet; quant à nos lecteurs qui ont une maniera de penser plus libérale , ils n'en ont pas besoin. »
Voilà comment on asservit les hommes inaltentifs, si ce n'est par cette flatterie, c'est par la crainte d'être considérés comme gens à préjugés, quoique ce qu'on dénonce ici comme des préjugés soit la religion de nos pères, sur laquelle la société s'est soutenue jusqu'ici et se soutient encore. Mais que diton pour rassurer ceux qui craignent qu'en écartant cette religion, il n'en restât aucune, et que la société ne se trouvât ainsi sans soutien et les individus sans consolation ? C'était là un des objets que j'avais pressés fortement dans mes premières lettres à M. Teller; le critique le dit lui-même et n'y répond point ; il a voulu éviter d'entrer dans cet examen, parce qu'il n'aurait pu m'imputer alors, vu tous les détails dans lesquels j'étais entré sur ce grand sujet, d'aimer mieux à affirmer qu'à examiner, à donner mes assertions pour des axiomes qu'à prouver; il a donc compté sur la crédulité de ses lecteurs, et il a passé tout cela sous silence.
Au commencement de ma correspondance avec M. Teller, je m'occupais d'un Précis de la philosophie de Bacon , dont le critique n'effacera pas la juste célébrité; et cet ouvrage a paru depuis à Paris. C'est ainsi qu'écrivant en même temps mes premières lettres à M. Teller, plusieurs passages de Bacon vinrent naturellement se présenter à mon esprit pour appuyer mes raisonnements sur quelques objets. Dans sa réponse , M. Teller m'attaqua sur Bacon et par lui ; et le critique aurait pu voir dès l'entrée de ma ré-
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plique (dont il va parler) que si je ne relevai pas celle parlie de la réponse de M. Teîler,
pas celle parue de la repo dont je fis cependant une mention expresse, ce fut par ménagement; car j'aurais été obligé de montrer qu'en attaquant Bacon , il le citait mal, et qu'en me l'opposant, il tronquait ses passages; c'est ce quil m'a obligé ensuite à lui prouver dans une correspondance parliculièie, devenue publique avec son aveu. Quand celle correspondance tombera sous la main du critique, il y trouvera les preuves de ce que je viens d'avancer ; mais comme il verra en même temps que dans la suite M. Tcller les a passées sous silence, il dira qu'il n'a pas daigné me répondre là-dessus , ce qu'il croira suffisant pour ceux qu'il vient de nominer nos le( leurs , mais qui devrait en diminuer le nombre.
VI. « Il est vrai, conlinue-l-il, que M. Teller, dans son écril que nous avons déjà annoncé avec éloge ( Eclaircissements sur la nouvelle exégèse) en réponse aux lettres à lui adressées par M. Deluc, s'est soumis à celte peine , mais c'esl plutôt pour se défendre contre ceux des passages de ces lettres qui auraient pu jeter un faux jour sur son caractère moral , que dans l'espoir de le mieux endoctriner; car l'impossibilité d"y réussir se voit par l'écrit suivant. » Je viendrai bientôt à ce qu'il dit de cet écril, mais je dois parler auparavant de l'accusation ici renouvelée, que j'avais jeté un faux jour sur le caractère de ce théologien.
M. Telier prétendait en effet dans sa réponse, que j'avais compromis son caractère moral; et pour que le blâuie tombe sur moi, le critique ne dit pas sur quoi se fondait celle plamte. Lorsque j'écrivis mes premières lettres à M. Teller, je ne me crus pas assez autorisé par la voix publique, pour m'adresser à lui comme à lun des auteurs de l'exégèse que tout condamne; je l'examinai donc simplement en sa présence , le priant de ia considérer plus attentivement, parce que je voyais qu'il en adoplail les principes. Il s'offensa de ce ménagement, me reprochant que j'avais été assez longtemps à Berlin pour être instruit, comme chacun le savait, qu'il était attaché de cœur et d'âme à cette exégèse , et que depuis cinquante ans il avait fait beaucoup d'efforts pour la propager; de sorle que ma manière de lui en parler pouvait le faire passer pour un hypocrite. Voilà tout le tort qu'il me reprocha; c'était la circonspection d'un homme qui ne voulait pas se livrer à des rapports. Mais bien loin de se borner à celle apologie , comme îc dit le critique , M. Teller en prit occasion d'étaler son exégèse, comme le porte même le litre de sa réponse, savoir : Eclaircissements sur la nouvelle exégèse; ce qu'il fit, sans dir(^ un mot des objections fondamentales que je lui avais présentées. C'est à cet ouvrage que je répondis par la lettre dont le critique va parler.
VII. « Celte lettre, dit-il, renferme une réplique à l'écrit de M. Teller dont nous venons de faire mention. M. D. L. prétend qu'il n'est pas bien compris par M. T., il veut nùeux fixer Us points problématiques; mais
tout tourne sur le pivot de l'idée exaltée de religion et d'inspiration , et sur la nécessité qu'il en déduit d'une inlerprélalion littérale. »
On conçoit bien que cela veut dire seulement que je me fonde sur la Bible, ce qui, vis-à-vis d'cxégètes qui prétendent l'inlerpréler, devrait être un fondemenl irrécusable : mais leur prétendue inlerprélalion n'est que simulée, et le critique continue ici la simulatioîi en donnant à entendre que la discussion entre M. T. etn)oi, a porté réellement sur une interprétation , et qu'il s'agissait seulement de décider si elle devait être littérale ou non littérale ; tandis qu'il n'en a été question enlre nous qu'incidemment, et que l'objet a toujours été cette haute critique qui, reléguant la Genèse au rang des fables, entraîne un retranchement total de tout ce qui, dans la Bible, atteste l'intervention divine, savoir, les prophéties et les miracles ; ne laissant ainsi qu'un squelette mutilé d'histoire, et une esquisse vague de préceptes de morale , sans appui que l'opinion de chaque individu. Le devoir du critique aurait donc été de citer des exemples de mes représentations à M. T. sur cet objet , et ses réponses; mais il aurait craint d'y loucher, de peur d'être obligé d'avouer que c'est bien à celte mutilation de la Bible que conduit la nouvelle exégèse, et que lui-même n'a point d'autre vue. Mais en cherchant à décréditer mon ouvrage pour qu'on ne le lût pas, il fallait pourtant en citer quelque chose , et il en choisit deux traits par lesquels il croit pouvoir persuader ses lecteurs que je suis un homme très-déraisonnable : voici le premier.
8. « Dans l'écrit cité , dit-il , M. T. avait manifesté son étonnement de ce que M. Deluc avait presque entièrement négligé l'expression religion raisonnable; à quoi il réplique (chose sur laquelle nos lecteurs auront peine à en croire leurs yeux) : Je n'ai pas négligé seulement, fai évité à dessein l'expression religion raisonnable, parce que je ne lui trouve point de sens ! ! ! » Si le critique eût copié plus loin ma lettre, ses points d'exclamation seraient lombes sur des passages de ses amis eux-mêmes , les pères de famille juifs et M. Teller; parce que la vérité échappe quelquefois à ceux qui soutiennent des systèmes chimériques.
Pour diminuer d'abord l'étonneinent que témoignait M. Teller à l'égard de mon silence sur une religion raison?iabie, je lui citai le mémoire des pères de famille juifs, et sa propre réponse. Les premiers disent à la p. 36 : « En vain des hommes de génie différent et toujours sublime, avaient-ils cherché à donner à une religion purement sensible, qui dégénérait de plus en plus en culte extérieur, une tendance moins grossière, afin de préparer l'esprit humain à une religion purement spirituelle, si tant est qu'elle puisse èlrc jamais le partage des hommes... » Voilà déjà chez ces auteurs, le doute que les hommes puissent parvenir à une telle religion. Mais M. Teller alla plus loin dans sa réponse, ca.
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il leur (lit, p. 32 : « Co que j'ai nommé une religion débarrassée de tout lien et sans voile, peut être pensé sans doute par une conception qu'aueune distraction n'interrompe , et vous pouvez vous en faire une idée; mais ni vous, ni tout aiitrc homme ne pourra la retenir invariablement quand il on aura fait choix. » V^oilà une grande vérité énoncée par M. Teller lui-même; pourquoi le criti(jue ne la-l-il pas copiée, pour dire ici à ses lecteurs , qu'ils auront peine à on croire leurs yeux ? car après avoir vu M. T. me reprocher d'éviter l'expression religion raisonnable, ils n'auraient pu qu'être frappés de ce qu'il avait dit lui-même d'une telle religion. Pourquoi encore n'a-t-il pas copié ce que j'ajoutais? « Cherchez, monsieur, disais-je à M. Teller, ce qui vous engageait alors à énoncer cette idée, contraire à celle à laquelle je réponds, et vous trouverez sûrement , que c'est par la même raison que j'en avais donnée ; c'est qu'il n'y a aucune religion dans laquelle les hommes puissent persévérer, si elle n'est positivement fixée par les liens que lui fournit la révélation. La religion ne peut être que raisonnable, quand elle est fondée sur des bases expressément posées par la Divinité elle-même ; il n'y en a point de réelle, si on doit l'attendre des pensées des hommes. » Voilà à quoi le critique aurait dû répondre, s'il le pouvait.
9. Voici maintenant le seul exemple qu'il donne et qu'il aurait pu donner d'une question sur le sons littéral entre M. Teller et moi, et où il me trouve encore très-déraisonnablo. « A quoi point , dit-il de moi, il pousse son explication littérale , et en général coinment il argumente contre la haute critique , se voit encore à la page 43, § 19 : Je crois fermement, dit-il, que Dieu fit Adam de la poudre de la terre, le douant d'une âme vivante, et qu'il forma Eve d'une de ses côtes : sans doute que je n'en comprends pas la manière, non plus que d'aucune autre partie de la création ; mais je crois ces faits vrais, parce qu'ils se trouvent dans un livre qui a le témoignage de la nature et du genre humain. Et je ne le crois pas moins par le témoignage de Jésus-Chrisl lui-même {Matlh:, XIX, 3-5] qui, ayant eu de la pisrt des pharisiens cette question : Est-il pcriuis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit? répondit : N'avez-vous pas lu, que celui qui les a faits, dès le cominencemenl, fit un homme et une femme, et qu'il dit : A cause de cela l'homme laissera son père et sa mère et se joindra à sa femme, cl les deux ne seront qu'une même chair; les renvoyant ainsi , connue à une décision de Dieu lui-même, au v. 25 du cliap. 11 de la Genèse, c'est-à-dire, suivant la haute critique, à un second fragment d'Ecrit inconnu : ici donc , comme dans tout son travail , elle contredit aussi Jésus-Christ et ses apôtres ; parce qu'elle n'a pas plus d'égards aux livres (lu'elliî laisse subsister comme authentiques qu'à ceux auxquels elle refuse l'authenticité. » Voilà ce que le critique cite de moi, et il a raison de donner ce passage
DKMONSTUiiTtON EVANGELIQUE. DELUC. H28
comme un exemple de la manière dont j^argumentc contre la haute critique, ou plutôt de ce dont je l'accuse, c'est-à-dire de n'avoir
d'égards pour aucune partie de la Bible, en paraissant se borner à en écarter quelquesunes : mais s'il croyait que par cette accusation je faisais tort à la nouvelle exégèse, pourquoi ne la défendait-il pas? C'est comme je viens de le dire, <|ue c'est bien là le plan de ce système, que les nouveaux cxégètes ne cachent plus, comme on le verra par M. Teller lui-même, dans un ouvrage dont le critique m'obligera de parler.
Mais pour détourner de ce plan, l'attention de quelques lecteurs, afin qu'ils ne le voient pas encore, le critique la porte sur la partie de ce passage oii je déclare mon assentiment au sens littoral de la Genèse à l'égard de la création de l'homme et de la femme, parce que beaucoup de personnes pensent, qu'on doit en prendre les expressions dans un sens figuré ; ce qui est une question peu importante, quand on croit d'ailleurs à la révélation ; or pour ceux qui sont dans ce cas, voyant ce trait isolé, il doit paraître singulier en effet, que je l'aie choisi moi-même , et c'est là le but du critiqut; ; mais c'est seulement un nouvel exemple de sa méthode , c'est-à-dire, qu'il suppriujc ici, comme dans le cas précédent, ce qui a donné lieu à mes expressions; et l'on va juger si cette suppression était légitime.
Pour justifier la haute critique de ce qu'elle considère la Genèse comme une mythologie, une fable, M. Teller m'avait dit dans ses Eclaircissements : «Voilà sur quoi il faut prendre son parti, à moins de vouloir donner gain de cause aux railleries fines et grossières des ennemis de la religion : combien de fois n'at-on pas tournée en ridicule la côte d'Adam?» Or dans l'ouvrage que la critique avait sous les yeux, après avoir rapporté ce passage de M. Teller, je lui rappelais d'abord le suivant de mes Lettres sur le christianisme, auxquelles il répondait, et où j'avais déjà parlé de cet objet d'après ce qu'en eflet on on entend dire, et qui avait influé sur plusieurs théologiens. « Quand on ne sait pas, disais-jc, mépriser le ridicule déraisonnable, on mérite d'en être victime. Quiconque, faute de s'être préparé par les études nécessaires, n'est pas en état de défendre contre les incrédules le précieux dépôt delà révélation, ne mérite pas qu'il lui soit confié. » Alors j'ajoutais ce qui suit, qui conduit au passage cité par le critique, mais qu'il a supprimé. « Au lieu de céder à ceux qui tournent en ridicule la création de la femme toile qu'elle est récitée dans la Genèse , je leur demanderais , s'ils savent comment elle a été créée? et je les inviterais à examiner, s'il existe quelque règle du sens commun, qui puisse servir à décider sur un objet, à l'égard duquel on ignore également ce qui se peut et ne se peut pas. Il est évident qu'on ne ^aurait rien affirmer ni nier a priori sur la manière de la création, considérée, soit en général, soit dans aucune de ses parties, el si Dieu ne l'eût pas révélée aux hommes, elle ne leur serait pas
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JESUS-CHRIST
venue en pensée. C'est pour cela, qu'entre ceux qui regardent comme mythologique riiistoire d'un commencement d'existence de l'univers par une cause intelligente, il y a toujours eu un grand nombre d'athées et de matérialistes. Sans craindre donc les sarcasmes de ceux qui, n'ayant pas étudié profondément la nature, et voyant des difficultés partout, ignorent où. il y en a de réelles quand ori n'admet pas la Genèse, je crois.... «Ici suit le passage que le critique a cité , et il a supprimé ce qui l'acheminait , pour ne pas montrer qu'il n'avait rien à y répondre.
10. Comptant néanmoins sur l'impression qu'il aura donnée à ses lecteurs, en écartant totalement l'objet de ma discussion avec M. Teller, sur la haute critique, il change abrup.lement la scène , et la transporte sur un autre objet , à l'égard duquel il ne cache son but que sous une gaze, sans doute parce qu'il a intention qu'on le voie ; mais on y verra aussi son ignorance. « On voit encore, dit-il, en cet endroit comme en d'autres, que la crainte de M, Deluc pour son système géologique, et particulièrement pour la prétendue coïncidence de ce système avec la révélation de l'Ancien Testament, sur laquelle s'appuie aussi l'orgueil d'autres géologues , a conduit sa plume. Cependant nous ne voulons pas révoquer en doute son but principal, celui de soutenir la religion ; seulement cela aurait dû être dirigé par un examen modeste de lui-même, pour juger si celui qui ne sort pas des premières idées du catéchisme, est bien en état d'atteindre ce grand but.» Arrêtons-nous un moment sur la forme de cette attaque, et d'abord sur ce que la critique prétend qu'on peut voir dans le passage précédent.
Il me serait difficile de me justifier de celte appréhension que le critique m'y attribue pour mon système géologique, s'il fallait pour cela renvoyer à mes ouvrages , qui ne sont pas connus de la plupart des lecteurs ; mais une circonstance récente me dispensera d'opposer simplement assertion à assertion, en donnant une preuve sans équivoque , que je cherche au contraire l'examen. J'ai publié ici depuis peu un petit ouvrage géologique , sous le titre A' Abrégé de principes et de faits concernant la cosmologie et la géologie ; je l'ai dédié à l'université de Gottingue , parce que je le destinais aux savants ; j'en ai envoyé des exemplaires aux professeurs de théologie et de philosophie de la plupart des universités d'Allemagne, de même qu'aux membres de plusieurs sociétés savantes, les accompagnant d'une lettre adressée aux recteurs, présidents ou secrétaires de ces corps, dans laquelle j'expose mon but. Or pour toute léponse à l'insinuation du critique sur jUne appréhension chez moi quant à mon système, ce qu'il croit suffire à ses lecteurs pour qu'ils ne pensent pas à la géologie, je donnerai à la fin de mon examen de ses jugements , la copie d'une de ces lettres , celle que j'ai écrite à M. le conseiller des mines et professeur Lenz, secrétaire de la Société rainéralogique de léna.
DÉMONST. ÉVANG. XII.
Venant à la seconde insinuation du critique : s'il y a eu de l'orgueil chez quelques géologues, c'est certainement chez ceux qui, lorsque cette immense étude ne faisait que de commencer, se hâtèrent d'en conclure que la Genèse, objet de la foi des Juifs et des chrétiens depuis tant de siècles, n'était qu'une fable. Le journaliste qui, probablement, n'a pas suivi les progrès de ces recherches, se borne à dire, que c'est une prétendue coïncidence de la géologie avec la Genèse qui a conduit ma plume ; et il prouve dans la même période , qu'il n'entend pas ce qu'il dit, puisqu'il me représente en même temps , comme n'étant pas sorti des premières idées du catéchisme. Est-ce donc dans le catéchisme qu'on trouve la coïncidence de la géologie avec la Genèse?
Voilà quelle est la logique du critique ; mais ce n'est là qu'une enveloppe ; son objet est le catéchisme lui-même, qu'il veut dégrader dans l'opinion de ses lecteurs. Or qu'est-ce que le catéchisme? S'il est bien fait (et on doit le supposer tel), il renferme les éléments de la religion , destinés à la première instruction de la jeunesse. Le catéchisme doit donc contenir, les dogmes du christianisme, et les devoirs qu'il impose aux hommes, tels qu'ils sont contenus dans l'Ecriture sainte, et exprimés dans ses propres termes, puisqu'elle est la seule règle des chrétiens (1) ; il doit aussi renfermer un extrait fidèle de l'histoire qui s'y trouve contenue, puisque c'est cette histoire qui sert d'appui aux dogmes et aux devoirs. C'est ainsi qu'après la première éducation religieuse, placée dans la mémoire des jeunes gens au temps où elle a toute sa vigueur, il n'y a rien à changer aux bases de la religion dans l'esprit des hommes ; parce que, abordant ensuite eux-mêmes la source de cette instruction, l'Ecriture sainte, et en faisant un objet d'étude , ils y voient tout ce qu'où leur a enseigné dans leur jeunesse , avec de plus grands développements. S'ils trouvent alors des difficultés , ou des objections , après les avoir examinées eux-mêmes, ils peuvent avoir recours aux ouvrages où elles sont discutées : s'ils rencontrent en particulier les ouvrages des nouveaux exégètes, qui, traitant la Genèse de fable, rejettent nécessairement toute la théocratie renfermée dans l'histoire de la Bible , et ne font du christianisme qu'une religion humaine , ils doivent chercher les ouvrages qui montrent la coïncidence de la géologie avec la Genèse, et où l'on démontre que cette coïncidence ne peut avoir lieu , sans que ce livre n'ait été inspiré à l'écrivain par le Créateur lui-même.
Que dit le critique pour écarter ce que j'ai démontréàcetégard dans mes ouvrages? quatre mots : « Cette coincidence est prétendue ; » et il espère d'être cru sur sa parole, sans aucun titre à une telle confiance , puisque c'est un anonyme. Que devrait sentir le public, en voyant de tels critiques dominer dans la littérature ? Ou plutôt , quelle inattention,
(l) Avec la Uadilioii ei l'auloriié de l'Eglise. ç
[Trente-sixA a
DKMONSTRATION EVANGELIQUE. DELUC.
quelle ignorance, quelle faiblesse de jugement, (lirais-je, ces critiques ne doivent-ils pas supposer à la majeure partie du public, pour prendre si peu de peine à cacber la manière dont ils prétendent à diriger son opinion ; pour oser dire [art. 5) , afin de se dispenser de nie réfuter : «qu'une réfutation n'aurait au( un effet sur moi, et que leurs lecteurs, par leur manière de penser libérale , n'en ont pas besoin ! »
11. Voici la conclusion de cette critique, qu'on vient de voir en entier. Après avoir dit que mon but de défendre la religion aurait dû être dirigé par un examen plus modeste de moi-mcuie, pour juger si celui qui ne sort pas des premières idées du catéchisme est bien en état d'atteindre ce grand but, le critique ajoute : « et particulièrement de se mesurer avec un savant qui a blanchi dans les recherches Ihéologiques et philosophiques? Nous espérons que M. Teller ne répliquera pas, l'adversaire n'en est pas digne. » Quel peutêtre le motif de cette malhonncti'té, aussi triviale en elle-même, qu'elle est injuste envers moi, qui n'ai jamais manqué d'égards à personne, pas même à ce critique, qui depuis que j'ai publié des ouvrages dans ces pays-ci, m'a toujours attaqué avec peu de décence, comme je le montrerai bientôt. INe pouvait-il pas exaller son ami sans me mettre dans la nécessité, par ses comparaisons toujours offensantes , de songer enfin à une délénse légitime, on examinant formellement le savoir de M. Teller? ce dont je m'étais toujours abstenu : et en est-il juge lui-même ? Si cela était, en lui prodiguant ses éloges, il citerait des traits de sa sagacité et de son érudition , ce qu'il ne fait jamais ; et toujours il y a quelque lacune dans les informations qu'il donne au public. Par exemple, il espère, dit-il, dans l'article ci-dessus, que M. T. ne dupliquera pas à la lettre dont il rend compte : pouvaitil i<Tnorer que nous avions été en correspondance depuis cette lettre? M. T, le dit luimême dans la préface à son écrit intitulé La plus ancienne théodicée, publié depuis plus d'un an, et il ajoute, que c'est là le motif de son ouvrage ; cette correspondance est même publique depuis la dernière foire de Pâques à Leip-ick. Quel pcul-élre le but de ces anachronisines qui changent la face des objets aux yeux du public?
C'est ce dernier ouvrage de M. ï, que je prendrai pour texte sur son savoir, puisque le critique m'y oblige enfin Quand cet ouvrage fut connu, et qu'on sut que je m'occupais d'une réponse, plusieurs personnes, d'entre celles mêmes qui auparavant avaient une haute idée des connaissances de M. Teller, cherchèrent à me détourner de ce projet, m'assuranl que cela était inutile, parce que si jusqu'alors il avait pu être considéré comme cminent en philosophie et théologie, ou seulement en philologie, cet ouvrage seul, sans qu'il fût besoin d'y répondre , ferait changer l'opinion, que tout y était si vague, si décousu, si destitué do fondement, qu'il serait bientôt oublié, parce qu'aucun homme de lettres, qui aurait une réputation à garder,
n'oserait , en se nommant , en faire l'éloge. Cependant je ne changeai pas de dessein, parce que le but de cet ouvrage, auquel la réputation de l'auteur pouvait donner du poids, était trop grave, et en même temps trop manifeste. J'y répondis donc sérieusement, mais toujours avec beaucoup d'égards ; cette réponse fut inl'iluléc Principes de Ihéologie, de Uiéodice'e et de morale, et dès qu'elle fut sortie de !a presse à Hanovre, je l'envoyai moi-même à M. Teller, en l'accompagnant d'une lettre, dans laquelle je lui témoignai mon regret de ce que, n'ayant pas jugé à propos de s'expliquer aussi ouvertement avec moi dans notre correspondance particulière, ni même de répondre à ce que je lui avais représente par anticipation d'après quelques esquisses qu'il m'avait données de son projet, il m'avait mis dans la nécessité de lui répondre publiquement; et je lui témoignai le désir de voir une discussion réelle s'établir entre nous. Cette lettre était du 9 juillet; je lui avais déjà écrit de la u)êmc manière le 7 mai, en lui envoyant un exemplaire de notre correspondance, et je lui écrivis encore le 23 juillet, pour lui envoyer un exemplaire de mon dernier ouvrage sur la cosmologie et la géologie, mais je n'ai point eu de réponse. J'ai donc fait tout ce qui dépendait de moi pour éviter ce qui arrive: c'est que les amis de M. T. missent des personnalités, là où il ne fallait que raisonner : je ne suivrai pas leur exemple; je donnerai seulement une analyse abrégée de cet ouvrage , qu'on pourra comparer à celles qu'ils en feront, s'ils entreprennent d'en faire l'éloge; et comme M. T. a dit que son ouvrage avait pour objet notre correspondance, je l'envisagerai sous ce point de vue. Dans cette correspondance, tant publique que particulière, M. T. avait récusé mes connaissances géologiques, comme pouvant servir dans le jugement à porter de la Genèse, prétendant qu'elles n'y servaient à rien, et que le critère devait être les langues orientales que je n'entendais pas. Je lui avais réponduen diverses occasions sur l'un et l'autre objet; lui uiontraiil en quoi il se trompait dans son jugement sur la géologie, et que les langues orientales au contraire ne pouvaient rien décider à cet égard, puisque les traductions en langues modernes avaient été suffisamment fixées depuis longtemps. Publiant donc contre moi cet ouvrage sur les trois premiers chapitres de la Genèse, on devait supposer qu'il y déploierait tout son savoir, pour soutenir les langues orientales contre la géologie. Mais sans parler ici des exemples frappants (jue j'ai donnés dans notre correspondance privée, de ses arguments au moins fautifs, tirés de l'hébreu et du grec, que j'avais passés sous silence dans notre correspondance publique , et m'arrêtant à ce dernier ouvrage je dirai seulemenl, qu'il n'y a pas un mot d'hébreu, ni la moindre critique des versions en langues modernes, et rien même ne s'y rapporte à ces objets ; quanta la géologie, on ne croirait pas même qu'elle existât, bien loin qu'il y soit question de notre correspond dance sur ce sujet.
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JÉSUSCHRIST
Qu'est-ce donc que cet ouvrage, auquel M. T. me renvoyait toujours dans notre Correspondance? C'est uniquement une tentative de transformer les trois premiers ch-ipitres de la Genèse en une allégorie et un hiéroglyphe, qu'il suppose avoir eu leur origine chez les Chaldéens ou les Persans, et d'être passés aux Egyptiens et aux Hébreux. On avait donc droit d'attendre ici de savantes discussions sur l'histoire et la religion de ces difTérents peuples, et sur leurs rapports entre eux ; or je vais copier tout ce qu'il a dit à cet égard.
Il suppose d'abord que les chap. II et III de la Genèse étaient originairement un hiéroglyphe, et le chap. I une allégorie ; puis il continue ainsi, à la page 2 : « Les deux monuments les plus anciens de ce langage, qui par conséquent contenaient de grandes vérités, et qui, autant qu'on peut remonter dans l'histoire, étaient en vogue, surtout parmi les Egyptiens, vr;;iserablablement avant les Pharaons (et c'est aussi l'opinion de M. Herder), sont le chap. I de ce qu'on nomme le premier livre AQMom, jusqu'au v. 4 du chap. II, et, depuis ce verset, le chap. Il jusqu'au chap. IV. Fixons d'abord l'attention sur les premiers mots de ce passage. Ces deux monuments du langage hiéroglyphique et allégorique sont, dit-il, les plus anciens, et par conséquent ils doivent contenir de grandes vérités. Or dans le système de M. Teller, les hommes n'ont eu aucunerévélation divine, ils se sont éduqué'^ euxmêmes ; croirait-on possible que quelqu'un pût imaginer avec un tel système, que plus les monuments du savoir sont anciens, c'est-àdire moins les homir.cs avaient eu le temps d'en acquérir, plus on doit y trouver de vérités? Voilà ces recherches philosophiques qui, suivant le critique, si j'étais plus modeste, devraient m'empêcher de me mesurer avec M. Teller. Et ce n'est pas là un paralogisme de peu d'importance, puisqu'il sert de fondement à tout ce qui suit dans cet ouvrage.
«Mon intention, ajoute-il, n'est nullement de prétendre par là , que ces monuments ont été empruntés des Egyptiens; car le grand commerce que faisaient ceux-ci avec les peuples étrangers , ne fût-ce même que passivement, vu que leur pays était l'entrepôt universel des grains, pourrait faire présumer que les Chaldéens ou les Persans leur ont prêté ces productions. » Voilà tout ce qu'il dit d'historique; excepté qu'en revenant au même sujet à la page 85 , il suppose aussi , que les Hébreux ont tiré de la même source leurs idées anthropologiques, c'est-à-dire sur la connaissance de l'homme. Mais il détruit lui-même toute confiance en ces spéculations ; car il faudrait montrer quelque critère quant au degré d'antiquité des documents , et l'on voit bientôt qu'il n'en a point. Il cite M. Eichhorn , comme ayant prouvé que les chap. I et II de la Genèse diffèrent, quant au temps de leur composition et à leurs auteurs, et il rapporte la preuve qu'en donni; M. Herder, c'est que le style du premier est plus cadencé; mais il n'est pas de l'avis de ces deux auteurs sur l'ancienneté relative : « Il ne m'est pas démontré, dit-il, que ce premier docu-
ment soit plus ancien que le second; je présume au contraire que celui ci est le plus ancien, parce que son habit extérieur, si j'ose m'exprimer ainsi, annonce une antiquité plus reculée. » Voilà le degré de certitude de ces critiques philologues : et j'ai maintenant rapporté tout ce que dit M. 'f eller pour appuyer son étrange opinion, que les trois premiers chapitres delà Genèse sont des ouvrages de quekjnes païens.
Cependant c'est sur une telle base; c'est sur certains restes de l'antiquité, peut-être égyptiens, mais plus probablement, selon lui, chaldéens ou persans , dont il avoue dans sa préface qu'il ne s'accorde pas quant à leur sens avec ses coopérateurs dans la même carrière, MM. Rosenmûllor, Eichhorn, Gabier, Paulus, Pott, Heizelmann etCrugel (qui eux-mêmes diffèrent entre eux), que M. Teller fait reposer la théologie et la morale; car le reste de la Bible n'entre ici pour rien , et quoiqu'il ne regarde ces documents que comme les idées de quelques païens inconnus , ils lui suffisent pour fixer les grands points de la religion. Or voici son plan général.
Cet habit dont il parle à l'égard des chap. II et Ilî de la Genèse , et qui les lui fait regarder comme plus anciens que le chap. I, c'est qu'il lui paraît que les événements d'Adam et Eve jusqu'à leur transgression , décrits dans ces chapitres, ont dû être originairement tracés en hiéroglyphes, dans un temps où les hommes ne vivant presque encore que du fruit des arbres, n'avaient point d'autres signes de leurs idées. Dans cet hiéroglyphe cependant, on doit trouver les idées d'une création et d'un Créateur, et par. anticipation, un tableau des vices auxquels s'abandonneraient les hommes quand la société serait née; quant à la voix de Dieu qui y dénonce une punition aux coupables , c'est celle des remords chez les hommes. Mais là doit s'ouvrir en même temps la perspective d'une autre vie, où la sensualité grossière ne subsistera plus, et où les hommes seront tout esprit. Quant à ce qu'il qualifie de représentation figurée delà création, c'est-à-dire le chap. I de la Genèse , il le regarde comme moins ancien, parce qu'il doit avoir été d'abord écrit en langage de mots. L'auteur lui paraît avoir eu dessein d'y combattre l'idée de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais ; et il a montré beaucoup de sagacité , en ce qu'on y trouve l'idée , qu'il ne suffisait pas que les parties de l'univers fussent bonnes en elles-mêmes , qu'il fallait de plus qu'elles fussent bonnes dans leur ensemble, pour concourir à un but. C'est ainsi que M. T. combine ces prétendus restes de temps inconnus, et comme cet arrangement , aussi bien que ses commentaires, ne sont qu'un ouvrage d'imagination, tantôt on y trouve la peinture du genre humain, tantôt celle du premier homme et de la première femme, sans que rien annonce ces transitions, ni qu'il s'aperçoive lui-même des contradictions qui en ré-< sultent.
Quant aux détails de cet étrange plan dQ
DEMONSTRATION EYANGELIQUE. DELUC.
religion, au sein de l'Eglise chrétienne, on peut les trouver dans l'ouvrage même ou dans ma réponse mentionnée ci-dessus ; mais je crois ce que j'en ai rapporté suffisant pour qu'on puisse apprécier ce que dit le critique de léna, que « si j'étais plus modeste, je n'entreprendrais pas de me mesurer avec ce savant, qui a blanchi dans les recherches théologiques et philosophiques, et que je ne suis pas un adversaire digne de lui.»
C'est ici la quatrième fois que j'ai à me plaindre de ce critique , qui , aveuglé par le projet de sa secte, et comptant que le public ne lit point les ouvrages sur lesquels il prononce une sentence de condamnation, ne les lit lui-même que pour chercher çà et là ce qu'il pourrait attaquer avec quelque apparence de raison , et ne parle jamais de ce qu'on lui répond , sans doute parce qu'il ne trouve rien à répliquer.
Sa première attaque fut dans deux cahiers du mois d'août 1799 de la même Gazette , n° 268 et 269 , à l'occasion de ma lettre aux pères de famille Juifs: ] ai exposé ci-dessus leur projet, ainsi on peut juger du sien par la manière dont il parle encore de moi à leur occasion dans l'article ci-dessus. J'appris qu'il était l'auteur de cet article , parce qu'il s'en était vanté ; et une circonstance qui avait eu lieu auparavant entre nous, m'engagea à lui adresser ma réponse, sans le nommer, mais en lui faisant assez entendre que je le connaissais. Je suivis en détail sa censure, et quoiqu'il employât l'expression il est faux , au début des passages qu'il citait de moi , je lui répondis toujours avec modération , par de simples arguments , et je terminai ainsi cette adresse directe : « Si vous cherchez le bien des hommes ; si vous le cherchez par la vérité , qui seule peut le produire , vous ne pouvez, monsieur, vous dispenser de me répondre; mais ne le faites pas avec précipitation, et sans avoir pesé mûrement les choses et les mots; et ne gardez pas l'anonyme, pour que le public juge s'il doit se confier à vos décisions. Je crois vous donner ici une nouvelle preuve que je ne cherche que la vérité, pour le bien de mes semblables, et en particulier pour le vôtre.» Cette réponse au critique fut placée à la suite de mes Lettres sur V éducation religieuse de Venfance, qui parurent à Berlin vers la fin de l'année 1799. ! Il m'attaqua de nouveaudans le cahier du 20 juillet 1801, et ainsi dix-huit mois après que ma réponse à sa première attaque eut paru. Celleci avait pour objet mes Lettres sur le christiu' nisme adressées à M. Teller, dans le début ; desquelles je faisais mention de l'ouvrage ' même qui contenait cette réponse à sa crilii* que sur ma lettre aux pères de famille juifs, • et cependant voici ce qu'on lit dans cette nouvelle critique : « Si M. Deluc n'ignorait pas entièrement la langue allemande, si les préjugés dont il est entêté , et son ton magistral ne l'empêchaient pas de lire ce qui a été dit sur ces objets dans la critique très-détaillée de sa lettre aux auteurs juifs, nous présumons assez de son amour pour la vi'rité, pour croire qfu'ii aura;! supprin.io bien des choses
qu'il met ici sur le tapis. » Est-îl présumable que ma réponse à cette critique lui fût inconnue? Si je nommais l'auteur, qui s'est déclaré lui-mêm'^, je pourrais montrer que cela est presque impossible , et la probabilité qu'il la connaissait sera fortifiée par un trait que je citerai bientôt. Cependant, quoiqu'il en soit, ses lecteurs n'en auront pas moins cru qu'il m'avait réduit au silence.
Ma lettre à M. T. à l'occasion de ses Eclaircissements sur la nouvelle exégèse étant prête à aller sous presse, j'en pris occasion de répondre à cette nouvelle attaque du critique, annonçant ma réponse comme supplément à celte lettre même , à cause de nouvelles explications dont cet article de la Gazette m'avait fait apercevoir la nécessité. Jecommenf ai celte réponseau critique, en témoignant ma surprise de ce qu'il paraissait ignorer que je lui avais déjà répondu surla plupartdes objets qu'il ramenait dans cet article ; et après quelques remarques sur les idées que de telles inadvertances pouvaient donner au public j'ajoutais : « Je crois toujours que dans un sujet aussi essentiel aux hommes que celui de la religion, ceux qui en parlent publiquement doivent se nommer ; ainsi je continuerai de m'adresser à l'auteur de la nouvelle critique , qu'à bien des traits je juge être le même que celui de la précédente et que je crois connaître ; souhaitant que ma première réponse ne lui demeure pas ignorée , non plus que celle-ci. »
Je suivis alors toute sa critique, lui expliquant ce qu'il paraissait n'avoir pas compris dans mes Lettres sur le christianisme ; particulièrement sur la géologie et ses rapports avec la Genèse; je répondis à toutes ses objections sur les points essentiels concernant le rapport de la religion avec l'histoire de son établissement , le caractère de Moïse comme fondamental dans la croyance des Juifs et des chrétiens, et l'impossibilité de soutenir la religion, si on la séparait de cette source. Or, pour montrer avec queHes dispositions je m'adressais à lui dans cette réponse , il me suffira d'en copier la conclusion. « On peut encore aujourd'hui, lui disais-je, quand on est d'un certain âge, discourir longtemps et fort bien sur la morale, on peut même parler convenablement de théologie , par réminiscence de son éducation religieuse , quoique si l'on est parvenu à croire qu'on tire ces objets de son entendement, on y mêle bientôt ses propres conceptions , ce qui a déjà beaucoup dénaturé l'original dans la bouche de quelques prédicateurs : que serait-ce donc des générations suivantes, par le déclin de cette éducation? ou plutôt , que ne voit-on pas déjà découler de cette déplorable source? Ne vous faites pas illusion, monsieur, sur ces signes du temps, dont vous parlez comme M. Teller avec une sensibilité que je partage sincèrement. Ces signes sont trop grands , pour n'avoir pas une cause connue, et je crois que vous vous efforceriez en vain d'y trouver une autre cause que celle que j'ai de nouveau développée ici, ni aucun autre remède qu'en la faisant cesser.»
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JÉSUS-CHRIST. il38
1er en réponse à ses éclaircissements sur la
Cette lettre à M. Teller, avec le supplément adressé au critique, fut publiée à Berlin en décembre 1801. Quelque temps après il parut deui articles contre moi en deux journaux différents, la Nouvelle bibliothèque universelle germanique, à Berlin, dont l'article est d'avril 1802, ayant pour objet, nominalement, mes Lettres sur le christianisme, et la réponse qu'y a faiteM.Tellersousletitre d'Eclaircissements sur la nouvelle exégèse. L'autre article était du mois d'octobre de la même année, dans la Gazette littéraire d'/ena , et il n'avait pour objet que les éclaircissements sur la nouvelle exégèse. D'après des traits évidents, qu'il serait trop long d'exposer ici, on peut juger, ou que ces deux articles partent d'une même plume, ou qu'ils sont copiés l'un de l'autre; et en général, ils sont en tout semblables quant au plan. D'abord, nulle mention de ma lettre à M. ïcller en réponse à son ouvrage
3u"on y exalte ; et par conséquent l'auteur e l'article de léna ne parlait point de la réponse adressée à lui-même sur sa critique précédente qui s'y trouvait comme supplément. Quant au plan général, ces Gazettes gardaient également le silence sur les questions mêmes qui étaient traitées entre M. Teller et moi ; elles auraient pu intéresser quelques lecteurs d'une manière contraire à leurs vues, et ils ne voulaient pas que rien pût détourner leur attention des éloges qu'ils donnaient à M. Teller à mes dépens. Suivant ces critiques, on trouve de son côté le savoir accompagné de modération, et du mien, l'ignorance et des incartades: il ne valait pas la peine en un mot, que M. Teller me répondît, et il est à craindre que je ne démorde pas de mes opinions; mais, ajoule-t-on, quand une vaste érudition se combine avec une profonde philosophie et une façon de penser noblement chrétienne, comme cela se trouve chez AI. Teller , de telles réflexions et recherches doivent nécessairement fournir des résultats précieux, et quels résultats? on ne les indique point.
Ces deux articles, échos l'un de l'autre, et dont j'ai parlé en détail à la suite de ma Correspondance avec M. Teller, expliquent fort bien pourquoi il ne valait pas la peine qu'un homme tel que M. Teller me répondît ; on lit du moins dans la pensée des écrivains, où cela veut dire, qu'il n'aurait pas dû le faire : en effet, il aurait mieux convenu au parti, qu'il en laissât le soin à des anonymes cachés derrière le rideau des Gazettes littéraires, qui ne compromettent pas leur nom quoiqu'ils disent, et qui peuvent s'il est besoin, se borner à des éloges d'un côté, et des accusations de l'autre, sans rien dire des objets, ni des réponses qu'on leur fait directement. Or voici un dernier trait qui fera voir en particulier que ce silence sur les réponses qu'on leur adresse ne vient pas de ce qu'ils les ignorent.
La quatrième attaque du critique de léna est celio que j'ai examinée ci-dessus; elle regarde de nouveau mes Lettres sur le christianisme, à l'occasion d'une traduction qui en a paru en allemand, et cette fois elle embrasse aussi une traduction de ma lettre à M. Tel-
noutJeWeeaj^çèse, accompagnée, comme je viens de le dire, de mon adresse au critique luimême, en réponse à son premier jugement de ces mêmes Lettres sur le christianisme. Or c'est en ayant sous ses yeux cette réponse très-suivie à son premier jugement, ainsi que les motifs copiés ci-dessus, par lesquels je tâchais de l'engager à y fixer son attention, que passant sous silence cette réponse, il dit de moi à ses lecteurs : « Sur lui, qui aime mieux à affirmer qu'à examiner, à regarder ses assertions comme des axiomes qu'à les prouver, une réfutation ne produirait aucun effet; quant à nos lecteurs qui ont une manière de penser plus libérale, il n'en est pas besoin. »
Cette Gazette littéraire, et la Nouvelle bibliothèque universelle germanique , semblent avoir en commun une espèce de moule, pour tous les ouvrages qu'il convient à leur parti d'empêcher de lire; leurs collaborateurs en tirent çà et là quelques passages, pour faire croire qu'ils les ont lus, et ils les placent au hasard dans ce moule; et compt/nit sur la confiance implicite de ceux qu'ils nomment leurs lecteurs, ils hasardent tout, pour leur faire recevoir les impressions qui conviennent à leur parti. C'est ce qu'on reconnaîtra encore dans l'article suivant.
Article tiré de la Nouvelle Bibliothèque Universelle Germanique, de M. Nicolaï, à Berlin, 1803, pages 303 et 305.
Cet article regarde le dernier des ouvrages dont il est fait mention dans celui que je viens d'examiner ; c'est ma Lettre à M. Teller, en réponse à ses éclaircissements sur la nouvelle exégèse: je le copierai encore en entier, le divisant aussi par parties, pour qu'on voie plus aisément que c'est le même plan de déception qui règne dans celui| de /ena.
I. « Ce que nous présumâmes d'abord , lorsque M. Teller publia sa réponse aux Let^ très sur le christianisme de M. Deluc, savoir, que c'était se donner une peine inutile que d'entreprendre d'endoctriner ce dernier, se trouve pleinement confirmé par cette dernière lettre. »
Telle est l'impression qu'on veut donner, et je dirai seulement que d'autres aussi présumèrent qu'un chrétien fidèle et instruit , n'abandonnerait pas la cause du christianisme vis-à-vis de l'un de ses ministres tombé dans l'erreur,
II. « Il témoigne son déplaisir de ce que M. Teller s'est refusé à un entretien parliculier, au moyen duquel il se flattait sans doute d'opérer sa conversion.»
Pour toute réponse, je citerai le passage dans lequel j'exprime ce sentiment ; c'est au début de ma lettre, et l'on y verra déjà si ces critiques méritent de la confiance lors même qu'ils paraissent citer. « J'ai senti beaucoup de regret, disais-je à M. Teller, de ce que vous n'avez pas jugé à propos d'acquiescer à l'entretien que j'avais pris la liberté de vous proposer en vous envoyant mes Lettres sur le christianisme ; ie le désirerais, parce que nous
serions sûrcmonl parvenus à fixer les points sur lesquels nous devions nous arrêter, et que s'il n'en fût pas résulté plus d'accord entre nous, vous auriez compris du nioins sur quoi votre réponse devait être principalement dirigée, ce que vous ne paraissez pas avoir aperçu. »
III. « II témoigne son déplaisir de ce que M. Teller a omis de répondre à plusieurs points ;!uxquels il attache une grande importance. »
On vient de voir la manière dont je témoignais ce déplaisir, et quel en était l'objet ; quanta l'imporlnnce des points que M. teller avait omis, j'aurai occasion de la faire remarquer.
IV. « Observons cependant comment il sait se consoler sur ce dernier objet : Votre silence, lui dit-il, m'en dit assez; car si vous eussiez trouvé des erreurs dans mes représentations, vous n'auriez pas manqué de les relever. Il faut qu'il se représente M. Teller comme un homme d'un caractère haineux, à la critique duquel rien n'échappe, et qui se fut une joie maligne de pousser à bout son adversaire. »
Qui ne croirait que la phrase citée dans ce paragraphe, s'applique à ces points <iue M. Teller avait omis? Cette phrase est tirée du paragraphe 57 de ma lettre où je rappelais à M. Teller, que dans la troisième de mes Lettres sur le christianisme, faisant Vhistoire de la nouvelle exégèse, j'en assignais l'origine au temps où des physiciens peu instruits, avaient prétendu trouver par leurs observations, que la Genèse était fabuleuse. Tel est l'objet dont je disais à M. Teller: « Si vous eussiez trouvé dans mon récit des choses contraires aux faits, vous les auriez sûrement relevées. » Second exemple de citation qui devient déceptrice, par le changement dû l'objet.
V. « La controverse roule sur ce point: M. Deiuc rejette la haute critique et l'exégèse non-seulement comme étant nuisibles au christianisme, mais comme le détruisant. Il fallait donc nécessairement en venir à des faits; mais quel coup plus sensible auraiton pu porter à M. Deiuc, que celui de soumettre à un examen, l'inspiration immédiate et les miracles de l'Ancien Testament, nommément la Genèse et les miracles opérés en Egypte? puisque d'après son opinion, les nouveaux exégètes ne conservent rien de réel du christianisme, dès qu'ils rejettent de la Bible quelques parties douteuses ou fausses, et qu'ils nient par là, que les personnes qui, selon la Bible, ont agi et parlé au nom de Dieu, aient eu le pouvoir d'opérer des miracles, de commander à la nature et de changer ses lois. »
Ici Ion voit la définition de la haute critique et exégèse telle que je l'ai donnée à la page 75. Sans doute que l'aveu d'un tel système par un pasteur de l'Kglise chrétienne, aurait été pour moi un coup très-sensible, mais c'est à rause de lui et de ces contrées. Cependant qu'est-ce qui empêchait IJ. Teller do montrer, s'ill'eût pu, que ce système lais-