ANGÉLIQUE. DELUC
sait néanmoins quelque chose de réel dans le chrislianisnie?
VI. « Il prétend, qu'en refusant d'admettre une inspiration stricte et à la lettre de toutes les parties de la Bible, nommément des premiers chapitres de la Genèse, il n'existe plus d'enseignement qui fasse connaître à l'homme ce qu'il est et ce qu'il deviendra; que l'idée d'une providence devient illusoire ; et que sans la foi aux miracles opérés par Moïse, il est impossible de découvrir dans aucune partie de la Bible, un commencement d'intervention divine incontestable par ses circonstances. Il conjure M. Teller, comme ministre de l'Evangile, de réfléchir mûrement à ce dernier point, parce qu'il en résuite que, sans la croyance à une inspiration immédiate de toute la Bible et aux miracles surnaturels de l'Ancien Testament, il ne peut exister de véritable religion, ni par conséquent de vrai christianisme; puisque Jésus et ses apôtres se sont constamment appuyés de ce qui est écrit dans l'Ancien Testament. Les réponses de M. Teller à toutes ces assertions, que l'auteur avait déjà avancées dans les Li'.ttrcs sur le christianisme, sont connues à nos lecteurs. »
Voilà peut-être le trait le plus hardi qu'on puisse concevoir. C'est précisément sur ces objets que, dans ma correspondance tant particulière que publique avec M. Teller, je l'ai conjuré en effet de me répondre, et il l'a constamment décliné. Mais voici à quoi voulait arriver l'anonyme, après avoir ainsi trompé ses lecteurs.
VII. « Mais que peuvent produire les expositions les plus évidentes et les mieux fondées du vrai sens et du véritable esprit du christianisme, ainsi que de l'utilité incontestable de la haute critique et d'une exégèse fondée sur les sciences qui seules peuvent en être la base, et sur les recherches faites avec tout ce qu'exige l'amour de la vérité ; que peuvent produire toutes ces choses sur un hom:iie, dont la faculté de penser se trouve restreinte par une forme déterminée, et qui n'est susceptible d'aucune impression, dès qu'elle contredit le système qit'il s'est formé lui-même. »
Après ce que j'ai expliqué ci-dessus, je m'abstiens de caractériser une telle attaque.
VIII. « M. Teller lui a objecté dans sa réponseaux Lettres sur le christianisme, que luimême faisaildes simples jours de vingt-quatre heures, des périodes indéterminées de la création ; à quoi il répond qu'il ne se serait pas attendu à une telle objection, puisque ce sens n'était pas arbitraire, mais nécessaire. Le lecteur trouvera à la page 33 sur quoi M. Deiuc fonde cette singulière explication. »
Je ne renverrai pas mon lecteur à cette lettre, il est plus court de lui citer M. Teller lui-même, qui dit à la page 9 de sa plus ancienne Throdicée : « Ces jours sont des périodes indéterminées, ainsi il est impossible qu'elles servent à fournir des données pour calculer l'âge du monde. » Le critique ignorait que M. Teller voyait ce sons comme moi, quoiqu'il m'en eût fait une objeclioni
DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JESDS-CdRIST.
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IX. « M. TcUcr, dans un autre endroit de sa réponse, le prie de considérer, combien on donne lieu aux détracteurs de la religion, de jeter du ridicule sur l'histoire de la Bible, dès qu'on prétend s'attacher partout au sens littéral ; il fait cette réponse: Quand on ne sait pas mépriser le ridicule déraisonnable, on mérite d'en être victime. »
Les objections de M. Teller étant peu nombreuses, le critique de léna a cité aussi cellelà, et j'y ai répondu aux pages 85-89.
X. « Sur quoi donc, demandera t-on, est finalement fondée la croyance de M. Deluc, en une révélation surnaturelle et un pouvoir d'opérer des miracles , attribués aux personnes qui ont agi et parlé dans l'Ancien Testament? »
Arrêtons-nous à cette demande avant que de passer à la réponse du critique. C'est là un signe du temps, comme M. Teller appelle ce qui caractérise le temps où nous sommes et ce qu'il annonce. Aurait-on osé, il y a seulement cinquante ans, au milieu de l'Eglise chrétienne, mettre en doute dans un écrit public, et sous les yeux d'unconsistoire, le fondement de la croyance en l'Ancien Testament ? Le critique l'ose parce qu'il veut, comme celui de léna, persuader le public du triomphe des nouveaux exégètes, afin de décourager ceux qui craignent les clameurs. Cependant ces hérauts du parti, s'inquiètent de ce que le témoignage de la nature est venu se joindre au fondement antique de la foi commune des Juifs et des chrétiens: c'est pour cela qu'ils m'ont fait l'objet de leurs attaques, on a vu celui de léna m'attribuer la crainte qu'il sent lui-même, et voici le parti qu'a pris celui de Berlin, répondant à sa question.
XI. « C'est sur ses connaissances géologiques. La géologie, dit-il, atteste la vérité, et par conséquent l'inspiration divine de la Genèse ; ce qui rétablit sur sa première base tout l'édifice de la révélation. C'est pour cette raison qu'il prend à la lettre et regarde comme des faits véritables tout ce qui est rapporté dans les premiers chapitres de la Genèse. »
On va voir ce qu'il m'oppose; mais auparavant, je copierai ce qu'il ne rapporte ensuite que par fragments. C'est la conclusion de ma lettre à M. Teller, qui suivait immédiatement le passage cité. « N'est-ce pas là, monsieur, une science digne de l'attention d'un théologien, surtout charge de vos importantes fonctions? Elle fait ma consolation dans ma vieillesse, parce qu'elle m'a ouvert les yeux sur les sophismes par lesquels on attaquait la révélation : elle m'a maintenu dans l'habitude de consulter l'Ecriture sainte et garanti du risque, de changer comme vous en mythologie, en fables, les instructions de Dieu au genrehumain.Cette étude, ainsi, m'a prése.rvc delà présomption de soumettre à ma critique les mystères sacrés sur la nature divine, sur ses dispensations à l'égard de l'homme, sur celles desa grâce dans sa rédemption, comme si j'avais dû les comprendre, et les trouver conformes à oaoa faible jugement, pour les ad-
mettre; je les ai admis, parce qu'ils sont enseignés dans l'Ecriture sainte ; car la géologie dissipant tous les doutes qu'on avait élevés sur le premier de nos livres sacrés, m'a fait remonter au temps où la promulgation des décrets de Dieu fut certaine pour les premiers hommes, par des miracles dont on n'a jamais eu raison dti douter. Je suis persuadé, monsieur, que celte sciince viondrail aussi faire voire consolation et votre sûreté, si, moins prévenu contre elle, vous mettiez de l'intérêt à avoir sur ce sujet des entretiens avec moi. » Voilà ce que je disais à M. Teller en finissant ma lettre. Eh! que gagne-t-on à fuir la lumière sur de si grands objets, «:(ui ne changent pas d'importance ni de réalité par les erreurs des hommes? Que gagnerait le critique, s'il entraînait ses lecteurs dans ses fausses opinions ? C'est à eux, et non à moi, qu'il porterait ce coup funeste.
XII. « C'est sans doute, dit-il, de la géologie doncM. Dclucest l'auteur, qu'il a prétendu parler ici : tous les autres physiciens sont mal informés; car il n'ignore pas, que d'autres géologues ont été conduits par leurs recherches à des résultats différents des siens ; mais il les accuse de n'être que des physiciens superficiels ; comme il accuse de n'être pas chrétiens, tous ceux qui ne souscrivent pas à ses opinions, leur prédisant qu'ils ne manqueront pas de déplorer un jour leur aveuglement funeste. »
Laissons cet ignorant anonyme et écoutons les gensinstruits.de qui je réclame la censure, si je les fais parler contre leur opinion. Us savent, dis-je, que la géologie est une science née depuis à peine deux siècles ; que c'est de toutes les sciences la plus vaste, puisqu'elle embrasse toutes les branches des connaissances naturelles, que longtemps on y est tombé dans de grandes erreurs, mais que par degrés elle a acquis des bases inébranlables. Je reviendrai à cet objet en finissant, mais continuons d'entendre le critique.
XIII. « Si M. Teller trouva dans les lettres sur le christianisme, des raisons de se plaindre d'un manque de retenue et d'égards, il aura bien plus fréquemment, dans cette lettre, des sujets de renouveler la même plainte. M. Deluc le traite en professeur, lui parlant d'un ton doctoral. Selon son opinion, M. Teller manque de connaissances physiques, il lui en fait des reproches, et l'exhorte à s'y appliquer; M. Teller n'entend pas bien la Bible, et ne peut par cette raison la bien expliquer ; il lui montre ce qu'il doit faire pour parvenir à ces deux choses, M. Teller, enfin, ayant osé ne pas adopter les enseignements et opinions de M. Deluc dans ses Lettres et autres écrits, celui-ci ne saurait se dispenser, à cause de son indocilité, de soupçonner qu'il n'attache pas une grande importance à la vérité, ni à la place qu'il occupe, où il convient pourtant de l'enseigner. 11 n'est pas nécessaire de ; rouver ce que nous venons de dire par des passages de la Lttre même, le lecteur trouvera ces preuves à chaque page. »
Non, il n'est pas nécessaire de prouver que
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DEMONSTRATION EVANfiLUOlJE. DEI.LC.
j'ai faitàM.Teller toutes ces représentations, carjeleconfirme ici. Quant au (onqu'il m'attribue, j'y viendrai bientôt; el à l'égard des premières plaintes de M. Teller, dont le critique de léna avait aussi parlé, je les ai expliquées à la page 81.
XIV. « Nous sommes très-éloignés de vouloir troubler la foi, la croyance d'un vieillard de soixante-quinze ans ; et plus éloignés de vouloir l'endoctriner : on suit depuis longtemps combien M. Dciuc est altadié à sa manière de penser, et combien peu il est susceptible d'envisager les objets sous des points de vue difTérents de ceux auxquels il est habitué. »
Voilà ce qu'ose hasarder un anonyme, pour tromper ses lecteurs, mais il ne réussira pas auprès d(^ ceux qui sont instruits de ce qui se passe dans la carrière des sciences naturelles.
XV. « Nous devions à nos lecteurs un développement du vrai caractère de cette controverse et un ample aperçu du ton arrogant que l'auteur delà lettre s'est permis vis-à-vis d'un homme, que son grand âge et ses occupations multipliées auraient dû mettre à l'abri d'importuuités si inutiles et si peu décentes, et qui par son mérite dans les sciences théologiques, par la pureté de son caractère, et par l'estime générale dont il jouit dans le monde aurait mérité d'être traité avec plus de respect. »
Ce passage présente trois objets d'attention. Le vrai caractère de ma controverse avec M. Teller ; le ton arrogant dont l'anonyme m'accuse; le grand mérite qu'il attribue à M. Teller dans les sciences théologiques. D'ailleurs , j'ai toujours rendu justice, en termes exprès, à son caractère moral, trèsdistinct de la solidité des opinions, et quant à l'âge, j'y suis plus avancé que lui. Suivons donc les autres objets.
Si l'anonyme eût pu donner des exemples d'un ton arrogant dans ma lettre, il les aurait certainement cités : il l'affirme et compte sur la crédulité de ses lecteurs. J'ai rapporté ci-dessus , contre d'autres défigurations de cet anonyme, le début et la conclusion de ma lettre, et jamais le ton n'y a changé : c'est celui de l'intérêt, pour ce pasteur comme pour son Eglise : plus ce ton a été pressant, plus il exprimait un intérêt pur, qui s'expose aux premières impressions, dans l'espérance de faire du bien. C'est ainsi que je lui disais même en terminant une lettre privée: « Si j'ai le bitnheur de vous tirer de votre assoupissement, vous ne vous plaindrez pas que j'aie troublé votre repos; et considérant alors votre âge, vous le verrez comme j'envisage le mien, c'est-à-dire comme nous laissant peu de temps pour nous préparer à une autre vie. » J'ai fait ainsi mon devoir, parce que de tous les reproches, celui que je craindrais le plus, est le reproche de ma conscience.
Quant au mérite de M. Teller dans les sciences théologiques, ce journal et celui d'Iéna, par la constante et nialhonnête opposition qu'ils ont mise entre lui et moi sur ce
point, m'ont obligé à l'examen que j'en ai fait aux pag. 91-101.
Qu'y a-t-il donc de vrai dans le résumé que donne ci-dessus l'anonyme de ce qu'il dit avoir établi? C'est malheureusement le vrai caractère de cette controverse, et je gémis de ce qu'on ose l'afficher. Car il y a montré lui-même un pasteur de l'Eglise chrétien ne, qui place la Genèse au rang des fables, qv.i rejette les miracles renfermés dans la Bible, qui traite avec indifférence les applications constantes de Jésus-Christ et de ses apôtres à l'Ancien Testament pour fonder le christianisme, et qui est sourd aux arguments péremptoires d'un homme qui, avec tous les égards possibles et la plus grande patience, s'est voué pendant plusieurs années à tâcher de le ramener de ses erreurs. Telle est la triste vérité que l'anonyme publie d'un ton de triomphe ; eh I de quoi Iriomphe-t-il? du malheur de ceux qu'il entraîne.
XVI. Il finit ainsi son article: « Dans une apostille jointe à cette lettre, M. Deluc répond à la critique de ses Lettres sur le christianisme, dans la Gazette littéraire de ^éna. »
S'il eût été besoin de preuve que le critique de léna avait cette réponse sous les yeux lorsque, sans en faire mention il m'a attaqué de nouveau sur le même ouvrage, elle se trouverait ici.
Ce qui m'étonne dans de telles critiques, c'est que M. Nicolaï, homme de lettres, membre de l'Académie de Berlin dans la classe de philologie', n'aperçoive pas leur insertion dans un journal auquel son nom donne du crédit. Je le dis, à cause de l'excès d'audace qu'on s'y permet quelquefois, dont j'ai donné un exemple aux pag. 376-401 de ma correspondance avec M. Teller. On a osé y avancer (2'. LXIV, 5' chap. 2' sect.) que le verbe grec Sr.Toya.i .signific voir en songe ^ et l'on a fondé sur cette monstrueuse erreur l'attaque dos miracles et de la résurrection de Jésus-Christ, prétendant que les disciples n'en parlaient après sa mort que comme l'ayant vu en songe, et soutenant qu'il n'y aura de christianisme que lorsqu'on aura écarté et résurrection de Jésus, et miracles. Je ne dois pas penser que M. de Nicolaï, lui philologue, permît l'insertion de tels articles dans sa nouvelle Bibliothèque universelle germanique, s'il y donnaitquelque attention : ce qui fonde ma remarque générale sur bien d'autres articles.
J'ai cru de mon devoir envers le public de lui donner connaissance de tels procédés ; car je ne pense pas, si une fois ils lui sont connus, qu'il veuille se laisser dominer par des hommes qui n'ont de grand que leur hardiesse. L'influence que ces hommes ont depuis quelque temps, offre un aspect bien triste aux amis de l'humanité ; et je ne pense pas que qui que ce soit puisse sincèrement m'attribuer aucun autre intérêt. Comme tous les gens de bien, j'agis ouvertement, et ce sont des anonymes qui m'attaquent. Cependant ils sont obligés d'avouer que mon but est de soutenir la religion ; or quelles peuvent être mes vues
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DE L'ESSENCE DE LA DOCTRINE DE JÉSUS-CHRIST
dans celle lultc contre ceux qui [veulent la renverser? N'étant pas ecclésiastique, je n'en puis tirer aucun énioluuient, et je ne suis pas mu par esprit de corps. Je ne puis non plus travailler pour tirer du profit de mes ouvrages; car luttant en particulier contre des journalistes qui les décréditent aux yeux du public, il faut que je les publie à mes dépens. Enfin, je ne suis pas mu par amour pour la réputation, puisque je soulève contre moi ceux qui ont en main la trompette delà renommée. Si donc quelque chose se rapporte à moimême dans ces travaux, c'est que jouissant du bonheur le plus vrai et le plus inaltérable par ma confiance éclairée en la révélation, je gémis des maux que son abandon a déjà faits, et qu'il préparerait de plus en plus aux hommes ; et je ne saurais jouir de la paix intérieure, que je préfère à tous les autres biens de ce monde, si je ne travaillais de tout mon pouvoir à désabuser ceux qu'on égare, et à ramener s'il est possible ceux qui produisent ce mal.
A ce dernier égard, je ne puis penser comme quelques personnes, qu'il y ait des gens assez ennemis d'eux-mêmes, pour risquer d'être malheureux dans l'avenir, en satisfaisant leurs vues présentes : ils ne croient pas à la révélation, ainsi ils se font de l'avenir telle idée qu'il leur plait, et leur prévention est si forte, qu'ils n'écoutent rien de ce qui pourrait les ramener. Mais c'est pendant la vie active, durant le temps, ou de leur domination sur les esprits, ou de la satisfaction de tout autre penchant; or ce temps passe, une maladie peut en accélérer la fin, et si le parti n'écoule pas encore, les individus peuvent écouter dans leur temps : c'est par cette considération que je ne me relâche point auprès d'eux, quoique aussi longtemps qu'ils conservent leur opinion, je doive leur paraître ridicule.
Les critiques qui m'ont fourni le sujet de ces remarques, comptant d'avoir captivé l'opinion de leurs lecteurs, ne m'attaquent qu'en ni'accusant d'entêtement, de préjugés, d'aimer mieux, à affirmer qu'à examiner, à donner mes assertions pour des axiomes qu'à les prouver; et comme ce sont les résultats des études de la nature, en preuves de la révélalion, qui les embarrassent, l'un dit qu'on voit partout mon appréhension pour mon système géologique et sa coïncidence prétendue avec la Genèse; l'autre, « qu'on sait depuis longtemps combien peu je suis susceptible d'envisager les objets sous des points de vue différents de ceux auxquels je suis habitué. » Pour toute réponse, je joins ici copie d'une des lettres que j'ai adressées aux universités d'Allemagne et à quelques sociétés savantes, en envoyant à leurs membres des exemplaires de l'ouvrage dont j'ai déjà parlé, qui a pour titre, Abrégé de principes et de faits concernant la cosmologie et la géologie. Cette lettreserviraà double fin; ces critiques, s'ils viennent à la lire avec attention, pourront y voir que leur préjugé les induit en erreur dans leurs jugements sur les hommes ; et elle fournira en même temps à quelques
lecteurs, une idée précise de l'usage de la
géologie dans la grande question élevée
de nos jours , et qui intéresse tous les hommes.
Copie d'une lettre écrite à M. le docteur I. G, Lenz, professeur dans Vuniversilé, conseiller des Mines, et secrétaire de la société minéralogique, à léna.
Monsieur,
j'ai été bien sensible à ce que renferme d'obligeant pour moi votre lettre à M. *'*, de même qu'à votre complaisance en vous chargeant de présenter de ma part aux membres de votre société minéralogique, des exemplaires d'un petit ouvrage que je viens de publier ici. L'honneur que m'a fait cette société en me plaçant au nombre de ses membres, me fait espérer qu'elle voudra bien recevoir avec bonté ce témoignage de ma reconnaissance et de mon respect.
11 y a longtemps que la minéralogie est pour moi un grand objet d'attention, mais c'est plutôt dans ses grands traits que dans ses détails, parce qu'il serait presque impossible de suffire à la fois aux uns et aux autres. Cependant il y a des liens bien nécessaires entre ces deux genres d'études, cl en s'appliquant à l'un, il ne faut pas négliger l'autre. Par exemple , comme l'observateur qui cherche à découvrir l'origine des montagnes, perdrait de grands guides, s'il ne connaissait pas les filons et leurs contenus généraux ; de même celui qui dirige les travaux pour suivre les filons , perdrait de grands secours s'il ne s'enquérait pas de ce qui peut avoir donné lieu à la formation des montagnes.
Il en est de même à quelques égards quant aux recherches sur la nature des minéraux , dont la détermination tient aux connaissances chimiques. Si dans l'analyse des minéraux , le minéralogiste n'a en vue que de découvrir les produits qu'ils peuvent fournir, ou de perfectionner les opérations docimastiques, il peut se borner à des théories chimiques formulaires , qui suffisent pour le conduire de proche en proche ; mais s'il porte plus loin ses regards, s'il veut remonter à l'origine des corps qu'il analyse, il doit embrasser la chimie de la nature, en étudiant profondément les grandes opérations terrestres, partout où elles peuvent être soumises à l'observation ; tout comme le physicien qui s'occupe de celles-ci, doit s'instruire de ce qui est découvert par l'analyse des minéraux, et de ce qui manque à nos connaissances dans la recherche des ingrédients qui les composent et de leur agrégation intime.
C'est celte dépendance mutuelle de l'ensemble et des détails qui m'a le plus frappé dans mes recherches minéralogiques, et j'ai tâché de l'avoir toujours présente à l'esprit dans la branche générale que j'ai le plus suivie, savoir, les couches dont nos continents sont composés ; cherchant à partir de leur nature et de leur état actuel, pour remonter à leur origine en suivant les traces des états