PLAN DE CONDUITE
1° En me levant à une heure déterminée, tant qu'il me sera possible , et cela sans aucun délai , sans me laisser vaincre par la paresse , je donnerai à l'instant de mon réveil, mon cœur à Dieu , et je lui offrirai toutes mes actions. Je m'habillerai avec promptitude, avec décence, et je nourrirai mon esprit de bonnes pensées qui me disposeront à une exacte Odélité pendant tout le reste du jour.
Je consacrerai à Dieu les prémices de la journée par la prière ; je lui dois ces prémices comme à l'auteur , au conservateur de mon être, à celui qui est lu source de tout bien. J'ai un besoin essentiel pour moi-même de prier. Je dépens de Dieu en tout, et à chaque instant de ma vie. Entre ses mains est mon sort, celui de ma famille, et de tout ce qui m'est cher. Il est l'agent suprême, le souverain moteur. Rien n'arrive sans son ordre ou sans sa permission , et sans la direction de sa providence, qui fait tout servir au vrai bien de ceux qui se confient en elle , jusqu'aux choses mêmes qui y semblent le plus contraires. J'éprouve sans cesse combien le secours de Dieu m'est nécessaire pour animer en moi la piété,' pour éclairer ma raison , régler mes pensées, arrêter les fougues et les écarts de mon imagination , pour m'aider à réprimer ma vivacité, à dompter mes passions, pour me dérobera l'empire des sens, aux attraits séducteurs ei aux dangers du monde, pour me soutenir dans les épreuves, me fortifier dans les tribulations, me rendre humble et sage dans la prospérité, pour qu'enfin , avec l'assistance de la grâce, je maintienne dans un ordre constant et sanctifie toutes mes pensées, tous mes désirs toutes mes paroles, et toutes mes actions. Mais en vain prierais-je, si mes prières n'étaient pas l'expression du cœur ; si elles ne formaient que de vains sons, destitués de l'esprit qui doit les animer. Moins de prières vocales, de celles de routine et de mémoire, si ce n'est la prière par excellence , VOraison dominicale, qvCW est bon même de paraphraser quelquefois pour mieux la sentir, et la Salutation angélique , \.\r du presque tout entière de l'Evangile : moins de paroles, pour le dire en un mot, et plus d'épanchements d'entretiens avec Dieu , de ce langagcdu sentiment le seul que Dieu daigne entendre, et le seul qui soit digne aussi d'une créature raison-
nable, d'un être capable de penser et de sentir; non, je ne serai plus désormais du nombre de ceux donl Dieu a dit : Ce peuple m'honore des lèvres , mais son cœur est loin de moi. Je me rappellerai toujours la belle définition que saint Augustin nous a donnée de la prière, définition aussi juste qu'elle est précise : La prière est le gémissement du cœur. "
2" Soit à la suite de mes prières du matin, soit même avant , si j'ai peu de temps , et en m'habillant , je ferai mon examen de prévoyance, ainsi nommé, parce qu'il consiste à prévoir les fautes que je pourrais commettre dans la journée , celles qui me sont les plus ordinaires, afin de me mettre en garde contre elles , et de prendre plus de soin encore pour les éviter : car il vaut bien mieux prévenir le mal , ce qui se fait par l'examen de prévoyance, que d'avoir à en gémir et à le réparer.
La seule lumière naturelle nous fait sentir l'importance et l'extrême utilité de cet examen. Un ancien sage, Pythagore, enjoignait à ses disciples de faire trois examens par jour, celui du matin , celui du milieu de la journée, et celui du soir. II voulait de plus, que, lorsqu'ils revenaient du dehors et qu'ils rentraient à la maison , ils se demandassent à eux-mêmes : Où as-tu été? Qu as-tu dit? Qu' as-tu fait ?
3" Je ferai , pour les besoins de mon âme, ce que je ne refuserais pas aux besoins du corps : je me ménagerai un temps, au moins suffisant, pour la nourrir par une lecture de piété, si -courte qu'elle soit , mais faite avec la plus grande attention , en sorte que je me l'applique sérieusement à moi-même ; ou bien encore , au défaut de livre pour l'instant , je réfléchirai profondément sur quelque vérité importante du salut , qui est ma grande affaire , l'unique nécessaire , comme parle Jésus- Christ, unimi necessarium. Oi\ ne vient à bout de quoi que ce soit sans y bien penser : et à quoi penserons-nous avant tout, si ce n'est à ce qui renferme nos intérêts les plus chers et à sauver noire âme?
h" Après avoir oiTert, comme je l'ai fait, en commençant la journée, mes actions à Dieu, je m'attacherai à les sanctifier toutes par une intention droite et pure. Dieu nous dit sans cesse dans les livres saints, que le salut est pour les cœurs droits : JJeus salvos facit rec-
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tos corde. C'est pour eux que luit la lumière de la vorilé, et qu'est faite la véritable joie, la joie du Seigneur, lux orla est justo ; et redis corde lœtitia. Jésus-Christ compare celte droiture, celte pureté d'inlenlion, à la lumière qui éclaire noire oeil : avec elle tout sera éclairé en nous et autour de nous ; si, au contraire, notre œil est dans les ténèbres tout notre corps y sera aussi ; de même, si notre intention est droite et pure , le corps de nos actions sera également pur devant Dieu; mais si elle n'est pas droite, nos actions cesseront aussi de l'élre, quelque bonnes même qu'elles puissent paraître aux yeux des hommes. C'est pour cela que l'apôlre saint Paul nous souhaite les yeux éclairés du cœur , illuminatos oculos cordis, c'est-à-dire ce sentiment justç et vrai qui, en toutes choses, a Dieu pour principe et pour fin. Il faut que, dans tout ce qui est volontaire et réfléchi, nous nous proposions sa gloire, ce qui peut lui être agréable , ce qui peut lui plaire ; c'est pour cela encore que le même apôtre nous dit : Soil que vous mangiez, soit que vous buviez, soitqucvous parliez, soil que vous agissiez, quelque chose que vous fassiez, faites pour la gloire de Dieu au nom de Jésus- Christ ; et ailleurs : Si vous parlez, que ce soit comme Dieu parlant par votre bouche ; sivous agissez, que ce soit comme agissant par la vertu de Dieu; afin que Dieu soit glorifié en vous, en toutes choses, par Jésus-Christ. Saint Paul ajoute par Jésus-Christ, parce que ce n'ost que par lui seul, par noire union avec lui et avec ses mérites, que nous pouvons rendre à Dieu une gloire vraiment digne de lui, une gloire infinie comme lui, l'honorant, le glorifiant par son Verbe, par son Fils, qui n'a par sa divinité, qu'une même substance avec lui. Telle est la sublime, la divine économie de la religion chrétienne.
Prenons garde que les textes de l'Apôlre que nous venons de citer, ne veulent pas dire qu'à chaque chose en particulier, nous puissions avoir une intention actuelle ; mais elle doit être générale, habituelle, virtuelle, comme on l'appelle ; en sorte qu'elle influe sur tout le corps de nos actions, et qu'après les avoir offertes à Dieu par une intention générale, nous nous la rappelions souvent, et surtout dans les actions un peu importantes, où elle nous serve à les bien diriger.
5° Je réglerai, autant que les circonstances me le permettront, l'emploi de ma journée , afin d'en bien disposer et d'en bien employer tous les moments, de n'en point perdre par ma faute : et ce n'est pas en perdre, lorsqu'interroinpu par quelque visite inattendue, par quelque circonstance imprévue, on ne fait alors que ce que Dieu veut, et comme il le veut ; afin, dirai-je encore, de n'avoir point à me reprocher de ne rien faire de faire des riens, ou de n'avoir pas fait ce qu3 je devais faire. Observons que. selon le mot de saint Jean et le trait qu'on nous rapporte de lui, comme un arc ne peut pas rester toujours tendu, je ne dois pas regarder comme des riens, les délassements convena-
blesaprèsle travail, que j'aurai toujours dirigé, selon mon état et mes fonctions, à la plus grande gloire de Dieu ; les amusements honnétesi , les divers genres de récréations ; pourvu toutefois que je n'y donne que le temps qu'elles peuvent raisonnablement exiger et que je fasse ensorte de les rendre utiles, s'ils se peut, autant qu'agréables.
6° Je travaillerai sans relâche à acquérir cette force d'âme, sans laquelle on devient incapable de toute vertu. Un des plus sûrs moyens pour y parvenir, c'est de faire souvent des pratiques de renoncement ; soil par rapport à ses goûts, à ses caprices, à son humeur, à sa curiosité, à ses désirs trop empressés ou à son défaut d'ordre, et à ses délais et à sa nonchalance ; soit même dans des choses indifférentes de leur nature, quand il ne s'en présente pas de plus essentielles, afin de tenir par là son âme toujours en haleine, si je puis ainsi parler, et de se fortifier de plus en plus, par ces actes de renoncement, dont il serait bon de s'imposer un certain nombre dans la matinée, dans l'après-midi en prenant soin d'y être fidèle. C'est ainsi que les athlètes, dont saint Paul nous propose l'exemple, s'exorçaientconlinuellementpardes Iravaux, par des luttes, par des privations, propres à rendre leur corps plus dispos et plus vigoureux, dans le dessein de se préparer pour le combat dans les jeux publics et avec la flatteuse espérance d'y remporter la couronne qui devait être le prix de leur victoire. Jésus-Christ lui-même nous appelle au renoncement, quand il nous dit : Celui qui ne renonce pas à lui-même et qui ne porte pas sa croix tous les jours, ne peut être mon disciple.
Une des circonstances de la journée où nous pouvons le plus naturellement saisir l'occasion de faire des pratiques de renoncement, c'est assez communément celle de nos repas. Indépendamment de l'esprit de sobriété et de tempérance que nous y devons porter et que la seule raison nous prescrit, le chrétien y fait entrer l'esprit de mortification par des retranchements relatifs soit à la quantité, soit à la qualité des aliments, par des privations secrètes, qui ne sont sensibles qu'aux yeux de Dieu seul et qui ont lieu surtout lorsque l'abondance et la variété des mets nous permettent, sans alîectalion, un certain choix. Ainsi apprenons-nous à dompter nos sens, et à les empêcher d'usurper sur notre âme l'empire qu'elle doit prendre sur eux.
7' Il y a trois choses, dans le choix desquelles j'apporterai tant qu'il dépendra de moi, l'attention la plus scrupuleuse ; les sociétés, les entretiens et les lectures. Les sociétés : c'est d'elles que naissent et se forment, en grande partie, nos sentiments et nos mœurs. Une journée, dit Muratori (et quelquefois moins encore) a suffi pour gâter les plus heureux naturels, et pour faire perdre tout le fruit de plusieurs années de vertu.
Disons la même chose des entretiens, qui tiennent généralement au genre de société que nous fréquentons. Autant la coa-
DEMONSTRATION ÉVANGÉLIQUB. GÉRARD.
versation des personnes saf^es, vertueuses et vraiment cbi-éticnncs, peut nous être utile, autant recevons-nous de préjudice de l'entretien de celles qui sont, je ne dis pas seulement sans principes et sans mtKurs, mais légères, frivoles, remplies de l'esprit du monde et de ses fausses maximes. Les plaisanteries déplacées, les railleries et les critiques mordantes, les modes, les nouvelles, les anecdotes scandaleuses et les amusements du jour, font tout l'agrément et tout le sel de leurs discours ; mais quel parti prendre, lorsqu'on se trouve malgré soi, dans de pareils cercles ? y ramener, s'il se peut, et si l'on a ou assez d'acquis ou assez de crédit pour le faire, la conversation à un meilleur ton ; n'y prendre, après tout, que le moins de part possible , et uniquement dans ce qu'elle peut avoir de plus innocent , savoir s'en distraire par l'esprit intérieur qui doit nous animer, et par des pensées plus raisonnables et plus réfléchies; Se rapprocher de personnes plus mûres et plus sages, s'il s'en rencontre ; et celles-ci se feront un plaisir de nous accueillir et de scdélasser avec nous de la fatigue de pareils entretiens.
Le troisième objet qui exige un très-grand choix, ce sont les lectures. Je ne me bornerai pas à m'interdire celles qui sont absolument mauvaises: on n'ignore pas maintenant que ce sont, en genre de religion, les mauvais livres qui ont infecté toutes les classes de la société, qui ont égaré presque tous les esprits et qui, par une suite de conséquences inévitables, ont fait tous nos mai:x. On sait, d'un autre côté, que les livres licencieux, que tous ceux qui échauffent l'imagination et ouvrent le cœur à l'amour et aux passions, creusent les plus grands ravages et forment insensiblement les mauvaises mœurs ; mais on ne se met pas assez en garde contre les lectures purement frivoles, qui, sans être de nature à produire par elles-mêmes les effets les plus funestes, nous amènent insensiblement à celles que nous avions cru d'abord ne pas pouvoir nous permettre, et nous dégoûtent peu à peu de celles qui , plus solides , sont propres à éclairer notre esprit et à former notre ccsur. Ce n'est qu'à celles-ci cependant que nous pourrons devoir notre raison, notre piélé, noire sagesse et notre bonheur. C'est donc à elles que je veux me livrer désormais, pour en faire une de mes plus utiles et de mes plus douces occupations.
Tâchons , avant tout , de bien étudier la grandeur de Dieu , sa puissance, sa sagesse, sa bonté, son amour pour l'ordre, et tous les attributs qui éclatent admirablement dans les œuvres de la nature et dans celles de la grâce. Nous avons , pour la première étude dont je viens de parler, un ouvrage intéressant et à la portée de tous, qui a pour titre : Les leçons de la Nature {k vol. in-12). A l'égard de la religion, qu'y a-t-il de plus propre à nous la bien faire connaître, que les Epîtres et les Kvangiles, distribués comme ils le sont pour les dimanches , pour les principales fêtes, et pour différents temps de l'année?
N'est-ce pas là, en y joignant les psaumes, l'Imitation de Jésus-Christ , « le plus beau livre, a dit Fontenelle, qui soit sorti de la main des hommes , puisque l'Evangile n'est pas leur ouvrage; » en y joignant encore les Pensées chrétiennes du père Bouhours, et les excellentes Pensées du père Bourdaloue , ce qui devrait composer essentiellement la bibliothèque d'une âme chrétienne? Les sciences profanes, quand on sait les étudier comme il faut, et avec un esprit droit, ont, sans doute, leur avantage; mais que sont-elles, si on les sépare de la science de Dieu et de la religion. C'est bi(>n alors qu'on doit se rappeler le mot de l'Apôtre : La science enfle; mais la charité édifie ; et ces paroles du livre de la Sagesse : « Tous ceux-là sont bien vains, qui n'ont pas la science d;; Dieu : « Vani sunt omîtes homines, in quibus non subest scientia Dei.
Demandons, en conséquence, avant tout , ces deux connaissances si nécessaires que demandait saint Augustin : « Que je vous connaisse , Seigneur , et que je me connaisse.» Noverim te, noveriin me. Si nous connaissons bien Dieu , quel amour nous aurons pour lui 1 si nous nous connaissons bien nousmêmes, que nous serons humbles et petits à nos propres yeux ! la science ne nous enflera pas.
8° Dans le digne emploi de ma journée , de mes facultés et de tous les moyens qu'il a plu à Dieu de me donner doivent entrer nécessairement les œuvres de charité. Du cœur, la charité doit passer dans toutes nos actions. Dieu ne m'a lié par elle à mes semblables que pour me porter à leur rendre tous les services qui sont en mon pouvoir; je dois les aider de mes lumières et contribuer de toutes mes forces à établir en eux son règne, à le leur faire connaître, aimer et glorifier. Il ne m'a donné , plus qu'à la plupart d'entre eux , des biens , du pouvoir , du crédit, que pour leur en faire partager les avantages. C'est pour eux qu'il m'a rendu l'économe, le dispensateur de ses dons, et le ministre de sa providence. Instruire les ignorants, et comme parle le Fils de Dieu, évangéliser les pauvres, ramener ceux qui s'égarent, consoler les affligés , soulager , nourrir les indigents, être l'appui des faibles, la ressource des malheureux, ce sont là, comme nous l'avons dit, les effets et les fruits de la charité. Mon souverain modèle , c'est Dieu , qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants ; c'est Jésus-Christ, dont il est dit qu'il n'a passé sur la terre qu'en faisant du bien , perlransiit benrfaciendo. Puissé-je mériter, autant qu'il est en moi, cet éloge, à la On de ma carrière ici-bas ! Il esta remarquer que le Sauveur du monde , en parlant du jugement dernier, y fait entrer, par-dessus tout, le bien que nous aurons fait aux hommes ou celui que nous aurons négligé de leur faire, quand nous le pouvions, tenant pour omis , à son égard , ou comme fait à lui-même , ce que nous aurons omis , ou ce que nous aurons fait à l'égard de nos semblables. î
Entre toutes les œuvres de charité , il en est qui ne se bornent pas aux besoins parti-.
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culiers, mais qui, sans négliger ceux-ci, s'étendent bien au delà, cl ombrassent, dans un degré proportionné à nos moyens, le plus grand bien public qu'ils puissent nous mettre en état de procurer. C'est ainsi que, dans des temps peu reculés, le vrai zèle contribuait, parmi nous , aux établissements les plus saints et les plus utiles. Tel était, sans parier de plusieurs autres, l'hospice auquel on vient de rendre le nom de la famille bienfaisante qu'il a fondé {rhospice Cvcliin) : telle était aussi cette société si respectable, qu'on a vue renaître de nos jours sous le beau nom de
SOCIÉTÉ DE LA CUAIUTÉ MATERNELLE, à laqUCUc
un si grand nombre de ses membres donnent autant de lustre qu'ils en reçoivent. Tels sont enfin, toutes ces nouvelles administrations de BIENFAISANCE, qui honorent le siècle dans lequel nous venons d'entrer. C'est ainsi encore que, plus anciennement, le même zèle , embrasé d'un feu tout divin , portant SCS vues jusque sur les contrées les plus éloignées, jusque sur les peuples les plus barbares , aidait nos missionnaires , par des secours abondants, à les rendre participants du bienfait de la civilisation et de la lumière de l'Evangile, c'est-à-dire -à en faire , tout à ia fois, des hommes et des adorateurs du vrai Dieu. Aujourd'hui, redevables avant tout à notre pairie, à nos concitoyens, nous avons, à proprement parler, des missions à fonder pour eux, des catéchistes, des prêtres , des pasteurs , à leur donner; ce qui ne peut se faire qu'à l'aide de séminaires , où on les élève, où on les instruise , où on les forme pour le saint ministère. C'est là que se trouvera la semence de nouveaux ouvriers évangéliques et toute l'espérance des fruits précieux qu'elle doit produire, Spes in semine. Ces séminaires, qu'on s'est proposé de rétablir, n'ont point encore de fonds qui leursoientassignéspourrentroliendos ministres. De saints prêlres, anciens directeurs du séminaire de Saint-Sulpice digne de toute liolre vénération , comme ils doivent l'être de toute notre reconnaissance, diriges par l'ancien supérieur de cette société, aux luaiicres profondes, à la sagesse et à la modération duquel on peut dire que nous sommes, en grande partie redevables de la conservation de la religion en France, ont su rassembler depuis plusieurs années, un certain nombre déjeunes gens dans une élroite maison d'un de nos faubourgs, et les ont fait subsister, pour la plupart au jour le jour et aux frais de la Providence. Des chrétiens tant soit peu aisés, n'auraient-ils pas à rougir de leur indifférence pour une si belle œuvre ; et après toutes les pertes que nous avons faites en ce genre, parmi tout ce qui nous reste à faire et à réparer, est-il quelque autre œuvre qui puisse entrer en comparaison avec cellelà? Qu'on dépose pour elle entre les mains des supérieurs ecclésiastiques, entre celles du supérieur même de cette institution qu'il a récréée en quelque sorte pour nous, et de même dans chaque diocèse, les sommes qu'on pourra consacrer ainsi à la religion ; qu'on donne peu, si l'on n'est pas en état de donner
beaucoup ; que dans un certain monde surtout, on retranche pour un bien si général et d'une si grande importance, tant de vaines dépenses en luxe et superlluilés ; et bientôt les pierres du sanctuaire, pour me servir du langage de l'Ecriture, ne seront plus dispersées, et nous n'aurons plus tant de larmes à répandre sur les ruines de la cité sainte; et avec des lévites qui ne peuvent plus avoir qu'une vocation bien pure et bien désintéressée, nous verrons relleurir dans nos villes et dans nos campagnes, la foi, les mœurs et toutes les vertus qui peuvent assurer la tranquillité de l'Etal, le bonheur des citoyens et le salut de nos âmes.
9° Ce que je dois, entre autres choses, à mon Dieu, à l'édification de mes frères, c'est l'assistance aussi fréquente que je le pourrai, au culte public, aux divinsOffices, dans la communion spirituellede la véritable Eglise, de l'Eglise catiiolique, fondée par Jésus-Chrisl , perpétuée depuis dix-huit siècles , jusqu'à nos jours sous la conduite d'un chef successeur de siant Pierre, sous celle des évêques qui ont succédé d'âge en âge aux apôlrss, avec laquelle Jésus-Christ a promis qu'il serait tous les jours jusqu'à la fin des temps ; et dont il a dit que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle ; hors de laquelle enfin nous ne pouvons trouver ni lunité de doctrine, ni une autorité capable de fixer avec certitude notre foi.
Cependant, pour le dire en passant, ne lui dois-je pas la plus exacte, la plus parfaite soumission, non-seulement par rapport à ses enseignements, mais relativement à ses préceptes, qu'on se fait si pru de scrupule de transgresser, soit par respect humain, soit encore sous les prétextes les plus frivoles et les moins capables de nous dispenser en conscience, sur certains articles qui nous gênent, d'observer ses commandements.
10. Indépendamment du précepte d'entendre la messe d'obligation, je ferai en sorte d'y assister dans la semaine, lorsque les autres devoirs que j'aurai à remplir et les circonstances me le permettront, ne pouvant rendre à Dieu un honneur plus grand, plus digne de lui, que celui que je lui rends par le sacrifice de Jésus-Chrisl, ni me procurer des grâces plus abondantes que celles dont il devient pour moi la source. J'y assisterai avec tous les sentimenls qu'il doit faire naître en ::!oi. Je l'offrirai à Dieu, non-seulement pour it'S vivants, mais selon ia doctrine de l'Eglise catholique, pour les âmes du purgatoire. 11 serait aisé de prouver que cette doctrine, confirmée par la plus ancienne tradition (1), par l'exemple entre autres, de saint Augustin, oflrant cet adorable sacrifice pour l'âme de sa mère, a élé, quant à l'existence
(1) Voyez sur ce point, et sur Ions les ailicles conteslés lar lus novateurs , les Lettres d'un docteur allemand (ScUelfiiiaih^r) à un genlitlwinme prolcstanl, t vol., et Méthode d'inslrnction pt>nr ramener les prétendus réformés à l'Eglise romaine, par M. de Lalbrest, \ vol.
Qu'on lise d'ailleurs avec un cœur droit l'ouvrage si connu 1 tsi |irôcis de M. Bnssuet, inlilulé : Erposilion de In doctrine de i Eglise cutlioliijue, et qui » suffi | our opérer la conversion du i;i'aud Turenuc.
d'un lieu d'expialion passagère, pour les fautes qui ne méritaionl pas des peines éternelles, reconnue parmi les païens, à l'aide des seules lumières naturelles. Je me bornerai à citer VEnéide, où Virgile, dans la descente d'Enée aux enfers, expose la croyance commune et reçue de son temps. Quant à l'application que nous faisons aux trépassés par nos suffrages, du sacrifice et des mérites du Rédempteur des hommes, qu'y a-t-il de plus conforme que ccdogmcdcnotrecroyance à cette charité dont noire Dieu, qui est la charité par essence, a voulu lier tous les êtres intelligents et sensibles, dans l'état de gloire, où ils conservent les plus grands rapports avec nous, dans l'état de combats sur la terre, où nous sommes unis par la communauté do prières et de mérites; dans l'état d'expiation où nous prêtons aux âmes du purgatoire le secours le plus religieux, le plus actif, le plus touchant. Ne craignons pas de le répéter ici, sublime et divine économie, par laquelle tous les anneaux de la grande chaîne tiennent si étroitement l'un à l'autre 1 Economie si digne du christianisme et du Dieu des chrétiens 1
Je ne négligerai donc rien désormais de tout ce qui peut procurer, selon l'enseignement de l'Eglise, le soulagement et la délivrance de tant d'âmes si chères à Dieu, et qui doivent m'être si chères pour l'amour de lui (1).
11. Parmi tous les moyens de sanctification et de salut auxquels je dois avoir recours pour moi-même, je ferai un usage aussi fréquent qu'il nie sera possible des sacrements que Jésus-Christ à institués pour cet effet, et que l'Eglise catholique m'a seule conservés dans leur entier; de ceux principalement de pénitence et d'eucharistie. Nous sentons la nécessité du premier par nos fautes journalières, et le besoin que nous avons de les effacer, de les prévenir, de nous prémunir de plus en plus contre elles par la grâce du sacrement; mais j'en redouterai l'abus autant que je craindrai de le négliger. Je n'approcherai du sacré tribunal qu'après un examen suffisant, sans que d'ailleurs les scrupules me fassent un tourment de ce qui doit être si consolant pour mon cœur. J'en approcherai surtout avec un cœur contrit et humilié,
avec un ferme propos de travailler soigneusement à me réformer de jour en jour, et avec un vrai désir de satisfaire pour mes offenses. Une des marques les plus sensibles qu'il n'y a eu de notre part ni vrai repentir, ni ferme propos, c'est lorsque nous commettons toujours les mêmes fautes que nous avons confessées. Ah ! qu'il serait déplorable pour moi, si, en supposant que j'eusse écrit ma confession, je retrouvais dans la confession suivante, précisément toutes les mêm s choses à accuser, et à peu près telles que je les avais commises, soit pour l'espèce, soit pour le nombre et la gravité; si toutes mes confessions n'étaient également que la répétition les unes des autres, et si, à la fin de l'année, par exemple, je me voyais dans le même état où j'étais en la commençant; si, d'année en année, c'était le même protocole d'infidélités, et que j'eusse croupi ainsi, pendant une partie de ma vie , je ne dis pas dans un état de péché mortel, par sa nature, je dis seulement dans le même état de langueur, de tiédeur, d'indifférence pour Dieu et pour mon salut, et par là même d'abus d'un sacrement qui est pour nous le prix du sang de Jésus- Christ 1 Ne devons-nous pas, au contraire, être sans cesse animés du plus grand zèle de procurer la gloire de Dieu, en nous et horsde nous, du plus grand désir de notre avancement et de notre perfection? c'est ce que renferment ces paroles de notre divin Maître : Heureux ceux qui sont affamés et altérés de la justice, parce qu'ils serontrassasiés! Que ne nous a-t-il pas dit encore dans ce peu de mots : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait , cesl-à-d\rc autant que le comporte notre nature, puisque nous avons été formés à l'image de Dieu, et rendus capables de travailler sans relâche et de toutes nos forces à l'imiter; devoir que les plus sages d'entre les philosophes païens.jun Socrale, un Platon, un Pythagore, ont eux-mêmes regardé comme ie plus essentiel et le premier devoir de l'homme. Pourquoi, en effet, est-il distingué ici-bas, entre tous les êtres animés, par cet attribut si honorable pour lui, la perfectibilité proprement dite, la faculté de se perfectionner lui-même , si ce n'est pour qu'il tende sans cesse à toute la perfection dont il peut être capable; perfection chrétienne, surtout, qui, en tant qu'il convient à toutes les conditions, à tous les étals, devrait faire le seul objet de son ambition sur la terre, comme elle peut seule, par l'amour du souverain bien qui est Dien même, y faire sa grandeur réelle et sa félicité. Autant de pas faisons-nous vers la sagesse, autant en faisons-nous vers le bonheur. Ce soin continuel d'avancer de vertu en vertu, est si bien le caractère du vrai fidèle, que l'Esprit-Saint nous dit dans le livre des Proverbes, que le sentier des justes est comme une lumière brillante qui s'avance et qui croit jusqu'au jour parfait.
A l'appui du sacrement de Pénitence, qu'est-ce qui hâtera le plus nos progrès? le
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Fcm C'rcwor, au Pepio/urt(i;s,eic., sous les mômes coiidi- é ^'"^'""^"^ *^ 1 hucUaristie, si nous en apiinns. prochons avec une foi vive ; et les sentiments
(l) L'Eglise aUaclie les iiiduigences qu'on peut obleiiir pour elles, par l'applicalion des mérites du Rédem|)ieur, à des prali lues qui ne peuveut ôire que de la plus grande utilité pour ccux-iuèuies qui les mettent eu usiige , 1° à cette coiiditiiin , de se confesser et de communier pour cet cllel ; 2° à celle de taire tous les jours du mois , selon la fornude prescrite, quelques actes ou queUpies prièrt^s. Tels sont les actes de foi , d'espérance et d'auiour , en y joignant les uiolil's qui y sont propres : « Mou Dieu, je crois eu v(ius et ce (pie me propose votre Itglise, parce que vous èies inlinimcnt vrai. J'espère eu vous parce tjue vous êtes iuliniment inisùricordi'Uix , et a cause des mérites de Jésus-Clirist. Je vous aime, parce ([uc vous êtes infiniment aimable, et mon prochain comme moi-même, pour l'amour de vous. »
iede est encore cette formule :
« Que la volonté de Dieu, très-juste, irès-révélée, trèsaimahle, soit éternellemenl faite, louée et glorifiée en toutes ciioses. »
11 y a également des indulgences pléniôrcs attachées au
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de reconnaissance el d'amour qu'un si grand bienf.iit doit nous inspirer. Les paroles do l'instilulion sont précises : tout ce que dit Jcsus-Christ aux Juifs, dans le chap. VI de ï Evangile selon saint Jean, ne sert qu'à les conlirmer, malgré tout le scandale qu'en prennent quelques-uns de ses disciples, à qui ce discours paraît dur; ce qui fait dire à saint Augustin qu'il n'est dure que pour des cœurs durs : Surits, sed daris. La manière dont s'exprime saint Paul, dans le chapitre XI de la première EpUre aux Corinthiens, leur rappelle les termes dans lesquels ce sacrement a été institué; et tout ce quil ajoute relativement au discernement que nous devons faire du corps du Seiijnnir, n'est encore que l'expression de la foi de l'Eglise catholique sur ce sujet. La tradition en est aussi ancienne que constante (1), dans celte Kglise, la seule qui ait mérité, qui ait conservé le titre de catholique , la seule qui n'ait eu que Jésus-Christ pour fondateur, sans qu'on puisse ajouter à ses litres aucun nom particulier, pris d'un chef de secte, tel qu'Arius, Donat, Pelage, Luther, Calvin, etc. Ahl disons-le en vérité, qu'il faut bien vouloir s'aveugler pour ramener à un style figuré les paroles si expresses de la réalité dans la bouche de celui qui est venu abolir toutes les figures.
Mais l'imagination se révolte, les sens euxmêmes conlrediscnl le dogme de la transsubstantiation. Eh! depuis quand l'imagination, sujette à tant d'illusions et de fantômes, doitelle en être crue préférablement à une autorité divine si bien attestée, si clairement énoncée? Depuis quand les sens sont-ils une règle de vérité si nécessaire et si infaillible pour nous, lorsque cette autorité suprême, et dont le pouvoir maîtrise la nature entière, nous avertit de n'y pas croire?
Mais, dira-t-on encore, ce mystère renferme des contradictions. De même cependant que Leibnitz, si bon juge en ce genre, a prouvé, par un traité fait exprès, que le mystère de la Trinité n'en renfermait pas, ainsi Descartes, Varignon, cet excellent géomètre, et d'autres encore, qui ont écrit sur le même objet, ont démontré la ruême chose relativement à celui do l'Eucharistie, et ont exposé, chacun à sa manière, des hypothèses plausibles, selon lesquelles Dieu pouvait le réaliser, bien loin qu'il fût contradictoire et impossible en lui-même. Que de mystères dans la nature qui sont tels pour les esprits les plus subtils, el qu'aucun d'eux ne peut concevoir I Quand donc ces hypothèses ne nous auraient pas été présentées par de si fjrands hommes, oserions-nous bien considérer notre intelligence comme l'unique mesure des possibles, et Dieu ne peut-il pas faire beaucoup plus que nous ne pouvons comprendre?
Bien loin que l'âme vraiment fidèle sente sa foi ébranlée un seul instant sur le mystère adorable de l'Eucharistie, elle y puise
(I) Voyez les ouvrages que nous avons cités plus haut, cel, !2d4'.
Di.yoNST. ÉvANG. XII,
sans cesse une foi plus vive encore : elle juge sans peine que ce n'est point ici une invention humaine, uiu> idée qui ait pu tomber naturellement dans l'esprit de rhommt; : elle y reconnaît, ainsi que dans les autres mystères du Rédempteur, tout l'amour d'un Dieu, et les explique par cet amour même. Oui, mon Dieu, s'écrie-t-elle, c'est en Dieu, c'est d'un amour infini comme vous, que vous nous aimez ! O divin amour 1 de quelle flamme ne devez- vous pas embraser mon cœur? Si je ne puis vous rendre un amour qui réponde au vôtre, ah 1 du moins que je vous aime de toute mon âme, de toutes mes forces, autant qu'une créature telle que moi, et pour laquelle il n'est rien que vous n'ayez fait, est capable de vous aimer I Mais sont-ce bien là, pour plusieurs d'entre nous, nos pensées, nos sentiments, notre langage, quand nous communions? Quelle idée nous formonsnous de ce sacrement? Quels fruits en retirons-nous? Je dis quelle idée : sommes-nous profondément remplis de cette pensée que nous nous unissons spirituellement et corporeliement à un Dieu, fait homme pour nous, sans rien confondre, sans rien altérer de sa divinité; que dans la personne de cet Homme-Dieu, c'est le maître du ciel et de la terre que nous recevons en nous, pour former avec lui le lien le plus étroit, l'union la plus intime; que c'est l'être infiniment graud, devant lequel toute grandeur s'éclipse, qui se donne à nous; et faisons-nous l'eslime que nous devons faire d'un tel don? Quelles dispositions apportons-nous à le recevoir? Notre conscience est-elle bien pure? Détestonsnous bien nos offenses? Sommes-nous biea détachés du monde, et avons-nous renoncé à son esprit ? Notre cœur est-il bien rempli d'amour el bien préparé ? Rappelons-nous tout ce que fit Zachée lorsqu'il eut seulement le bonheur de recevoir Jésus-Christ dans sa maison. Quels fruits avons-nous retirés d'un si grand bienfait? Hélas I quels sont ceux que nous avons fait paraître jusqu'ici? Eu quoi sommes-nous devenus meilleurs? Toutefois une bonne, une sainte communion devrait suffire pour faire de nous des saints. Ah ! combien de chrétiens, qui le sont si peu d'esprit, de cœur et d action, doivent trembler, en recevant Jésus-Christ, de ne faire autre chose que manger, comme parle l'Apôtre, et s'incorporer en quelque sorte leur jugement et leur condamnation. Cependant si c'est donner plus que jamais la mort à notre âme que de communier indignement, c'est aussi la priver de la vie que de ne pas communier, en entrant dans les dispositions convenables pour le bien faire. Celui, dit Jésus-Christ, qui ne mange pas ma chair n'aura pas la vie en lui. Soyons animés de l'esprit du christianisme, vivons en vrais chrétiens, et nous communierons bien, et nous n'aurons pas de plus grand désir que de communier souvent. Songeons que, pour le salut de notre âme, nous sommes placés, à cet égard,' entre la mort et la vie.
Une foi vive dans le sacrement de l'Eucharistie doit non-seulement nous inviter à une,
IQuurqnte}
DÉMONSTRATION ÉVANGÈLIQUE. GÉRARD.
communion fréquente et vraiment sainte, à l'assistance aussi fréquente que nous le pourrons au saint sacrifice de la Messe, mais encore à visiter, autant qu'il dépendra de nous, Jésus-Christ dans son adorable sacrement. Elle doit, dans son saint temple, nous pénétrer de sa présence, nous y rendre respectueux, attentifs, recueillis. Ah ! qu'un regard delà foi, jeté vers le tabernacle, quand les objets extérieurs nous dissipent, lorsque notre imagination s'égare , la ramènerait bientôt, et qu'il dirait de choses à notre esprit et à notre cœur!
12" Pour en revenir plus particulièrement au plan de ma journée, je la finirai, comme je l'ai commencée, par la prière, à laquelle je joindrai l'examen de conscience, pour me rappeler les fautes que j'aurai pu commettre, spécialement contre les résolutions prises dans mon examen de prévoyance ; pour demander pardon à Dieu de tout mon cœur d'avoir encore été si pou fidèle, et pour me confirmer dans le désir de travailler plus efficacement à le devenir davantage. Je m'occuperai, en me mettant au lit, de bonnes pensées, remettant uion âme entre les mains du Seigneur, et je m'endormirai dans son sein et dans son amour, selon ces paroks du Roi-Prophète : In idipsum dormiam et requiescam.
Terminons ce plan de conduite, que je relirai en entier au moins tous les mois, par quelques passages de l'Ecriture et dos Pères, et par quelques réflexions courtes et importantes.
Souvenons-nous, avant tout, de ce mot de Jésus-Christ, que nous avons déjà cité : 7/ n'y a qu'une chose de nécessaire : Porro iinum est neeessarium. Ailleurs, il nous dit : (et de combien de justes et de saints celle seule parole a peuplé le ciel ! ) que sert â l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme; et que donnera-t-il en échange pour elle? Cherchez, avant tout, nous dit encore le Sauveur, le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît.
Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout voire esprit, de toute votre urne, de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même ; dans ces deux commandements se trouvent renfrrméslaloi et tesprophètcs.
Celui qui est fidèle ju.ique dans les plus petites choses, le sera dans les plus grandes; et celui ?'ui est infidèle dans les unes, le sera dans es autres. Les œuvres, comme l'a si bien dit saint Grégoire, sont la preuve de l'amour : Probatio amoris, exhibitio operis.
Celui qui rougira de moi, nous dit Jésus- Christ, j'en rougirai à mon tour, et je le désavouerai devant mon Père. Terrible anathème prononcé contre ceux qui se laissent subjuguer parle respect humain !
Je vous apprendrai qui vous devez craindre. Ce ne sont pas les hommes, qui ne peuvent perdre que le corps; c'est Dieu, qui peut perdre le corps et Vâme tout à la fois.
Ce qui est grand aux yeux des hommes [aux yeux d'un monde si faux et si dépravé dun» se$ jugements), €$t en abomination rfe-
vaut Dieu. Apprécions, d'après ces paroles du Verbe, de la Sagesse éternelle, tout ce qui nous éblouit si fort, en genre de gloire moudaine, d'actes tout brillants d'un vain éclat, et de fausses vertus.
Possédez votre âme en paix par la patience.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de votre âme.
Que celui d'entre vous qui veut devenir le plus grand se rende le plus petit.
Celui qui s'abaisse sera élevé, et celui qui s'élève sera abaissé.
Prenez sur vous mon joug : car mon joug est doux et mon fardeau est léger. Mais prenons garde; ce joug ne devient doux, et ce fardeau ne devient léger, qu'autant que nous le portons tout entier. Saint Augustin se sert, à ce sujet, d'une comparaison bien sensible. Voyez, dit-il, cet oiseau; ses ailes semblent le charger ; cependant , coupez-en les extréniilés, il perd ses forces, il rampe, il s'agite, il s'abat et devient un fardeau à lui-même. Que ses ailes renaissent, il reprend toute sa vigueur et son agilité; il quitte la terre, et s'élève dans les nues. C'est ainsi que notre âme perd foute sa force ; elle rampe , elle tombe ot ne se relève que pour tomber encore ; tout lui paraît lourd et pesant dans le service du Seigneur, dès qu'elle ne prend de son joug que ce qui lui plaît, et en écarte tout ce qui lui paraît pénible. Si, au contraire, elle porte ce joug tout entier, sans de vains adoucissements, sans de faux ménagements, sans une lâche et molle délicatesse, elle s'élève aux. plus hautes vertus, et se les rend faciles par l'habitude de les pratiquer; comme l'aigle elle fixe le soleil; elle porte, selon le langage de l'Ecriture, son nid jusque dans les cieux; elle éprouve alors combien le Seigneur est doux : Gustate et videte quam suavis est Dominus.
Veillez et priez, nous dit encore Jésus-Christ, car l'esprit est prompt et la chair est faible. Combien nous devons veiller sur notre imagination, si folle, si légère, si vive, si prompte à s'eniliimmer, à laquelle il est si nécessaire démettre toujours un frein, et dont on ne saurait tenir les rênes trop serrées ! Combien nous devons veiller sur nos sens, qui sont ouverts sans cesse à la tentation, et qui n'ont que trop de faiblesse et d'attrait pour y succomber. En veillant, nous faisons ce qui dépend do nous ; en priant, nous obtenons ce qui dépend de Dieu, sa grâce, qu'il ne refuse point à la vigilance cl a la prière. De là se forme toute l'économie du salut. Sur cola se fonde, ainsi que sur la miséricorde de Dieu et les mérites de Jésus-Christ, l'espérance vraiment chrétienne; et c'est de cette espérance que l'Esprit-Sainl nous dit en mille endroits de l'Ecriture, et particulièrement des psau mes : Celui qui espère en Dieu ne sera poin t confondu. J'espère en vous, Seigneur, dit souvent le Roi Prophète, par le même principe, par un sentiment vif et affectueux; J'espère en vous, et je ne ' serai pas confondu»
L'ESPRIT DU CHRISTIANISME
Heureux ceux qui ont le cœur pur, nous dit le Sauveur du moudc, dans le sermon sur la montagne, car ils verront Dieu : pureté de cœur qui renferme la pureté d'intention et la pureté des sens. C'est relativement à celle-ci, qu'en genre de désirs, de regards, de paroles ou daclions, comme en genre de doutes et de pensées coulraircs à la foi, il n'y a point de petits péchés selon les moralistes chrétiens, dès qu'il y a réflexion suffisante et un vrai consentement.
Jean-Jacques lui-même, quoi«iue si peu conséquent dans la pratique, ainsi que tous nos faux sages, quand il leur plaît de nous débiter de belles maximes, a dit avec raison : Des plus petites prccauiions dépendent les plus (jrandes vertus, et surtout la pureté qui les nourrit toutes. C'est lui qui a énoncé encore celle grande vérité : // n'y a point de vertu sans force ; et le chemin du vice , c'est la lâcheté.
Jé?us-Christ s'exprime à ce sujet en législateur divin, qui nous conduit toujours à la grande fin que nous devons nous proposer : Le royaume du ciel souffre violence; et Un y a que ceux qui se font violence à eux-mêmes qui l'emportent. C'est- avec la même élévation, et
la même fin pour motif et pour récompense, qu'en remontant, en deux mots, à la source, qui est le cœur, Jésus-Christ a dit ce que nous avons rapporlé il n'y a qu'un instant : Heureux ceux qui ont le cœur pur, <•«»• «7s verront Dieu.
Mais parce que le mariage élevé, dans la loi nouvelle, à la dignité de sacrement, a aussi son genre de chasteté, que ceux qui en ont contraclé le lien sacré, n'oublient jamais que la violer, même entre eux, est non-seuiomont selon la parole expresse du Seigneur (GeHèse,XXXV!II, 10), une chose c/e7es.'a6/eà ses yeux, mais encore que celle violation est si contraire à la loi naturelle, aux fins et au vœu de la nature, que les plus sages d'entre les philosophes païens, Zaieucus, Cherondas, Plularque et tant d'autres, jusque parmi les sages de la Chine, l'ont considérée, comme un des plus grands crimes dont on puisse se rendre coupable envers l'Auteur même de la nature, et la société tout entière.
Le triste sort que celui d'une épouse, qui, malheureusement partagée entre sa tendresse et sa conscience, et tourmentée tour-à-tour par l'une et par l'autre, est d'ailleurs en butte à toute les persécutions du despotisme le plus injuste et le plus tyrannique; lors même qu'elle ne craint pas pour elle tout ce qu'il peut humainement lui en coûter pour être fidèle à son devoir!
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice; car ils seront rassasiés! Ces paroles du Sauveur, que nous avons déjà citées, font partie des huit béatitudes cl de tout le discours qu'il fit sur la montagne, lequel est contenu dans les chapitres v, vi elvii de saint Matthieu, qu'on ne saurait trop lire, comme renfermant l'esprit et la substance de toute laloiévangélique. Heureux, y est-il dit aussi, les pauvres d'esprit; ceux qui le sont d'esprit et de cœur, qui n'ont nulle attache aux biens
passagers de ce monde, parce que le royaume du ciel est à eux I
Pour ne pas risquer de perdre ce royaume céleste, ce souverain bonheur auquel" nous devons tendre et pour lequel nous sommes faits, rendons-nous habituelle l'idée de la présence de Dieu, ainsi que le Psalmiste qui avait Dieu toujours présent : Providebam Dominum in conspectumeo semper; ainsi que Dieu luimême le disait à Abraham: « Marchez en ma présence, et soyez parfait: » Ambuta coram me, et esto perfectus. Par cette pensée habituelle de la présence de Dieu, nous serons attenlifs sur nous-mêmes ; elle nous mettra en garde contre les saillies de notre humeur et de nos passions ; elle nous rendra ses bienfaits plus doux en nous rappelant que nous les tenons de lui; et dans les contrariétés et les peines de la vie, elle sera pour nous une source de joie et de consolations.
Ne craignons pas de nous occuper fréquemment de la pensée de la mort ; de la certitude de ce dernier moment, où toutes les choses de ce monde s'évanouiront pour nous ; del'incerlitude de l'âge, de l'instant précis où il arrivera. Tenez-vous toujours prêts, nous dit Jésus-Christ; veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure de votre mort. Elle viendra comme un voleur, selon l'expression de TEcriture,àrinslantoù nous l'attendrons le moins. Pensons, en même temps, à cette éternité qui doit la suivre, et pesons ces paroles d'un Père de l'Eglise : Un moment et une éternité* Un moment d'où peut dépendre une éternité tout entière , un moment d'une satisfaclion qui nous rendrait coupables et qui pourrait être suivie d'une éternité de peines!
Que cette pensée de l'éternité nous soutienne aussi dans nos alfliclions ^ « car nos afflictions présentes, dit saint Paul, oui ne durent qu'un moment et qui sont si légères, nous proiiuisent le poids éternel d'une gloire incomparable. Ainsi ne considérons pas les choses visibles, maiscclles quisontinvi^ibles; car les choses visibles n'ont qu'un temps, et les choses invisibles sont éternelles. »
Quoi de plus propre encore à nous soutenir et à nous fortifier, que ces paroles de l'apôtre saint Jacques, que nous avons déjà citées en partie:» Regardez, mes frères, comme tout sujf't de joie, lorsque vous éprouverez quelque tentation ( quelque tribulation ); sachant que l'épreuve de votre foi produit la palience , et que la patience fait un ouvrage parfait? » En tout genre, en tout temps, portons de bons fruits ; dans l'adversité, par la palience, dans la prospérité par un digne usage des biens que Dieu nous envoie.
« La cognée (disait saint Jean dans le désert, en préparant la voie du Seigneur et en prêchant le baptême de la pénitence) est déjà à la racine de l'arbre. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits, sera coupé et jeté au feu. »
Un pieux auteur, dans une méditation sur cet endroit de l'Evangile, en parlant de notre sort à venir, relativement à cette éternité heureuse ou malheureuse, fait celle réflexion frappante ; Voulons-nous savoir de quel côté
nous tomberons quand la mort tranchera le fil de nos jours, considérons, d'après noire •vie acluelio, de quel côlé nous penchons. Cependant, il est un moyen de détourner ce que ce présage pourrait avoir de funeste. Tandis qu'il en est temps encore, redressons nos voies; changeons dans des habitudes contraires, la pente qui nous entraîne; mettonsy celte bonne volonté, source de paix, et à laquelle est réservée tout-à-la-fois celle de la vie présente et celle de la vie future, pax hominibus bonœ voluntatis ; cette volonté pleine et entière de glorifler Dieu, de nous sanctifler, et obtenant par là toutes les bénédictions, toutes les grâces dont elle est le gage, et qui en seront la récompense, nous entrerons un jour en partage de la joie des bienheureux ; nous nous épargnerons les regrets déplorables de ceux qui meurent dans le péché, dans la disgrâce de Dieu, au lieu d'avoir vécu dans sa grâce et son amour.
Telles sont, dit ailleurs le même écrivain dont je viens de parler, les trois pensées qui remplissent une âme à l'instant où le souverain juge vient de prononcer l'arrètde sa condamnation. Me voilà donc réprouvée. Je perds ce Dieu si aimable, si parfait, que j'apprends trop tard à connaître, ce Dieu, mon unique centre, et qui devait être ma souveraine béatitude I Maintenant je tends vers lui avec une force irrésistible, et j'en suis sans cesse repoussée I A la place du bonheur suprême, je suis condamnée aux plus affreux tourments I Seconde pensée: je suis réprouvée, et je le suis pour toujours I Les années, les siècles, les milliers de siècles s'écouleront: et que trouverai-je encore devant moi? l'éternité. Troisième pensée: je suis réprouvée; je le suis pour toujours; et je le suis par ma fautel Dieu avait tout fait pour mon salut, pour me rendre souverainement et éternellement heureuse. Que de grâces ! que de lumières! que de tendres invitations ! que de moyens et de secours pour opérer mon salut I Tout cela était le prix du sang de Jésus-Christ, que Dieu m'avait donné pour Rédempteur, de ce Jésus, qui, ne faisant comme Dieu, qu'une même substance, qu'un seul Dieu avec son Père, s'était uni à la nature humaine; et, comme homme, était né pour moi parmi les hommes; avait vécu pour moi au milieu des opprobres, des contradictions et des souffrances ; était mort pour moi sur la croix, me laissant, tout-à-la-fois, ses leçons, ses exemples, ses mérites, ses sacrements. Que fallaitil de plus pour me sauver? il ne tenait qu'à moi; et, quand je le pouvais, je ne l'ai pas voulu : et, encore une fois, par ma faute, par mon unique faute, je perds tout, jusqu'à l'espérance.
J'ai commencé ce plan de conduite par l'amour, je le finis par la terreur. Ah! qu'elle me ramène à ce premier sentiment qui doit remplir mon cœur 1 Aimons de toute notre âme, de toutes nos forces, ce Dieu si digne d'être aimé; et, comme le dit l'apôtre s.nni Jean, que l'amour chasse en moi la ( rainlc. S il m'en reste, que ce ne soit que ccUecrainle filiale, qui nail de l'amour même, ■
et qui rend, ainsi que je l'ai observé, assez délicat pour ne pas vouloir faire, de propos délibéré, la plus légère offense au meilleur des pères, pour chercher en tout ce qui peut lui être agréable, et pour lui être fidèle jusque dans la moindre chose.
Que sa volonté soit constamment la mienne, quelle le soit sans exception, sans réserve. Il ne pourra rien vouloir alors qui ne soit pour mon plus grand bien. L'injustice même dos hommes, il la fera tourner à mon avantage. Recevant tout de sa main, quelque genre de peines, quelque mal que j'éprouve, puisqu'il l'aura voulu, ou que du moins il l'aura permis, je puiserai dans cette douce conformité à sa volonté sainte, non-seulement les mérites les plus réels, mais encore la paix la plus constante. C'est ce qu'a si bien exprimé, en peu de mots, un de nos anciens poètes, Malherbe:
Vouloir ce que Dieu veut, est la seulelscience J Qui nous met en repos.
Je dirai plus : c'est le vrai, c'est l'unique secret pour être content de tout et n'être contrarié de rien. Ohl la belle ohilosophie que celle de la religion 1
Pour la conduite de notre esprit, faisons consister noire véritable sagesse à juger des choses, comme nous apprenons, par les saines lumières de la raison et par les maximes de la foi, que Dieu en juge lui-même. Nous n'estimerons que ce que Dieu estime; et le prix qu'il y attache sera pour nous la mesure des vrais biens.
Nous mépriserons également ce qu'il méprise; nous condamnerons et nous rejetterons ce qu'il condamne et qu'il réprouve. Nous ne risquerons plus dès lors de nous laisser égarer par les vains jugements des hommes, par les fausses idées du monde, par de brillants dehors et des apparences trompeuses de grandeur, de gloire, de mérite, de bonheur; par les illusions et les prestiges de nos passions. Nous ne serons plus sous le tyrannique empire de l'opinion et des préjugés. Nous nous dirons, à chaque objet qui se présentera pour nous éblouir, nous tenter et nous séduire : Voilà ce que le monde en pense, ce que l'imagination et les sens nous proposent, comme étant digne de nos vœux et de notre poursuite; mais de quelle manière, Dieu, qui est la souveraine sagesse, la vérité suprême, en juge-t-il? Et sur chaque objet, considéré sous un tel point de vue, aisément la raison, la religion, la conscience, nous répondront. Pour la pratique et la conduite de la vie ; après tant de lumières puisées dans la religion , dans le véritable esprit du chrislia-' nisme, dans les leçons et les exemples de \ notre divin llaîtrei dans les vues et les motifs supérieurs que la foi nous présente; tout se réduit à ce seul mot : Soyons conséquents. C'est la contradiction entre notre foi et nos mœurs qui fait le chrétien de nom, et quii n'est, en effet, comme parle saint Paul, que! L'homme charnel, animal et terrestre. C'est,: au contraire, l'accord parfait entre ce quej nous croyons et que nous pratiquons , qui/
L'ESPRIT DU CHRISTIANISME
forme le chrétien vraiment fidèle, et, selon cette sublime distinction de l'Apôtre, l'homme spirituel et céleste.
I Je le répèle , et puissé-je me le répéter sans cesse à moi-même, soyons conséquents. Quelle apologie que celle-là , en faveur du christianisme 1 le chrétien fidèle, celui qui , suffisamment instruit et prémuni d'avance, par l'esprit de l'Evangile qui n'est que justice et charité, contre les faux prétextes, le fanatisme et les écarts d'une conscience erronée, agit conséquemment à sa foi, ne peut que faire le bien, le plus grand bien dont il est capable; il ne peut avoir que les plus nobles qualités religieuses et sociales, et toutes les vertus, la vraie sagesse, la droiture, une probité inébranlable, les mœurs les plus pures , la douceur, cette modestie, que le monde lui-même appelle le cachet du vrai mérite, disons mieux, l'humilité, qui est si grande en elle-même et aux yeux du Seigneur, la reconnaissance, le désintéressement, le renoncement à soi-même et aux vains désirs du siècle, la générosité, la bienfaisance, la charité, qui dit bien plus que tout cel;i,le courage enfin, jusqu'à donner sa vie, s'il le faut, pour la justice et la vérité : oui, le chrétien rempli de l'esprit de l'Evangile, est un saint dans le sens où l'Apôtre donnait ce nom à tous les fidèles . c'est-àdire qu'il a ce genre de sainteté qui esl de toutes les vocations, de tous les états et à laquelle nous sosnmes tous appelés. Quel contraste avec les faux sages avec les prétendus philosophes de nos jours I car, je le Jemande, que seraienl-ils, s'ils agissaient d'après les principes répandus dans leurs îcrits; et penneltraient-ils qu'à cet égard, dans la société, dans le commerce ordinaire ide la vie, on les crût conséquents? 11 en est sans doute, parmi eux, qui ont le cœur trop bien fait pour l'être, quel que soit légarement de leur raison. Mais, pour le grand nombre, comment se sont-ils montrés, quand ils ont mis leurs principes en action (1) ? Plaignons-les, détestons leur philosophie abjecte, leurs maximes perverses, leur fatale doctrine, destructive de tout ordre et de toute vertu; mais chérissons leur personne, ramenons-les, s'il se peut, du moins par nos exemples, et prions constamment pour eux.
Ce sera pour moi-même, ô mon Dieu ! que je vous adresserai, chaque jour, cette prière du Roi Prophète ; la plus belle que je puisse vous faire après celle que Jésus-Christ luimême nous a enseignée :
Détournez vos yeux de mes iniquités ; effacez mes péchés ; créez en moi un cœur pur ;
renouvelez-y un esprit de droiture ne m'ô-
tez pas votre Esprit-Saint ; rendez-moi la joie de votre salut (cette onction de la grâce qui accompagne la vraie piété, et qui nous rend la pratique du bien si aimable et si facile) ; et confirmez-moi par l'esprit principal: (cet esprit de force dont nous avons sans cesse un si grand besoin)... Vous ne rejetterez pas. Seigneur,
(1) Combien esl profonde celte pensée de Montagne : «La vile chose que l'homme, quand il ne se laisse pas soulever par quelque chose de céleste ! »
un cœur contrit et humilié.
et 19 du Miserere.
Que sert à l'homme de gagner le monde entier s'il vient à perdre son âme, et que donnerat-il en échange pour elle ? N. S. J.
Pour travailler avec zèle et avec succès au grand ouvrage de notre sanctification , nous ne saurions trop nous pénétrer de ces deux choses , l'importance du salut et le néant du monde.
Pour le premier objet, il suffit de comparer avec soin le temps à l'éternité, et de bien réfléchir sur l'alternative d'un bonheur ou d'un malheur éternel, sous deux infinis dans leur étendue comme dans leur durée. Hélas ! le temps passe si vite , la mort vient si promptement', et souvent d'une manière si subite et si imprévue I L'éternité qui doit la suivre est peut-être si proche , et une fois commencée pour nous, elle ne passera, elle ne finira jamais I
Le néant du monde peut se mesurer déjà par le peu de temps que nous avons à en jouir. Quand ses biens , ses joies , ses plaisirs seraient plus réels , il faudra bien tôt ou tard les quitter ; et alors que nous on restera-t-il ? que le regret de nous y être livrés? Mais d'ailleurs que sont tous les biens en eux-mêmes, que sont tous les vains plaisirs, qu'une source continuelle de soins , de trouble, d'inquiétude? Le commencement en est doux pout-êlre , mais la suite tn est amère, et jamais le cœur n'en est vraiment rempli et pleinement satisfait.
Dieu seul peut nous rendre heureux , et il mérite si bien d'être servi, et pour lui-même, et à raison do ses bienfaits 1 Pour lui-même : il est la source do tout ce qu'il y a de beau , d'aimable dans les créatures ; il est seul véritablement parfait, il est sans variation, sans mélange et sans bornes : à raison de SCS bienfaits, hé! que ne lui devons-nous pas? Nous lui devons tout, nous le lui devons à chaque moment ; nous lui devons tout ce qui existe dans l'ordre de la nature, dans l'ordre de la grâce ; il s'est donné, il se donne à chaque instant lui-même, il se donnera à nous pendant toute l'éternité , sans ombre , sans nuages , avec toutes les richesses de sa divinité, si nous lui sommes fidèles.
Mais par ((uels moyens parviendrons-nous à le bien servir et à le posséder un jour ? que faut-il faire pour procureri, pour assurer notre salut, autant qu'il peut l'être? 1° Le vouloir, mais fortement, généreusement, efficacement; c'est la réponse que faisait saint Thomas à l'égard de notre sanctification , de notre perfection même; 2° on peut tout réduire , en ce genre à la vigilance et à la prière. Veil- j lez et priez, disait notre divin Maître. Priez, i parce que vous ne pouvez rien sans le se- i 1 cours de votre Dieu. Veilles , parce que, comme le dit saint Augustin , Dieu qui vous a fait sans vous , ne vous sauvera pas sans vous , et qu'il exige de votre part de la cor-, respondance et des mérites.
Priez avec confiance, ayez un sentiment
profond do vos besoins , car la prière est le gémisaemcnt du cœur. Pliez toujours, nous dil encore Jésus-Christ, et comment cela? p;ir la droiture d'intention et un rapport continuel à Dieu , par le sentiment habituel de sa présence, par l'esprit de recueillement si nécessaire au grand ouvrage de notre sanctiflcation. Veillez: mais de quelle manière'? en parant tous les coups que l'ennemi du saïut peut vous porter : en opposant à l'esprit du monde, des maximes et un esprit tout contraires, et ne vous laissant point subjuguer par le respect humain, qui, comme l'appelle Bourdaloue, est une sorte d'apostasie (celui, dit Jésus-Christ , qui rougit de moi, devant les hommes, j'en rougirai à mon tour devant mon Père ) ; on déracinant toutes les semences du vice que vous apercevez ' ou que l'on vous fait apercevoir en vous ; en cherchant à vous rendre toujours plus pur, plus agréable à votre Dieu, par le soin d'ac- I quérir les vertus qui vous manquent, et d'en- :treprendre avec courage tout ce qui peut lui ■plaire; en vous montrant Adèle dans les .moindres choses , moyen le plus sûr pour le devenir dans celles qui sont les plus impor- I tantes ; et prenez garde qu'on ne parvient à j toutes ces choses que par l'exercice continuel du renoncement à soi-même. Celui , dit en effet le Sauveur du monde , qui ne se renonce pas lui-même ne peut être mon disciple; et ailleurs , Le royaume du Ciel soujfre violence, et il n'y a que ceux qui se font violence qui remportent.
' Après tout ce que nous venons de dire pour "achever de dissiper toutes les illusions que ' nous pourrions nous faire dans la voie du («alut ; observons : 1° combien on s'égare eu prétendant se sauver sans faire profession de dévotion et de piété. Peut-on être en effet bien convaincu de tout ce que nous avons établi jusqu'ici , peut-on le réduire en pratique sans être vraiment pieux ; et peut-on le négliger sans le perdre ? Hé 1 qu'est-ce que la vraie piété , que l'accomplissement littéral de ce grand précepte ? Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur , de tout votre esprit, de toute votre âme, de toutes vos forces, et votre prochain comme vousmême. Observons en second lieu combien il est impossible de se sauver en conservant l'esprit du monde, puisque Jésus-Christ a dit : Anathème au monde, puisqu'il déclare qu'on ne peut servir deux maîtres , d'ailleurs si opposés à tous égards , puisque enûn tout ce qui est dans le monde, dit l'apôtre saint Jean , est concupiscence de la chair, par l'amour déréglé des plaisirs , concupiscence des yeux , par l'amour des richesses , et orgueil de la vie, par la vaine estime de nous-mêmes et l'amour des distinctions et des honneurs. Hé quoi de plus opposé à l'esprit de l'Evangile !
Observons en troisième lieu que l'humilité est le fondement des vertus chrétiennes comme la charité en est l'âme. Si vous ne devenez comme des petits enfants, nous dit Jésus-Christ, vous n'entrerez poiui dans le royaume des deux. Apprenez de moi, nous
dit-il encore, que je suis doux et humble df cœur. Ainsi point de piété solide, point de vraie piété sans douceur et sans humilité.
k" Observons aussi qu'un des fruits essentiels de la vraie humilité, c'est l'intégrité de la foi , c'est le respect pour toutes les puissances. L'intégrité de la foi se trouve dans une soumission entière d'esprit et de cœur à l'Eglise, c'est-à-dire au corps de ses pasteurs et à son chef, auxquels Jésus-Christ a dit : Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. La soumission aux puissances est fondée sur ce que , comme dit l'Apôtre : toute puissance vient de Dieu,
Aimez, honorez, servez vos supérieurs et vos maîtres, fussent-ils même injustes et méchants, dit-il ailleurs.
5° Faites attention qu'après l'orgueil qui perd tant d'âmes et la plupart même de celles qui font extérieurement profession de piété, une des sources les plus ordinaires de réprobation, c'est le peu de soin qu'on prend d'éviter tout ce qui peut blesser la pureté, la honte que l'on a de s'en confesser et le peu d'efforts que l'on fait pour s'en corriger. Dans ce genre cependant, comme en matière de foi, tous les théologiens conviennentqu'il n'y a rien de léger, que tout y est mortel, dès là qu'il est suffisamment réfléchi et que l'on y a consenti. Pour éviter tout péril, il faut bien choisir ses sociétés, garder son cœur libre de tout attachement, ne se permettre aucun rapport trop habituel, aucune relation trop intime avec des personnes d'un autre sexe, sous prétexte même d'en apprendre quelque chose d'utile. Car l'habitude devient aisément penchant et l'inclination la plus dangereuse se cache sous le voile de l'estime.
6° Considérez que si le fréquent usage de la confession et de la communion est un des plus sûrs moyens de salut et d'avancement dans les voies du salut, il n'y a aussi rien de plus terrible que d'en abuser; et par rapport a la confession qui prépare à la sainte communion, on en abuse, on la rend sacrilège, non-seulement par l'omission volontaire de quelque péché , mais par le défaut de contrition et de ferme propos; et la contrition, le ferme propos se prouvent par les fruits. Quelle vérité ! et qu'on se rend coupable par le peu d'attention qu'on y fait.
Observez enfin que si quelque chose nous effraie dans tout ce qu'exige de nous ce grand ouvrage de notre salut, la grâce de notre Dieu, les mérites de Jésus-Christ, et ses promesses doivent nous rassurer. Ayez confiance, nous dit le Sauveur, j'ai vaincu le monde. Et pour quoi l'a-t-il vaincu, si ce n'est pour nous aider à le vaincre comme lui. Prenez mon joug, dit-il ailleurs; car mon joug est doux et mon fardeau est léger. Faisons-en l'épreuve, et nous ne serons point trompés. Il n'y a à cet égard que les premiers efforts qui coûtent, et qu'on en est bien dédommagé ensuite par le calme de la conscience, par l'onction de la grâce, par le triomphe sur nos passions, par la jouissance de Dieu et de nous-mêmes, et dans l'autre vie par la possession des biens éternels I La