L'ESPRIT DU
re.igion si belle est pour moi le plus grand de fous ses bienfaits. Son essence est la charité, et son premier commandement est d'aimer Dieu de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre âme et de toutes nos forces.
Notre propre cœur, comme je l'ai dit, nous en fait une loi. Si Dieu est notre principe, il est également notre fin. Notre cœur est si vaste et si bien fait pour Dieu, que rien hors de lui ne peut lui suffire. Chose admirable 1 je sens vivement toute mon imperfection, tout mon néant, et toutefois il me faut un être souverainement parfait pour qu'il réponde à la hauteur de mes pensées , à toute l'étendue de mes sentiments , à l'immensité de mes désirs ; pour qu'il puisse remplir en un mot, toute la capacité de mon âme, qu'elle y trouve son véritable centre, et y établisse son repos. C'est tout cela qui a dicté à saint Augustin ces belles paroles : « Seigneur 1 vous nous avez faits pour vous; c'est en vain que notre cœur se tourne et se retourne de tous côtés, il est toujours inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en vous. » C'est aussi ce qui avait arraché àSalomon, après la jouissance de tous les biens , après celle de tous les plaisirs qu'on peut goûter ici-bas, ce cri si frappant et si vrai ; Vanité des vanités, tout n'est que vajiité. l\é\iélons-le sans cesse avec l'auteur de Vlmitation : « Tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et ne servir que lui. »
A l'accomplissement de ce devoir, aimer Dieu souverainement, l'aimer par-dessus tout, tiennent à la fois notre bonheur dans cette vie, et notre parfait bonheur dans l'éternité. Dans cette vie, quelles joies, quelles douceurs , quelles consolations ineffables ne nous fait-il pas éprouver I Combien il rend nos plaisirs plus délicieux, plus innocents et plus purs I Quels charmes il répand sur la nature entière, qui n'a de vie, en quelque sorte, à nos yeux, qui n'est riante et'animée qu'autant qu'on y voit Dieu jusque dans ses moindres ouvrages ! Quel adoucissement, quel soulagement il apporte à nos peines ! Comme il va même jusqu'à nous les rendre chères, en faisant sentir à une âme vraiment chrétienne , combien il est doux d'être conforme à son modèle, qui est Jésus-Christ, et de souffrir pour ce qu'on aime !
Relativement à notre sort dans l'avenir, cet amour nous y prépare un bonheur sans mélange, des ravissements continuels, des torrents de délices dans la contemplation et la jouissance du bien suprême, une souveraine et inaltérable félicité. Telle est la récompense que Dieu promet à ceux qui l'aiment ; et, au contraire, quelle affreuse éternité s'ouvrira, au terrible moment de leur mort pour ceux qui ne l'auront pas aimé !
Mais pourquoi n'ai-je insisté jusqu'ici que sur l'amour de Dieu ; et n'y a-t-il point pour moi d'autres devoirs à remplir? Ahl c'est qu'en aimant bien Dieu, on acquiert en peu de temps les vertus qui nous manquent, et
CHRISTIANISME. 1242
on pratique sans peine tous les autres devoirs.
A l'égard de Dieu, tout pénétré de sa bonté, on a la plus vive confiance dans ses soins paternels. S'étant formé une juste idée de ses perfections, de sa justice, de sa sagesse, de ses vues de bienveillance parrapportà nous, de son immense charité, il n'en coûte plus rien de se résigner, de se soumettre sans réserve à tout ce qu'il ordonne ou qu'il permet sur ce qui nous concerne ; on n'a plus d'autre volonté que la sienne ; on la cherche en tout, on en fait la règle de toutes ses actions. On l'honore en soi-même par la prière et les élans du cœur vers lui, par la pureté de ses intentions, par le sentiment habituel de sa présence, par le soin de l'imiter autant qu'il est en soi, par une union continuelle avec lui. Au dehors, on lui rend par le culte public, par tous les exercices de la religion, l'honneur qui lui est dû ; par son recueillement, sa piété, ses discours et ses exemples, on porte les autres à l'honorer de concert avec nous. Quedirai-je encore? on n'a d'autre désir que celui de lui plaire ; d'autre crainte que celle de l'offenser : et quand on aime véritablement, ce ne sont pas seulement les grandes fautes que l'on redoute, ce sont les moindres offenses, les plus petites négligences, les plus légères infidélités. Eh! n'aurait-on pas ce genre de délicatesse pour un ami qui nous aurait donné, en toutes choses, des marques de sa tendresse, qui aurait tout fait et tout sacrifié pour nous ?
A l'égard du prochain, l'amour de Dieu nous inspire pour lui la charité la plus universelle, et qui ne souffre ni exception, ni réserve ; la charité la plus affectueuse, la plus agissante, et qui ne se démentjamais. Peut-on aimer Dieu sans aimeraussi les hommes, qui sont ses enfants et nos frères, qu'il a créés à son image, et qui sont tout couverts du sang de Jésus-Christ ? Ces hommes dont il a dit, par la bouche de l'apôtre saint Jean 1 Celui qui n'aime pus son prochain, n'aime pas Dieu. Celui qui ne demeure pas dans la charité, demeure dans la mort ; ces hommes qu'il veut que nous aimions, tout nos ennemis qu'ils puissent être? Dilicjite inimicos veslros, comme il a aimé les siens, et a donné sa vie pour eux ; comme il nous a aimés nous-mêmes, tout infidèles que nous étions et dignes de toute sa colère.
Parla charité, ce n'est plus l'homme seul que nous envisageons, c'est Dieu que nous voyons en lui ; c'est Dieu, auquel il est toujours cher tant qu'il est encore ici-bas sous l'empire de sa miséricorde ; c'est Dieu qui peut en un instant, par sa grâce, rétablir en lui son image, quelque altérée, quelque défigurée qu'elle soit par ses vices, et qui a fait, des plus grands pécheurs, des vases d'élection.
Aimant Dieu souverainement, aimant notre prochain pour Dieu, l'aimantcomme nousmêmes, il n'est plus pour nous un objet de jalousie, un objet d'envie. On se réjouit de ses avantages : son bonheur devient le nôtre. Ce ne sont plus , d'ailleurs, des biens
DEMONSTRATION ËVANGKLIQUE. GÉRARD.
sensibles et périssables dont on est jaloux : la grâce, la vertu, le salut éternel, sont les seuls biens dont on fasse cas ; et avec de la bonne volonté, du courage et la prière , il n'est personne qui ne puisse les obtenir. On ne s'arrête plus à de fâcheux souvenirs , au ressentiment, à l'aigreur; mais, comme le veut i'Esprit-Saint, on en arrache jusqu'à la moindre racine, dès qu'on l'aperçoit dans son cœur. Renonçant à tout esprit de vengeance, on pardonne à ceux qui nous ont offonsés. Au lieu de rendre le mal pour le mal, on s'attache, selon le langage de l'Ecriture, à vaincre le mal par le bien. Loin ûc former des jugements téméraires et de s'y complaire , on est toujours disposé à juger d'aulrui de la manière la plus favorable; et s'il donne quelque prise sur lui, on se rappelle encore ces paroles du Sauveur : Ne jugez pas, et vous ne serez pasjur/é: ne condamnez pas, et, vous ne serez pas condamné. La même mesure dont vous userez à regard des autres, sera celle dont Dieu se servira par rapport à vous. On ne se livre plus à la médisance, à la critique, si fréquentes dans nos entretiens, mais si odieuses au Seigneur, qu'il a si fort réprouvées dans tous les livres saints, et qu'il a frappées en mille endroits des plus terribles analhèmcs. Aussi le roi prophète a-t-il dit , dans un des psaumes : Je mettrai une garde à mes lèvres, pour ne pas pécher par la langue. Aimant le prochain comme soi-même, on souffre inlérieuremont du mal qu'on entend dire de lui ; on l'excuse, s'il se peut; on prend en main sa défense; et à moins de circonstances particulières qui nous contraignent pour un bien réel, de blâmer hautement ce qu'il serait trop dangereux et impossible de justiûcr, on se tait au moins, si l'on ne peut faire mieux. Eloigné , autant qu'on doit l'être , par cette charité même dont l'âme vraiment chrétienne est remplie, de toute espèce d'insensibilité, de dureté, on compatit aux peines des autres ; on supporte leurs défauts ; on les soulage dans leur misère; on leur fait tout le bien qui dépend de soi. On répand partout la consolation , la conGance , la joie , le bonheur ; et en se rendant agréable à Dieu et aux hommes, on se rend heureux du bonheur de ceux qui nous environnent.
A l'égard de nous-mêmes, l'amour de Dieu par-dessus tout , cet amour qui nous le fait aimer de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre âme , de toutes nos forces, qui tend à lui comme à notre premier principe et à notre unique 6n , cet amour souverain de l'Etre souverainement parfait, ne nous permet plus que de nous aimer en lui et pour lui, ainsi que nous devons aimer en lui nos semblables ; il place en Dieu tout notre être, comme parle le roi prophète, Substantia mea apud te est : et c'est par là iju'il nous rend vraiment grands, vraiment sages , vraiment heureux, et qu'il nous apprend en elTet comment nous devons nous aimer nous-mêmes.
Arrêtons-nous un instant, pour réfléchir sur ce plan admirable, sur cette divine économie qui nous découvre la religion chré-
tienne ; Dieu est amour, nous dit l'Esprit- Saint : Deus charitas est. C'est là son essence et c'est aussi ce qui fait l'essence du christianisme. Dieu est amour, et il a fait de la charité, une chaîne immense qui embrasse tous les êtres intelligents et sensibles, capables de le connaître et de l'aimer, qui doit les unir entre eux, qui par-dessus tout, les attache et les ramène à lui. Nous ayant créés pour sa gloire, et la faisant consister tout entière à manifester sjs perfections et à rendre heureux chacun dans son rang et selon sa nature, les êtres qu'il a produits, il a lié si étroitement notre bonheur au soin que nous prendrons de le glorifier, d'aimer en lui et pour lui nos semblables, de nous aimer nous-mêmes en lui, que nous ne pouvons trou ver que dans ces sentiments d'une charité pure , universelle et constante, notre repos et notre félicité. Rien n'est si doux que la bienveillance^ que la charité, que tout amour bien ordonné ; tandis qu'au milieu de quelques fausses joies, de quelques vains plaisirs, de quelques jouissances du moment, rien n'est pour nous une source plus réelle et plus féconde de peines, de dégoûts , de regrets et d'amertumes, que les sentiments contraires. Observons en particulier , combien tout sentiment haineux, tout sentiment d'envie , d'aigreur , de vengeance, agite et trouble notre âme, resserre et flétrit notre cœur ; au lieu que tout mouvement de bienveillance et de charité l'ouvre et le dilate, l'attendrit et le satisfait. Ah ! que Dieu a donc bien pourvu à nos plus chers intérêts, lorsqu'il nous a fait un précepte de cette charité, par laquelle nous aimons tous les hommes en lui, et nous nous aimons ainsi nous-mêmes : amour si diflérent par rapport à nous de l'amour-propre, du fol orgueil, qui se complaît dans notre prétendu mérite, en quelque objetqu'il lui plaise de le placer; qui se compare et se préfère; qui nous rend si difficiles, si ombrageux, si susceptibles, et nous fait de cette fausse sensibilité le plus cruel tourment; qui, pour le dire en un mot, nous met en contradiction avec nous-mêmes et en guerre avec les autres.
Fatal amour-propre I c'est lui qui est notre plus dangereux ennemi, et la cause la plus ordinaire de tous les maux qui affligent et désolent le genre humain. C'est lui qui est aussi le plus grand ennemi de Dieu, à qui il dérobe toute sa gloire, la source plus ou moins directe de tous les péchés que nous commettons, et ce qu'il y a de plus opposé à la loi de Jésus- Christ, qui ne nous a prêché que charité et qu'hutiiilité:que.(harilé, puisque, comme nous 1 avons dit, elle faitl'essence du christianisme ; qu'humilité, parce qu'elle est le fondeiiient le plus assuré de tous nos mérites, et la base de toutes les vertus que cette loi sainte nous inspire , à commencer pal" la charité même , parce que c'estaux humbles que Dieu accorde sa grâce, et qu'il la refuse aux superbes ; parce qu'enfin nous ne pouvons sans êîn; humbles, obtenir et goûter cette vérital-lc paix , selon la parole de l'Apôtre , surpasse tout sentiment, ce qui garde nos esprits et nos cœurs en Jésus-Christ,
iU$
L'ESPRIT DU CHRISTIANISME
Apprenez de moi, nous dit le Sauveur du inonde, que je nuis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de voire âme. Jésus- Christ joint la douceur à l'humilité, parce que l'une tient nécessairement à l'autre.
Le chrétien fidèle, et qui rapporte tout à son Dieu, reconnaît sans peine, que de son propre fonds, il n'est rien ; qu'il n'a qu'un être emprunté; qu'il n'est en un mot, comme on l'a si bien exprimé, quun néant revêtu de l'être. L'amour de Dieu l'éclairé sur ses moindres défauts, sur ses imperfections sans nombre, sur sa profonde misère et son extrême faiblesse. Il lui fait sentir vivement d'une part que tout ce qu'il a de bon, c'est de Dieu qu'il le tient ; qu'avez-vous, dit l'Apôtre, que vous n'ayez reçu? et si vous l'avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous? de l'autre , que ce qu'il a de lui, c'est sa corruption originelle et sa résistance, hélas 1 trop fréquente, à la grâce.
Comment donc serait-il encore vain et orgueilleux ? Comment après être rentré sérieusement en lui-même, ne recevrait-il pas volontiers tout ce qui l'humilie, au lieu de chercher, non-seulement à se faire valoir et à être compté pour quelque chose ; mais à primer autant qu'il est en lui et à l'emporter sur tous les autres ? Non, il ne sera plus cet esprit superbe et si prévenu en sa faveur, qui ne croyait juste et vrai que ce qu'il pensait ; qui ne trouvait de bon et de bien fait que ce qu'il faisait ou qu'on faisait d'après lui; qui prétendait avoir toujours raison ou se ménageait toujours quelque excuse, quelque prétexte, pour ne pas convenir de ses torts; qui s'offensait des moindres représentations des plus légers reproches, qui contredisait sans cesse et ne voulait être contredit ni contrarié en rien ou qui s'abandonnait alors à toute la vivacité, à loutc l'impétuosité de son caractère, à cette hauteur et à ces éclats de voix qui décèlent l'aigreur et l'impatience de l'amour-propre dépilé, et nous livrent par degrés, à la colère, à l'emportement qu'un son de voix toujours égal eût si aisément prévenu. Ce ne sera plus cet homme si sensible à un manque d'égard, à un procédé tant soit peu irrégulier, et qui, prenant sa vaine sensibilité pour de la délicatesse de sentiment, se piquait presque de tout, ne passait rien, ne pardonnait rien, plein d'indulgence pour lui seul et toujours exigeant etsévère à l'égard des autres.
Rappelé enfin à lui-même, il se croit digne par ses offenses passées, par sa misère présente, de tous les mépris et de tous les opprobres ; il se cite au tribunal de l'Etre suprême et s'y voit tel qu'il a toujours été, tel qu'il est en effet. Cependant il ne se décourage pas, il ne se laisse point abattre ; c'est en Dieu que plein d'espérance et d'amour, il met toute sa confiance. Il se jette entre ses bras, comme entre les bras du père le plus miséricordieux et le plus tendre ; et Dieu le relève et le soutient. S'il lui échappe quelques faiblesses (car Dieu connaît, nous dit-il lui-même par la bouche d'un de ses prophètes, l'argile dont nous sommes formés ), il s'en humilie plus profondément et n'en devient que plus attentif
et plus vigilant. Il ne s'impatiente point, par exemple, de s'être impatienté; il ne s'étonne pas de se trouver si loin de la perfection à laquelle il aspire et à laquelle pour l'ordinaire, nous n'arrivons que par des degrés presque insensibles à nos propres yeux; il ne se dépite point contre lui-même. Il se supporte avec tranquillité, avec patience; et, accoin[)agnée d'une bonne volonté qui ne se dément jamais, c'est cette patience qui, selon l'expression de l'apôtre saint Jacques, forme un ouvrage parfait : Opus perfcclum habet.
En nous apprenant à renoncer à notre orgueil, à nous renoncer nous -mêmes, l'amour de Dieu nous apprend à renoncer au monde, à son esprit, à ses maximes, à ses modes si peu décentes, à ses genres de divertissements si dangereux, si pervers, à ses pompes et à toutes ses œuvres. Nous en avons fait la promesse dans les vœux sacrés du baptême, que depuis l'usage de la raison nous avons renouvelés si souvent. Mais cette promesse, comment l'avons-nous remplie jusqu'ici, et dans nos sentiments, dans toute notre conduite, quelle n'a pas été notre inconséquence?
Quelle envie de plaire au monde I quel goût pour son luxe, ses ornements et ses parures I quelle curiosité, quelles recherches, quel empressement pour ses modes, quelle passion effrénée sinon pour ses spectacles (l),du moins pour ses jeux , ses amusements et ses plaisirs [Cependant parla loide l'Evangile, par noire consécration, par notre baptême, nous n'avons pas reçu l'esprit dumonde, dit l'Apôtre des nations, mais l'esprit de Dieu. « Tout ce qui est dans le monde, selon l'apôtre saint Jean, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. » Quelle définition? et comment elle nous peint le monde en si peu de mots 1 aussi le même apôtre a-t-il conimencé par nous dire : Celui qui aime le monde, l'amour de Dieu n'est pas en lui. L'amitié du siècle, comme l'énonce si fortement l'apôtre saint Jacques, est ennemie de Dieu, et partout dans TEvangile, Jésus- Christ a dit analiième au monde. Hélas ! que nous restera-t-il d'avoir été du nombre de ses partisans, et quel triste partage nous laisserat-il un jour, pour prix de notre assujettissement à ses lois et à ses caprices? Le monde passera avec toutes ses concupiscences, et bientôt nous passerons avec lui : Mundus transit et concupiscenlia ejus {saint Jean ). Pour nous mettre en garde contre ses prestiges, contre l'enchantement de la bagatelle, comnîe parlel'Ecriture, fascinatio nugacitatis, que ne disons-nous souvent : l'out cela passe, et tout ce qui passe n'est pas digne de m'arrêtcr, de fixer une âme immortelle.
Tous les suffrages du monde, ces louanges, cette vaine gloire à laquelle nous attachons tant de prix, celte renommée que nous voudrions qui perpétuât notre mémoire jusque dans la postérité la plus reculée, à quoi tout cela nous servira-t-ii, si nous l'avons acheté car l'abus du savoir , de l'esprit , et des ta-
(1) Voyez, sur les spectacles, le comte de ralmoiit, l. II, lei. XXa, avec les ivotes.
^■2*"^ DEMONSTllATlOIS EVANGELIQUE. GÉRARD.
lents? A quoi tout cela sert-il aujourd'hui à ceux qui , par là, se sont fait un si grand nom? Jugez-en par ce beau mot de saint Augustin : «Ils sont loués où ils ne sont plus; ils sont tourmentés où ils sont : » Laudantur ubi non sunt; cruciantur ubi sunt.
Maintenant que me faut-il de plus que ce précis de l'esprit du christianisme , pour me faire sentir la beauté, l'excellence, la sainteté de la religion chrétienne, toute sa divinité,
si bien démontrée d'ailleurs par le merveilleux enchaînement, par l'ensemble de toutes les preuves qui l'établissent? Que me faut-il de plus encore pour me servir de règle?
Afin de ne rien omettre néanmoins de ce qui peut m'aider le plus efûcacement à y conformer toute ma conduite , telles sont les résolutions principales que je dois prendre, et que je forme aujourd'hui en présence du Seigneur.