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L'AMOUR DU BIEN COMMUN, OU LA ROUTE DU VRAI BONHEUR

Quel est le terme où tendent nos désirs ? Pourquoi tant de travaux, tant de soins et d'alarmes? Pourquoi soupirons-nous dans le sein des plaisirs? Lcsbicnsiionlon jouitn'ont-ilsilonc plus de charmes? Si le liel mit en nous cet amour du bonheur, Ce penchant qui vers lui sans cesse nous entraîne.

Ah! fallait-il n'offrir à notre cœur Qu'un mélange incertain de plaisir et de peine? Dans un songe, en ces mots, s'exhalaient mes douleurs. Lorsqu'un des habitants de la céleste voûte Descend ; et du bonheur vient m'apprendre la route:

Suis-moi, dit-il, et suspends tes clameurs. A peine il a parlé, qu'avec lui je m'élance : Nous nous trouvons bienlôtdans une sphère immense. Où mon œil n'aperçoit que des chemins de fleurs. Les Jeux, la Volupté, volent sur mon passage Ils font briller leurs plus charmants attraits. Déjà j'étais séduit, quand mon guide pluS|Sage Me fit voir sur leurs pas la Honte et les Regrets. Je m'éloigne; et suivant une route nouvelle. J'aperçois la Fortune et j'accours à sa voix. L'éclat qui brillait autour d'elle, Avait suffi pour captiver mon choix.

A mes pieds sa main infidèle j^ épandait ses trésors, objets de mes soupirs ; f andis que, tourmenté d'une soif élernelle, Je sentais à mesure augmenter mes désirs.

Cependant la volage M'enleva tout à coup sa faveur et ses biens ; Je gémirais encore au sein de l'esclavage ; Si mon sage mentor n'eût brisé mes liens. Mais quel nouveau spectacle à mes yeux se présente? Quel théâtre brillant ! que son coup d'œil m'enchante

La gloire, les honneurs, Sont le prix éelaiant qu'y trouvent les vainqueurs. D'une foule empressée on y reçoit l'hommage. On s'y voit entouré de courtisans soumis; On voit ramper sous soi ses propres ennemis , Et leur culte est celui qui flatte davantage. Hé quoi! me dit enfin la reine de ces lieux; Crainderai,-lu d'écouler la noble impatience? Apiiroche, élève- toi, rendi-toi semblable aux dieux: Ces mortels ici-bas partagent leur puissance. Mais surtout fiu'il est beau, placé dans un haut rang. D'y faire des heureux ! quelle gloire est plus pure ?

Ah! tous les biens que t'offre la nature Valent-ils un pouvoir si flatteur et si grand? Ce discours séduisant et m'anime et m'enflamme; Un poison dévorant se glisse dans mon âme. L'ambition sur moi secouant son flambeau, Met encor sur mes yeux son funeste bandeau.

C'en est assez, s'écrie alors mon guide , Quittez ce voile épais, mortel, ouvrez les yeux. Je les ouvre... à mes pieds quel précipice affreux 1 Quelle pente rapide Où m'entraînait, hélas !

Ma vaine ambition, ma folle confiance?

Quels abîmes profonds se creusaient sous mes pas 1 La crainte, les soucis, la sombre défiance; Tous ces monstres cruels qu'ont vomis les enfers,

Et qui souvent de l'orgueil et du vice. Commencent ici-bas le trop juste supplice. S'apprêtaient tous ensemble à me charger de fers. 0 vous, qui dans ces lieux m'avez conduit vous-mêrae, Vous que j'ai cru devoir à la bonté suprême D'un Dieu sensible à nos douleurs,

Ne veniez-voiis, hélas ! qu'accroître mes erreurs? Tu ne les «lois qu'à ta seul.; imiirudcnce, Me répond l'habiianl des cieux.

Viens donc et qu'enfin Tapiiarence Ne trompe plus tes yeux.

A ces mots, il m'indique un sentier tout contraire, Le seul presque ignoré du stupide vulgaire. Nous pénétrons dans ces lieux retirés, Vastes déserts aux vertus consacrés.

L'abord en paraît diKicile ; Des monts et des rochers enioureni cet asile. Le voyageur timide en est épDUvanté ; El sa chute bientôt punit sa lâcheté.

J'avançais cependant sout«Miu par mon guide, Et conduit malgré moi dans celte terrearide; Quand tout à coup un coup d'œil enchanteur Me fit encore avouer mon erreur.' Une vaste et fertile plaine Se présente à mes yeux.

Où les vents furieux (1) Retenant leur h:deine.

Laissent régner le souffle d«^szépliirs.

La vertu donne ici du prix à cha(iue chose;

Elle y change l'épine en rose ; El tout, jusques aux maux, s"y transforme en plaisirs. L'heureux monarque qui préside Sur cet agréable séjour, Est l'être bienfaisant que l'on appelle Amour. Non, cet enfant que l'on adore à Guide, Qui rit de nos douleurs, Qui flatte un cœur et le déchire.

Et dont le trop cruel empire Est tôt ou tard cimenté par nos pleurs; Non cet amour déréglé de soi-même,

Qui s'arrogeant un droit suprême.

Et le faisant valoir comme un tyran jaloux,

(1) Les passions.

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