‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 31 sur 202 · MANIÈRE ABRÉGÉE DE CONVERTIR UN PAÏEN A LA FOI CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

MANIÈRE ABRÉGÉE DE CONVERTIR UN PAÏEN A LA FOI CHRÉTIENNE

Dialogue entre un prêtre catholique et un païen.

Le prêtre. Mon ami, de grâce, dites-moi,

de quelle religion êtes-vous, et quel dieu vous adorez ?

Le païen. Je suis de la religion de mon pays. Cette religion, mes ancêtres l'ont professée, mes parents la professent, et je la professe aussi. J'adore les dieux qu'adorent mes compatriotes.

Le prêtre. Mais savez-vous bien que le salul ou la perte de nos âmes dépend de la vraie ou de la fausse religion que nous suivons? Eh bien 1 je suis prêtre catholique; et parce que je désire votre bien, si vous le trouvez bon, je voudrais vous parler de la religion chrétienne, hors de laquelle personne ne peut se sauver pour l'autre vie.

Le païen. Avec grand plaisir : car depuis longtemps je cherche à avoir une connaissance parfaite de votre religion et des diverses autres religions suivies, dit-on, par différentes nations. Mais je n'ai rencontré personne qui m'ait montré d'une manière satisfaisante quel était le véritable culte; plusieurs fois je me suis entretenu avec d'autres de votre loi, mais j'ai encore bien des difflcultés qui m'embarrassent ; et si vous pouvez les résoudre, peut-être finirai-je par être des vôtres. Ainsi donc, dites tout sans nul détour et clairement.

Le prêtre. Puisque vous voulez tout savoir, je vous dirai tout. Premièrement, n'oubliez pas qu'il faut se persuader fermement qu'il est un Dieu, principe, créateur et conservateur de loutt s choses, et ce point me paraît clair. Tout ce que nous voyons dans le monde, les hommes, les animaux, les mers, les montagnes, et mille autres objets sont, sans nul doute, des êtres créés dans le temps, qui tirent leur origine d'un premier principe ; car n'ayant pas toujours 4^é, ils ne pouvaient pas se donner une existence qu'ils ne possédaient point d'abord, puisque rien ne produit rien. Il faut donc nécessairement qu'ils dérivent d'un autre principe, et que ce principe existe par lui-même de toute éternité indépendamment de toute autre cause; car, si cette première cause efficiente existait autrement que par soi, elle ne serait ni premier principe, ni l'être créateur, mais simple créature, comme toutes les créatures. Etant même premier principe, il n'eût pas pu exister comme tel, s'il n'eût pas été éternel. L'éternité fait donc partie de son essence; défait, s'il y avait une époque, un point du temps où il n'eût pas existé, comment lui aurait-il été possible de se donner une existence qu'il n'avait pas? Mais ce premier principe, cette cause créatrice, nous disons, nous chrétiens, que c'est Dieu qui, existant de lui-même, possède toutes les perfections imaginables à un degré infini, puisque ne dépendant d'aucun agent, rien ne pouvait limiter ses perfections. D'où il suit que nous devons croire que ce Dieu est infiniment sage, qu'il connaît toutes les choses passées, présentes et futures, dont l'existence est possible; d'une puissance infinie, pouvant faire ce qu'il lui plaît; d'une bonté infinie , et par conséquent d'une sainteté et d'une justice également infinies.

VÉRITÉ DE LA FOI

Le païen. Mais ne pourrait-on pas dire

?ue les créatures qui sont et qui ont été ne oivent pas leur existence à un premier principe ; mais que de toute éternité elles se^ sont produites réciproquement? Par exem-' pie, en parlant des hommes, ne pourrait-on pas soutenir qu'il y en a eu de toute éternité dans le monde, lesquels, de toute éternité, se seraient procréés l'un l'autre?

Le prêtre. Il ne saurait en être ainsi; car, dans votre hypothèse, les hommes ne se seraient pas donné l'existence à eux-mêmes, mais l'auraient reçue l'un de l'autre. Or si l'un dépend de l'autre , quand même ces hommes auraient toujours existé dans le monde, et qu'ils auraient été infinis (ce qui est impossible), sans un premier principe, aucun d'eux ne saurait exister. Je m'explique par un exemple. S'il n'eût pas existé un premier homme, un second n'aurait pu être, ni un troisième, ni un quatrième, ainsi de suite. Or si toute cette multitude infinie d'hommes est absolument dépendante, et si aucun d'eux n'a pu se produire soi-même, il faut donc avouer qu'il y a un créateur, que ce créateur a toujours existé par lui-même, et qu'il a donné l'être à tous les hommes qui existent et qui ont existé; autrement il n'y aurait aucun homme dans le monde. 11 faut en dire autant de toutes les autres créatures. I Le païen. A la bonne heure 1 la conséquence est rigqnreuse. J'ai ouï dire par plusieurs que toutes les créatures ont existé, ou ont été produites successivement, n'ayant de premier principe que la matière dont le monde, disent-ils, est composé ; laquelle matière, d'après eux, aurait existé de toute éternité.

Le prêtre. Ceux dont vous parlez, mon cher ami, s'appellent matérialistes. Mais leur système est trop choquant et trop absurde, pour fiiire quelque impression sur un esprit juste et logique comme le vôtre. Première absurdité : si toute chose est le produit de la matière éternelle, donc rien n'a été produit dans le monde. Car toute production par la matière s'opère par voie de mouvement ; mais si la matière était éternelle, éternel aussi aurait été le mouvement; par conséquent, le mouvement d'une chose quelconque produite, homme, poisson, plante, aurait dû nécessairement pi-océder d'une éternité antécédente, ce qui n'est pas possible, l'éternité n'ayant pas d'antériorité; d'où il suit que ce mouvement producteur ne serait jamais parvenu à donner l'existence à ceux des êtres que nous voyons. Donc, dans l'hypothèse que la matière fût éternelle, il n'y aurait ni hommes, ni animaux, ni plantes, ni rien de ce qui existe dans ce monde.

Le païen. Expliquez-moi cela, je vous prie, avec un peu plus de clarté?

Le prêtre. Je le veux bien. Si le monde éternel, ou la matière éternelle qui le compose, avait dû produire ce que nous voyons, rien n'aurait pu exister, parce que rien n'aurait pu être produit, sans supposer une infinité de productions et reproductions ; or ces reproductions à l'infini ne peuvent pas avoir

eu lieu sans dériver d'un principe. Mais l'infini n'a pas de principe, et n'ayant pas de principe, il ne doit point avoir de terme; cependant, en assignant un terme à toute chose produite, ce terme irait à l'infini. Ainsi donc, si les productions antécédentes étaient séparées par une distance infinie des productions présentes, elles n'auraient jamais rien pu produire elles-mêmes. Concluons donc que si toutes les choses avaient été produites par la matière éternelle, il n'y aurait ni hommes, ni animaux, ni rien enfin de ce que nous savons exister et avoir été produit dans le temps. D'ailleurs, en admettant une infinité de productions matérielles, dépendantes l'une de l'autre, on ne pourrait pas concevoir comment une chose aurait été produite, puisqu'on parcourant tous les siècles pour saisir son origine, nous n'en viendrions pas à bout, à moins de nous arrêter à un premier principe qui est précisément Dieu.

Le païen. Je comprends maintenant votre raisonnement, et je le fortifie d'une réflexion qui me vient : Si les hommes avaient été produits par la matière supposée éternelle, à travers une infinité de générations, il y aurait actuellement dans le monde un nombre infini d'hommes, car ces hommes descendant de l'éternité, leur nombre serait infini, étant qu'il en naît plus qu'il n'en meurt. Du moir.s les âmes qui sont immortelles seraient infinies. Mais à qui faire croire de si étrangères choses?

Le prêtre. Vous avez raiswn. Mais voici deux autres absurdités qui résulteraient de ce système extravagant plus grandes et plus palpables. D'abord il est évident que les hommes ont une âme et qu'ils sont doués de raison; or comment des âmes qui pensent et qui parlent pourraient-elh s venir de la matière qui est privée d'intelligence et de raison? Eh ! comment la matière qui n'a point d'âme aurait-elle pu en donner une aux choses qu'elle a produites?

Le pnien. C'est évident; et puis l'autre absurdité ?

Le prêtre. La voici, plus étonnante que la première. Si ce monde avait été enfanté par la matière, s'il existait par la vertu créatrice de cette matière, nous serions obligés de reconnaître que tout est produit et arrive par hasard, la matière étant privée d'âme et de compréhension. Toutefois nous voyons un ordre de choses dans le monde si beau et si invariable, qu'il n'a pu être créé et constitué que par une intelligence d'une sagesse infi- : nie. Le soleil accomplit un cours diurne et annuel avec une admirable régularité, une ponctualité d'esclave; les animaux reproduisent constamment leurs semblables, chacun dans son espèce ; les arbres donnent toujours les mêmes fruits aux mêmes saisons, sans variations sensibles. Comment croire que l'aveugle hasard, privé d'âme, a fondé ce monde merveilleux, et l'a maintenu dans un état si régulier? N'a-t-il pas toujours fallu, et ne faut-il pas toujours encore une intelligence

DEMOlNSTRATION ÉVANGÉLIQUE. LIGUORI.

sublime pour produire et perpétuer de pareils miracles?

Lepaien. Oui ; mais les athées vous diraient que tout ce bel ordre que vous admirez est

• dans la nature même du monde.

I Le prêtre. Mais, ou celte nature n'a pas d'infclligence, et je vous répèle qu'une nature sans intelligence n'a pu produire le monde, dont la création et la conservation exigent une intelligence d'une force immense ; ou elle en a une, et dans ce cas cette nature est Dieu qui a créé le monde et que nous adorons.

• Le païen. C'est juste. Effectivement il est incroyable que l'homme, doué d'une âme et d'intelligence, soit l'effet du hasard, qui n'a ni l'une ni l'autre. On ne peut pas non plus admettre que cet univers, où règne un ordre si parfait, ait été formé et se conserve toujours par la puissance de ce même hasard qui n'a point d'âme. Il faut donc, de toute nécessité, que ce soit un principe d'une puissante int(>lligence qui ait créé l'homme et le monde. Mais il s'agit maintenant de nous autres païens. Nous professons, nous aussi, que les hommes et le monde, et tout ce que contient le monde, ont été créés par nos dieux, qui sont maîtres souverains de tout, et d'une sagesse et d'une puissance infinies. Pourquoi voudriez-vous donc qu'il n'y eût qu'un seul Dieu ?

Le prêtre. De fait c'est là notre doctrine.

II ne peut y avoir plusieurs dieux qui soient de vrais dieux. J'espère vous le prouver jusqu'à l'évidence. Que signifie le mot ou la dénomination de Dieu ? On désigne ainsi un être tel qu'on ne peut en imaginer de meilleur. Dieu doit donc être le Seigneur suprême de toute chose. Il doit être d'une sagesse infinie, d'une puissance infinie, et posséder à l'infini toutes les autres perfections imaginables. Or en supposant plusieurs dieux, ou ces dieux sont égaux, indépendants l'un de l'autre ; ou parmi eux il en est un supérieur aux autres, indépendant, parfait au suprême degré, et alors les autres dieux dépendent de lui et sont par conséquent d'une prrfection inférieure. Si nous les supposons tous égaux et indépendants, nous di'vons dire qu'aucun d'eux n'est vraiment Dieu, parce qu';)ucun ne serait très-parfait, ainsi que Dieu doit l'être. Car. comme nous venons de l'observer, qui dit Dieu, dit un être d'une souveraine perfection et d'une exceii.Mice si grande qu'il n'est rien au delà. Si Dieu e>t un être souverain, il doit être seii! et sans nul égal. Autrement, si vous admettez deux êtres souverains, aucun d'eux ne serait souverain, et partant nul ne serait Dieu. En outre Dieu est un bien tel qu'on ne peut rien s iiiiagineraudessus; il doit donc encore être luiique, car, l'on pouvait se représenter un autre être égal à lui, on pourrait aussi se le figurer meilleur que lui, et qui seul pourrait dominer. Celui qui possède seul un royaume n'est-il p;is plus puissant que s'il j arlagcait son trône avec un autre? C'est ce qui faisait dire à Tcrlullien : Si Dieu n'est pas seul et unique.il n'y a'pas de Dieu; car pour qu'il soit .

vrai Dieu, il faut qu'il ne voie rien de plus grand sur sa tête; autrement il aurait tout au moins un rival, et dans ce cas il ne serait pas l'Etre souverain {Contra Marcionem, lib. I, c. 3.)

De plus, s'il y avait plusieurs dieux aucun d'eux ne serait tout-puissant, parce que , si l'un d'eux voulait faire un acte libre, ou les autres pourraient l'en empêcher ou non : s'ils pouvaient l'en empêcher, il ne serait donc pas tout-puissant; s'ils ne pouvaient pas l'en empêcher, ceux-ci ne seraient pas non plus tout-puissants. Egalement aucun d'eux ne se rait d'une sagesse infinie, et serait dépourvu de cette omniscience qui connaît tout, parce que si aucun de ces dieux ne pouvait cacher une chose quelconque, il ne serait donc pas tout-puissant; au contraire, s'il le pouvait, les autres ne posséderaient pas l'omniscience. Au reste cette vérité qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui gouverne ce monde, ne ressortelle pas de l'harmonie constante et uniforme qui règne entre tous les objets contenus dans l'univers? Ah I celte ravissante harmonie montre bien qu'il y a un seul maître, un seul régulateur qui dispose de tout. // ne saurait, dit Lactance, y avoir dans ce monde plusieurs maîtres qui le gouvernent, pas plus qu'il ne peut se trouver dans un vaisseau plusieurs pilotes, dans un royaume plusieurs rois, dans un corps plusieurs âmes, tant dans la nature tout converge à Vunité (Lib. de ira Dei, p. UGO).

Le païen. Il n'y a rien à dire à cela, et je suis moi-même une preuve évidente de ce que vous établissez avec tantde justesse. Lorsque j'ai recours au ciel pour en recevoir assistance dans mes peines, mes malheurs et mes dangers, ne sachant à quelle divinité m'adresser, j'ai invoqué toujours la plus puissante de toutes, celle qui possède le souverain doiDainc de toutes choses. Car il me paraissait inutile d'iuiplorer tous ces dieux que nous adorons ici. Mais, pour en revenir à notre qutstion, j'ai entendu dire que dans vos Ecritures on appelle dieux certains hoimiies.

Le prêtre. Cela est vrai, monsieur; on donne le litre de dieux à quelques honunes dans nos livres saints, non parce qu'ils sont de nature divine, mais parce qu'ils ont droit de vie et de mort sur les hommes, à raison de leur autorité déjuges. Les prophètes encore s'appellent dieux, à cause de la connaissance qu'ils ont de l'avenir; les saints aussi sont qualifiés de dieux, parce que l'Esprit divin réside en eux el les fait participer de la nature divine, selon que l'écrit l'apôtre saint Pierre (I! Ep., I, k).

Le païen. Tout cela est infiniment rationne!. Mais abordons maintenant la principale difficulté. Vous autres chrétiens, vous admettez trois personnes en Dieu, et par conséquent plusieurs dieux.

Le prêtre. Afin de vous répondre, je dois vous dire maintenant ce que je réservais pour un autre poini (!e la discussion. Allcntion, s'il vous pl;iî!. Notre foi nous enseigne à croire au mystère de la très-sainte Trinité, c'est-à-dire qu'il y a trois personnes en Dieu,

VÉRITÉ DE LA FOI

le PtVe, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père a engendré le Fils de toute éternité, et le Saint- Esi)rit procède du Père et du Fils. Ces trois ■personnes sont toutes trois éternelles et également parfaites. Elles sont véritablement trois, mais ne faisant qu'un seul Dieu, parce ] qu'elles ne sont qu'une substance et qu'une •j seule esseace. Chacune de ces personnes } possède toutes les perfections qu'ont los autres ; néanmoins elles n'appartiennent pas à chacune de ces personnes, comme lui étant propres exclusivement : par exemple elles n'appartiennent pas au Père, comme Père, ni au Fils, comme Fils, mais elles sont le partage (outes de la nature divine. Ainsi donc, tout ce qu'il y a de perfections dans chacune des trois personnes a son origine dans la nature divine, et n'en est point distinct. Il est vrai que la qualité de père n'appartient pas au Fils, ni la qualité de fils au Père; mais ces qualités, ou comme on dit, ces substances personnelles, ne sont pas trois perfections distinctes, en tant qu'elles appartiendraient à chaque personne en particulier; mais elles sont toutes perfections de la nature divine, parce que toutes elles appartiennent à la même nature et essence divine. Ce qui fait écrire à saint Jean Damascène : l'ont ce que possède le Père, le Fils le possède aussi, avec cette exception, que le Fils est engendré. Et celte expression n'indique ni différence de nature, ni de dignité, inais un mode d'existence ( Lib. l orthod. fidei cap. 8).

Le païen. Je comprends; vous raisonnez parfaitement. Mais j'ai entendu dire que les manichéens admettent deux dieux, parce que, disent-ils, il doit y avoir autant de dieux qu'il y a de principes d'effets opposés. Or, comme dans le monde, il y a des choses bonnes, la vertu, les éléments, les animaux utiles, les aliments, etc.; et des choses malfaisantes, les tempêtes, les animaux féroces ou venimeux, et les vices surtout. Il suit de là qu'il faut reconnaître deux dieux, l'un bon, principe des biens; et l'autre mauvais, principe des maux. Qu'en dites-vous?

Le prêtre. Ce que j'en dis : je dis que c'est une vieille hérésie, toute vermoulue, répudiée par une foule de siècles, tombée en discrédit, dès sa naissance, et enfoncée aujourd'hui dans le plus complet oubli. Ecoutez comment elle fut confondue par les docteurs. Tous les effets dépendent d'un seul principe, Dieu. Il n'est rien parmi les choses physiques qui soit mauvais de sa nature. S'il en est qui nous soient nuisibles, comme les bétes féroces ou venimeuses, elles ne laissent pas d'être bonnes en soi, étant les ministres de la justice divine , qui s'en sert pour châtier les pécheurs et les convertir, ou pour aifliger les justes el leur faire acquérir de plus grands mérites.

Le païen. Mais les vices sont de vrais maux, comment Dieu peut-il être l'auteur du mal?

Le prêtre. En cela il faut remarquer que le mal de la faute ne vient d'aucune cause positive, mais de l'absence de rectitude. C'est pourquoi tout ce qui est péché ne vient pas

de Dieu, mais des hommes qui sortent de la ligne du bien. Dieu permet seulement les péchés, et encore en vue d'un bien ; c'est qu'il ne veut pas priver l'homme de la liberté qu'il lui a concédée. Dieu retire donc un bien des divers maux qui nous allligent. Par exemple, dans la cruauté des tyrans, il y trouve la patience des martyrs ; dans les tentations du démon, le mérite des saints, à cause de la résistance qu'ils lui opposent.

Le p ai en. Je l'avoue, tout ce que vous me dites me paraît juste et certain.

Le prêtre. Je ne sais pas quels sont les dieux de votre pays, mais je sais que plusieurs idolâtres adorent comme dieux des hommes d'autrefois. Or comment des hommes, nés dans le temps, remplis de défauts et de misères, sujets à la mort qui les a immolés depuis longtemps, ont-ils pu devenir tout à coup des dieux tout-puissants et les maîtres suprêmes de l'univers ? Comment ceux qui n'existaient point à une époque, puis ont été créés, ont-ils pu devenir des créatures? Mais ceux qui adorent des démons sont bien plus insensés encore. Comment peut-on regarder comme dieux des esprits nuisibles, trompeurs, cruels, malheureux, ainsi que le sont les dé(nons qui vivent au milieu des tourments? Mais les plus stupides de ces infortunés idolâtres sont ceux qui offrent leur encens à des animaux, à des créatures insensibles, comme le soleil, la lune, les éléments, les pierres. Mais laissez-moi terminer mon argument contre les polythéistes ou adorateurs de plusieurs dieux. S'ils disent que ces dieux sont tous égaux, tous suprêmes, tous indépendants, tous tout-puissants, tous omniscients, tous gouvernant ce monde, c'est une contradiction, parce que dans celte supposition aucun d'eux ne serait vraiment Dieu. D'autre part, s'ils professent qu'il n'y a qu'un seul Dieu, indépendant et très-parfait, et que les autres dieux lui soient inférieurs et dépendants de lui, ayant néanmoins beaucoup de perfections, mais pas au suprême degré, qui leur sont communiquées par leur dieu-chef, comme l'enseignaient les plus habiles des anciens philosophes, c'est notre doctrine àpeu de chose près. Nous ne disons pas, il est vrai, que ces êtres inférieurs el subordonnés soient dos dieux, mais nous les appelons saints ; vivant encore sur la terre, ils furent fidèles à Dieu ; maintenant admis dans le ciel, ils jouissent de la béatitude éternelle, en proportion des mérites que chacun a acquis.

Le païen. Actuellement expliquez-moi ce qu'enseigne votre Eglise.

Le prêtre. Je ne romps pas la chaîne de mon argumentation, et je dis : s'il y a un Dieu, il doit y avoir une religion par laquelle Dieu veut que les hommes le connaissent, l'honorent et lui obéissent. Et parce qu'il les a créés libres et doués de raison, il veut qu'ils lui obéissent non par force, mais spontanément el par choix. Or, au milieu de toutes les religions qui sont sur ia terre, pour savoir au juste quelle était la vraie, il a fallu qu'un Dieu nous la révélât lui-même, et qu'il

19a DEMONSTRATION EVANGELIQUE. LlGUORl.

nous la fît connaître à des marques infaillibles ; autrement l'homme, surtout depuis la chute d'Adam, ainsi que je dirai bientôt, n'aur.iil pas pu la connaître et lui obéir comme Dieu l'exigeail. Et c'est cette révélation, avec ses preuves inattaquables, qui a été faite à notre Eglise chrétienne et catholique, laquelle enseigne qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Il créa le ciel avec les anges, qui sont de purs esprits. Une partie de ces intelligences sublimes se révoltèrent contre Dieu, par orgueil, et furent précipités dans l'enfer. Ce sont les démons qui par envie tentent les hommes et les portent à pécher, afin de les voir exclus du paradis et condamnés comme eux aux peines éternelles. Après avoir créé le ciel. Dieu créa le soleil, la lune, les étoiles, puis la terre, la mer, avec tous les animaux que contiennent ces deux éléments. Enfin il créa rhommc, et pour la prop.igation du genre humain il forma la femme, et la donna pour compagne à Adam. Voilà nos pr<^miers parents dont nous descendons tous. Dans cet état de justice où fut créé l'homme, il ne devait point mourir, s'il eût été fidèle et soumis à Dieu; de cette terre il aurait passé au ciel sans souffrir la mort. Mais l'hoDime pécha et déchut ainsi de cet état de bonheur et fut condamné à mourir. I Le païen. Rt quel fut donc ce péché de l'homme?

j Le prêtre. Le voici : Adam et Eve furent d'abord placés dans le paradis terrestre. Dieu leur donna pour se nourrir tous les fruits de ce délicieux jardin ; mais afin de mettre à l'épreuve leur obéissance, il leur défendit de manger du fruit d'un seul arbre, appelé l'arbre de la science du bien et du mal, sous peine de disgrâce et de mort. Mais eux, à rencontre du précepte, mangèrent du fruit défendu, et dès lors en punition de leur coupable désobéissance, ils commencèrent à sentir tous les mouvements désordonnés de la concupiscence et à éprouver la révolte des sens contre la raison, comme ils s'étaient rebellés euxmêmes contre Dieu. Alors ils se virent condamnés à mourir, furentchassés honteusement du paradis terrestre, et exclus du paradis céleste. Et comme un sujet félon et rebelle encourt la disgrâce de son prince pour lui et pour sa famille, de même tout le genre humain tomba dans la disgrâce de Dieu, par 1;( funeste prévarication d'Adam, son chef. Voilà comment tous les hommes naissent ennemis de Dieu et enfants de colère I Le païen. El un si grand désastre fut sans remède.

' Le prêtre. Non ; Dieu lui-même le trouva ce remède et l'appliqua. Touché de compassion pour les hommes qui avaient eu le malheur de se perdre, quatre mille ans après la chute de leur premier père, il leur envoya son propre Fils, seconde personne de la trèssainte Trinité, ainsi que je vous l'ai expliqué tantôt, pour se faire homme comme eux et les racheter de la mort éternelle, leur ouvrir la porte du ciel, en souffrant et en mourant pour eux. Ce Fils adorable de Dieu vint sur la terre, se revêtir de chair humaine, dans le sciu de

Marie toujours vierge, sans aucune opération charnelle, prit le nom de Jésus, c'est-à-dire sauveur, souffrit et mourut en croix par la haine des Juifs, ressuscita trois jours après sa mort, monta au ciel, où il siège glorieux et égal à son Père. Il doit, à la fin du monde, descendre de ce séjour de gloire pour venir juger tous les hommes. Les élus monteront au ciel avec lui, et les pécheurs seront condamnés au feu éternel. Ainsi Jésus-Chrisl , par les mérites de sa passion nous a obtenu la grâce de Dieu, et nous a ouvert le paradis.

Le païen. Dites-moi maintenant quels sont donc ces préceptes el ces obligations extraordinaires qui vous sont imposées, à vous autres chrétiens, et qu'on ditau-dessus des forces humaines.

Le prêtre. Au-dessus des forces humaines 1 Non, non, c'est un mensonge et une calomnie gratuite de la part de nos adversaires. Tous nos préceptes sont très-faciles à observer, avec la grâee puissante que Jésus-Christ nous a obtenue par les mérites infinis de sa passion. Notre loi est une loi d'amour. Toutes les obligations qu'elle nous prescrit peuvent se résumer en deux commandements généraux; aimer Dieu plus que toutes choses, et le prochain comme soi-même. Puisque nous sommes obligés d'aimer Dieu par-dessus tout, la raison nous dit par conséquent de l'honorer pa.' la vertu de religion, et d'accomplir les promesses que nous lui avons faites par vœu; au contraire, elle nous défend de l'outrager par des blasphèmes et de faux jurements. Si nous devons aimer le prochain comme nous-mêmes, également la simple lumière naturelle nous enseigne à ne point lui souhaiter de mal, et surtout à ne point lui en faire, en lui enlevant la vie, l'honneur, la réputation et la fortune. Cela ne vous paraît-il pas souverainement juste et conforme à la raison? |

' Le païen. Très-juste assurément. Mais votre religion défend d'avoir plusieurs femmes. Quel mal y a-t-il en cela?

Le prêtre. J'ai évité de vous parler de ce précepte, de peur d'offenser votre modestie : mais, puisque vous prenez les avances, je dois vous répondre. Vous dites : Quel mal y a-t-il à avoir plusieurs femmes? Un très-grand mal en vérité; parce que la pluralité des femmes détruit la paix dans les familles, pour bien des raisons, mais princ ipalement à cause de la jalousie, qui inévitablement régnerait toujours parmi elles. Et puisque nous en sommes là, sachez que la fornication est défendue même par la loi naturelle, parce que la nature pour la conservation du genre humain, n'exige pas seulement la procréation des enfants, mais ,'ncore une bonne et solide éducation, laquelle serait impossible avec la fornication. Mais tout acte vénérien qui ne tendrait pointa la génération (je n'ai pas besoin de m'exiiliqucr davantage) qui oserait contester qu'il est contraire au but principal de la nature? il est évident qu'en cette matière, fout acte entre homme et femme, hors le mariage, est défendu par la loi uuturellc.

VÉRITÉ DE LA FOI

Le païen. Vous avez raison; cela est vrai. Apprenez-moi actuellcmont quelle récompense votre Dieu réserve à qui lui est fidèle, et quel châtiment à qui l'offense?

Le prêtre. La récompense que Dieu promet n'est point accordée dans celle vie-ci, mais dans l'autre, qui sera éternelle. Et celle récompense est grande au delà de toute compréhension ; car ce sera la béatitude de Dieu lui-même. Au contraire, les châtiments dont sont menacés les pécheurs seront horribles. Les infortunés 1 ils seront éternellement condamnés à l'enfer; ils seront à tout jamais tourmentés par un feu actif et viviûant et privés de la vue de Dieu.

Maintenant, qu'il y ait dans l'autre vie des récompenses et dos peines réservées aux hommes après leur mort, c'est une vérité reconnue par les anciens philosophes, éclairés des seules lumières naturelles. La raison en est évidente. Nous voyons dans ce monde une foule de gens de bien, pauvres, malheureux, persécutés ; d'autre part des gens de mal dans la prospérité , dans les honneurs et l'abondance. Donc, s'il y a un Dieu, comme on ne peut pas en douter, ce Dieu est juste ; et alors, il faut nécessairement qu'il existe une autre vie où. la vertu soit récompensée et le vice puni.

s Le païen. Mais pourquoi ces récompenses et ces châtiments seront-ils éternels comme vous l'afflrmez.

Le prêtre. Oui, éternels, parce que Dieu l'a ainsi révélé. Et la simple raison ne le ditelle pas? Puisque notre âme est immortelle n'étant pas composée de parties matérielles, comme notre corps, mais pur esprit inaccessible à la corruption. Or si l'âme est immortelle et éternelle, éternelles doivent être aussi les récompenses et les peines qui raltendcut dans l'autre monde, selon qu'elle aura bien ou mal agi dans celui-ci. L'âme, en se séparant du corps, restera toujours dans le même état où elle se sera trouvée, lors de cette séparation inévitable ; état de grâce, si l'homme meurt dans la grâce de Dieu; état de disgrâce, s'il a le malheur de mourir son ennemi. Cet état donc étant éternel, il faut que la récompense ou le châtiment le soit aussi.

Le païen. Donc, après la mort, l'âme seule aura à jouir ou à souffrir, et sera pour toujours séparée du corps ?

Le prêtre. Non, le corps a été donné à l'âme pour être son compagnon. C'est pourquoi Dieu a réglé que l'âme seule, jusqu'au jugement universel demeurera dans l'état de gloire ou de souffrances, dans lequel l'aura établie le jugement particulier, et le corps dormira dans la poussière du tombeau. Mais au jour du jugement général, oîi tous les hommes seront jugés par Jésus-Christ, l'âme et le corps se réuniront par la puissance divine, et alors le corps participera aux jouissances ou aux douleurs de l'âme pendant toute l'éternité.

' Le païen. Mais je sais que les Juifs et les mahométans et beaucoup d'autres que vous api^elez hérétiques croient comme vous à

un seul Dieu ; ils affirment aussi qu'il y a un paradis et un enfer; pourquoi dites-vous que votre religion seule est la vraie, et que toutes les autres sont fausses ?

Le prêtre. Que noire religion chrétienne et catholique soit la seule et vraie c'est ce que rendent palpable une foule de preuves que nous possédons. Le premier ordre de ces preuves se trouve dans les prophéties que renferment nos livres saints. Or ces prophéties avaient été faites longtemps avant les événements qu'elles annonçaient et se sont accomplies à point nommé. Les plus frappantes sont celles qui regardent la venue, la naissance, la passion et la mort de Jésus- Christ, notre Sauveur.

Nos autres preuves consistent dans les miracles opérés au su et au vu des ennemis de noire foi , et avec un tel éclat qu'il leur a été impossible de les contester. Mais ces miracles forment un témoignage authentique de la vérité de notre religion : caries véritables miracles sont l'œuvre de la puissance de Dieu, qui ne peut les faire qu'en faveur de la vraie religion; aulrement, il faudrait lui imputer comme l'effet à sa cause, un culte faux. Les martyrs, immolés par myriades ne sont-ils pas aussi un argument invincible pour le christianisme? Parmi ces généreux athlètes , se trouvaient une foule de vierges faibles et timides, de jeunes enfants, qui certainement n'auraient pas pu résister aux plus cruels tourments imaginés par le génie infernal , si Dieu ne les eût soutenus de sa grâce toute-puissante. Je passe sous silence bien d'autres preuves, pour abréger celte discussion.

Le païen. Mais il n'y a que votre religion qui s'appuie sur de pareilles preuves ?

Le prêtre. La religion catholique seule peut les opposer à ses adversaires. Ecoutez: La religion des Juifs fut vraie temporairement, c'est-à-dire tout le temps qui précéda la venue du Rédempteur ; mais depuis qu'il a paru parmi nous, elle est fausse et erronée, parce qu'ils n'ont pas voulu croire à ce Rédcmpleur déjà venu , quoiqu'ils vissent , comme je viens de le dire, la vérification et l'accomplissement parfait de toutes les prophéties contenues dans les livres saints , lesquelles ils tiennent eux-mêmes pour authentiques, en ce qui concerne la naissance, la vie, la mort de Jésus-Christ, comme aussi celles qui leur annonçaient un châtiment exemplaire de la part de Dieu irrité de leur aveuglement obstiné ; la destruction de leur temple et de leur royaume, la dispersion de leur nation jelée éparse sur toutes les plages de la terre. Or toutes ces prophéties ils les voient vérifiées avec une justesse frappante, et pourtant leur opiniâtreté persévère encore. Us refusent de croire au Messie que leurs ancêtres ont fait mourir sur une croix, comme un malfaiteur , ainsi qu'ils l'affirment aujourd'hui. Quant à la religion mahométane, ce n'est pas une religion, mais un mélange monstrueux d'hébraïsme et de grossières erreurs inventées par Mahomet, qui ne fut qu'un brutal et ignorant soldat , unim--

pie audacieux. Cet homme, six siècles après rétablissement du christianisme , abjura la vraie religion , s'associa une tourbe de vils brigands, chassa de leurs trônes plusieurs rois, et vint à bout d'établir son abrutissante loi , à force de violences de toute espèce, et par la raison du sabre. Pour juger de l'impiété et de l'immortalité de cette religion, il suffit de savoir qu'elle promet à ses sectateurs la V::?ngeance, le vol, l'assouvissemcnl des plus sales voluptés. Le ciel qu'elle leur montre sera le règne éternel des plus révoltantes impuretés. Mais une pareille religion est faite, ce me semble, pour de stupides animaux, plutôt que pour des êtres doués déraison. Les religions enfin, ou pour parler plus juste , les sectes des hérétiques qui se croient encore chrétiennes, mais qui sont séparées de l'Eglise catholique , sont innombrables ; et c'est à qui d'elles fourmillera le plus d'erreurs. Pour en découvrir la fausseté, il suffit de considérer une seule chose, à savoir, qu'elles ont toutes pris leur origine dans la religion catholique, qui sans nulle contestation est la première, et fut vraie à une époque, disent les dissidents. Or dans les divines Ecritures il est déclaré souvent , remarquez bien ceci, que la première Eglise fondée par Jésus-Christ et promulguée par ses disciples, sera toujours la colonne et la base de la vérité, et que Dieu ne l'abandonnera jamais : L Eglise du Dieu vivant est la colonne et Vinvincible appui de la vérité ( I Tim. III, 13). Le Seigneur dit : Simon ,

Simon J'ai prié pour vous, pour que

votre foi ne faille pas [Luc, XXII, 31 et 32). Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles {Mat th.. XXVIII, 20),

Mais, ces Écritures, ces mêmes sectes hérétiques les tiennent pour vraies. Or s'il est incontestable que notre Eglise soit la première et qu'elle fui vraie autrefois , il faut nécessairement avouer qu'elle a été et sera toujours la seule véritable, et que les autres sectes qui se sont séparées d'elle sont erronées et fausses.

Le païen. Il est évident que les hérétiques admettent aussi les Ecritures que vous admettez, et que votre Eglise est plus ancienne que la leur. C'est un argument qui me parait invincible; ils sont dans l'erreur. Mais, permettez moi de vous parler d'un autre système religieux professé par quelques Européens, qui prétendent qu'il suffit, pour se sauver, d'observer la loi naturelle , qui enseigne à adorer un seul Dieu rénumérateur de la vertu et vengeur du vice, et à ne pas souhaiter au prochain ce que nous ne voudrions pas pour nous-mêmes. Au reste , disent-ils , pourvu qu'on suive ces inspirations de la nature, on peut se sauver dans toutes les religions , chrétienne , juive ou celle qui vous plaira; et qu'il n'est pas nécessaire de croire tant d'articles de foi , ni d'observer tant de préceptes.

Le prêtre. Mais vous qui avez du bon sens, vous ne voyez pas combien est ridicule un pareil système? Parmi les articles de foi que notre Eglise nous ordonne de croire, il en est.

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