‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 6 sur 202 · XV. Un · texte numérisé non relu

XV. Un

monde où la vertu serait heune serait-il pas plus p;!rfait? Non

répond Pope, ou même un tel monde est impossible.

Que si vous condamnez dans vosinjusles vœux, L"aiTaii:j;iMin;iil, d'un moude où le crime est heureux ; Suivons j.o'ir un moment votre uveiuile mmi'u-...

(p. 156.) Il se met en colère contre ceux qui désireraient un monAiioùlc crime ne fût pas heureux, n'a-t-il pas raison ?

Mettons dans l'univers plus d'ordre et d'harmonie. .l'on conviens avpcvous, des hommes vertueux Méritent le projet que nous formons pour eux. De /«.v/es .seu/t'ync/i( composons nn empire : M;iisdans le fond des cœurs Dieu seul a droit, de lire. Eh I quel autre qu'un Dieu |)onrra nous révéler Ces justes que vos soins prétendent rasseml)ler? L'un croit voir dans C;dvin un organe céleste, Comme un monstre infernal un autre le déleste. Ce qui pour une secte est une vérité, Comme un dogme trompeur par l'antre est rejeté. De divers préjugés nos âmes jossédées Sur les méaics sujets ont diverses idées. Ce qui l'ait mon plaisir deviendrait ton tourment, le prix de ma vcrtn serait Ion chàlimenl. Les plus sages toujours ne pensent pas de môme : Seraient-ils donc iieureux par mimôme système?.,.

(p. lôG.) Pope ne fait pas attention que lorsque nous parlons d'un monde où la vertu soit en honneur , nous ne prétendons pas que ce soit à nous à le composer, non-seulement parce que nous ne voulons pas lire dans le fond des cœurs pour connaître sûrement les justes et pour les placer selon leur mérite ; mais bien plus parce que ce n'est pas à Ihomme à bâtir le monde et à en régler et conduire les événements. Mal à propos donc Pope parle-t-il ici de nos soins.

Ces justes que vos soins prétendent rassembler, ce ne sont pas nos soins, mais ceux de Dieu dont il s'agit. Dieu le peut-il faire, ne le peut-il pas ? Répondez et ne fuyez point.

XVI. 11 réplique que quand Dieu l'aurait fait, nous ne serions pas encore contents ; nous jugerions encore que le crime est heureux, parce qu'en nous trompant nous prenons quelquefois la vertu pour le vice et le vice pour la vertu : ainsi ma vertu récompensée vous paraîtrait un crime récompensé. Pure défaite sur quoi je pourrais faire plusieurs réilexions ; mais nous n'avons pas besoin de réfuter un auteur qui se réfute luimême. Ce monde si parfait d'où le crime est banni et où la vertu est heureuse, non-seulement est possible , mais il a existé dans le temps des premiers hommes. C'est Pope luimême qui nous l'a montré dans la peinture qu'il nous a faite de son état d'innocence.

Vamoiir-propre récfnail, mais soumis el tranquille. El le reste que vous a.vcz vu ci-dessus. Avec son innocence il oerdit tous ses biens.

VAKIATIONS Dli LA UELIGION NATCJRELLt:.

V innocence régnait. Voilà l'aveu que nous nous demandions. Voilà l'existence d'un monde où le vice n'était point honteux ; c'està-dire l'existence d'un monde plus parfait, d'un monde sans défaut. Un tel monde n'est donc pas impossible, comme ces messieurs le prétendent. Mais aujourd'hui celte innocence est perdue et avec elle tous les biens du l'homme. Voilà l'origine et la cause do ce contraste de grandeur et de bassesse, de vice et de vertu, qui se trouve dans l'homme ; qui est une é/iigme que Pope et Voltaire n'ont pas voulu deviner, quoiqu'ils en vissent ici le mot. Ils ont mieux aimé dire que l'homme a été fiiit ainsi et que la concupiscence est un don , un ouvrage de Dieu , loin d'être une chose vicieuse. Ceci fait une autre matière à discuter : il faut la réserver pour un autre temps. Cette leltre est déjà trop longue.

Adieu. Namur, ce 1" février 1752.

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