HOMMES
PRÊCHÉ DEVANT LA SOCIÉTÉ ÉTABLIE EN ECOSSE POUR LA PROPAGATION DE LA FOI.
On ne nuira point, on ne fera aucun dommage à personne dans toute la montagne de ma sainteté; car la terre sera remplie de la connaissatiee du Seigneur, comme le fond de la mer, des eaux qui le couvrent.
{isciie, XI, 9.)
Tous les interprètes s'accordent pour rapporter ce passage de l'Ecriture aux siècles de l'Evangile. Le prophète Isaie commence par décrire les heureuses influences du règne du Messie; il annonce que le bienfait de sa venue se fera sentir à toute la nature, et qu'un bonheur universel en sera la suite. L'avenir verra l'entier accomplissement de cette prédiction , mais seulement dans la période plus avancée du royaume de Dieu , pendant laquelle la religion chrétienne étendra son empire sur l'univers, et lorsque les progrès de l'Evangile auront atteint leur terme.
A la vue de ce bonheur promis au monde, le Prophète s'élève et choisit, pour peindre ce temps heureux, les plus brillantes images
de la poésie orientale. Dans le magnifique tableau qu'il trace de ce nouvel état de choses, il montre l'homme revenant à son innocence première et toute la nature se reposant avec délices dans le sein de la paix. La discorde et la fraude auront cessé d'exister; les espèces que leurs besoins, leurs penchants et leurs haines rendaient les plus irréconciliables entre elles, auront perdu leur instinct féroce. Le loup partagera la demeure de l'agneau, le léopard celle du chevreau; le veau, le jeune lion et les troupeaux seront ensemble, un enfant les conduira. Le lion mangera du fourrage comme le bœuf; l'enfant à la mamelle jouera avec la bouche de l'aspic, et l'enfant qui vient d'être sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. On ne nuira point, on ne fera nul dommage dans toute la montagne de ma sainteté ; car la terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel, comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent.
Combien ces paroles ne sont-elles pas capables d'encourager le zèle de ceux qui se consacrent à l'avancement du règne de l'Evangile 1 Leurs efforts sublimes sont soutenus non-seulement par le désir d'assurer le bonheur du monde entier, mais encore par la certitude qu'un infaillible succès couronnera leurs travaux. C'est Dieu même qui fait annoncer par son prophète que la droiture et la vérité triompheront universellement , et que l'influence toujours croissante de la religion amènera le bonheur général.
Qu'elle est encourageante et belle la pensée que s'associer à de pareils desseins, c'est s'unir à Dieu même pour remplir ses plans et pour avancer avec lui le royaume du Messie 1 Quelle crainte pourrait décourager? quels obstacles seraient capables de rendre les efforts inutiles ? Malgré la corruption , l'ignorance et la superstition qui couvrent encore une si grande partie du monde; malgré l'obscurité mystérieuse qui cache l'avenir, est-il donc au-dessus du pouvoir du Dieu suprême qui lira la lumière des ténèbres, d'éclaircir toutes les apparences qui ne peuvent s'expliquer, et de faire sortir par degré le genre humain de son état d'incertitude et d'erreur? Dans les premiers instants où l'Evangile fut annoncé dans l'univers, alors que toutes les puissances de la terre et toutes les superstitions conjuraient contre lui, il était moins vraisemblable que son triomphe serait aussi grand que nous le voyons de nos jours. Ses progrès sont une certitude que son influence se fera généralement sentir et que sa lumière éclairera l'univers. Les obstacles qui lui restent à vaincre sont moins grands que ceux qu'il a déjà surmontés, et puisque le soleil de justice a percé tant de nuages qui le dérobaient à nos yeux , sa puissance dissipera l'obscurité tout entière. Livrons-nous donc au juste et consolant espoir que sa clarté, parvenue jusqu'à sa perfection, conduira toutes les nations jusqu'à rétcrnclle paix. La petite famille croîtra jusqu'à mille personnes. De peu considérable qu'elle est, elle deviendra une grande nation ; je suis l'Eternel, et je hâterai ceci en son temps.
Les paroles du prophète non-seulement annoncent le triomphe de l'Evangile, mais elles disent de la manière la plus précise que le bonheur du genre humain sera la suite nécessaire de la propagation universelle de ses lumières. La connaissance du Seigneur remplira tout^ la terre, et alors on ne nuira plus, on ne fera plus aucun dommage à personne dans toute la montagne de Dieu.
Telles sont les pensées dont nous allons nous occuper; elles conviennent à la circonstance qui nous rassemble, et malheureusement il est nécessaire de les rappeler dans ces temps où l'indifférence sur la religion multiplie ses ravages , et cherche à persuader que les progrès de l'Evangile ne sont point le plus grand intérêt des hommes. Une opinion funeste voudrait faire croire que la Vertu peut régner dans le cœur, quelle que soit la religion qui le dirige ; affectant le respect le plus profond pour les principes de la
DEMONSTRATION EVANGËLIQUE. DLAIK.
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morale, elle écarte ceux de la religion, comme s'ils n'étaient que des objets spéculatifs dont l'influence sur les actions se fait à peine sentir, et souvent même elle les dépeint comme une source de débats. Assurant que l'homme ne détermine sa conduite que d'après des principes et des projets relatifs à l'état actuel des choses, elle ose conclure que le bonheur général ne se lie point nécessairement à la connaissance de la religion.
L'évidence démontre assez combien cette opinion est contraire à tous les principes sacrés, et combien elle rend incapable de remplir les devoirs qu'ils prescrivent; mais j'espère prouver à ceux qui m'écouteront avec candeur combien elle nuit au bonheur général et aux véritables intérêts du genre humain.
La connaissance du Seigneur, dont parle le prophète, ne se borne pas à l'idée naturelle que nous pouvons avoir de la Divinité. Tout se réunit pour prouver que ces paroles annonçaient l'époque où Jésus-Christ suppléerait à la faiblesse des hommes et viendrait les éclairer complètement sur Dieu, sur ses perfections et sur sa providence. La connaissance du Seigneur embrasse donc à la fois les principes du christianisme et ceux de la religion naturelle. Pour connaître combien cette connaissance importe au bonheur général, considérons l'homme sous deux points de vue : premièrement comme individu, secondement comme membre de la société.
Premièrement, si nous cherchons quels avantages la connaissance de la religion procure à l'homme comme individu, nous serons forcés de reconnaître qu'elle perfectionne son esprit et son cœur, et qu'elle le console dans ses peines.
La connaissance de la religion, et la foi qui soumet à tous ses préceptes , peuvent seules donner à l'homme des moyens capables de perfectionner son âme, d'avancer dans tout ce qui est utile et vraiment digne d'estime, d'acquérir les dispositions et de contracter les habitudes qui conviennent à l'état qu'il occupe sur la terre; elles seules enfin peuvent préparer son bonheur éternel.
Il est incontestable qu'accroître ses connaissances, c'est ajouter à sa perfection. C'est en étendant la sphère de son intelligence, c'est en n'arrêtant sa pensée que sur des objets d'une nature excellente, que l'homme peut ajouter une nouvelle force au pouvoir de sa raison qui fait toute sa gloire. Tels sont les moyens les plus propres à le rapprocher de la maturité. Mais lorsque la connaissance de la religion reste seulement spéculative, elle n'atteint point tout son but. Cet emploi de la pensée, quoique fort noble en lui-même, ne peut suffire, car l'effet le plus important de la religion est de servir à former notre cœur et à diriger notre conduite. Les conceptions élevées et pures que nous devons à la religion chrétienne, celle d'un Dieu toutpuissant, père de tous les hommes, gouvernant l'univers par sa justice, à la fois source et modèle de toutes les perfections, auteur de tout bien et de tout don parfait, ne consultant
SERMON SUR LES AVANTAGES DE LA RELIGION
jamais que son éternel amour de l'ordre, de la vérité, de la vertu ; protégeant l'homme droit, défendant ses intérêts, déployant en sa faveur, depuis que les siècles ont commencé et jusqu'au moment qui les verra Gnir, l'étendue sans borne de sa toute-puissance et tous les conseils de son infaillible sagesse; telles sont les conceptions seules capables de fortiûor la vertu, d'enflammer la piété : c'est par elles que l'homme acquiert la force de marcher dans la droiture et qu'il la regarde comme son seul et son plus grand intérêt.
Il n'appartenait qu'à l'Evangile de porter la lumière et le dernier degré de l'évidence dans tout ce que la religion naturelle ne semblait que conseiller et ne pouvait que faiblement indiquer. Lui seul a développé le système entier de la Providence, s'adaptant à tous les besoins, à toutes les circonstances, nous arrachant à cet état de corruption dans lequel il n'est que trop prouvé que nous sommes tombés, et nous rendant dignes des bontés de notre Créateur, en nous ramenant à notre intégrité première. La manière dont ce plan de bienfaisance a été rempli nous montre d'une manière frappante toute l'importance de la justice, et combien Dieu lui porte un amour inviolable. Son Fils descend sur la terre, il s'offre en sacrifice propitiatoire, il expie les péchés du monde par ses souffrances, dans l'intention expresse d'établir à jamais le règne de Injustice, de purger nos consciences des œuvres mortes, de nous porter à servir le Dieu vivant, de nous racheter de toute iniquité , et de se former un nouveau peuple zélé à faire de bonnes œuvres.
Cette intervention mystérieuse du Créateur du monde non-seulement nous donne la preuve la plus éclatante de sa bonté et du soin particulier qu'il accorde aux intérêts moraux des hommes , mais elle nous offre en même temps les plus justes motifs de confiance, elle devient le fondement sur lequel nous avons le droit d'appuyer nos espérances futures. Quelle crainte, quel doute pourraient subsister encore, lorsque le fait qu'elle appelle en témoignage nous assure que celui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous , nous donnera toutes choses avec lui!
La doctrine de la rédemption, en nous montrant Dieu gouvernant l'univers de la manière la plus encourageante pour la vertu, nous apprend en même temps combien son pouvoir est redoutable, et la soumission que nous devons aux décrets de la Providence. Elle nous fait connaître la profonde malignité du péché et les suites terribles que peut avoir le crime dont nous ne pouvons distinguer toutes les causes et tous les effets. Elle nous instruit que le Souverain de l'univers, pour réparer les maux causés par la désobéissance de l'homme, a cru devoir déranger le cours ordinaire de son administration et se servir de moyens qui surpassent notre entendement. Qu'elle est grande et sublime cette doctrine qui peut à la fois pénétrer nos cœurs de la plus vive reconnaissance et nous forcer à faire les réflexions les plus impo-
santes 1 La vue de la sainteté de Dieu, de la rigueur de sa justice et de l'importance des fonctions qui nous sont assignées, nous fait apprécier à leur juste valeur les vanités de la vie et donne à la vertu tout son éclat et toute sa dignité. L'Evangile nous découvre l'indissoluble nœud qui lie nos jours mortels à l'éternité. Il nous enseigne que nous semons maintenant ce que nous moissonnerons dans la suite , et que la terre est un séjour d'épreuves que nous ne quitterons que pour aller recevoir les récompenses ou les punitions que nous aurons méritées. C'est en présence de cette révélation si positive que viennent finir les doutes et s'éclaircir les conjectures de notre raison toujours incertaine, lorsque réduite à ses seules lumières elle examine quelle sera la condition future des hommes. Cette révélation , pour appuyer ses leçons, ses promesses, ses menaces et ses lois, nous parle au nom de notre juge, de notre maître , et lorsqu'elle nous a fait connaître nos motifs d'espérance ou de crainte, elle ajoute : Ainsi Va dit V Eternel des armées. L'Evangile enfin, en nous montrant dans son entier le magnifique et vaste plan de la Providence, n'omet rien de ce qui peut imprimer dans notre âme la conviction que dans son sens le plus strict, tous les êtres sont soumis au gouvernement moral du Tout-Puissant.
Quoique les bornes de ce discours ne permettent pas de développer tous les principes de la doctrine chrétienne, ceux que nous venons de rappeler ne démontrent-ils pas qu'ils s'unissent intimement avec la perfection de l'homme, et par conséquent avec son bonheur? Un esprit impartial regardera-t-il encore l'amour que nous portons naturellement à la vertu comme le seul principe de la perfection et comme la source la plus assurée du bonheur? Qu'il étende autant qu'il le voudra l'autorité de la conscience et le pouvoir de ses avertissements, ne sera-t-il pas forcé de reconnaître que le but des préceptes de l'Evangile est de sanctionner cette autorité, de la fortifier, de la diriger dans toutes les circonstances, d'inspirer une horreur continuelle pour le vice et d'offrir sans cesse de nouveaux motifs pour aimer la vertu ? Oserat-il affirmer que jamais sa conscience n'aura besoin de secours aussi puissants pour l'éclairer au milieu de tant de ténèbres et pour la soutenir dans les voies de la vertu, malgré la faiblesse humaine, malgré nos irrésolutions si multipliées et malgré le penchant funeste qui nous entraîne si souvent vers le vice et vers la folie?
Les admirables effets des principes de la religion n'empêchent point cependant quelques esprits de contester leur influence sur notre conduite ; l'expérience semble même venir à l'appui de leur opinion, en prouvant que nos actions ne sont point toujours d'accord avec la connaissance que nous avons des préceptes sacrés. Ils osent en conclure que leur propagation ne suffira jamais pour rendre la conduite conforme à ce qu'ils prescrivent. Cette objection a quelque fondement, puisqu'il est vrai de dire que notre
connaissance des vérités de la religion et lïotre soumission à ses préceptes ne parviennent que par degré jusqu'à cette foi parfaite que l'Ecriture représente comme purifiant le cœur. Mais quoique la connaissance des préceptes sacrés ne nous contraigne pas d'une manière invariable et nécessaire à les mettre en pratique, il est incontestable qu'ils ont entre eux une liaison dont nous ressentons les heureux, effets. C'est par elle que la religion pénètre dans notre âme, et puisque la tendance naturelle des connaissances religieuses est de nous rendre meilleurs, la sagesse et le devoir se réunissent pour nous prescrire de les cultiver. Leur influence finira par se faire sentir d'une manière salutaire, et plus souvent même que le monde ne le croit ou ne l'observe. Sans rappeler les exemples des fidèles qui pendant tous les âges du christianisme ont fait son ornement par leur religion et leurs vertus, on pourrait faire apercevoir aux esprits les plus superficiels un grand nombre d'hommes sur lesquels les principes religieux ont eu la plus forte influence. Souvent eux-mêmes, malgré la légèreté de leur caractère et malgré leur irréflexion, ils en reçoivent dos bienfaits qu'ils étaient loin de prévoir. La religion , sans cesse ennemie du vice et le poursuivant avec tous ses moyens, arrête le mal avant qu'il soit sans remède, et lorsqu'elle ne parvient pas à l'empêcher entièrement, elle sert du moins à maintenir l'ordre social. Les méchants, que nous avons raison do craindre, seraient plus méchants encore, et le monde aurait plus à souffrir de leur licence effrénée s'ils n'avaient pas connu la religion. Elle seule a semé dans leurs cœurs des semences de bonté que les circonstances servent à développer, quoique leur réforme n'ait pas autant de publicité qu'en ont eu leurs premiers crimos. La raison fait sentir que les bons effets des connaissances religieuses ne sont point aussi rares que le monde se plaît à le croire; il est m.ême certain que leur tendance et leur nature sont plus capables de faire juger de leur influence, que dos observations légères, qui presque toujours sont sujettes à l'erreur.
L'influence des principes religieux ne peut se nier raisonnablement : ceux qui n'attachent aucune importance à la propagation de l'Evangile, en supposant que ses effets sur la conduite sont peu considérables, rassembleront vainement des exemples nombreux pour prouver que l'élude dos connaissances religieuses a produitde grands désordres dans la société, lorsque l'erreur et les passions humaines sont venues ie mêler avec elle. Qu'ils multiplient tant qu'ils le voudront leur» plaintes sur tous les maux causés par l'enthousiasme et la superstition, qu'ils attribuent principalement à ces deux causes la corruption des cœurs , la dissolution des moeurs publiques, l'oubli des lois de la raison ?t la violation de tous les sentiments de l'hun.anité, faudra-t-il admettre que les principes religieux n'ont une aussi grande énergie que lorsqu'ils sont mélangés d'erreur, et
qu'elle n'existe point, aussi longtemps qu'ils conservent toute la pureté de leur céleste origine? Il serait vraiment étrange d'assurer que l'erreur, en se mêlante la religion, lui donne une puissance immense , et que la foi parfaite en est entièrement dépourvue. L'esprit impartial et raisonnable n'admettra jamais une semblable opinion. L'histoire entière du genre humain atteste que les principes religieux, de quelque nature qu'ils soient, ont la plus grande influence sur le caractère et sur la conduite de l'homme. Les trop nombreux malheurs produits par l'erreur font sentir combien il est nécessaire de la fuir; mais ils sont en même temps une preuve irrésistible de tous les bons effets que la foi doit produire. Le même fleuve qui submerge et ravage les contrées dès qu'il a franchi les rives qui le contenaient, les fertilise et les embellit aussi longtemps qu'il continue paisiblement son cours. Si la superstition dans ses effets paraît quelquefois plus puissante que la vérité, c'est parce qu'elle a plus de rapport avec la corruption et la folie des hommes; mais n'oublions jamais que Dieu ne peut approuver que la vérité seule; espérons donc avec certitude le succès d'une cause si belle, et dont le monde doit tirer de si grands avantages. L'éternelle et puissante vérité triomphera; répandons-en partout les semences incorruptibles, et soyons assurés que Dieu leur donnera leur accroissement.
Après avoir prouvé que les connaissances religieuses perfectionnent l'esprit et le cœur de l'homme, considérons secondement comment elles le consolent au milieu de ses afflictions et des vicissitudes de la vie. C'est à la vue de ce triomphe le plus incontestable et le plus beau de la religion ; c'est en admirant ses heureux effets, que tous ceux que le bonheur du monde intéresse redoubleront leurs vœux pour que l'Evangile éclaire de sa lumière bienfaisante toute la surface de la terre. Que l'homme serait misérable, si la révélation divine ne lui avait pas donné l'espérance et la foi ! En quoique sorte étranger dans ce vaste univers, il ne connaît que de la manière la plus imparfaite les mouvements et les lois qui le régissent. Une impénétrable obscurité lui cache l'origine et la fin de toutes choses. N'ayant par lui-même aucun moyen pour découvrir avec certitude la source et les motifs de son existence, il ignore si le maître auquel il est soumis est indulgent ou sévère. Ce qu'il peut espérer de la Providence, et le sort que lui prépare l'avenir, sont des mystères qu'il ne peut expliquer et qui le remplissent d'épouvante. Qui pourra le consoler, l'éclairer et lui répondre au milieu des questions qu'il a besoin de renouveler sans cesse? Plus il sera vertueux et sensible, et plus aussi la conviction de son insuffisance l'accablera ; et quand il pourrait écarter loin de lui ses pensées et passer toutes les heures de sa vie dans le plaisir, la réflexion l'avertirait encore de sa misère; mais il n'a pas même cette ressource : loin de s'en flatter, sa conscience Vui dit sans
cesse qu'il est faible et souffrant; il voit la
mi
SERMON SUR LES AVANTAGES DE LA RELIGION
foule des dangers qui tourmenteront sa vie, et frémissant de crainte à leur vue, il croit déjà les éprouver : dans cet état cruel lui révéler le Dieu suprême, tel que le fait connaître la religion chrétienne, c'est lui révéler un père et un ami, c'est éclairer les ténèbres de la vie humaine avec les rayons d'une lumière céleste et bienfaisante; l'orphelin délaissé prêt à périr dans le désert, a retrouvé la maison paternelle , il ne craint plus la fureur des éléments, ni les ardeurs brûlantes de la soif, il sait quel protecteur il doit prier, il entend l'ami qui lui demande sa confiance, il n'est plus seul , quand il répand des larmes, il sent la main qui vient les essuyer.
L'expérience a prouvé depuis longtemps que les cœurs profondément blessés par des malheurs imprévus et récents ne peuvent trouver de la consolation que dans les secours de la religion. Opposant au désespoir la promesse d'un bonheur éternel, adoucissant les peines et les persécutions par l'assurance que le Dieu juste protège l'innocence, elle sait persuader à l'homme que c'est dans ces grandes espérances qu'il doit placer sa félicité. Ne l'abandonnant jamais , lorsqu'il est prêt à quitter la terre, s'il laisse derrière lui des amis qu'il regrette , la religion s'empare de toutes ses pensées, et pour le consoler, elle lui montre dans le ciel l'éternel ami qui ne le quittera plus. Les raisonnements spécieux sur la nature de la condition humaine, et les leçons que cherche à donner la philosophie pour nous apprendre à nous élever au-dessus des événements, peuvent sufflre aussi longtemps que le cœur conserve encore du calme, ou n'est que légèrement atteint par la douleur ; mais lorsque les plus horribles chagrins le déchirent, lorsque la tempête est déchaînée que ces moyens nous paraissent insufflsants et froids, aurons-nous assez d'aveuglement pour les comparer à la parole de Dieu dont les promesses sont une ancre également inébranlable et sûr ? Elles seules ont le pouvoir de rendre du courage et l'espérance du bonheur au cœur affligé, mais vertueux., que les paroles de la terre ne pouvaient plus secourir ni consoler. -y*
C'est surtout lorsque la mort s'approche environnée de toutes les terreurs que cause l'avenir, que la religion fait sentir son pouvoir consolateur : voilà l'instant terrible où nous savons apprécier la haute valeur des vérités qu'elle nous enseigne. L'Evangile nous révèle non-seulement la vie et l'immortalité, mais un médiateur égal au Tout- Puissant; il nous le montre proclamant une loi de miséricorde qui pardonne au cœur humble et repentant de ses fautes ; il nous assure qu'il nous fortiflera par sa présence, lorsque nous passerons au travers de la vallée de Vombre de la mort. Vainqueur de tous les obstacles et de tous les dangers, il nous conduira jusqu'au séjour éternel du repos et de la félicité. Telles sont les pensées, telles sont les espérances qui consolent et soutiennent le Adèle lorsqu'il abandonne la terre. Mais cette période d'épreuyes, mais ces heu-
res si laborieuses pour la nature humaine, comment les soutiendra-t-il, celui qui ne connaît point les vérités de la religion ? Dans le secret de sa conscience, il sent qu'il n'a point agi comme il le devait, et la crainte de l'avenir réveillant malgré lui le souvenir du passé, son esprit est accablé de terreur. Ne sachant ce qu'il doit désirer, demande-t-il que la mort ne termine point son existence ? L'incertitude et l'effroi viennent se mêlera ce vœu. Ne connaissant poèit le maître de l'univers, ignorant s'il est miséricordieux , il doute s'il peut exister un pardon pour ses fautes. Lue menaçante obscurité l'environne, et tandis qu'il est la proie de toutes ces perplexités, son âme se sépare de son corps. Malheureux pendant la vie, il n'avait rien qu'il pût opposer aux maux qui l'accablaient; plus malheureux encore lorsque la mort est venue le frapper, elle l'a trouvé sans consolation et sans espoir. Au delà dii soleil qui l'éclairait, il ne voyait qu'un nuage impénétrable ; et lorsque la nuit de la mort a couvert sa tête, elle était courbée sous le poids d'une douleur sans remède.
II. Après avoir montré tous les avantagés que la connaissance du Seigneur procure à l'homme considéré comme individu, soit pour perfectionner son esprit et son cœur , soit pour le consoler dans ses peines, considérons les heureux effets qu'elle produit sur lui comme membre de la société.
Les réflexions précédentes tiennent nécessairement à celles qui vont suivre, puisqu'il est incontestable que les lumières acquises par les individus contribuent toutes au bonheur général. La société recueille le fruit des vertus de tous les membres qui la composent, elle prospère et devient meilleure en proportion du degré de perfection que chacun d'eux peut acquérir. Outre ces effets , la tendance naturelle de la connaissance du Seigneur, est d'épurer le cœur de l'homme et d'encourager ses travaux pour le bien public. La religion est le plus grand et le plus puissant des moyens pour civiliser les peuples et pour les unir entre eux. Elle sait à la fois adoucir la rudesse de leurs manières, etréprimer la violence deleurs passions. Il est même raisonnable de croire qu'il n'a jamais existé de sociétés régulières, ou qu'il est impossible qu'il en puisse subsister aucune sans lois et sans principes religieux. Ceux qui les premiers essayèrent de rassembler des tribus errantes pour en former des corps de nations, reconnurent bientôt qu'il était indispensable de leur donner un culte et de soumettre leurs volontés et leurs passions au pouvoir de la religion. Les plus sages parmi les législateurs regardèrent le respect pour la Divinité comme la base sur laquelle ils devaient appuyer leurs lois, leur politique et leurs systèmes de gouvernement. Si leurs mélanges de superstition et d'erreur ont pu contribuer au bonheur social, quels avantages immenses le culte du vrai Dieu , tel qu'il est prescrit par l'Evangile , ne pourra-t -il point procurer à l'univers? La vraie religion conduit à la soumission la plus
co stante et la plus régulière, en accoutumant l'esprit humain à considérer la puissance divine comme étant sans bornes , et toujours dirigée par la sagesse et par la bonlé ; elle est par sa nature, le principe et le nœud sacré qui lient fous les hommes entre eux. Ces temples augustes ouverts à tous les hommes pour y venir adorer le seul et même Dieu qui les a tous créés ; ce sentiment intérieur et profond qui leur rappelle sans cesse qu'ils sont tous dans la même dépendance, qu'ils ont tous le même protecteur elle même juge ; que leurs devoirs, que le nœud qui les unit, quêteurs espérances sont les mêmes, et qu'ils sont tous appelés aux mêmes récompenses: telles sont les pensées capables de pénétrer l'âme des plus douces émotions, de faire naître des amitiés sincères, et de donner aux unions des hommes une véritable solidité. Ceux des préceptes du christianisme qui proscrivent l'oppression et la tyrannie, commandent en même temps le respect et l'amour pour les gouvernements sages et légitimes. Us font un crime de la révolte , une vertu de l'obéissance ; ils ordonnent de craindre Dieu , d'honorer le souverain, et de ne point nous associer à ceux qui se plaisent dans le changement.
La connaissance de la religion favorise tous les travaux et tous les efforts qui tendent à faire le bonheur et l'ornement de la société.
L'expérience a toujours prouvé que plus les lumières de l'Evangile ont éclairé les hommes, et plus sa divine influence a perfectionné les sciences et les arts. Les conceptions sublimes et justes de la religion, peuvent seules donner à l'esprit une révélation qu'il n'atteindrait jamais sans elle. Le chrétien instruit à penser d'après lui-même, et à s'appuyer sur des principes inaltérables , ne soumet point sa conscience aux opinions capricionses des hommes. Delà vient son horreur naturelle pour l'esclavage, et comment il sait concilier avec son amour de la liberté son obéissance pleine de vénération pour les lois. Les fers du despotisme n'enchaînent plus que les nations idolâtres et les aveugles sectateurs de la religion de Mahomet; ils ont même besoin que l'ignorance et la force viennent sans cesse à leur appui. L'esclavage , l'oppression générale, n'ont reparu que pendant les siècles où la plus grossière superstition s'efforçait de subjuguer tous les peuples chrétiens. Le nuage de l'ignorance semblait envelopper toutes les nations , et le monde était menacé de retomber dans son ancienne barbarie ; mais pour rendre aux sciences, aux arts, à la liberté tout leur lustre, il n'a fallu qu'étendre plus généralement la connaissance du Seigneur.
L'heureuse influence de la religion fait plus qu'augmenter le bonheur et les lumières de la société : non-seulement elle encourage tous les travaux vraiment utiles , mais elle est nécessaire au repos général. La religion peut seule défendre l'homme contre l'homme, et lui donner une garantie suffisante. La dernière et la plus grande ressource de la vérité, le serment sans lequel au-
cune société ne pourrait se maintenir, ne prend son autorité que dans la profonde vénération et dans la crainte que ressent pour Dieu celui qui l'appelle en témoignage de ce qu'il assure ou promet. Bannir les principes religieux , c'est rendre vaines toutes les promesses par lesquelles les hommes s'engagent entre eux ; c'est renverser la colonne sur laquelle reposent la confiance et la vérité ; c'est enlever aux lois toute leur force et détruire la sûreté de tous. Quelque multipliées que puissent être les lois humaines , elles ne peuvent prévoir les innombrables circonstances où l'homme aura besoin de leur appui ; elles seront souvent sans force pour maintenir l'ordre et la paix, si les passions ne sont point contenues par le sentiment intérieur de la puissance divine. La religion seule peut suppléer à cette insuffisance, en apprenant, en persuadant à l'homme qu'elle a le double droit de le récompenser et de le punir.
La religion est d'une si grande importance pour le bonheur public, que pour peindre une société parvenue jusqu'au dernier degré de la corruption et du désordre, il suffit de dire qu'elle a rejeté loin d'elle la crainte et le souvenir de Dieu. L'imagination la voit aussitôt s'abandonnantau vol,à la violence, à la trahison, trompant ou trompée, abusant de sa force, opprimée à son tour, et toujours prête à devenir la proie de ceux qui voudront l'asservir.
Si l'on veut au contraire peindre une nation dans sa gloire, et jouissant de tout le bonheur que la terre peut offrir, il suffit d'assurer que la foi chrétienne exerce son influence sur tous les individus qui la composent ; une pareille certitude dissipe à l'instant tous les doutes et présente l'image du bonheur. Les causes de désunion publique n'existent point pour les cœurs embrasés par l'amour et par la charité que la religion inspire. Les hauts intérêts dont elle s'occupe ne sont point de nature à laisser place aux jalousies, aux rivalités : on croit voir les familles, les cités, la nation tout entière ne plus former qu'un peuple d'amis qu'anime un même esprit et poursuivant les mêmes intérêts. L'innocence première semble renaître, ramenant avec elle la tempérance, la simplicité des manières, le contentement, et cette vertueuse émulation qui ne fait des efforts que pour être utile à tout ce qui l'environne. Que la politique imagine ses systèmes de bonheur, aucun d'eux ne donnera la force, la gloire et la prospérité que l'Evangile assure à ceux qui suivent ses préceptes; la sagesse humaine ne pourra jamais suppléer aux vertus que la religion inspire. C'est en étendant son empire, c'est en arrachant tous les peuples à la dégradation dans laquelle ils sont encore plongés, qu'avec la grâce divine ils se rapprocheront de cette période heureuse où les nations ne tireront plus Vépée l'une contreVautre, où Von n'apprendra plus à faire la guerre»
Une considération importante achèvera de prouver combien la connaissance de la reli-^ gion peut influer sur le bonheur social.