‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 75 sur 202 · SERMON SUR LA MANIERE DONT DIEU GOUVERNE, ETC · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA MANIERE DONT DIEU GOUVERNE, ETC

En second lieu, Dieu force la colère de riioinme à contribuer au bonheur de l'homme vertueux, en faisant d'elle un moyen de grâce qui l'élève jusqu'au plus haut degré de la gloire.

Si l'ordre des affaires humaines était inaltérable; si la religion et la vertu n'étaient jamais en opposition avec la violence des méchants , quelle carrière serait ouverte aux efforts les' plus généreux et les plus sublimes de l'esprit humain! Combien d'exemples éclatants de courage, de patience et de fermeté seraient perdus pour le monde? Le champ des vertus particulières que les divers combats font éclore, demeurerait sans culture. Les esprits célestes sont les seuls que leur état de perfection dispense des épreuves: mais nous dont le devoir est de travailler sans cesse à mériter d'être placés près d'eux , ce ne sera qu'en traversant la fournaise, que nos âmes seront éprouvées, purifiées et régénérées. Il faut avoir triomphé dans les combats, avant de prétendre à la couronne des vainqueurs. La colère de r homme ouvre le vaste champ delà gloire, elle nous appelle au noble exercice de toutes les vertus actives, elle nous fait subir les épreuves difficiles dont le juste tire son plus bel ornement. C'est pour avoir triomphé de tous les efforts de cette colère, que les véritables amis de leur pays , les héros vertueux , les confesseurs, les martyrs, et les saints ont acquis des droits à l'admiration de tous les siècles, et sont regardés comme les lumières du monde. La rage et la fureur de leurs ennemis, au lieu de les accabler, n'ont servi qu'à les couvrir de gloire.

Troisièmement , la colère de l'homme a souvent pour objet d'accroître la prospérité temporelle du juste. Les malheurs passagers ne servent souvent qu'à jeter les fondements des succès réservés à l'avenir. La violence employée par les méchants pour satisfaire leurs ressentiments trahit souvent leur intention ; elle intéresse le monde en faveur des innocents qu'ils persécutent. Les efforts que fait l'envie pour les noircir et les diffamer, servent à déployer leur caractère avec plus d'éclat aux yeux des spectateurs impartiaux. Les extrémités auxquelles l'injustice et l'oppression les réduisent, raniment leur courage et leur activité; souvent la nécessité d'une défense légitime rend leurs combats si puissants, qu'ils surmontent tous les obstacles et sont couronnés par le succès. Dans le cas même où la fureur triomphe de l'homme juste et paisible , ses résultats se changent quelquefois en bienfaits. Combien d'hommes ont remercié le ciel d'avoir été contraints par leurs ennemis d'abandonner des entreprises qu'ils poursuivaient avec ardeur, mais dont le succès aurait causé leur ruine si rien n'avait contrarié leurs désirs I Quiconque est sage et observera ces choses, comprendra l'intarissable bonté du Seigneur.

Tandis que la colère de l'homme glorifie Dieu par la manière dont il la fait servir à l'avantage du juste et de tous les hommes, sa main divine ne se montre pas avp.c moins

/ DÉUONST. ÉVANG. Xll.

d'évidence dans les effets qu'elle lui permet de produire sur les nations et sur les grandes sociétés. Lorsque les guerres et les violentes commotions ébranlent la terre, lorsque la rage des factions et des dissensions intestines porte le trouble et l'anarchie dans des royaumes naguère florissants, la Providence semble au premier aspect avoir abandonné les intérêts publics à tout le désordre des passions humaines : cependant, au milieu de la confusion générale, on voit souvent renaître l'ordre , et s'élever des avantages solides du sein de ces désastres. De pareilles convulsions tirent les nations de cette léthargie dangereuse , dans laquelle une prospérité constante, une longue paix et la dégradation progressive des mœurs les avaient plongées. Elles sont réveillées et rappelées à leurs véritables intérêts. Le malheur et la nécessité les instruisent , et leur font trouver des moyens de défense contre leurs ennemis. Les anciennes préventions sont abandonnées, et la source cachée du mal se laisse apercevoir. L'esprit public se déploie, et forme des plans de bonheur plus vastes et plub réguliers. La corruption à laquelle tout gouvernement est sujet est souvent réparée par les fermentations des corps politiques , comme dans l'organisation animale, les humeurs nuisibles sont chassées parles secousses d'une maladie violente. Les attentats que se permettent des audacieux contre une constitution civile sagement établie ne servent souvent qu'à la fortifier, et les désordres de la licence et des factions enseignent aux hommes à mieux apprécier les bienfaits du repos et la protection des lois.

Quatrièmement, la colère de l'homme, lors même qu'elle se change en persécution religieuse, loue la bonté divine, en devenant un moyen qui ne sert qu'à propager la religion dans le monde. L'Eglise de Dieu, depuis sa naissance, n'a jamais été entièrement à l'abri de la persécution des hommes ; mais c'est pendant les mêmes siècles où cette fureur a le plus vivement exercé sa violence, qu'elle a brillé d'un plus grand éclat. En vain la politique et la plus aveugle rage ont uni leurs efforts pour éteindre cette lumière divine; la tempête, en se déchaînant contre elle, n'a pu que rendre sa flamme plus brillante : Des torrents d'eau ne sauraient Véteindre, tous les flots de la mer ne pourraient Vabîmer. Le nombre des adorateurs du vrai Dieu s'est plus accru par l'exemple de la constance et du courage des martyrs, qu'il n'a été diminué par la crainte de plus horribles supplices. La colère de l'homme s'est tournée contre ellemême pour confondre ses projets : c'est ainsi que les vagues, en venant se briser au pied du rocher qu'elles battent sans cesse avec une fureur impuissante, attestent qu'il est inébranlable.

Un dernier exemple, en prouvant que c'est à la colère de l'homme que le genre humain doit le plus sublime et le plus grand des bienfaits, démontrera combien elle sert à louer Dieu. Jamais les méchants , dans l'excès de leur rage et de leur malice, ne se sont crus

\J)ix-neuf.)

DEMONSTRATION EYANGELIQUE. BLAIR.

plus assurés du triomphe, que lorsqu'ils ont immolé Jésus-Christ. En le livrant au supplice des malfaiteurs, ils espéraient confondre à jamais ses disciples et détruire jusqu'à son nom. Mais que peuvent les eflorts du crime conlre les décrets célestes ? ils n'ont fait qu'appuyer sur une base éternelle tout ce qu'ils voulaient anéantir. Le Très-Haut avait dit que la mort du Christ serait pour les fldèles la source de leur immortalité. Cette croix sur laquelle il a souffert avec une apparente ignominie, est devenue son éternel étendard, et le signe glorieux sous lequel ses disciples se sont rassemblés et ont vaincu. Celui qui maîtrise à son gré la fureur des méchants a voulu que leur rage conlre le Christ n'imaginât que ce que lui-même avait ordonné de toute éternité, que ce qu'il avait fait annoncer par ses prophètes. Ils n'ont tous conspiré que pour rendre la scène entière des souffrances du Christ entièrement conforme au plan de miséricorde et do bonté qu'il avait arrêté. Chacun d'eux , sans comprendre le pouvoir qui le faisait agir, ni connaître la fin qu'il devait atteindre, a travaillé pour accomplir la volonté divine.

Cet exemple si grand, par lequel les saintes Ecritures nous apprennent comment le ciel a fait servir la colère de l'homme à l'exécution de ses décrets, devrait être sans cesse présent à notre souvenir comme un témoignage de la conduite que lient la Providence dans les circonstances où nous n'avons pas la même lumière pour nous montrer la voie que nous devons suivre. Cette induction , tirée du plus grand des événements , suffit pour expliquer et pour démontrer pleinement la doctrine comprise dans les paroles du texte.

Nous avons vu que les désordres excités dans le monde par l'orgueil et par les passions, quoique prenant leur source dans la corruption de l'homme depuis sa chute, sont tellement réglés et maîtrisés par la Providence , qu'ils servent à glorifier celui qui gou- Terne toutes choses. Ils décèlent au monde toute la perfection de Dieu dans sa manière de régir l'univers; ils soutiennent la vertu des âmes religieuses , en leur rappelant le pouvoir secret qui sait changer en prospérité tout ce qui les menace de leur ruine. Oui sûrement, 6 mon Dieul la colère de l'homme te louera, tu mettras des bornes à sa fureur; elle est tout entière dans ta main, et tu ne la répands qu'avec une sage mesure : elle est intraitable et cruelle de sa nature, mais tu sais l'adoucir : elle est aveugle et s'abandonne à toutes ses impulsions, mais tu la forces de suivre la direction que tu lui donnes : elle fait des efforts continuels pour rompre sa chaîne, mais ta puissante main la maîtrise, et tu retranches d'elle tout ce qui ne sert point à tes projets.

Considérons à présent quels avantages nous devons attendre de nos méditations sur les voies de la Providence. Leurpremier effet sera de nous Conduire à la contemplation religieuse de la main de Dieu s'étendant sur tout €e qui se passe dans le monde. Le cours or-

dinaire des affaires de la terre nous présente un mélange d'événements variés et multipliés à l'infini. Nous voyons les passions des hommes s'agiter dans tous les sens, etde nouveaux changements se succéder sans cesse sur ce théâtre du temps. La paix ou la guerre reviennent tour à tour; les fortunes particulières s'écroulent ou s'élèvent: les Etats, les nations, partagent les mêmes vicissitudes. N'arrêter notre attention que sur la succession des événements, et sur leurs causes extérieures, c'est ne voir que la nature morte, c'est s'arrêter aux superficies, et ne point contempler avec les yeux de l'intelligence et de la raison, le grand spectacle qui nous est offert. La vie et la beauté de l'univers se montrent dans cette bonté remplie de sagesse, qui le conduit, l'anime et sait unir ensemble les diverses parties qui les composent. Elles se montrent dans cet esprit éternel qui met tous les rouages en mouvement, sans que jamais leur repos puisse être troublé. Rien n'est vide de Dieu; il se fait reconnaître en maîtrisant les passions les plus indomptables et les plus délirantes de l'homme. Sa main dirige et contraint celui qui croit n'avoir d'autre guide que lui-même. Quelles pensées solennelles et quels sentiments religieux de pareilles méditations ne sont-elles pas capables de nous inspirer? Les événements de la vie ne sont pas seulement les actions humaines, ils arrivent parce que Dieu les ordonne ; nous et tout ce qui nous intéresse est également soumis à cette administration du Très- Haut.

En second lieu, la doctrine que nous venons de développer devrait empêcher les murmures que nous fait former contrôla Providence la vue des désordres apparents et des maux que nous rencontrons dans le monde. Les exemples cités dans ce discours, de la manière dont les passions et la méchanceté des hommes sont subordonnés à des vues sages et utiles, nous donnent la plus forte raison de conclure que tous les malheurs dont nous ne pouvons expliquer la cause sont ordonnés et réglés par la sagesse éternelle. Cette pensée suffira pour soutenir notre courage dans les cir~ constances les plus tristes et les plus décourageantes. Les plans du Tout-Puissant sont trop compliqués, trop vastes, pour que nous puissions les saisir dans toute leur étendue. Nous en apercevons à peine quelques parties, et nous sommes trop faibles pour juger leur ensemble. La voie de Dieu est dans la mer, sa route est tracée dans les grandes eaux ; les traces de ses pas ne sont pas connues : mais quoique vous puissiez dire, vous ne pouvez pas le voir; cependant son jugement est devant lui, ayez donc confiance en lui.

Comme dans le monde naturel il n'existe rien qui n'ait quelque ornement et quelque utilité, de même dans le monde moral les apparences les plus irrégulières et les plus difformes contribuent à la belle ordonnance de l'ensemble. L'Eternel sait tirer l'ordre général des principes les plus opposés et les plus discordants : il adapte les sons les plus aigus et les plus dissonants au concert har-

SERMON SUR LES AVANTAGES DE LA RELIGION

nionicux de ses lounnges. Comme il a su forcer les éléments en désordre de conserver la paix entre eux et de lui fournir les formes les plus exquises de la nature, de même sa providence a fait un seul faisceau des intérêts les plus contraires et des passions les plus tumultueuses des hommes, afin qu'elles conspirassent à sa gloire, etqu'elles coopérassent au bien général.

Combien elle est surprenante cette sagesse qui renferme dans ses desseins tant de diversités et d'oppositions 1 combien elle est puissante la main qui fait plier à son gré le méchant et le bon, l'indolent et l'homme actif, l'ennemi do la vérité comme celui qui ne suit qu'elle, qui les contraint tous de contribuer à sa gloire malgré la division que met entre eux la différence de leurs inclinations, et qui par une influence irrésistible et secrète les dirige tous vers sa volonté, tandis que chacund'eux croitsuivrelibrementson penchant!

O profondeur du trésor delà sagesse et de r intelligence de Dieu ! combien sont impénétrables tes jugements ! combien il est difficile de connaître tes traces I

En troisième lieu, les réflexions précédentes nous prouvent la grandeur des motifs qui nous portent à nous soumettre aux décrets du ciel. Quels que soient les maux que nous fait souffrir la colère de l'homme, nous sommes fondés à croire qu'ils ne sont pas inutiles pour nous. Au milieu des violences et de l'oppression, nous ne sommes pas abandonnés aux caprices de la fortune : une puissance bien supérieure à la sienne veille sur nous; la sagesse et la bonté protègent chacun de nos pas. Dieu poursuit ses éternels desseins, et puisqu'ils contribuent tous à sa gloire, qui

devient elle-même le bonheur des justes, n'est-ce pas un motif assez puissant pour nous maintenir dans le calme, et même pour nous faire accepter avec joie tous les événements qu'il ordonne et surveille?

Que ces grandes réflexions nous fassent continuellement sentir la nécessité d'étudier avec zèle tous les moyens de gagner la faveur et la protection du Tout-Puissant. Lorsque nos têtes sont courbées sous le poids de sa colère, tout devient pour nous des objets de terreur ; car il n'est point de défense contre lui. Les puissances les plus formidables de la nature sont ses ministres, et nous ne pourrions point résister à la colère de l'homme, s'il lui plaisait de la déchaîner contre nous; mais c'est à lui seul et non pas à nous qu'il appartient de lui prescrire des bornes. Dès qu'il nous protège, la fureur des méchants n'a plus rien de terrible : S'il est pour nous , qui donc sera contre nous ? Il nous a lui-même enseigné comment nous pourrons obtenir ses grâces; travaillons à les mériter parla foi, par le repentir et par une vie sainte. Nous n'aurons plus alors à redouter des malheurs nouveaux; nos cœurs seront fixés par notre confiance dans le Seigneur. \

Lorsque la crainte religieuse s'est emparée de nos cœurs, elle chasse au loin la misérable crainte de l'hommo; elle devient un principe de courage et de grandeur d'âme. Le Seigneur est un bouclier qui défend ceux qui le servent ; lorsqu'il se lèvera, ses ennemis seront chassés; la paille légère et la fumée sont dispersées par le vent. Il donne la force et la victoire à son peuple ; il le revêt avec le salut ; la colère de Vhomme le glorifiera, et il mettra des bornes à l'excès de sa fureur.

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